Titre:  Agriculture, alimentation et nutrition en Afrique.
Division:  Division de la nutrition
ISBN:  9252038205

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CHAPITRE 9.
L’éducation nutritionnelle


Les problèmes nutritionnels se divisent, en gros, en deux catégories: ceux qui résultent d’un apport inférieur aux besoins nutritionnels et ceux qui résultent de l’apport excessif ou déséquilibré d’un aliment ou d’une composante particulière du régime alimentaire. Les problèmes principaux en Afrique et dans l’ensemble des pays en développement relèvent du premier groupe. Un des objectifs essentiels de l’éducation nutritionnelle consiste donc à fournir aux habitants des villes et des campagnes les informations, les aptitudes et les motivations dont ils ont besoin pour rechercher et consommer une nourriture appropriée. Cette éducation portera notamment sur l’amélioration des disponibilités alimentaires familiales et sur l’utilisation plus efficace des aliments et des ressources économiques disponibles, de sorte qu’il soit possible d’assurer aux groupes les plus vulnérables une alimentation plus nourrissante et mieux soignée. Dans les couches plus aisées de la société où les maladies de l’abondance sévissent toujours davantage, l’éducation nutritionnelle sera centrée sur les choix personnels de nourriture, de modes de consommation et de style de vie.

Les programmes d’éducation nutritionnelle devraient comporter au moins trois composantes destinées aux différents groupes de la société.

Chacune de ces composantes apporte une contribution particulière à l’amélioration de la situation nutritionnelle. Toutes les trois sont importantes et méritent de faire partie des programmes d’éducation et de formation en nutrition destinés aux personnels de l’agriculture, de la santé et de l’éducation des pays africains. Au niveau communautaire, il faudrait que les personnes touchées par les problèmes nutritionnels participent à la détermination des composantes sur lesquelles il convient d’insister davantage pour obtenir des améliorations durables de la situation alimentaire et nutritionnelle locale.

Finalité et objectifs de l’éducation nutritionnelle

La sécurité alimentaire des ménages, comme il a été dit aux chapitres précédents, est une condition préalable à la suffisance et à l’équilibre des apports alimentaires des membres de la famille. Toutefois, les personnes n’accéderont vraiment à des niveaux satisfaisants de santé et de nutrition que si elles disposent des connaissances et aptitudes nécessaires pour cultiver, acheter, transformer, préparer, consommer et partager en famille des quantités suffisantes et variées d’aliments et de combinaisons alimentaires. Cela suppose un minimum de connaissances sur ce qui constitue une alimentation nutritive et sur la façon dont les consommateurs peuvent satisfaire leurs besoins nutritionnels à partir des ressources disponibles. Les habitudes alimentaires ou autres pratiques nutritionnelles indésirables - qui sont souvent fondées sur des connaissances insuffisantes, sur des traditions et des interdits, ou sur une compréhension erronée des relations entre alimentation et santé - peuvent avoir un effet nocif sur l’état nutritionnel. En revanche, les personnes peuvent bénéficier d’une alimentation plus saine et restaurer leur bienêtre nutritionnel dès lors qu’elles modifient leur perception, leur savoir et leurs pratiques alimentaires et nutritionnelles, mais il faut qu’elles y soient poussées par une motivation suffisamment forte.

L’éducation nutritionnelle a pour but de renforcer certains comportements et certaines pratiques se rapportant à l’alimentation et à la nutrition, et de redresser ainsi les habitudes défavorables à la santé. Il s’agit donc de susciter dans le public concerné une motivation en faveur du changement et de l’accompagner d’un comportement alimentaire propice à la promotion et à la protection de la bonne santé. Le public doit être aidé à prendre connaissance de nouvelles informations sur la nutrition et à développer l’attitude, l’aptitude et la disposition qui conviennent à l’adoption de pratiques alimentaires améliorées.

L’éducation nutritionnelle dirige vers son public des informations correctes sur la valeur nutritionnelle des aliments, leur qualité et leur innocuité, sur les méthodes de conservation, de transformation et de manipulation des produits alimentaires, sur leur préparation et leur consommation, afin de l’incliner à faire les meilleurs choix alimentaires. La fourniture d’informations exactes ne constitue pas, en soi, un objectif suffisant de l’éducation nutritionnelle. Dépassant la seule accumulation de connaissances, l’éducation nutritionnelle réussie conduit à l’action positive. Ainsi, il y a changement de comportement orienté vers l’adoption de pratiques nutritionnelles favorables, si par exemple quelqu’un se met à cultiver et à consommer des fruits et des légumes vert sombre, oranges ou jaunes, afin de renforcer la protection de son organisme contre les maladies infectieuses; ou encore, s’il apprend à mieux stocker son maïs ou autre récolte, afin de réduire les pertes de nutriments et d’augmenter d’autant les réserves alimentaires de son ménage. Pour être prometteurs, les programmes d’éducation nutritionnelle doivent être planifiés et réalisés de sorte que leurs bénéficiaires soient incités à développer une aptitude et une disposition favorables à l’adoption définitive de bonnes pratiques.

Une éducation nutritionnelle réussie comporte souvent la participation active des bénéficiaires, leur prise de conscience des problèmes nutritionnels et leur volonté de changement. Pour qu’un vaste programme d’éducation nutritionnelle soit suivi d’effets, il doit bénéficier d’une bonne coordination intersectorielle, assumée par les agents de l’agriculture, de l’éducation, de la santé et de la communication. Il doit en outre se fonder sur une stratégie de communication bien conçue et qui se concrétise, le plus souvent, par une approche multimédia. On a pu montrer qu’en plus de l’assistance technique certains autres facteurs contribuent au succès d’un programme, notamment l’appui politique et le support gouvernemental, le financement extérieur et la solidité des compétences locales et communautaires de gestion.

Les programmes d’éducation nutritionnelle ne fonctionnent pas de manière satisfaisante si les ressources mobilisables sont trop limitées. Par exemple, il ne serait pas judicieux de recommander la multiplication des potagers dans les régions sujettes à la sécheresse s’il n’existe pas de système d’irrigation. De même, il ne serait pas raisonnable de stimuler les mères à donner à leurs enfants des aliments riches en énergie auxquels elles n’ont pas accès.

Les sections qui suivent analysent les avantages et les limites des différentes approches éducatives appliquées à la nutrition - méthodes conventionnelles et autres comprises -, leur contenu et les aspects qui déterminent le succès des programmes d’éducation nutritionnelle.

Les approches éducatives en nutrition

Tout au long de ces 20 dernières années, les stratégies, les objectifs et les méthodes de l’éducation nutritionnelle ont fait l’objet de vifs débats (Andrien, 1994). Les méthodes éducatives traditionnelles consistaient surtout en causeries données dans les centres de santé. Aujourd’hui, cette approche est considérée comme quasi inefficace, à moins qu’elle ne s’insère dans le cadre d’une stratégie d’éducation nutritionnelle plus large. La stratégie traditionnelle a presque totalement fait place aux approches basées sur les sciences modernes de la communication.

L’approche traditionnelle

Une analyse des programmes d’éducation nutritionnelle réalisés dans les pays en développement (Cerqueira, 1990) a débouché sur la conclusion que la plupart des efforts des années 70 et 80 n’ont induit que de faibles changements du comportement en ce qui concerne la nutrition et, à plus forte raison, la situation nutritionnelle. L’échec des programmes est imputable, pour une bonne part, à l’emploi de méthodes de communication inefficaces et au manque de pertinence des messages, qui ignoraient souvent le contexte culturel propre aux communautés.

La plupart des activités d’éducation nutritionnelle ont eu lieu dans le cadre du secteur de la santé, en particulier au sein des unités de soins primaires. Centrées sur un contact direct avec le patient, les stratégies éducatives traditionnelles exploitaient des méthodes didactiques et le transfert unilatéral de l’information. Les messages nutritionnels étaient considérés comme des remèdes, à l’instar des médicaments, donnés pour la guérison des probèmes de la nutrition. Dans ce contexte, la science nutritionnelle, plutôt que les soucis des participants, dictaient le contenu de l’éducation nutritionnelle. Un exemple typique de cette approche consistait à conseiller aux mères de manger plus de légumes verts ou d’allaiter leurs enfants, et à enseigner les trois groupes d’aliments dans les centres de santé (voir le chapitre 7).

Aujourd’hui, une telle approche directive de l’éducation nutritionnelle est considérée comme pratiquement inefficace pour de nombreuses raisons: elle n’utilise souvent qu’un seul canal de communication, le face-à-face, plutôt que d’appliquer une approche multimédia, avec le résultat qu’elle ne touche qu’un très petit nombre de personnes, surtout en Afrique où moins de la moitié de la population réside à l’intérieur de l’aire d’atteinte d’un service de santé; elle s’adresse principalement aux femmes, qui ne sont pas toujours en mesure d’écarter à elles seules les causes des problèmes nutritionnels, du fait que leur mari et les autres membres de la famille influencent aussi les décisions d’achat et de répartition des aliments au sein de la famille; elle privilégie le changement du comportement individuel plutôt que la participation communautaire active; elle met en valeur l’information technique et scientifique sur les nutriments et les carences spécifiques; elle ne prête que peu d’attention au contexte social et culturel, au lieu de prendre appui sur le savoir autochtone en matière d’aliments locaux et de préparations culinaires et de promouvoir à partir de là des habitudes alimentaires plus saines.

Les approches actuelles

Des expériences plus récentes ont montré, par contraste avec l’approche traditionnelle, que l’éducation nutritionnelle n’est pas seulement concernée par la transmission de connaissances, mais aussi par la recherche des moyens de travailler avec des individus ou des groupes issus de la communauté, d’une manière systématique qui stimule leur participation au processus d’apprentissage. L’éducation nutritionnelle entreprise dans cet esprit est interactive; elle encourage l’échange d’informations entre l’éducateur et la communauté; elle habilite les personnes à faire des choix judicieux, basés à la fois sur les connaissances scientifiques et le savoir local. De plus, elle mène à l’adoption de comportements améliorés et contribue à l’obtention de résultats et de changements durables.

Le marketing social. Le marketing social se définit comme la promotion de produits, de comportements et d’idées crédibles au plan social. Il se concrétise en stratégies qui visent à modifier le comportement humain par l’application des principes du marketing commercial. Dans un premier temps, des études de marché sont conduites pour identifier les normes, les aspirations et les besoins culturels du groupe cible; vient ensuite la formulation de messages destinés à promouvoir des changements d’attitude et de comportement qui seront socialement bénéfiques pour les individus et les groupes visés. Au cours de ces 20 dernières années, le marketing social a contribué de façon remarquable au développement des méthodes modernes de communication.

