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CHAPITRE I
ANATOMIE EXTERNE DE LA GLOSSINE

On entend par anatomie la structure du corps, en l'occurrence celui de la tsé-tsé.

1.1 CUTICULE

Comme tous les autres insectes, la tsé-tsé est revêtue d'une solide carapace ou cuticule. Celle-ci recouvre la totalité du corps, yeux compris. Pour la plupart, les pièces de cette carapace sont rigides, mais certaines zones demeurent flexibles, notamment la base de l'aile, les articulations des pattes et le point où les pièces buccales s'articulent sur la tête; ces pièces peuvent donc se mouvoir facilement. La cuticule située à la partie inférieure (ventrale) de l'abdomen est élastique de sorte qu'elle peut s'étirer lorsque l'abdomen se remplit d'un abondant repas de sang (voir 2.1.6).

Les mouvements des pattes sont commandés par des muscles fixés sur la face interne de la cuticule des pattes; le battement rapide des ailes pendant le vol est assuré par de très gros muscles intrathoraciques.

1.2 ASPECT EXTERIEUR (Fig. 1.1, 1.2)

La tsé-tsé présente toujours une teinte brun ou gris-brun; quelquefois, on note une légère touche de rose ou de rouge roussâtre. Plusieurs espèces sont de couleur très sombre. Le corps porte en général des taches claires et foncées, ce qui rend, l'insecte difficile à distinguer lorsqu'il est posé sur l'écorce d'un arbre, un rocher ou sur le sol. Au repos, la tsé-tsé a normalement l'air assez mince car ses ailes sont repliées l'une sur l'autre (fig. 1.3) au lieu de s'écarter vers l'extérieur en faisant un certain angle avec le corps comme c'est le cas chez la mouche domestique et la plupart des calliphorines. Immédiatement après un repas de sang, l'abdomen de la tsé-tsé est gonflé, arrondi et rouge.

Fig. 1.1

Fig. 1.1 Représentation schématique d'une glossine vue par sa face dorsale, ailes écartées.

Fig. 1.2

Fig. 1.2 Représentation schématique d'une glossine vue par sa face latérale, ailes repliées.

Fig. 1.3

Fig. 1.3 Glossine vue par sa face dorsale, ailes repliées.

Le corps se compose de trois parties principales: la tête, le thorax (auxquels sont fixées les ailes et les pattes) et l'abdomen.

1.3 TETE (Fig. 1.4)

1.3.1 Yeux composés. La tête porte une paire de gros yeux composés (ou yeux à facettes). Chacun d'entre eux est constitué de milliers de petits éléments rétiniens appelés facettes ou ommatidies. La partie de l'ommatidie qui forme la surface de l'oeil est appelée lentille cuticulaire. Les lentilles proches de l'axe de symétrie de la tête sont légèrement plus grandes que celles situées sur les côtés. On pense que chez certaines espèces, l'oeil composé est capable de déceler des objets en mouvement à une distance d'environ 150 m. Il assure une excellente vision rapprochée et un léger mouvement à proximité de l'insecte peut provoquer son envol. Chez la mouche vivante, les yeux composes sont brun foncé.

1.3.2 Yeux simples ou ocelles. Situés au sommet de la tête, ils sont egalement sensibles à la lumière mais leur fonction exacte est incertaine.

1.3.3 Antennes (Fig. 1.5). A l'avant de la tête, dans une depression située entre les yeux composés, sont implantées les deux antennes. Chaque antenne comporte trois segments ou articles dont le troisième, le plus grand, porte les arista ou chètes.

Les arista sont de longues et fines structures ressemblant à un cil et portant une rangée de soies branchues sur la face supérieure.

Fig. 1.4

Fig. 1.4 Schéma de la tête d'une glossine, vue de face.

Fig. 1.5

Fig. 1.5 Antenne de glossine; 1, 2, 3: premier, deuxième et troisième articles de l'antenne.

