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CHAPITRE 7
TECHNIQUES FONDAMENTALES POUR L'ETUDE DES GLOSSINES SUR LE TERRAIN

7.1 RECOLTE ET ETUDE DES PUPES

On trouvera dans le volume II, 1.3.2, une liste de sites dans lesquels on peut trouver des pupes. Les gîtes à pupes sont en général des endroits bien abrités, au sol meuble et sablonneux. Ils sont protégés de la lumière solaire directe par la végétation, des arbres tombés ou un rocher. Ils ne sont pas mouilles. La plupart du temps, on ne trouve qu'une enveloppe pupale vide, mais on trouve aussi quelques pupes vivantes.

Plusieurs raisons motivent la recherche des pupes dans le sol:

  1. Découvrir les principaux. gîtes à pupes et les traiter avec des insecticides persistants.

  2. Se procurer des pupes pour les étudier en laboratoire.

  3. Voir si les pupes ont des ennemis naturels, par exemple des parasites.

7.1.1 Ramassage des pupes à la main. C'est la méthode la plus simple et bien souvent la meilleure. Pour ce faire, on fouille le sol meuble avec les doigts jusqu'à une profondeur d'environ 4 cm. La fouille doit être minutieuse. Souvent, on peut trouver des pupes en grattant simplement le sol lorsque celui-ci se présente sous la forme d'une couche mince et meuble. Une fois la pupe mise à jour, il ne reste qu'à la ramasser.

7.1.2 Utilisation de tamis. Il est parfois utile de passer la terre au tamis (mailles № 7). L'opération est plus longue que le ramassage a la main, mais on est au moins sûr que toutes les pupes du gîte seront récupérées, ce qui n'est pas le cas avec la collecte manuelle. Le tamisage est recommande lorsque l'on fouille le sol dans les terriers d'animaux.

7.1.3 Flottation. S'il y a de l'eau, on pourra verser les échantillons de sol dans un seau d'eau et agiter. Les pupes montent à la surface ou l'on peut les recueillir. Ce traitement est inoffensif pour la pupe.

7.1.4 Conservation et transport. S'il faut transporter des insectes vivants, il est préférable de le faire au stade pupal car la plupart des mouches adultes meurent si elles restent privées de nourriture pendant plusieurs jours. On enfermera les pupes dans un morceau de tulle sans les serrer et on les placera dans une boîte. Pour empêcher le sac de mousseline de bouger pendant le transport, on bourrera la boîte avec un matériau fibreux, par exemple de l'herbe sèche et propre. Le meilleur système est constitue par des boîtes de polystyrène, car celles-ci sont très légères et isolent bien les pupes.

Une étiquette soigneusement remplie au crayon devra être placée dans le sac contenant les pupes. Elle portera les indications suivantes: lieu de ramassage des pupes, date, nom du ramasseur ainsi que toute autre remarque importante.

Si le paquet doit être expédié à l'étranger, il le sera par avion avec la mention: "Urgent, spécimens scientifiques sans valeur commerciale".

7.1.5 Conservation des pupes dans des cages jusqu'à l'éclosion imaginale. Dans certaines circonstances, par exemple au cours d'une campagne de pulvérisations aériennes, il peut être nécessaire de déterminer combien de temps il faut a la pupe pour donner naissance à une mouche, dans les conditions naturelles. Si des pupes fraîchement déposées sont enterrées au commencement de la campagne, on peut penser que lorsque toutes les mouches auront émergé de ces pupes, tous les imagos auront également émergé des pupes sauvages.

Pour étudier l'émergence des pupes on a imagine un dispositif comportant une boîte peu profonde (par exemple à peu près de la taille d'une boîte d'allumettes), dont le fond et le couvercle sont remplaces par un fin treillis métallique. La boîte est munie d'un tube de verre vertical fermé par un bouchon à son extrémité supérieure. On enterre la boîte de manière que les pupes soient à environ 4 cm sous la surface du sol. Le tube doit déboucher a l'air libre. Lorsque les mouches émergent des pupes, elles remontent jusqu'au sommet du tube ou l'on peut les voir et les ramasser, quotidiennement si nécessaire.