Au coeur de la philosophie du marketing social réside la conviction que les décisions du consommateur impliquent des choix entre différents types de comportement. Ces types se différencient par les bénéfices qu’ils promettent et les sacrifices qu’ils exigent. Devant tout dilemme, par exemple en faveur de l’allaitement maternel ou du biberon, le consommateur devra mettre en balance les bénéfices attendus et les coûts, mesurés en termes d’économie, de temps, d’énergie, ou de valeur personnelle ou sociale. L’éducateur social est mis au défi de s’imaginer en personne dans la situation du groupe cible pour mieux comprendre comment il pourra rendre le type de comportement proposé plus attrayant que toute solution de rechange.

L’organisation et la réalisation d’un programme d’éducation nutritionnelle inspiré du marketing social s’inscrivent dans une approche maintenant bien acceptée. Dans un premier temps, une enquête est menée sur le terrain pour servir à l’évaluation de la situation nutritionnelle et des connaissances, des attitudes et des usages du consommateur en matière, par exemple, de conduite de l’alimentation du nourrisson. L’accent mis sur la recherche d’information concernant la communauté aide alors à identifier les besoins et les attentes spécifiques de cette dernière. Dans un deuxième temps, cette information sert à concevoir et formuler des messages orientés vers le public. Ces messages sont alors activés pour stimuler quelques changements clés de comportement au sein de groupes choisis de la population, dans les limites des ressources locales disponibles et compte tenu du contexte culturel.

La segmentation de l’audience constitue un aspect important de la stratégie. Au lieu de considérer l’audience comme un bloc uniforme, les spécialistes du marketing social divisent la communauté en plusieurs groupes, dont les membres respectifs partagent des intérêts similaires à propos du comportement dont il est question. Les avantages que le comportement proposé procurera à chacun des groupes d’intérêt sont alors identifiés, en même temps que les «points de résistance», c’est-à-dire les comportements qui nuisent à la sécurité alimentaire ou à la situation nutritionnelle du groupe. Ainsi, chaque secteur de la population est traité selon les caractéristiques, les besoins, les attentes et les prédispositions de ses membres. L’encadré 71 expose certaines circonstances perçues par les experts en marketing social comme des obstacles économiques et sociaux à l’adoption d’un comportement nouveau.

Le troisième temps de l’approche est occupé par la sélection des canaux de communication qui conviennent à la transmission des messages. L’emploi combiné de la communication interpersonnelle et des médias (radio, télévision et presse écrite) est souvent synergique et peut aider à rejoindre simultanément des objectifs multiples. Les médias peuvent apporter des idées nouvelles à de larges publics et stimuler la faveur et l’appui des chefs de file de l’opinion. La communication interpersonnelle peut créer cette qualité de contact intime et interactif qu’il faut pour amener l’interlocuteur à modifier définitivement ses habitudes.

Les essais préalables et la mise en route forment le quatrième temps du marketing social et sont suivis de la surveillance et de l’évaluation. Cette dernière mesure l’impact global du programme de communication (degré de changement d’habitude, nombre de personnes adoptant la modification, etc.).

Un certain capital d’expérience commence à s’accumuler en matière de marketing social appliqué à la protection vaccinale de l’enfant, à l’allaitement maternel, à l’emploi des solutions de réhydratation orale. Bien évidemment, le marketing social a aussi ses limites, et les espoirs mis dans les médias ne se sont pas toujours traduits par des changements de comportement durables.

L’approche communautaire. On a observé dans divers pays que le moyen le plus efficace d’éduquer un groupe consiste à combiner une approche interpersonnelle au niveau communautaire avec un support médiatique. Il est de mieux en mieux admis que l’impact à long terme d’une intervention risque de rester marginal, à moins que le public cible ne soit lui-même appelé à participer à la recherche de solutions pour ses problèmes nutritionnels.

ENCADRÉ 71
OBSTACLES ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX À L’ADOPTION D’UN COMPORTEMENT NOUVEAU

Pour pouvoir faire adopter un comportement nouveau, il est essentiel d’identifier les obstacles au changement ou les «points de résistance». Le succès d’une campagne d’éducation dépend dans une large mesure de la capacité du marketing social à surmonter les obstacles avec des méthodes appropriées d’éducation et de motivation. Les principaux obstacles que l’on peut vaincre par l’éducation et la communication sont le manque de connaissances; le manque de compétences; les obstacles d’ordre idéologique ou culturel; les obstacles d’ordre social.

Une longue période de pauvreté ou de privation peut conditionner les gens sur le plan psychologique. Le manque chronique de ressources et d’opportunités peut les amener à accepter avec fatalité leur condition. Les personnes qui vivent dans une extrême misère attribuent fréquemment la chance ou l’infortune à des facteurs externes incontrôlables et ne se jugent pas capables d’entreprendre elles-mêmes les changements souhaitables dans leur milieu. Cette sorte de passivité ne peut être surpassée que par un long processus d’apprentissage et d’éducation.

D’un point de vue économique, il est parfois préférable de laisser en suspens certains problèmes, même si leur existence et leur nature ne font aucun doute. Il est malavisé, par exemple, de lancer une campagne pour apprendre aux gens à faire bouillir de l’eau s’ils ne disposent pas d’assez de combustible. Dans de tels cas, il n’est pas sage de tenter un changement par l’éducation.

Il y a également des avantages économiques qu’il faut examiner soigneusement quand on veut encourager un changement de comportement. Pris en dehors de tout contexte, l’allaitement maternel est sain et souhaitable. Cependant, il ne se développe que dans un certain milieu économique et social. Passer plus de temps à allaiter son enfant signifie probablement en passer moins à travailler dans le potager, à s’occuper des autres personnes de la famille, ou à participer à des activités qui génèrent des revenus. Une mère qui tient véritablement à allaiter son enfant peut être amenée à renoncer à des possibilités d’emploi rémunéré, afin de pouvoir rester en permanence à proximité de l’enfant. Beaucoup de mères, en particulier les mères célibataires chefs de famille, ne sont pas libres de faire ce choix. Il faut s’attendre à ce que la plupart des personnes ne soient pas prêtes à accepter un changement de comportement qu’elles jugent contraire à leur intérêt. Dans de telles circonstances, les éducateurs qui se servent des techniques du marketing social ont deux choix: soit essayer de sensibiliser la communauté au bien-fondé d’un objectif comportant un certain changement d’attitude, soit promouvoir des stratégies qui opèrent à l’intérieur d’un contexte socio-économique donné (par exemple dans le cas de l’allaitement au sein, convaincre les employeurs de prévoir des crèches ou d’accorder de longs congés de maternité).

Source: Adapté avec l’autorisation de Unesco, 1987.

L’approche communautaire de l’éducation nutritionnelle, qui embrasse les meilleurs éléments des deux approches, met l’accent sur la participation active de la communauté dans la prise de décisions et dans la recherche de solutions aux problèmes nutritionnels. L’approche communautaire répond au problème de la couverture des programmes par la formation généralisée des travailleurs et des membres de la communauté; elle répond au problème de l’exploitation optimale du savoir local par l’association de membres de la communauté aux partenaires des programmes; elle s’efforce aussi de répondre au besoin d’actions qui tendent à modifier les caractéristiques économiques et sociales de la communauté (Cerqueira, 1992).

Si l’approche participative s’exprime avec vigueur, l’éducateur en nutrition opère en quelque sorte comme un intermédiaire qui aide les communautés à identifier et analyser les facteurs de la malnutrition, et leurs membres à suggérer des solutions puis à développer des actions de lutte contre les problèmes nutritionnels. Loin d’être une fin en soi, l’éducation nutritionnelle participative devient donc une composante d’un programme beaucoup plus vaste dont le but est d’améliorer la situation sanitaire et nutritionnelle dans le contexte du développement économique et social.

Dans l’approche communautaire, la stratégie de communication comporte une interaction groupale face-à-face entre les éducateurs en nutrition et les membres de la communauté. Toutefois, l’apprentissage n’est pas limité aux seuls moments où les messages sont délivrés; il a également lieu dans le contexte de beaucoup d’autres activités. La part que prennent, à côté des éducateurs en nutrition, certains membres de la communauté dans la planification et la réalisation de ces activités, représente un important élément du processus d’apprentissage. Par exemple, un programme d’alimentation des enfants peut fonctionner, tandis qu’en parallèle un groupe de mères développe des activités génératrices de revenus, comme la production de légumes et d’autres produits alimentaires pour la vente et la consommation.

Bien que la participation communautaire aux activités de nutrition et aux programmes d’éducation soit considérée comme importante pour leur succès et leur durabilité, cette approche a cependant aussi des limites bien connues.

Comme la participation communautaire modifie la structure et les rapports de force qui régissent les prises de décision relatives à l’utilisation et à la maîtrise des ressources, on y voit souvent une menace pour les institutions établies et les groupes comme les ministères de l’agriculture et de la santé ou les leaders villageois. Pour faire passer le leadership du style directif au style consultatif, il faut du temps et beaucoup de travail de formation de base. La participation a pour but d’établir dans la communauté une capacité d’appréhender ses propres problèmes et de commencer à les résoudre. Néanmoins, la participation doit elle-même recevoir une impulsion initiale, ainsi qu’un soutien constant, une assistance technique et un financement extérieur. Bien que certains ouvrages fassent état de la possibilité d’obtenir des changements de comportement dans le court terme, la durabilité de ces changements reste sujette à caution. Les experts en éducation nutritionnelle reconnaissent de manière générale que les changements durables des comportements alimentaires et nutritionnels ne s’obtiennent qu’au prix d’un long processus fait de multiples étapes et de l’intervention de multiples secteurs à différents niveaux. Une éducation nutritionnelle efficace doit être complète, étroitement coordonnée, participative et perçue par la communauté comme sa propre affaire.

Planifier un programme communautaire d’éducation nutritionnelle

Autant que pour tout autre programme, une planification correcte est indispensable au succès des programmes d’éducation nutritionnelle. L’éducation nutritionnelle n’est efficace que si elle est basée sur une analyse adéquate des problèmes nutritionnels et sur une définition claire et concise des objectifs et des méthodes de communication. L’éducation nutritionnelle basée sur la communication sociale, préconisée par la FAO, combine des éléments du marketing social et de l’approche communautaire. La FAO met l’accent sur la participation communautaire dans la planification et la mise en oeuvre des programmes et recommande l’emploi de stratégies multimédias, c’est-à-dire le recours à plusieurs canaux de communication, pour influencer les comportements indésirables concernant la nutrition. Comme le montre la figure 36, la planification de ces programmes comporte quatre phases: la conception, la formulation, la mise en oeuvre et l’évaluation.