Au niveau au troisième articles de l'antenne s'ouvrent deux petits orifices menant aux cryptes olfactives ou se trouvent de nombreuses sensilles (soies sensorielles) qui peuvent percevoir les odeurs présentes dans l'air. L'antenne est donc un organe olfactif.

1.3.4 Suture ptilinale (Fig. 1.4). Ligne mince entourant partiellement la partie de la face portant les antennes. Elle marque l'endroit où le ptilinium (une structure vésiculaire) apparaît lorsque la mouche commence à sortir de l'enveloppe pupale (voir 3. 6. 1). Après l'éclosion, le ptilinium est replié a l'intérieur de la tête et seule la suture ptilinale reste visible de 1'extérieur.

1.3.5 Pièces buccales. Les pièces buccales (Fig. 1.6, 1.7, 1.8) sont d'une très grande importance pour la vie de la mouche. Longues et étroites, elles peuvent percer la peau d'un animal, permettant à la mouche de lui sucer le sang; simultanément, la salive de l'insecte peut, par l'intermédiaire des pièces buccales, pénétrer dans le corps de l'animal piqué.

Lorsque la mouche n'est pas en train de se nourrir, toutes les pièces buccales sont disposées de manière à pointer en avant de la partie inférieure de la tête. Une paire de palpes maxillaires protègent la trompe, ou haustellum, plus fragile et qui se trouve située entre elles lorsqu'elle n'est pas utilisée. La trompe est très étroite (Fig. 1.6) . Elle est constituée de trois parties, le labium, le labre et l'hypopharynx (Fig. 1.7, 1.8).

1.3.5.1 Labium. Le labium, situé à la face inférieure de la trompe, est la plus épaisse de ces très fines structures. A son extrémité libre, il porte un grand nombre de toutes petites dents (dents labellaires). Ces dents peuvent entamer la peau d'un animal afin que la mouche puisse lui sucer le sang. Le labium est fixé à la tête par une extrêmité renflée, appelée bulbe, qui contient les muscles moteurs de la langue.

Fig. 1.6

Fig. 1.6 Tête de glossine (vue latérale);
A: pièces buccales en position de repos;
B: trompe abaissée

Fig. 1.7

Fig. 1.7 Tête de glossine en vue latérale; les pièces buccales ont été écartées à dessein.

Fig. 1.8

Fig. 1.8 Coupe transversale de la région médiane de la trompe de glossine.

Fig. 1.9

Fig. 1.9 Patte de glossine.

Fig. 1.10

Fig. 1.10 Nervures alaires de la glossine; 1, 2, 3, 4, 5: première, deuxième, troisième, quatrième et cinquième nervures.

1.3.5.2 Labre épipharynx. Le labre-épipharynx est situé à la face superieure de la trompe. L'association du labre et du labium forme un tube par lequel le sang est aspiré. Ce tube est appelé canal alimentaire.

1.3.5.3 Hypopharynx. L'hypopharynx est un tube extrêmement fin qui repose dans la gouttière que forme le labium et par lequel la mouche injecte sa salive a l'animal sur lequel elle se nourrit.

1.4 THORAX (Fig. 1.1, 1.2, 1.3)

Chez la mouche parvenue à maturité, le thorax est recouvert d'une cuticule rigide. Les trois paires de pattes sont fixées à la face inférieure du thorax, tandis que les deux ailes sont fixées au sommet de ses faces latérales. Juste derrière les ailes, à proximité du point où le thorax s'articule sur l'abdomen, se trouve une paire d'haltères ou balanciers.

1.4.1 Pattes (Fig. 1.9) . Chaque patte est formée des segments suivants: la coxa, le trochanter, le fémur, le tibia et les cinq articles tarsaux. Le dernier article tarsal porte deux griffes et deux pulvilles (pelotes). La coxa est fixée au thorax et n'est pas mobile.

