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INTRODUCTION

Le présent manuel est essentiellement destine à la formation des personnes qui s'occupent des aspects pratiques de la lutte contre la tsé-tsé.

L'importance de la tsé-tsé tient à ce qu'elle est capable de propager des maladies parmi les hommes et les animaux domestiques. La tsé-tse est exclusivement hématophage et, lorsqu'elle pique la peau pour aspirer le sang, elle transmet aux hommes et aux animaux jusqu'alors indemnes, un parasite sanguicole, le trypanosome. Celui-ci provoque la trypanosomiase, une maladie qui est mortelle si elle n'est pas traitée.

Glossines et trypanosomes ont vidé de leur bétail de très vastes régions d'Afrique, empêchant ces zones de connaître un développement harmonieux. Ainsi, le petit agriculteur d'une zone à glossines ne peut-il pas utiliser la traction animale pour accroître la superficie cultivée et ne peut améliorer sa terre au moyen du fumier. Les éleveurs des régions voisines sont dans la crainte perpétuelle d'une flambée de la maladie et s'efforcent de l'endiguer par divers moyens, notamment par le traitement médicamenteux du cheptel. Le déplacement du bétail à la recherche de nouveaux pâturages ou d'autres marchés accroît considérablement les risques d'infection et de pertes matérielles.

L'homme n'échappe pas non plus à la trypanosomiase. L'affection humaine s'appelle maladie du sommeil. Elle existe S l'état endémique dans de vastes régions d'Afrique, c'est-à-dire qu'elle y est présente mais avec une prévalence faible. Dans ces régions, elle n'est qu'un problème médical parmi tant d'autres auxquels doit faire face la population rurale. Cependant, qu'il s'agisse de sa forme occidentale (gambienne) ou orientale (rhodésienne), la maladie peut prendre quelquefois une allure épidémique, avec des conséquences extrèmement graves pour les populations touchées. Il faut alors abandonner les villages et des régions entières se dépeuplent. Là où vivaient auparavant diverses communautès, réapparaît la brousse et nombreux sont ceux dont la vie est menacée.

On peut utiliser plusieurs méthodes pour tenter de faire reculer la trypanosomiase et d'en amoindrir les effets et il ne fait pas de doute que toute campagne de lutte menée S l'échelle continentale reposera sur une combinaison de ces méthodes. L'une d'entre elles consiste à utiliser des médicaments qui guérissent la maladie ou l'empêchent de frapper les populations humaines et animales. Bien que fort utiles, ces produits présentent un certain nombre d'inconvénients tenant notamment à leur coût, qui peut être très élevé, à la difficulté d'organiser le traitement de tous les bovins au moment voulu, et enfin, et c'est le plus grave, au fait que le parasite (le trypanosome), risque à la longue de devenir résistant aux médicaments utilisés contre lui.

Une autre méthode peut rendre des services; elle consiste a utiliser des bovins trypanotolérants, c'est-à-dire des races spéciales (par exemple Baoulé et N'Dama) possédant une aptitude naturelle a survivre dans les régions infestées. Malheureusement, l'introduction de ces races est coûteuse et les animaux ne sont pas forcément aussi productifs que le zébu ou d'autres races, ni aussi efficaces comme animaux de trait. Aussi, et bien que la possibilité d'utiliser plus largement des bovins trypanotolérants fasse l'objet d'une étude minutieuse, nombre de problèmes très importants restent a résoudre.

En ce qui concerne la maladie humaine, l'organisation d'un contrôle médical systématique de la population (dépistage), suivi du traitement et de la guérison des cas décelés, constitute une étape vers l'élimination de la maladie. Toutefois, cette méthode n'a jamais permis d'éradiquer totalement la maladie d'une région. Si pour une raison ou pour une autre, par exemple une pénurie de personnel médical, le dépistage vient à être négligé, la maladie peut prendre une allure épidémique et affecter un grand nombre de personnes. Reste la possibilité d'éliminer la trypanosomiase en se débarrassant de la tsé-tsé. De fait, si l'on pouvait exterminer toutes les tsé-tsé d'Afrique, la maladie du sommeil pourrait du même coup être éliminée. La trypanosomiase bovine disparaîtrait également en grande partie, tout en continuant malgré tout à être propagée par d'autres mouches piqueuses. D'ailleurs, il ne serait pas nécessaire de s'attaquer à toutes les espèces de glossines, mais seulement à celles qui transmettent la maladie à l'homme et au bétail.

A la vérité, réduire notablement les vastes zones à glossines qui parsèment le continent africain n'en resterait pas moins une tâche considérable. Pour y parvenir, il est nécessaire d'élaborer des méthodes de lutte meilleur marché, plus sûres et plus efficaces et de disposer des personnels compétents pour les mettre en oeuvre.

La formation de ces personnels de lutte contre la tsé-tsé constitue donc une partie essentielle de tout programme d'envergure visant à écarter d'Afrique la menace de la trypanosomiase, ou à tout le moins, de la réduire sensiblement. Le présent Manuel a pour but d'aider à la formation de ces personnels en leur exposant les éléments de la biologie, de l'anatomie, du comportement et de l'écologie de la tsé-tsé, ainsi que les principales méthodes dont on dispose pour la combattre. Les conséquences nuisibles de ces méthodes sont également envisagées et l'on s'efforce d'encourager l'adoption d'une attitude responsable vis-à-vis de ce problème aux multiples facettes.

Il est nécessaire, pour ceux qui étudient la lutte sur le terrain contre les glossines, de comprendre que les techniques comme les idées actuellement préconisées peuvent, à mesure que notre compréhension du développement rural et des méthodes de lutte s'affine, être améliorées. Ce qui implique que certaines parties de ce Manuel, devenues périssées, devront être révisées.


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