Les pupes fraîchement déposées peuvent provenir de colonies de laboratoire, dont plusieurs existent en Afrique.

7.2 COLLECTE DES TSE-TSE A L'AIDE DE FILETS

7.2.1 Filets. Les filets destines à la capture des mouches tsé-tsé peuvent être confectionnes au moyen d'une poche en tulle moustiquaire montée sur une armature circulaire munie d'un manche (Fig. 7.1). La moustiquaire de nylon convient bien mais il faut s'assurer que les mailles sont suffisamment petites pour que les insectes ne puissent pas se glisser hors du filet. L'embouchure du filet, qui est fixée à l'armature, doit étre renforcée au moyen d'une étoffe plus solide. On vérifiera que le filet ne comporte pas de déchirures; dans le cas contraire, il faudra le repriser.

Fig. 7.1

Fig. 7.1 Filet utilisé pour capturer les tsé-tsé A: vue de profil; B: dimension du filet et de la bande de tissu; C: dimensions de l'armature et du manche.

L'armature peut être confectionnée à l'aide de matériaux trouvés sur place (tige, racines, petites branches flexibles) ou avec du gros fil de fer courbé en forme. L'embouchure sera sensiblement circulaire avec un diamètre d'environ 18 à 23 cm. Certains préfèrent une embouchure ovale plutôt que circulaire. Le manche devra être court. Pour attraper une mouche qui s'est posée sur le corps, une feuille, une branche, un tronc ou le sol, approcher le filet très lentement jusqu'à quelques centimètres de la mouche puis le ramener rapidement vers le haut ou les côtés en "cueillant" l'insecte d'un coup rapide et appuyé; ensuite retourner vivement le manche afin de rabatter la poche sur le filet pour emprisonner l'insecte.

Les mouches au repos qui viennent de se gorger se déplacent beaucoup plus lentement que les mouches affamées. Si, pour des raisons particulières, on désire ramasser des mouches récemment gorgées, il suffira d'un coup de filet plus lent pour les attraper (voir 8.6.3).

Pour tuer la mouche, lui comprimer le thorax entre le pouce et l'index pendant qu'elle se trouve encore dans le filet. Les mouches seront placées dans des tubes à spécimens ou tout autre récipient convenable. Même avec le thorax écrasé, les mouches peuvent quelquefois encore se traîner sur le sol; il faut donc veiller à ce que les insectes capturés ne s'échappent pas lorsqu'on ouvre le récipient pour en ajouter d'autres,

Si l'on capture les mouches dans le but de trouver l'âge moyen de la population des tsé-tsé par la méthode des éraillures des ailes (voir 8.5.1), il faudra veiller tout particulièrement à ce que les ailes ne soient pas endommagées pendant que la mouche est dans le filet ou lorsqu'on la ramène au camp (voir 8.3.5).

7.2.2 Les pièges . Les tournées classiques de capture au filet sont laborieuses et les mouches attrapées ne sont pas exactement représentatives de la population de glossines (voir 7.10.2).

C'est une des raisons pour lesquelles on s'est efforce d'imaginer des pièges capables de capturer les mouches de façon plus efficace. De nouveaux modèles apparaissent chaque année.

L'emploi des pièges pose aussi des problèmes. La question de savoir où les placer pour qu'ils fonctionnent a plein, demande ancore à être étudiée. Le nombre de mouches prises au piège varie énormément d'un jour, d'une saison et d'un endroit à l'autre, pour des raisons qui ne sont pas encore bien élucidées. Les pièges doivent être examines et vidés chaque jour et même, parfois, plusieurs fois par jour.