1.4.2 Ailes (Fig. 1.10). Au repos, les ailes, repliées l'une sur l'autre, sont ramenées sur le dos de l'abdomen (Fig. 1.3) . Chaque aile possède un bord d'attaque résistant, renforcé par un certain nombre de nervures ; le bord de fuite est plus fragile de sorte que la membrane alaire peut facilement se déchirer et prendre un aspect irrégulier, en particulier chez les mouches âgées (voir 8.5.1).

Les nervures des ailes forment un reseau dont l'aspect est caractéristique de la tsé-tsé:

  1. la nervure 1 est très longue;

  2. les nervures 2 et 3 sont très rapprochées l'une de l'autre sur la totalité de leur longueur;

  3. la nervure 4 présente une partie basale très incurvée avant sa rencontre avec la nervure transverse antérieure. Cela donne à la cellule (espace limité par les nervures) située immédiatement après la nervure 4 un aspect particulier en forme de “hachette”.

1.4.3 Balanciers ou haltères. Ce sont deux organes en forme de massue situes à la base des ailes. Ils vibrent pendant que l'insecte est en vol et lui permettent de se diriger. Ce sont des organes sensoriels intervenant dans le maintien de l'équilibre.

1.4.4 Stigmates thoraciques. Il existe deux paires de stigmates thoraciques (orifices respiratoires) qui s'ouvrent sur les côtés du thorax; l'une est située au-dessus du point d'attache des pattes antérieures et l'autre, près de la base des haltères.

1.5 ABDOMEN (Fig. 1.1, 1.2)

Chez la mouche au repos, l'abdomen est recouvert par les ailes. On peut y distinguer sept segments, le mâle portant un appendice supplémentaire, l'hypopyge, qui est replié sous les deux segments terminaux (voir 1.5.1). Chaque segment de la face dorsale de l'abdomen est recouvert d'une plaque dure ou tergite; en revanche, la cuticule de la face ventrale est très élastique et peut s'étirer pour permettre à l'abdomen de recevoir l'énorme repas de sang et, dans le cas des femelles, les grosses larves. Si l'on examine l'abdomen par sa face ventrale on peut souvent apercevoir les restes du repas de sang (voir 7.6.1).

Fig. 1.11

Fig. 1.11 Extrémité postérieure de l'abdomen; différence entre le mâle et la femelle (face ventrale).

Fig. 1.12

Fig. 1.12 Vue latérale de l'abdomen de la glossine montrant les structures que découvre l'ouverture de l'hypopyge.

Sur les côtés de l'abdomen débouchent sept paires de stigmates (orifices respiratoires). L'anus s'ouvre à l'extrémité postérieure de l'abdomen.

1.5.1 Genitalia (organes génitaux externes) du mâle (Fig. 1.11, 1.12). Les génitales sont des organes permettant l'accouplement. Lorsque l'on observe une tsé-tsé mâle par sa face ventrale, on peut apercevoir une structure arrondie à l'extrémité postérieure de l'abdomen. Cette structure s'appelle l'hypopyge. Juste devant l'hypopyge se trouve une plaque portant des soies noires appelées hectors. Ces deux structures permettent de reconnaître facilement la mouche mâle (voir 8.2). L'hypopyge et les hectors aident le mâle à s'accrocher à l'extrémité de l'abdomen de la femelle pendant l'accouplement. Au début de celui-ci, l'hypopyge se déplie, découvrant les forcipules supérieur et inférieur ainsi que le pénis (ou édéage).

1.5.2 Genitalia de la femelle (Fig. 1.11). L'extrémité de l'abdomen de la femelle ne porte pas de structures importantes et apparentes correspondant à l'hypopyge et aux hectors du mâle. On distingue, par contre, en s'aidant d'une loupe, de petite plaques qui entourent 1'anus; elles sont situées immédiatement en avant d'un petit orifice (la vulve) par lequel sort la larve. Le nombre et la forme de ces plaques peuvent aider le spécialiste à identifier l'espèce.


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