La collaboration intersectorielle et multidisciplinaire

L’analyse des causes de la malnutrition montre que plusieurs facteurs contribuent à la production du résultat nutritionnel. Par conséquent, tout programme d’éducation nutritionnelle devrait idéalement être développé par une équipe multidisciplinaire comprenant un éducateur en nutrition, un spécialiste en communication, un leader de la communauté et quelques représentants des groupes bénéficiaires, qui joindraient leurs efforts respectifs. L’approche multimédia elle-même appelle à la collaboration intersectorielle, car l’utilisation de plusieurs canaux de communication implique généralement la participation de différents ministères. Les activités intersectorielles doivent être dûment coordonnées pour assurer que tous les groupes - tels les départements de la santé, de l’agriculture et de l’éducation, les unités de nutrition et l’industrie alimentaire - et les médias émettent sur tous les problèmes des messages cohérents, tant au niveau national que régional et local. Il faut aussi que tous les partenaires collaborent les uns avec les autres: organisations non gouvernementales (ONG), ministères, institutions publiques, secteur privé et agences de l’extérieur. Les ministères gouvernementaux occupent la meilleure position pour favoriser la coordination et la collaboration entre les différents partenaires; et c’est d’ailleurs leur mandat. En outre, les gouvernements peuvent évaluer dans quelle mesure les activités nutritionnelles proposées cadrent avec leurs plans de développement et avec la composante d’éducation nutritionnelle du plan national d’action pour la nutrition qu’ils ont lancé à la suite de la Conférence internationale sur la nutrition, en décembre 1992.

FIGURE 36
Planification des programmes d’éducation nutritionnelle

Source: FAO, 1993f.

L’identification des problèmes

La planification et l’élaboration d’un programme d’éducation nutritionnelle doit commencer par l’analyse systématique des problèmes nutritionnels et sanitaires de la communauté. La contribution de groupes communautaires ciblés, tels que les femmes rurales en âge de procréer, les agents de santé ou les cultivateurs pratiquant une agriculture de subsistance, peut se révéler particulièrement utile à cette analyse[5]. En combinant des méthodes directes et des méthodes indirectes, il est possible de développer une analyse de situation qui passe en revue les facteurs responsables des problèmes nutritionnels. Ces méthodes éventuelles comprennent la revue d’ouvrages; les enquêtes nutritionnelles pour l’analyse de l’épidémiologie des problèmes nutritionnels; l’évaluation nutritionnelle participative au cours de laquelle les personnes concernées, avec l’assistance de l’équipe des éducateurs en nutrition, identifient et analysent les problème alimentaires et nutritionnels d’intérêt majeur pour l’ensemble de la communauté ou pour certains des groupes qui la composent. Les problèmes en question comprennent entre autres la malnutrition, la morbidité et la mortalité infantile, dont les taux sont particulièrement élevés.

Une fois les problèmes nutritionnels identifiés, l’éducateur en nutrition peut promouvoir la discussion sur les facteurs sociaux, économiques, culturels et autres qui concourent à leur explication. La discussion est un processus interactif entre participants et équipe éducatrice. Les participants sont invités à décrire les problèmes nutritionnels qu’ils constatent et la façon dont ils perçoivent leur propre situation économique et sociale, avec les problèmes de revenu, d’emploi et de ressources qui la caractérisent. Ils sont également encouragés à dire ce qu’ils savent de la sécurité alimentaire des ménages (y compris les problèmes de la faim, du manque d’argent pour acheter des aliments, ou de terre et d’eau pour en produire) et quelles sont, à leur avis, les sections de la communauté le plus gravement affectées et pourquoi. Le groupe reconstruit alors et ordonne une chaîne des facteurs responsables et des comportements déterminants de l’état nutritionnel (figure 37).

Parmi les différents facteurs susceptibles d’influencer le cours des choses, il faut établir une distinction entre ceux que les personnes concernées peuvent ellesmêmes modifier et ceux qui échappent à leur contrôle. En tout état de cause, si l’on veut influencer ou modifier certains types de comportement, il est essentiel de comprendre pourquoi les personnes se comportent comme elles le font. Il est possible d’acquérir cette compréhension en se mettant à l’écoute du public au travers d’interviews approfondies ou de discussions - soit individuelles, soit collectives -, destinées à mettre en lumière les facteurs qui poussent les personnes à se comporter d’une certaine manière.

La formulation et la mise en oeuvre

Une fois que les facteurs et les comportements sur lesquels il faut agir ont été identifiés et discutés avec la communauté, l’étape suivante consiste à formuler un plan d’action et une stratégie de communication. Les questions à considérer dans le développement d’une stratégie de communication sont illustrées dans l’encadré 72. L’organisation d’une stratégie est soumise à la définition d’objectifs clairs. L’équipe d’éducation nutritionnelle détermine les objectifs généraux et spécifiques d’une campagne de communication, qui doivent être définis pour chaque groupe de bénéficiaires (encadré 73). Au cours de cette étape, les messages seront élaborés, le matériel sera testé sur le terrain, et les médias seront choisis (voir ci-après la section relative aux «Messages, médias et matériel d’appui»). Intervient alors la formulation d’un plan multimédia qui rassemble toutes les activités de communication.

La phase de réalisation commence par la production du matériel d’appui. De plus, les personnels de terrain, ces «agents de changement» que sont les vulgarisateurs et les enseignants de santé et d’agriculture, ont besoin d’être formés de telle sorte que toutes les personnes engagées dans les diverses activités de communication remplissent bien leur rôle. Ils doivent se familiariser avec les activités de communication pour être en mesure de communiquer leurs messages efficacement. Comme un média isolé ne saurait modifier sensiblement les habitudes relatives à la nutrition, l’éducation nutritionnelle comporte normalement l’usage de différents médias, ce qui implique la formation de tous les acteurs du processus et la coordination de leurs activités.

FIGURE 37
Analyse de l’état nutritionnel: les causes sous-jacentes

Source: FAO, 1993f.


ENCADRÉ 72
DÉVELOPPEMENT D’UNE STRATÉGIE DE COMMUNICATION

Une stratégie globale de communication fournit un cadre pour développer et émettre des messages destinés à modifier les pratiques alimentaires.

Une stratégie de communication devrait apporter des réponses aux questions suivantes:

  • A qui le message est-il destiné?
  • Quel est le message à transmettre?
  • Comment le message peut-il refléter le mieux possible les attitudes et les croyances de l’audience?
  • Quel moyen de communication utiliser?
  • Quels sont les supports les plus appropriés pour une bonne communication?
  • Quels sont les moments les plus propices pour des communications efficaces?

La stratégie de communication doit être choisie en fonction de l’intervention programmée.

Le développement d’une stratégie de communication appropriée doit faire suite à une enquête de terrain sur les connaissances, attitudes et pratiques de la population bénéficiaire.

Source: Adapté avec l’autorisation de IVACG, 1992.

Une fois le matériel assemblé et la formation du personnel assurée, la communication avec la population peut être amorcée.

L’évaluation des programmes d’éducation nutritionnelle

L’évaluation d’un programme de communication a son importance, mais elle est souvent mal faite. L’évaluation devrait être réalisée avec la participation de la population bénéficiaire et du personnel de terrain, puisque les actions à évaluer les concernent directement et que l’évaluation peut les aider à améliorer leur performance. La participation des représentants du gouvernement est également souhaitable, afin qu’ils puissent constater l’impact des activités qu’ils ont promues et prendre en considération les perspectives d’extension du programme.

Une faiblesse majeure de l’évaluation des programmes d’éducation nutritionnelle réside dans le fait que les changements quantitatifs sont rarement mesurés. Pourtant, le succès d’un programme est mesurable si les objectifs ont été bien définis. Par exemple, si l’objectif était d’augmenter le nombre des mères qui cultivent des légumes verts et les ajoutent à la bouillie de leurs enfants, l’évaluation doit mesurer le nombre des mères acquises à ces pratiques par suite des activités de communication et de vulgarisation menées dans le cadre du projet. Il est également important d’analyser pourquoi certains changements se sont produits ou non et quels aspects des activités de communication ou autres ont été les plus efficaces dans la promotion du changement, au moment où se pose la question d’élargir ou de continuer éventuellement le programme. Si l’attitude d’un nombre significatif de mères n’a pas changé, l’évaluation devra déterminer si les mères avaient vraiment compris le message qui leur était destiné ou si elles s’étaient heurtées à des difficultés pour trouver, cultiver et cuisiner les légumes recommandés.

ENCADRÉ 73
EXEMPLES D’OBJECTIFS, DE RÉSULTATS ET D’ACTIVITÉS D’UN PROGRAMME COMMUNAUTAIRE CIBLÉ

Objectif général

Améliorer la santé et l’état nutritionnel des jeunes enfants menacés par la malnutrition.

Objectif spécifique

Deux ans après le démarrage du programme nutritionnel d’alimentation des jeunes enfants, augmenter de 50 pour cent le nombre d’enfants à risque de malnutrition, qui reçoivent avant l’âge de six mois et sur une base journalière des aliments de sevrage riches en énergie.

Résultats

  • Une étude sur les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) de l’alimentation des jeunes enfants, menée par l’institut national de nutrition, en ce qui concerne les croyances, le savoir et les pratiques des mères ou gardes d’enfants, avant le quatrième mois du programme.

  • Du matériel pédagogique pour les responsables de la formation, ainsi que du matériel d’éducation nutritionnelle et des messages destinés au public, créés à partir des résultats de l’étude CAP, préparés puis testés et publiés, avant le neuvième mois du programme.

  • Quatre cours de formation d’une semaine chacun, sur la nutrition infantile ainsi que sur la transformation et la préparation des aliments locaux de sevrage, dispensés par l’institut d’alimentation et de nutrition, avant le douzième mois du programme.

  • Dix formateurs et soixante agents de santé et économistes familiales, bien formés et compétents dans le domaine de la nutrition infantile, de la transformation et de la préparation à domicile d’aliments locaux de sevrage, avant le douzième mois du programme.

  • Soixante groupes de mères d’enfants menacés par la malnutrition (dix mères par groupe), identifiées dans la zone du programme, prêtes à participer au programme nutritionnel d’alimentation infantile.

  • Pour chacun des groupes de mères, une session de formation, de démonstration et de consultation sur l’alimentation infantile et sur la transformation et la préparation des aliments de sevrage, réalisée chaque semaine par un agent de santé ou une économiste familiale, du treizième au vingt-quatrième mois du programme.

Activités

Par exemple, pour le troisième résultat ci-dessus:

  • Evaluer les besoins en formation et perfectionnement du personnel de santé et d’économie familiale pour permettre la mise en oeuvre du programme nutritionnel d’alimentation infantile, avant le cinquième mois du programme.

  • Préparer un plan et un programme pour former des formateurs et des membres de la communauté en matière de nutrition infantile et de transformation et préparation d’aliments de sevrage locaux appropriés, avant le huitième mois du programme.

  • Choisir dix formateurs et leur dispenser un cours sur la nutrition infantile et sur la transformation et la préparation d’aliments de sevrage, avant le onzième mois du programme.

  • Dispenser sur le terrain trois cours de formation pratiques pour les agents de santé et les économistes familiales sur la nutrition infantile, la transformation et la préparation des aliments de sevrage, avant le douzième mois du programme.