7.2.2.1 Piège en forme d'animal. Ces pièges ont une forme qui rappelle vaguement celle d'un hôte vertèbre pour la glossine.

Ils sont constitués d'une boîte ou d'un écran placés sur des montants de manière à ne pas toucher le sol; l'écran ou la boîte sont surmontés d'une cage. Les mouches se posent sur l'écran et pénètrent dans la boîte par les fentes ménagées à sa base. En remontant vers la lumière, elles pénètrent dans la cage dont elles ne peuvent plus s'échapper.

Les écrans ou les housses des boîtes sont souvent confectionnés avec de la toile de jute ou un matériau similaire. Il faut les remplacer de temps à autre sans quoi le piège finit par ne plus attirer les mouches.

La figure 7.2 (B-G) montre divers types de pièges en forme d'animal:

Fig. 7.2

Fig. 7.2 Pièges à refuge artificiel; A: refuge artificiel avec couverture de chaume audessus de l'entrée et chambre-réceptacle; B: piège Harris; C: piège Swynnerton; D:piège Jack; E: piège Morris; F: piège Langridge; G: piège Moloo; H: piège biconique (Challier-Laveissière). Les pointillés indiquent la voie d'entrée possible des tsé-tsés et les tirets marquent la présence d'un filet.

le piège Harris, conçu pour G. pallidipes. C'est le premier piège mis au point pour capturer les tsé-tsé. Le piège Swynnerton, conçu pour G. pallidipes et G. fuscipes.

Le piège Jack, conçu pour G. morsitans, G. pallidipes et G. brevipalpis.

Le piège Marris, conçu pour G. palpalis et G. tachinoides.

Le piège Langridge, conçu pour G. pallidipes.

Le piège Moloo, conçu pour G. pallidipes et G. fuscipes.

Pour accroître les captures, on peut appâter le piège avec du fumier ou du gaz carbonique (émis par une bouteille).

Les pièges permettent de capturer rapidement et économiquement un grand nombre de mouches, en particulier des femelles. Malheureusement, ils sont encombrants et l'on ne peut en transporter que quelquesuns par véhicules.

On peut les utiliser pour déceler la présence de très faibles densités de glossines, pour étudier la distribution des tsé-tsé et dans le cadre des enquêtes après épandage d'insecticides.

7.2.2.2 Le piège biconique (Challier-Laveissiere) (Fig. 7.2 H). Ce piège capture certaines espèces appartenant aux trois groupes de glossines. Il est moins efficace pour la capture des espèces crépusculaires (celles qui ne sont actives qu'a l'aube et à la nuit tombante). Il est assez bon marché et, en outre, pliable de sorte qu'on peut en transporter beaucoup dans un véhicule; un seul homme peut même en porter plusieurs à la fois.

Il est constitué de deux cônes de toile, de taille approximativement égale, réunis par leurs bases et soutenus par une barre verticale qui traverse le piège de haut en bas en passant par le milieu. Le cône inférieur, en toile de coton bleue, est divise en quatre compartiments par deux écrans en toile noire, disposes en croix, et visibles à travers les quatre fentes aménagées dans le cône bleu. Le cône supérieur est en forte toile moustiquaire blanche. Au sommet de la barre verticale est fixe un petit cône en fil de fer recouvert d'un tissu moustiquaire. Ce petit cône est ouvert à sa base et a son sommet. Il constitue un système anti-retour qui conduit à une cage de récolte fixée au sommet du piège. Les mouches, attirées par le piège, pénètrent par les fentes sombres de la base et remontent jusqu'à la cage.

L'ensemble peut être fixé solidement au moyen de la barre verticale plantée dans le sol ou peut être suspendu, par un fil enduit de graisse, à une branche ou à un trépied. La partie inférieure de la barre ou le fil de suspension sont graissés pour éviter que les fourmis ne pénètrent dans le piège et n'emportent les mouches.

Le piège arrive à peu près à hauteur d'épaule.