Il faut définir le seuil à partir duquel un changement de comportement sera considéré comme un succès. Si l’objectif du projet était d’augmenter le nombre des mères qui donnent tous les jours des légumes à leurs enfants, et qu’elles ne le font qu’une ou deux fois par semaine, le but n’est pas atteint.

Quels que soient les résultats atteints par le projet, il faut communiquer les conclusions de l’évaluation aux bénéficiaires et les discuter avec eux pour les aider à améliorer et à renforcer les comportements nouveaux.

Les bénéficiaires de l’éducation nutritionnelle

La population bénéficiaire d’un programme d’éducation nutritionnelle est généralement constituée d’un ensemble de groupes. Il faut noter que le groupe vulnérable ne figure pas nécessairement parmi les groupes auxquels s’adressent les messages éducatifs. Par exemple, les enfants en âge d’être sevrés peuvent très bien constituer un groupe à risque de carence en vitamine A. Dans ce cas, l’intervention éducative s’adressera à toutes les personnes impliquées dans le soin et l’alimentation de ces enfants, par exemple les mères, les grand-mères, les adolescents et autres membres de la famille.

Le groupe principal se compose des personnes dont il faut modifier le comportement. Le groupe secondaire comprend celles qui agissent comme intermédiaires, c’est-à-dire qui transmettent les messages au groupe principal, comme les agents de santé, les nutritionnistes, les horticulteurs, les vulgarisateurs agricoles, les enseignants, les radio-reporters, les journalistes. La composition du groupe secondaire dépend du type de réseau de communication que l’on veut utiliser. Le groupe tertiaire est fait de personnes qui peuvent contribuer, par leur influence et leur autorité, à assurer le succès du programme. On trouve parmi celles-ci des leaders de la communauté, des politiciens, des donateurs, ainsi que les membres de la famille élargie des enfants à risque (encadré 74). Un exemple illustrant la diversité des groupes qui bénéficient d’activités de prévention de la malnutrition protéino-énergétique figure à l’encadré 75. L’approche et le message varieront d’un groupe à l’autre, selon la langue, les intérêts, le niveau d’instruction et le statut socio-économique.

L’importance de la culture locale dans le développement des messages nutritionnels

Les messages visant des problèmes qui ne sont pas perçus comme tels par la communauté n’auront guère d’impact, même si les nutritionnistes savent que ces problèmes sont bien réels. La différence de perception peut résulter d’un manque d’information de la communauté ou de croyances locales largement répandues. Par exemple, la sensation de fatigue et de vertige peut être si courante chez la femme enceinte qu’elle est considérée comme normale, alors que le manque de nourriture et l’anémie sont peut-être les responsables de ces malaises. De même, certaines traditions concernant l’ordre de préséance dans la distribution familiale des plats ou des meilleurs morceaux sont parfois si solidement établies que le risque qu’elles font courir à la santé des enfants en âge d’être sevrés ne sera jamais reconnu. En pareil cas, on ne saurait s’attendre au moindre changement avant d’avoir expliqué de manière persuasive pourquoi ce changement est absolument nécessaire.

ENCADRÉ 74
LES MEMBRES DE LA FAMILLE ÉLARGIE ET LE PUBLIC INFLUENCENT LE COMPORTEMENT ALIMENTAIRE

De nombreux programmes de communication en nutrition se concentrent sur les mères de famille car, dans beaucoup de foyers, ce sont surtout elles qui procurent la nourriture et prennent soin des enfants. Cependant, d’autres membres de la famille, notamment le père, influencent souvent les achats d’aliments et leur répartition au sein de la famille. Si c’est principalement à la mère qu’incombe la responsabilité de nourrir la famille et de soigner les enfants, certains membres de la famille ou de la communauté jouent aussi fréquemment un rôle essentiel. Au Mali, par exemple, les hommes fournissent souvent le mil (l’aliment de base) à leur famille et achètent parfois d’autres aliments au marché. Le projet de communication en matière de nutrition du Mali élabore des messages pour encourager les hommes à apporter à leurs femmes davantage de mil (qu’elles peuvent troquer contre d’autres denrées), davantage d’aliments nourrissants provenant du marché et des aliments supplémentaires durant la grossesse.

Les membres de la famille ont une influence sur les pratiques alimentaires non seulement par leurs opinions et leur contribution financière à l’achat d’aliments, mais aussi par le temps qu’ils consacrent aux tâches domestiques. Des changements de comportement dans le domaine de la nutrition entraînent souvent des modifications dans la répartition du temps des différents membres de la famille. Par exemple, si une femme passe beaucoup de temps à allaiter son enfant, d’autres personnes du foyer devront peut-être assumer la corvée d’eau ou de bois. Il est donc important de leur adresser quelques messages et de les associer aux efforts visant à améliorer l’alimentation familiale.

Source: D’après FAO/OMS, 1992f.

Toute personne qui s’engage dans la contestation de traditions bien établies doit soigneusement éviter d’insinuer que les autres avaient donné de «mauvaises» informations et de blâmer les mères et leur entourage pour la foi donnée aux idées «d’autrefois». Le mieux sera de convaincre en premier lieu les personnes de l’endroit, qui seront alors en mesure de discerner la nécessité du changement; ensuite, la communauté se manifestera vraisemblablement en faveur de la suggestion de changement qui sera formulée. Cependant, les nutritionnistes pourront souvent proposer d’adapter les traditions, les habitudes et les coutumes existantes sans les bousculer totalement, si, au-delà de l’action à entreprendre, ils comprennent bien les raisons profondes qui la justifient. Toutes les communautés ont développé leurs propres approches des problèmes de santé, de nutrition et d’insécurité alimentaire saisonnière, et certaines de ces méthodes sont à la fois pertinentes et efficaces. Par exemple, de nombreuses sociétés réservent à leurs jeunes accouchées et autres mères allaitantes des aliments spécialement nutritifs. L’éleusine cultivée, Eleusine coracana, est la céréale préférée des mères allaitantes de culture Kikuyu au Kenya. Le sorgho est plutôt riche en protéines et contient aussi du calcium en grande quantité. Dans de nombreux pays d’Afrique, la germination et la fermentation servent traditionnellement à la préparation de gruaux de céréales. L’utilisation de ces préparations de type traditionnel comme aliments de sevrage et l’amélioration de la qualité nutritionnelle des grains germés et fermentés ont été discutés au chapitre 6. Les messages favorables au maintien de ces pratiques qui font partie de la culture locale trouveront une place légitime dans la communication nutritionnelle.

ENCADRÉ 75
IDENTIFICATION DES DIFFÉRENTS PUBLICS CIBLES BÉNÉFICIAIRES DE L’ÉDUCATION NUTRITIONNELLE

Pour prévenir la malnutrition protéino-énergétique, les publics cibles bénéficiaires peuvent être définis comme suit:

  • Groupe à risque: enfants de moins de cinq ans

  • Population cible: personnes ayant ces enfants à charge

  • Public cible primaire: mères des enfants

    - Segment A: mères analphabètes habitant en zone rurale
    - Segment B: mères analphabètes habitant en zone urbaine
    - Segment C: mères sachant lire et écrire

  • Public cible secondaire: agents de santé, assistants sociaux, professeurs de l’ enseignement secondaire, journalistes de la radio locale

  • Public cible tertiaire: autorités administratives et techniques des différents secteurs concernés; pères des enfants

Source: D’après FAO, 1993f.

Les systèmes locaux d’exploitation agricole comportent d’autres pratiques issues du savoir populaire et valables autant sur le plan nutritionnel que sur le plan écologique, par exemple les cultures associées de céréales, de haricots et de courges. Les systèmes traditionnels de solidarité, comme le partage des vivres, l’hospitalité et les strictes obligations d’entraide familiale peuvent être mis à contribution pour faciliter l’acceptation culturelle des messages de nutrition. D’autres aspects des effets des traditions et des coutumes locales relatives aux aliments et à leur consommation sont cités dans l’encadré 76.

Messages, médias et matériel d’appui

Pour éviter toute confusion, il convient d’établir une distinction nette entre les concepts de message, de média et de matériel d’appui. Le média est le canal de communication par lequel les messages sont transmis: par exemple, une causerie au centre de santé, une leçon scolaire par la radio. Le message est la formulation d’une idée ou d’un concept à transmettre à un public déterminé (par exemple, «le poisson est une bonne nourriture pour les enfants»). Le matériel d’appui est le véhicule sur lequel le message transite (par exemple, une affiche, un programme radio, un tableau de conférence).

L’élaboration du matériel et sa mise à l’essai

Quiconque élabore du matériel d’éducation nutritionnelle doit d’abord avoir le souci de retenir l’attention de l’audience. Pour qu’un message touche son public, ce dernier doit désirer l’écouter ou le regarder. Cet aspect présente une importance spéciale dans la conception de matériels qui doivent transmettre des messages par des moyens visuels. Les affiches, par exemple, comptent sur leur «pouvoir d’accroche» pour attirer l’attention, surtout lorsqu’elles sont exposées sans avoir été présentées par une communication face-à-face.

Les tests préalables forment une étape importante du développement des affiches, car une image peut offenser ou être mal interprétée, et les mots techniques comme «vitamine A» ou «nutriment» ne sont pas nécessairement familiers aux spectateurs. Cette mise à l’essai des messages est centrée sur les cinq caractéristiques suivantes:

ENCADRÉ 76
EFFETS DES PRATIQUES ET COUTUMES LOCALES SUR LES DISPONIBILITÉS ET LES FILIÈRES ALIMENTAIRES

Vieilles coutumes facilitant l’accès à de bons aliments

  • Méthodes traditionnelles d’agriculture et de pêche, qui préservent le sol, les populations de poissons, etc.

  • Aliments spéciaux, tels que poulet ou gruau fermenté, destinés aux femmes enceintes ou qui viennent d’accoucher.

  • Période de repos pour les femmes qui viennent d’accoucher.

  • Allaitement au sein pendant deux ans ou davantage et à la demande.

  • Aliments frais et complets au lieu d’aliments transformés et conservés (par exemple, feuilles vert foncé au lieu de chou, fruits frais au lieu de boissons en bouteille).

  • Période de deux ans ou davantage avant la naissance d’un autre enfant.

Vieilles coutumes pouvant bloquer la filière alimentaire

  • Familles trop nombreuses.

  • Contrôle par les hommes du budget consacré à l’alimentation familiale.

  • Aliments de sevrage volumineux.

  • Attribution aux hommes des plus grosses portions et des meilleurs morceaux lors des repas.

  • Absence de scolarisation chez les filles.

Nouvelles pratiques qui améliorent la filière alimentaire

  • Méthodes agricoles durables qui permettent d’augmenter les rendements.

  • Méthodes correctes de stockage, transformation et commercialisation des aliments.

  • Utilisation de moulins pour diminuer la charge de travail des femmes.

  • Scolarisation plus fréquente des filles (les femmes qui ont une meilleure instruction sont plus susceptibles de mieux nourrir et soigner leur famille, et d’avoir moins d’enfants, que celles qui ont peu ou pas d’instruction).

  • Davantage de foyers ayant l’électricité, l’eau courante et autres facilités de la vie moderne, qui permettent une préparation des repas plus facile et plus saine.

  • Davantage de familles qui écoutent la radio et lisent les journaux et les revues, ce qui leur permet d’avoir des informations utiles sur le budget, la production alimentaire et la préparation des repas, l’alimentation des enfants, la prévention des infections.

  • Davantage de familles qui utilisent des méthodes efficaces de contraception pour espacer les naissances et limiter le nombre d’enfants.

  • Contrôle plus étroit par les femmes de l’argent qu’elles gagnent.

  • Davantage d’enfants vaccinés dans les centres de santé; suivi de leur croissance et traitement précoce des infections.

Nouvelles pratiques pouvant bloquer les filières alimentaires

  • Alimentation au biberon.

  • Femmes allant travailler et qui laissent leurs bébés à des gardes inexpérimentées.

  • Moins de familles élargies, et beaucoup de femmes, y compris des adolescentes, qui élèvent seules leurs enfants.

  • Préférence des consommateurs pour les aliments étrangers, par exemple le blé (sous forme de pain blanc), qu’il est parfois difficile de produire localement.

  • Pratiques qui favorisent les naissances trop rapprochés, par exemple reprise de la vie sexuelle peu de temps après l’accouchement, ou allaitement maternel partiel ou inexistant des nourrissons de moins de six mois.

  • Nourriture toute prête de faible valeur nutritive, au lieu d’aliments frais et complets.

Ce que vous pouvez faire

  • Parler avec les gens des coutumes et pratiques locales qui influent sur la façon dont les aliments suivent les filières alimentaires, et les aider à identifier les pratiques qui permettent

    à tous d’avoir assez de nourriture et celles qui peuvent bloquer les filières.

  • Aider les gens à trouver les moyens de changer les coutumes et pratiques qui bloquent les filières alimentaires.

  • Encourager les coutumes et pratiques qui permettent aux aliments d’atteindre leurs destinataires, par exemple:

    - encourager l’allaitement au sein et décourager l’usage du biberon.

    - encourager les familles à partager la nourriture selon les besoins de chacun.

    - encourager les hommes à laisser aux femmes plus de contrôle sur le budget.

    - encourager les filles à aller à l’école et à y rester le plus longtemps possible.

Source: King et Burgess, 1993.

Les tests auprès de familles sont utiles à la mise à l’essai de messages relatifs aux activités pratiques, par exemple la meilleure manière de faire bouillir un aliment de sevrage. Dans ce cas, les résultats des tests serviront à sélectionner les meilleurs ingrédients et à ajuster les méthodes et les techniques aux conditions économiques des ménages, à la charge de travail des mères, aux habitudes alimentaires des familles, aux types d’ustensiles de cuisine et d’appareils de cuisson disponibles, ainsi qu’au goût des jeunes enfants. Le développement d’un produit commercialisable dans la communauté peut alors être entrepris.

Au Niger, le mini-projet vitamine A de Birni N’Konni pour la promotion d’aliments saisonniers riches en vitamine A s’est appuyé sur les jeux de rôle et le théâtre traditionnel pour aider les communautés à s’exprimer sur la faisabilité des diverses options de changement comportemental qui leur étaient proposées (Academy for Educational Development, 1995). Le recours à l’expression théâtrale convient aussi particulièrement bien à la communication nutritionnelle par messages radiodiffusés. Dans la seconde phase du projet ci-dessus, les créations théâtrales de 42 communautés ont été radiodiffusées par un émetteur régional sur une période de dix mois.

Les messages radiodiffusés doivent être brefs et spécifiques, de sorte qu’ils accrochent même l’attention des auditeurs occasionnels. Assortis de refrains à la mode, les messages seront plus attrayants, et l’emploi de deux ou plusieurs voix distinctes ajoutera à la variété et à l’intérêt de l’émission. Le message peut être incorporé dans un dialogue fictif entre une autorité crédible, comme un instituteur ou un médecin, et un «apprenant» avec lequel l’audience peut s’identifier. Le message doit mettre en relief une ou deux phrases simples, comme «des feuilles vertes pour des yeux brillants» ou «l’huile de palme empêche la cécité». Ces messages devront être répétés souvent, en modifiant légèrement les dialogues et en alternant les locuteurs pour éviter de lasser les auditeurs. L’encadré 77 présente une publicité radio sur la prévention de la cécité crépusculaire.

Les idées de changement devront être présentées différemment, selon les préjugés des communautés visées. En effet, le message doit offrir un bénéfice visible et apprécié. L’encadré 78 décrit le processus initial d’élaboration d’un message à partir d’un fait et sa modification basée sur les résultats d’un test préalable. L’encadré 79 présente des directives pour une élaboration correcte des messages. Une stratégie efficace de communication fera souvent appel à des messages différents aux diverses étapes d’un programme d’éducation nutritionnelle. Au cours des étapes initiales, les messages serviront à susciter l’attention et l’intérêt; plus tard, quand l’idée du comportement nouveau aura fait son chemin dans les esprits, des messages plus directs et plus incitatifs conviendront mieux.

Faire le bon choix d’un ou de plusieurs médias

Les programmes de communication peuvent recourir à deux catégories distinctes de canaux de communication: le face-à-face et les médias.

La communication verbale face-à-face peut impliquer, par exemple, un vulgarisateur agricole et un cultivateur, ou bien un agent sanitaire et un groupe de discussion sur l’alimentation infantile. La majorité du personnel des programmes de développement est impliquée dans la communication interpersonnelle et peut renforcer par cette voie les messages diffusés ou disséminés par la radio et autres médias. L’encadré 80 présente un choix de thèmes appropriés pour une communication face-à-face dans le développement agricole et rural.

ENCADRÉ 77
PUBLICITÉ RADIO SUR LA VITAMINE A: «FRUITS JAUNES ET LÉGUMES VERTS - LA LUMIÈRE DES YEUX»

Une fille:

(récitant par coeur) Des carottes, de la papaye, de la citrouille, du saag (épinard)...



La maîtresse:

C’est bien, Jyoti. Nous devons manger des carottes, de la papaye, du saag et de la citrouille. Ces fruits et ces légumes contiennent beaucoup de vitamine A, qui est nécessaire à notre santé. Que devons-nous faire pour éviter la cécité crépusculaire, la maladie des gens qui n’y voient pas quand il y a peu de lumière?

Un garçon:

Nous devons manger des carottes, des papayes, des mangues et des légumes verts tous les jours.



La maîtresse:

Oui, c’est cela. Est-ce que vous mangez ces fruits et ces légumes tous les jours?

Les élèves:

Oui, madame, tous les jours.

La maîtresse:

Quand vous n’avez pas de fruits jaunes, vous devez manger des légumes à feuilles vertes. Les fruits jaunes et les légumes à feuilles vertes vous donnent de bons yeux et un corps robuste. Vous avez tous bien compris?

Les élèves:

Oui Madame, nous avons tous bien compris.

La maîtresse:

A partir de maintenant, vous mangerez ces fruits et ces légumes tous les jours, n’est-ce pas?

Les élèves:

Oui madame, nous en mangerons tous les jours.

(La cloche de l’école sonne)

Une voix:

Pour éviter la cécité crépusculaire, chaque enfant doit manger tous les jours des légumes à feuilles vert foncé et des fruits jaunes.

Le slogan:

Pour la lumière des yeux, des légumes à feuilles vertes.

Source: IVACG, 1992.


ENCADRÉ 78
FORMULATION DES MESSAGES ET MODIFICATION APRÈS UN TEST PRÉALABLE

De nombreux jeunes enfants de la région ne grandissent pas bien. Cela tient notamment au fait que les aliments de sevrage sont trop bourratifs et pas assez énergétiques; les enfants manquent donc de calories pour leur croissance. Le message nutritionnel que les familles doivent recevoir est le suivant: «Quand on ajoute une matière grasse ou de l’huile à la bouillie d’un enfant, il a plus d’énergie et il grandit mieux.»

Avec les nutritionnistes et les femmes de la communauté, il faut élaborer un message simple à partir de la situation réelle, par exemple: «Ajoutez de l’huile ou une matière grasse à la bouillie de votre enfant. L’huile contient beaucoup de calories et aide les enfants à bien grandir.»

Testez le message au préalable pour voir si les gens le comprennent bien et font ce qui leur est conseillé. Vous remarquerez peut-être les faits suivants:

  • les gens n’ont pas de matière grasse, mais ils ont des arachides;

  • ils sont persuadés que les aliments gras donnent la diarrhée aux enfants;

  • ils ne comprennent pas le lien entre «beaucoup de calories» et «bien grandir», mais ils savent qu’un aliment gras donne de la force et de l’énergie;

  • ils ne trouvent pas le message très intéressant ou ne savent pas à qui il s’adresse;

  • ils veulent savoir quelle quantité d’huile ils doivent ajouter.

Récrivez le message et testez-le de nouveau jusqu’à ce qu’il convienne. Le nouveau message pourrait être par exemple: «Mamans, vous voulez que votre bébé soit robuste et vigoureux? Ajoutez une cuillerée d’arachides pilées dans chacune de ses bouillies. Les arachides sont faciles à digérer et elles ne détraquent pas l’estomac de votre enfant.»

Source: D’après King et Burgess, 1993.

La communication en situation de groupe a longtemps constitué l’approche principale en éducation nutritionnelle. Jadis, ces rencontres étaient définies comme des «discussions», alors qu’elles se résumaient souvent à un simple monologue. Depuis lors, la communication en situation de groupe a fait des progrès. Un matériel considérable est maintenant disponible pour la formation des animateurs de discussions de groupe, y compris des méthodes pour la participation de groupe et des auxiliaires visuels et audiovisuels. La communication de groupe peut prendre la forme de démonstrations, de sessions de formation, d’expositions, de pièces de théâtre, ou de spectacles de plein air. Les exposés traditionnels ennuyeux sont désormais remplacés par la participation vivante et plaisante de l’audience (encadré 81). Cette approche a plus de chances de déboucher sur des actions destinées à résoudre les problèmes de la communauté.

ENCADRÉ 79
COMMENT FORMULER DES MESSAGES PERCUTANTS

Lors de la rédaction d’un message, il faut veiller aux recommandations suivantes:

  • Préparer des messages courts et simples, ne présentant que quelques idées clés.

  • Donner une information fiable et complète.

  • Répéter l’idée plusieurs fois.

  • Recommander des conduites précises.

  • Démontrer le lien qui existe entre le problème de santé et la conduite recommandée.

  • Utiliser un slogan ou un thème.

  • S’assurer que le message est présenté par une source crédible d’information (aux yeux du public cible).

  • Présenter les faits de façon directe.

  • Utiliser des colorations positives plutôt que négatives.