7.2.2.3 Capture des glossines par des véhicules en marche. Un véhicule roulant, fenêtres ouvertes, à environ 10 km/h peut souvent être un bon piège à tsé-tsé. Il capture des mouches très affamées, avec une forte proportion de femelles. Ce système est particulièrement intéressant pour attirer de grandes quantités de mouches que l'on peut attraper au filet en arrêtant le véhicule de temps en temps. On peut ainsi capturer G. morsitans et certaines espèces qui sont difficilement décelées par les circuits habituels de capture (par exemple G. brevipalpis, G. longipennis, G. medicorum) . La méthode est commode et rapide, mais elle se limite aux pistes carrossables et dépend du carburant dont on peut disposer.

7.2.2.4 Pièges adhésifs. Ces pièges utilisent de la glu semi-liquide dont on badigeonne leur surface. Les écrans bleu sombre sont particulièrement attractifs pour G. palpalis et G. pallidipes. On peut les utiliser pour rechercher les lieux de repos (voir 7.4) ou déceler les mouches d'une zone peu infestée (par exemple, pour étudier rapidement un secteur on peut y envoyer un cycliste portant sur son dos une planche badigeonnée de glu). Cependant, les mouches ainsi capturées, enduites de glu, ne conviennent pas pour effectuer certaines études (par exemple d'évaluation de l'usure de l'aile ou la recherche des trypanosomes dans la trompe).

7.2.2.5 Refuges artificiels (Fig. 7.2 A). On peut les confectionner a l'aide de boîtes ou de gros tuyaux que l'on pose à même le sol dans les zones infestées. Ils offrent à la mouche un abri frais et sombre, où elle vient se réfugier, en particulier aux heures chaudes de la journée. Les mouches sont capturées au moyen d'une cage ou d'un filet places a l'entrée ou de surfaces adhésives disposées à l'intérieur. De la terre meuble placée au fond du refuge permet de récupérer les pupes qui ont pu y être déposées.

7.2.2.6 Pièges électriques. Ces pièges se composent d'une grille formée de fins fils métalliques parallèles électrifiés par une batterie de voiture ou de lampe torche. Les mouches qui se cognent à la grille sont électrocutées et tombent dans une trémie ou un plateau récepteurs que l'on vide ensuite.

Les pièges électriques à haute tension (alimentes par une batterie de voiture) brûlent les insectes et ceux-ci n'y restent pas accrochés, ce qui évite une réduction du rendement du piège. Cependant, les fils peuvent provoquer un choc électrique qui peut être mortel si on les touche, de sorte que ces dispositifs sont a utiliser avec une extrême prudence et sous surveillance étroite. Les pièges électriques à basse tension (alimentés par une pile de lampe-torche) sont plus légers et moins dangereux et donc mieux adaptés au travail d'un circuit ordinaire de capture. Toutefois, leur efficacité diminue à mesure que des insectes restent accrochés aux fils.

Ces deux types de pièges sont coûteux et de fabrication difficile.

Les pièges électriques sont utilisés pour les travaux de recherche mais pas encore pour les enquêtes de routine. Ils ont permis de montrer que:

  1. les êtres humains repoussent un grand nombre de G. morsitans et G. pallidipes (en particulier les femelles)

  2. il y a davantage de G. morsitans femelles qui s'approchent de l'homme et se posent sur lui que ne l'indiquent les captures au filet

  3. en plus des mâles et des femelles ténérales, il y a des femelles gravides dans l'essaim (voir Volume II, 1.2)

  4. tous les pièges en forme d'animal ont une faible efficacité (10 à 20% ou moins)

  5. les captures au filet sont moins efficaces lorsque la densité des mouches est forte.

En général les pièges électriques sont utilisés:

  1. pour étudier la physiologie et le comportement de la tsé-tsé sur le terrain. A cet égard, ils sont supérieurs a toute autre méthode

  2. pour vérifier l'efficacité des autres types de pièges (qui peuvent être d'un emploi plus commode que les pièges électriques) et des circuits de capture utilisant des filets, des écrans et des appâts vivants.

7.3 DETERMINATION DU SEXE (voir également 1.5)

On peut distinguer un mâle d'une femelle en examinant l'extrémité postérieure de son abdomen. Le mâle présente une saillie arrondie sur la face ventrale de l'extrémité postérieure de l'abdomen. C'est l'hypopyge (voir Fig. 1.11). Juste devant l'hypopyge se trouve une plaque recouverte de fortes soies noires (les hectors). La femelle ne possède ni hypopyge, ni hectors. Ces structures sont visibles à l'oeil nu ou mieux encore avec une loupe grossissant 10 fois. C'est le meilleur moyen de distinguer les sexes.

La femelle est souvent un peu plus grosse que le mâle. Par exemple si l'on a un groupe de mouches, i1 suffit de choisir rapidement les plus grosses et l'on verra que ce sont presque toutes des femelles. Toutefois, certaines femelles sont plus petites que les gros mâles, aussi la taille ne fournit-elle pas un moyen très fiable de déterminer le sexe.

7.4 METHODES D'ETUDE DES MOUCHES AU REPOS (voir également Volume II, 1.2.2)

7.4.1 Pendant la journée. Des chercheurs désireux de connaître les endroits où les mouches se reposent à certaines heures de la journée ont emprisonné des arbres et des buissons entiers dans une vaste cage moustiquaire. On introduit quelques mouches gorgées dans la cage et l'on observe ensuite avec soin les endroits où les mouches se reposent.

Pour capturer les mouches sur leur lieu de repos, une pâte adhésive est étalée sur les surfaces (branches, feuilles, troncs) où la mouche est supposée se reposer. On revient le lendemain et l'on enlève les mouches qui se sont prises dans la pâte. Si l'on pense que certains trous, terriers ou arbres creux peuvent constituer des lieux de repos, on pourra placer des filets au dessus afin de capturer toutes les mouches qui en sortent.

Ces études ont montré que pendant la journée les mouches se reposent en général à l'abri du soleil sur le tronc des arbres, sous les branches basses ainsi que sur les berges des rivières. Plus il fait chaud et plus la mouche se rapproche du sol pour se reposer. Pendant la saison chaude, les tsé-tsé se réfugient parfois dans des trous, entre des racines, etc., pour se reposer.

Pour capturer des mouches au repos, il faut tourner lentement autour du tronc, et chercher à distinguer la silhouette de la mouche qui se détache sur le ciel ou sur l'arrière-plan. Il est particulièrement difficile d'apercevoir une mouche qui se repose sur un tronc d'arbre. On peut essayer de tapoter le tronc avec le filet pour déranger les mouches et les rendre ainsi plus visibles. Les mouches récemment gorgées ne se déplaceront que sur de courtes distances pour revenir peu après au même endroit ou tout près. Il faut quelquefois beaucoup d'hommes pour rechercher les mouches au repos et c'est seulement dans les régions très densément infestées que l'on aura des chances d'obtenir un résultat rapide. Une équipe expérimentée devra quadriller lentement son secteur, en examinant les troncs et la face inférieure des branches basses. Les mouches de l'essaim suiveur (voir Volume II, 1.2.3) ne doivent pas être prises en considération; les endroits où elles se posent ne sont que très temporaires et ne peuvent être considérés comme de véritables lieux de repos.

7.4.2 Pendant la nuit. Pour étudier leurs lieux de repos noctures, on peut attraper des mouches pendant la journée, les marquer avec de la peinture fluorescente et les relâcher le même jour. La nuit, on les recherchera à l'aide de lampes ultra-violet.