  • Utiliser l’humour sans offenser quiconque.

Source: FAO, 1993f.

Les médias comprennent la radio, la télévision et la vidéo, la presse écrite et les affiches. Les programmes de radio et de télévision peuvent adopter divers formats: conversations, débats, séries sentimentales, annonces publicitaires. La radio est un média très populaire dans le monde entier et peut constituer un instrument puissant de diffusion de messages et d’informations. Dans certains pays parmi les plus pauvres, de 2 à 4 pour cent de la population seulement auraient accès à la radio, selon les estimations. Cependant, dans la plupart des pays africains en développement, la proportion de la population qui se sert de la radio dépasse 10 pour cent et peut même atteindre 75 pour cent, par exemple au Kenya. La radio est principalement non interactive: en général, ses messages sont transmis dans un seul sens, du transmetteur à l’auditeur, sans que le transmetteur ne soit en retour immédiatement informé de son impact sur le programme. Néanmoins, des expériences récentes ont montré que la radio rurale a la capacité de stimuler de vives interactions parmi les villageois. La radio est un excellent média tant qu’il s’agit de motiver les gens et d’attirer l’attention sur des idées et des techniques nouvelles, mais elle ne convient guère pour transmettre un savoir détaillé ni pour la formation. Néanmoins, dans certains projets, l’écoute de la radio, prolongée par une information et une formation données par le personnel de vulgarisation, peut s’intégrer utilement dans une approche multimédia de plus grande ampleur.

ENCADRÉ 80
CHOIX DE THÈMES APPROPRIÉS POUR UNE COMMUNICATION FACE-À-FACE AVEC LES PARTICIPANTS EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE ET RURAL

Les messages nutritionnels jouent un rôle clé en matière de développement. Les promoteurs du secteur alimentaire savent bien qu’investir dans l’éducation du consommateur et dans la publicité est une opération rentable. Sans messages nutritionnels, les acquis d’un projet de développement, tels que les semences ou les aliments enrichis, risquent d’avoir peu ou pas d’effet sur les pratiques alimentaires des groupes de personnes auxquels ils sont destinés. On peut distinguer deux catégories de messages nutritionnels: ceux qui ont pour thème l’agriculture, et ceux qui concernent la santé et le développement de l’enfant.

Les thèmes du domaine agricole sont les suivants:

  • tendances des ménages dans la culture des plantes comestibles et l’achat des denrées, particulièrement en ce qui concerne l’adoption des nouvelles variétés et les répercussion des cultures de rapport sur la nutrition;

  • consommation d’aliments de bonne valeur nutritive dont la production est encouragée;

  • jardins familiaux et consommation de légumes et autres aliments protecteurs qui ne constituent pas l’objectif essentiel du projet;

  • stockage et préparation des aliments, en utilisant notamment des matériaux de construction et des combustibles disponibles sur place.

Les thèmes concernant la santé et le développement de l’enfant sont les suivants:

  • besoins nutritionnels spéciaux des groupes vulnérables, en particulier des femmes enceintes, mères allaitantes, nourrissons et enfants en période de croissance, l’accent étant mis sur l’allaitement maternel et les pratiques de sevrage;

  • régime alimentaire satisfaisant et comment bien se nourrir avec les aliments locaux;

  • alimentation pendant la maladie, notamment la nécessité de réhydrater et de nourrir les jeunes enfants qui souffrent de diarrhée.

Source: FAO, 1983b.


ENCADRÉ 81
UNE COMMUNAUTÉ SE MOBILISE EN FAVEUR DES ALIMENTS RICHES EN MICRONUTRIMENTS

Il est plus facile de modifier les habitudes alimentaires d’une communauté lorsque tous ses membres y participent. Dans le cadre d’un projet de nutrition de la FAO, un village du Niger a organisé un concours de plats préparés avec des aliments traditionnels riches en micronutriments. Les hommes, les enfants, les enseignants et les agents communautaires étaient invités à juger la qualité des plats. Beaucoup de publicité avait été faite à propos de ce concours, et les femmes étaient désireuses de faire de leur mieux. De nombreux villageois ont été surpris de voir qu’ils aimaient vraiment certains plats qu’ils n’avaient jamais goûtés auparavant. Ils ont donc accepté plus facilement les conseils qui leur étaient donnés de modifier leurs habitudes alimentaires.

En faisant participer tous les membres de la communauté, les organisateurs du concours ont créé une ambiance favorable, dans laquelle le changement d’attitude était devenu souhaitable. Comme l’activité en question a concerné différents groupes de population, outre le public cible primaire, ses résultats sont devenus une incitation à de nouveaux changements.

Source: FAO, 1993b.

La force de la télévision réside dans la combinaison d’images mobiles et de sons. Bien que les messages transmis par la télévision puissent revêtir une certaine force de persuasion, ce média n’est pas aisément applicable au développement agricole et rural de la plupart des pays en développement, pour la simple raison qu’elle n’est accessible qu’à une faible proportion de la population rurale. En revanche, la télévision exerce déjà une influence énorme dans les zones urbaines de la plupart des pays en développement.

La vidéo est devenue, dans l’esprit de beaucoup, le média par excellence. En effet, les magnétoscopes sont très performants, mais leur emploi doit s’appuyer sur une stratégie soignée, des producteurs capables et un bon accès aux moyens de post-production. En dépit de ses coûts élevés, la vidéo a largement supplanté les diapositives et les films fixes, qui avaient été naguère d’une aide inestimable comme auxiliaires de formation pour le développement agricole et rural, mais qui n’avaient pas l’attrait de la vidéo. La vidéo est semblable à la télévision, à cela près que la mise en mémoire des images et du son lui donne une grande souplesse de production et la possibilité d’une relecture immédiate des enregistrements.

La presse écrite a aussi ses limites, liées à l’illettrisme d’une partie de la population et aux difficultés de distribution des textes. Les journaux ont leur place dans les projets de communication dont le but est de mobiliser des populations urbaines sachant lire et écrire. Les bulletins, brochures et dépliants, ainsi que les tee-shirts imprimés, peuvent être utilisés à bon escient pour la sensibilisation des professionnels de l’agriculture, de l’éducation et de la santé. En outre, les affiches reproduisant des images sans texte peuvent former, à côté d’autres médias, un moyen effectif de communication avec toutes sortes de gens, même illettrés.

Le choix des médias pour un programme de communication en nutrition dépend, en définitive, de nombreux facteurs, par exemple budget disponible, niveau d’alphabétisation du public, disponibilité et niveau de formation du personnel de vulgarisation, couverture géographique du programme. Un état de fait dont l’importance échappe quelquefois est que les femmes n’ont pas toujours accès à la radio, du moins au bon moment, même dans les ménages qui disposent d’un récepteur. Bien qu’un poste de radio puisse être considéré comme la propriété du ménage, c’est souvent le chef de famille qui détermine les moments d’écoute et qui choisit les programmes.

L’approche multimédia que réalise, par exemple, une campagne radio couplée avec une activité de communication face-à-face par une équipe de vulgarisateurs bien préparés à travailler au sein de la communauté est la meilleure manière de faire passer des messages nutritionnels. Les différents médias s’épaulent l’un l’autre pour augmenter le nombre des personnes touchées, la fréquence avec laquelle un individu entend ou voit un message et le contenu des messages reçus en un laps de temps donné.

Le choix du moment est spécialement important pour les messages médiatiques, qui sont habituellement coûteux et souvent fort brefs.

La diffusion d’un message radio à l’intention d’une communauté agricole à un moment de la journée où tout le monde est aux champs serait un pur gaspillage de ressources. De même, la projection de films ou de diapositives en plein air, ou une pièce de théâtre, rassemblera plus de monde en saison sèche, après la récolte principale, que pendant les premières pluies. Un exposé aux mères de famille sur les meilleurs aliments à se procurer pour les repas sera probablement plus efficace s’il est présenté au marché du village où les femmes font leurs achats, plutôt que dans un centre de santé pendant une séance de pesée des bébés.

Les messages nutritionnels destinés aux communautés urbaines devront, de préférence, faire écho aux problèmes rencontrés par les nombreuses familles qui vivent la transition entre un système d’approvisionnement partiellement autosuffisant, basé sur la production domestique, et un système alimentaire urbain basé sur les achats payés en liquide. L’écart entre le taux de migration urbaine et la création d’emplois en ville est en train de s’élargir, de sorte que la pauvreté urbaine augmente dans de nombreux pays. Les achats de produits alimentaires, la consommation d’aliments transformés et de conserves et les repas pris à l’extérieur sont plus fréquents en ville qu’en zone rurale. Les messages nutritionnels porteront sur les problèmes d’hygiène et d’innocuité des aliments, d’étiquetage, de casse-croûte et de boissons sucrées, d’abus d’alcool et de stupéfiants; ils seront également destinés à attirer l’attention sur les avantages des subventions alimentaires ciblées et des programmes de distribution directe d’aliments. Les gouvernements devront s’attaquer résolument aux défis et aux problèmes d’organisation urbaine, de sorte que les consommateurs soient en mesure de faire des choix alimentaires à leur portée et justifiés sur le plan nutritionnel.

La radio peut constituer un média de bonne qualité pour son prix quand il s’agit de transmettre des messages nutritionnels ciblés sur les consommateurs urbains. Dans les grandes villes, il faut également penser à la télévision et proposer des messages pertinents en s’appuyant, par exemple, sur des apparitions en direct de personnalités bien connues du public et sur des feuilletons enregistrés en vidéo. L’encadré 82 présente quelques directives de communication en nutrition, basées sur l’analyse de programmes couronnés de succès.

L’éducation nutritionnelle à l’école

Les écoles constituent un média spécialement intéressant pour l’éducation nutritionnelle et pour les interventions en faveur de l’état sanitaire et nutritionnel des enfants. L’objectif de base est d’aider les écoliers à acquérir des connaissances en nutrition et de développer chez eux de saines habitudes de choix alimentaires et de consommation. Les enfants peuvent aider à promouvoir un changement de comportement alimentaire dans leur propre famille en réclamant des aliments nutritifs; quand ils seront parents à leur tour, ils pourront inculquer de bonnes habitudes alimentaires à leurs enfants. C’est pourquoi l’une des maximes les plus courantes sur la manière d’obtenir un véritable changement des habitudes alimentaires n’est autre que: «Allez à l’école!».

ENCADRÉ 82
DES PROGRAMMES EFFICACES DE COMMUNICATION EN NUTRITION

Suite à l’analyse des programmes de communication en nutrition dont les résultats ont déjà été constatés, les neuf généralisations suivantes peuvent être énoncées:

  • Pour développer une stratégie efficace de communication, une recherche approfondie s’impose.

  • Les campagnes de communication en nutrition les plus efficaces se fondent sur les préférences des consommateurs.

  • Ce sont les comportements portant sur des actions spécifiques qui ont le plus de chances d’être adoptés.

  • Pour influencer l’audience cible principale, il est parfois indispensable d’identifier et d’atteindre d’abord d’autres audiences cibles influentes.

  • Les personnes influentes de la communauté et les réseaux constituent souvent un moyen efficace pour promouvoir des solutions aux problèmes de nutrition.

  • Il est essentiel de répéter fréquemment les messages.

  • Il faut évaluer les moyens humains et matériels de communication pour savoir s’ils atteignent un nombre suffisant d’individus et de façon assez fréquente. Pour être efficaces, la plupart des programmes doivent combiner médias et contacts personnels.

  • Les animateurs doivent être formés aux techniques de la concertation et de la communication, et être supervisés de façon régulière.

  • Un long travail est nécessaire pour obtenir un changement de comportement.

Source: D’après FAO/OMS, 1992f.

Les observations disponibles sur l’efficacité des programmes d’éducation nutritionnelle à l’école montrent que le progrès des connaissances y est d’autant plus remarquable que l’environnement lui-même est porteur et que l’éducation nutritionnelle va de pair avec des activités pratiques relatives aux aliments et à la nutrition (Lytle et Achterberg, 1995). Les programmes scolaires d’alimentation, de jardinage et de santé offrent des occasions très favorables à l’enseignement pratique de la nutrition. La participation des écoliers et des étudiants au jardinage scolaire, à la composition des menus, à la sélection des produits alimentaires - d’origine locale si possible - et à la préparation des repas, donne à ces jeunes gens une expérience de première main dans l’apprentissage de pratiques alimentaires saines et correctes. Les locaux scolaires peuvent donc servir de «laboratoire» de démonstration et d’exercices pratiques de comportements alimentaires corrects. Une autre bonne façon d’établir un environnement favorable à l’éducation nutritionnelle consiste à impliquer les parents. Ainsi, certains programmes sont basés sur le concept de l’enfant qui sert d’éducateur social et de transmetteur direct de messages destinés à ses parents. Dans ces programmes, il est important de mêler autant que possible les parents et autres membres de la famille aux activités et aux expériences d’apprentissage. Par exemple, les parents peuvent être associés aux activités de production d’aliments, particulièrement dans le cadre des jardins scolaires.

Dans la province orientale de la Sierra Leone, la réforme du programme de formation des maîtres de l’école normale de Bunumbu a conduit à l’adoption d’une approche innovatrice en éducation nutritionnelle, avec la coopération du Ministère de l’éducation et l’assistance de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). La réforme avait pour objectif de former un nouveau type d’instituteurs, capables d’assister les communautés locales dans l’identification, l’analyse et l’amélioration de leur propre situation nutritionnelle et d’aménager un programme plus pertinent et mieux approprié pour l’enseignement de l’économie ménagère à l’école primaire. Des exemples du type de matériel pédagogique préparé pour cet enseignement sont cités dans l’encadré 83.

Les programmes scolaires ont des effets plus importants et plus durables s’ils sont associés à des activités communautaires. Le jardinage scolaire fournit de bonnes opportunités de participation communautaire, lorsque la disponibilité en eau ne pose pas de problème et que les services de vulgarisation agricole sont en mesure de fournir au programme les intrants et les conseils voulus. Ce type de programme contribue à remplacer graduellement «l’éducation en nutrition» par la promotion d’un «environnement nutritionnel» où chacun se retrouve impliqué, depuis les autorités pédagogiques jusqu’à la communauté villageoise. La finalité de ces programmes n’est donc pas seulement de transmettre des connaissances aux enfants, mais aussi d’améliorer la qualité de l’école et de la vie au village.

Les écoles donnent à la communication sociale en nutrition la possibilité de changer la situation à long terme. En effet, les messages propagés à partir des centres sociaux, des dispensaires et d’autres structures trouveront un terrain fertile chez les adultes de demain, dès lors que les écoles auront entrepris de les former en nutrition quand ils étaient jeunes.

ENCADRÉ 83
MATÉRIEL D’ÉDUCATION NUTRITIONNELLE POUR LA FORMATION D’INSTITUTEURS: EXEMPLE DE L’INSTITUT UNIVERSITAIRE DE BUNUMBU, EN SIERRA LEONE

Le matériel pédagogique suivant, destiné à l’éducation nutritionnelle, a été préparé pour des élèves de l’université, afin de les aider pendant leur formation et leurs stages:

  • manuel d’alimentation et de nutrition;

  • diagramme sur l’alimentation du nourrisson: «Préparez vous-même votre mélange de sésame»;

  • poster, «Le meilleur lait pour votre bébé est celui de sa maman»;

  • diagramme, «Les légumineuses», avec leurs différents contenus nutritionnels;

  • diagramme, «Préparer chez soi un remède contre la diarrhée»;

  • instructions sur la conservation des aliments locaux;

  • poster sur les différents groupes d’aliments disponibles sur place;

  • conseils pour la préparation de repas équilibrés pour les familles rurales à faibles revenus;

  • manuel pédagogique sur l’éducation nutritionnelle dans l’enseignement primaire.

Source: UNESCO, 1983.

La formation des cadres en éducation nutritionnelle et le rôle des différents secteurs

Les sections précédentes ont attiré l’attention du lecteur sur la nature interdisciplinaire des problèmes nutritionnels et montré les avantages d’une planification des interventions qui prend en compte la chaîne alimentaire toute entière, depuis le producteur jusqu’au consommateur. De même, la réalisation d’un programme de communication sociale en nutrition demande la collaboration de spécialistes de différents secteurs, dont l’agriculture, l’éducation, la communication, la nutrition et la santé, chacun d’entre eux devant avoir une notion claire de son rôle dans l’équipe.

Exception faite des agents de santé et des nutritionnistes, la plupart des professionnels ignorent presque tout de la nutrition humaine et devront recevoir une formation de base dans cette matière pour participer valablement aux activités d’éducation nutritionnelle. Il importe que cette formation comprenne aussi une préparation à l’évaluation participative des problèmes et à la participation aux activités multidisciplinaires. En effet, le succès d’un programme dépend pour une bonne part de la capacité du personnel à impliquer les membres des communautés dans un vrai dialogue sur leurs problèmes alimentaires et nutritionnels et à maintenir la meilleure coordination entre les divers secteurs et les différents niveaux concernés par les activités du programme.

Les vulgarisateurs agricoles

La plupart des vulgarisateurs agricoles entretiennent des contacts étroits et réguliers avec les cultivateurs et les cultivatrices de la communauté. Voilà pourquoi le personnel de vulgarisation de l’agriculture et de l’économie ménagère jouent un rôle crucial dans la diffusion des informations nutritionnelles et des messages concernant les programmes d’éducation et de communication en nutrition. Les agents de vulgarisation agricole sont bien placés pour promouvoir la production et la consommation d’aliments variés et améliorer ainsi la sécurité nutritionnelle des ménages agricoles. De même, les gains de productivité agricole, qui conduisent à l’amélioration du revenu et à la création d’emplois, particulièrement dans le secteur de la conservation et de la transformation des produits agricoles, apporteront toutes sortes de bénéfices aux communautés agricoles.

Le rôle de l’agent de vulgarisation agricole est de travailler en association avec les agents de santé et de nutrition à l’orientation et à l’encouragement de la communauté agricole en vue du meilleur usage de ses richesses et de ses opportunités agricoles. Les vulgarisateurs agricoles peuvent aider par leurs conseils à formuler des messages sur les cultures les mieux indiquées et les plus prometteuses pour la région. Ils peuvent également aider les agriculteurs locaux à sélectionner les variétés et les lignées de semences locales les mieux adaptées aux contraintes qui prévalent dans la région et faire passer, à la communauté, par le réseau de communication pour l’éducation nutritionnelle, des conseils sur la propagation et la distribution de ces graines et semences. A travers les groupes agricoles et leurs organisations de crédit, ils peuvent orienter et aider les agriculteurs dans les procédures d’emprunt et d’acquisition d’intrants, et formuler des messages pour disséminer ces avis et cette information auprès d’un plus vaste public.

Les vulgarisateurs agricoles peuvent concevoir des messages techniques pour encourager les agriculteurs à produire et commercialiser des cultures plus variées et mieux étalées dans le temps. Ils peuvent aussi développer et promouvoir, avec la collaboration des agriculteurs locaux, une extension des surfaces exploitées en cultures mixtes, de façon à maximiser l’utilisation des terres disponibles. Se mettant à l’écoute des exploitants, les vulgarisateurs sauront identifier les contraintes et les problèmes de l’agriculture locale et, par suite, veiller à la pertinence, au réalisme et à la faisabilité des messages nutritionnels. Ces agents sont donc en bonne position pour orienter le secteur de la nutrition vers les problèmes alimentaires prioritaires et perçus comme tels par la communauté.

En Afrique, les économistes ménagères, qui travaillent souvent aussi dans le cadre du Ministère de l’agriculture, forment un groupe important pour l’amélioration de la sécurité alimentaire et de la nutrition des ménages, particulièrement en zones rurales. Elles conseillent les ménages sur la manière d’augmenter leurs ressources et d’utiliser plus efficacement les moyens dont ils disposent. Elles apprennent aux familles à cuisiner en préservant la valeur nutritionnelle des aliments et en économisant le combustible, à améliorer les méthodes traditionnelles de conservation et de stockage des vivres, à nourrir chacun selon ses besoins nutritionnels et à rendre plus gratifiants de multiples autres aspects de la vie commune. La formation en économie ménagère inclut d’ordinaire une forte composante d’enseignement de la nutrition, mais il est important de veiller à ce que cet apprentissage comporte aussi des expériences de terrain et qu’il soit vraiment orienté vers la pratique, de sorte que les diplômées aient la compétence voulue pour affronter les situations de l’Afrique rurale.

Les vulgarisateurs agricoles et les économistes ménagères qui ont acquis une plus large compréhension de la sécurité alimentaire et nutritionnelle se rendent bien compte de l’utilité des messages de promotion des jardins domestiques orientés vers la nutrition, et particulièrement vers la prévention des carences en micronutriments. Ils encourageront les communautés à adopter une approche productiviste dans l’élevage de petits animaux et l’installation de viviers à poissons, non seulement pour le commerce mais aussi pour l’autoconsommation. En effet, en soutenant ces activités, les vulgarisateurs contribueront à augmenter, varier et régulariser le flux des produits alimentaires mis à la disposition des ménages.

Les communautés villageoises servies efficacement et régulièrement par des équipes complètes d’agents de proximité pour la santé, la nutrition, la pisciculture, l’agriculture, l’éducation et le planning familial n’existent le plus souvent que dans l’idéal. Dans la réalité, «l’homme de la situation» ou quelquefois «la femme de la situation», qui est souvent un agent agricole, est régulièrement appelé à donner des avis sur une gamme très étendue de problèmes. C’est pourquoi les autorités qui assurent au personnel agricole de terrain une formation comprenant une expérience des problèmes humains, malnutrition comprise, en plus des problèmes de production animale et végétale, réalisent un précieux investissement en ressources humaines au plus grand bénéfice du public.

La réciproque est tout aussi valable, en ce sens que les nutritionnistes aussi doivent s’initier à certains aspects de l’agriculture et connaître de près les problèmes des familles qui se nourrissent essentiellement des produits de leur terre. Il peut donc s’avérer souhaitable d’introduire la nutrition humaine parmi les matières enseignées en agriculture et de former les agents de développement rural à certains aspects pratiques de la nutrition, du développement communautaire et de l’agriculture, en privilégiant, dans cet apprentissage de la réalité rurale, une approche centrée sur les personnes et pas seulement sur les produits. Dans certains pays d’Afrique, les ministères de l’agriculture et de l’éducation ont nettement pris conscience de la nécessité d’intégrer à la nutrition les aspects de production et de consommation des aliments; ils appliquent une pédagogie de promotion de cette intégration tant dans les programmes de formation qu’au niveau de la vulgarisation.

Dans plusieurs pays sahéliens, le département de l’information agricole du Ministère de l’agriculture organise des programmes spéciaux dont l’objectif est d’assurer à la population un état de nutrition satisfaisant, en l’encourageant à augmenter et à diversifier la production alimentaire et à mieux utiliser les aliments dont elle dispose. Des équipes nationales de nutritionnistes et de communicateurs sont formées à l’usage de programmes de radio rurale et de films sur la vie villageoise pour transmettre des messages nutritionnels aux communautés agricoles (encadré 84).

Le personnel de santé publique

Le personnel de santé publique s’occupe plus spécifiquement que tout autre des mères et des enfants qui sont les plus vulnérables à la malnutrition. Ce personnel a de longue date placé l’éducation nutritionnelle au premier plan de ses activités. Toutefois, c’est seulement depuis peu que la formation de ces agents a été modifiée pour qu’au-delà du simple traitement des maladies ils sachent privilégier la promotion de la nutrition, de la santé et de l’hygiène. En Afrique comme ailleurs, la prévention de la malnutrition et la promotion de bonnes habitudes alimentaires devrait l’emporter sur le traitement curatif. Il faut donc que les programmes de formation des agents de santé accordent plus d’importance à l’alimentation, de telle sorte que ces agents soient plus aptes à recommander la consommation d’aliments nutritifs disponibles sur place, à expliquer comment les introduire dans un régime alimentaire et comment les utiliser dans la confection des plats. La collaboration avec des vulgarisateurs agricoles aidera le personnel de santé à mettre au point des messages et des techniques réalistes.

ENCADRÉ 84
LE PROGRAMME FAO DE FORMATION POUR UNE MEILLEURE COMMUNICATION SOCIALE EN MATIÈRE DE NUTRITION AU SAHEL

Les interventions en matière de nutrition sont particulièrement délicates et nécessitent une intégration de toutes les approches: sanitaire, agricole, éducative et sociale, à tous les échelons d’un pays. La communication en nutrition joue un rôle capital dans la mobilisation sociale et encourage les modifications du comportement nécessaires pour améliorer l’état nutritionnel. La communication, qui suppose le partage du savoir, des idées et des techniques, constitue un aspect important de la vie quotidienne. Sur la base de cette analyse, la FAO a décidé de mettre en oeuvre un projet régional d’appui à la communication, intitulé «Soutien aux programmes sahéliens de lutte contre la malnutrition et l’avitaminose A en matière de communication». Dans chacun des cinq pays - Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad -, des équipes intersectorielles ont été formées pour appuyer la mise en oeuvre de campagnes de communication sociale, éducative et institutionnelle. Les instruments privilégiés de ces campagnes sont la radiodiffusion, les auxiliaires audiovisuels et la vidéo, l’objectif final étant de faire des communautés villageoises les principaux acteurs de l’amélioration de l’état nutritionnel des familles.

L’activité principale du projet est la formation des équipes intersectorielles de communication, qui consiste en trois ateliers participatifs: radio rurale, supports audiovisuels et vidéo. Le projet regroupe les représentants nationaux et les représentants des autres partenaires.

Un important acquis du projet a été l’établissement d’une liste de 10 thèmes prioritaires pour la campagne multimédia de lutte contre la malnutrition et l’avitaminose A dans le Sahel, notamment: mettre en évidence les liens qui existent entre alimentation et maladies nutritionnelles; encourager la production, la diversification, la conservation et la transformation d’aliments locaux toute l’année, en vue d’assurer la sécurité alimentaire au sein du ménage; amener les groupes à risque à consommer suffisamment d’aliments riches en vitamine A et en fer; associer la communauté villageoise à l’identification et à la prise en charge des problèmes nutritionnels.

Source: D’après Rokia Ba Touré, 1993 (résumé en anglais).

Les spécialistes en communication et les journalistes

Les spécialistes en communication sont importants dans le monde moderne où les systèmes de communication sont complexes. Ils ont un rôle spécial à jouer dans la conception et la formulation des messages nutritionnels et dans leur traduction en documents appropriés. Les techniciens en communication ont la responsabilité du matériel audiovisuel et des questions de son et d’édition. Les journalistes sont également nécessaires, mais ils sont encore trop peu nombreux dans les pays en développement, notamment pour travailler avec les ministères de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Les journalistes ont d’ordinaire une formation de généralistes, et peu sont ceux qui détiennent l’expertise nécessaire pour communiquer correctement au public des informations sur la santé et la nutrition. C’est pourquoi les programmes de formation, comme celui qui est présenté dans l’encadré 84, sont indispensables pour promouvoir une éducation nutritionnelle efficace et promise à la réussite.

L’information et la formation des hauts responsables

Les responsables politiques et les décideurs forment une autre catégorie de personnel ayant besoin d’informations en matière de nutrition. Les fonctionnaires d’Etat responsables du développement sont les plus puissants des acteurs, car les décisions qu’ils prennent et leurs propres actions déterminent le bien-être de leur nation. Il est donc très important qu’ils comprennent les implications nutritionnelles de leurs politiques et de leurs plans. L’information nutritionnelle de la classe politique et la formation spécialisée ou la «prise de conscience» du personnel de planification devraient donc faire partie intégrante de tout programme national, y compris des programmes nationaux d’éducation nutritionnelle.

Il est nécessaire que les planificateurs et les décideurs aient une bonne connaissance des besoins nutritionnels de la population, des difficultés qu’éprouvent en particulier les communautés pauvres à trouver une nourriture suffisante, saine et appropriée. Il faut que les conséquences de la surconsommation leur soient également bien connues. Cette compréhension leur permettra, au moment d’élaborer les plans nationaux de production, de transformation, d’importation et d’exportation des produits alimentaires, de prendre les mesures voulues pour que les groupes les plus vulnérables de la population bénéficient d’un meilleur accès à la nourriture. Ils partagent aussi la responsabilité d’approuver les normes de composition nutritionnelle et d’innocuité des produits de l’industrie alimentaire. Ils doivent reconnaître les effets négatifs que les politiques et les programmes d’ajustement structurel et la suppression des subventions agricoles peuvent avoir sur l’état nutritionnel des groupes vulnérables.

ENCADRÉ 85
EXEMPLES DE PROGRAMMES DE COMMUNICATION EN NUTRITION DESTINÉS À LA CLASSE POLITIQUE

Les responsables politiques représentent une audience influente pour la communication en nutrition. Au Brésil, le soutien des hauts-responsables a été indispensable lors de la grande campagne nationale d’allaitement maternel en 1981 et 1982. Pour s’assurer de leur soutien, les défenseurs de l’allaitement au sein ont préparé une présentation de diapositives qui, sans complaisance, mettaient l’accent non seulement sur les bienfaits de l’allaitement au sein pour la santé et la nutrition, mais aussi sur le coût et les pertes de devises fortes liés à l’utilisation de produits de remplacement du lait maternel. La présentation des diapositives a amené les ministres et d’autres hauts-fonctionnaires du gouvernement central et des différents états à encourager fortement l’allaitement maternel.

Il est évident que les responsables politiques décident des priorités budgétaires, mais ils ont aussi le pouvoir de faire de vastes réformes législatives qui peuvent avoir des répercussions importantes sur le comportement nutritionnel. Par exemple, les politiques concernant le congé de maternité, les services de soins aux enfants, les installations permettant l’allaitement maternel sur le lieu de travail, ainsi que les pauses dans le travail des femmes, peuvent aider les mères qui travaillent à continuer d’allaiter leur enfant plutôt que de recourir à des laits artificiels. En même temps, des lois exigeant l’enrichissement d’aliments spécifiques (par exemple, l’iodation du sel ou l’enrichissement en vitamine A) peuvent grandement aider à résoudre le problème de l’adjonction de micronutriments aux régimes qui en manquent. Au Guatemala, par exemple, suite aux efforts déployés par des spécialistes en nutrition pour faire pression sur les pouvoirs publics, une loi a été votée dans les années 70, qui exigeait que tout le sucre fabriqué au niveau national soit enrichi en vitamine A. Cette mesure a énormément simplifié le problème de la distribution.

La communication en nutrition peut jouer un rôle même après la promulgation des lois, en assurant que ces dernières sont bien appliquées. Ainsi, dans l’état de Santa Catarina, au Brésil, la proportion d’usines équipées d’installations de soins pour enfants est passée en un an de moins de 10 pour cent à 85 pour cent, suite à une campagne publicitaire menée de 1982 à 1983, qui rappelait les obligations légales. Un autre volet sous-utilisé des programmes de communication en nutrition est l’information des responsables politiques en ce qui concerne l’impact nutritionnel d’autres politiques de développement relatives à la production et aux problèmes agricoles, aux facteurs macro-économiques, à la croissance démographique, à la répartition géographique de la population, ainsi qu’à la qualité de l’environnement.

Source: D’après FAO/OMS, 1992f.

Quelques exemples de programmes de communication en nutrition destinés à la classe politique sont décrits dans l’encadré 85. L’information de ce public doit inclure des messages concernant l’étendue et le coût économique des problèmes nationaux de la malnutrition et des conséquences de cette dernière, telles que la cécité crépusculaire, les infirmités physiques et l’arriération mentale. Ces messages doivent, d’une part, souligner les effets nuisibles des carences nutritionnelles sur le budget de la nation et, d’autre part, démontrer comment la prévention de ces problèmes est possible au moindre coût et donc avantageuse pour le développement national.


[5] Une discussion thématique de groupe réunit habituellement de 6 à 12 personnes. La discussion sur un certain thème est lancée par un animateur qui dispose d'un plan bien établi, puis elle se déroule aussi librement que possible. Le but est que les participants se stimulent l'un l'autre, tandis que l'animateur, assis à l'arrière, prend note des principaux points de vue énoncés et des opinions qui émergent. Un animateur entraîné réussira à conduire les participants vers une prise de conscience plus nette de leur comportement et de leurs motivations.

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