Pour marquer les mouches on les vaporisera (sans exagération), avec une poudre fluorescente en suspension dans l'alcool isoprophylique. Lorsqu'on dirige le faisceau de la lampe à ultra-violets sur la mouche marquée, la peinture se met a luire intensément.

Le responsable s'assurera que les lampes à ultra-violets sont utilisées avec soin et à bon escient; en l'absence de protection, les rayons ultra-violets peuvent être dangereux pour les yeux.

On a également utilisé de la peinture réfléchissante pour marquer les tsé-tsé; c'est une peinture qui contient de minuscules billes de verre et qui brille dans l'obscurité lorsqu'on braque sur elle une lampe-torche ordinaire. Cette méthode est moins intéressante que celle qui utilise la poudre fluorescente (voir aussi Volume II, 1.2.2).

7.5 DISTINCTION ENTRE MOUCHES TENERALES ET NON TENERALES

Lorsqu'une mouche émerge de la pupe elle est plus légère et plus faible que l'insecte qu'elle deviendra quelques jours plus tard.

Entre son éclosion et la prise de son premier repas, la mouche est dite ténérale. Après avoir pris un repas, elle devient une mouche non ténérale.

On trouvera énumérées ci-après quelques-unes des différences entre la mouche ténérale et la mouche non ténérale.

 TénéraleNon-ténérale
Repas de sangPas de zone sombre visible dans l'abdomen quand la moucheest tenue face à la lumièreZone sombre dans l'abdomen (indiquant le dernierrepas de sang) quand la mouche est tenue face à la lumière
CouleurGris-blanc sur la face ventrale de l'abdomenBlanc-crème sur la face ventrale de l'abdomen
ThoraxLe thorax est souple (légère compression entre l'index et le pouce)Le thorax est plus ferme à la compression
PtiliniumAisément dégage par compression latérale de la têteDégagement difficile par compression latérale de la tête
Fig. 7.3

Fig. 7.3 Aspect de l'abdomen à divers degré de réplétion (stades de faim). A gauche, abdomen vu de profil, à droite, abdomen vu par la face ventrale (l'insecte est tenu face à la lumière)

7.6 DEGRE DE REPLETION (STADE DE FAIM)

7.6.1 Appréciation du degré de réplétion par examen externe (Fig. 7.3). Les considérations ci-après s'appliquent aux mâles de G. morsitans. Dans le cas d'une espèce sombre comme G. fuscipes, la méthode n'est pas tris satisfaisante.

Cette méthode a été utilisée pour les mâles des espèces comme G. morsitans. G. swynnertoni et G. palpalis.

Dans un échantillon de mouches constitué selon les méthodes habituelles par exemple lors d'une tournée de capture (voir 7–8), la proportion du repas de sang qui reste dans l'abdomen varie considérablement.

On distingue les quatre stades suivants:

StadePoints essentielsDescription détaillée
I
Gorge
Abdomen rouge ou bleu-noir opaqueVu par en-dessous, l'abdomen est rouge, terne et gonflé. Par la suite (mais on considère que c'est encore le Stade I), il devient bleunoir et un peu moins distendu. Tenu face à la lumière, il apparaît entièrement ou presque entièrement opaque.
II
Replet
L'abdomen n'est ni rouge ni bleu-noir, mais il est opaque sur au moins les ⅔ de sasurfaceVu par en-dessous, l'abdomen est légèrement distendu; une coloration gris-noir apparaît autour des stigmates. La couleur générale de la face ventrale est gris-bleuté. Tenu face à la lumière, l'abdoment est opaque au moins aux deux tiers.
III
Intermédiaire
Un tiers (deux tout au plus) de l'abdomen est opaqueVu par en-dessous, l'abdomen n'est pas distendu; les tachessombres latérales deviennent gris pâle. La moitié postérieure est souvent de couleur paille. La face ventrale est ridée, surtout la moitié postérieure. Tenu face à la lumière, l'abdomen ne paraît opaque que sur un à deux tiers de sa longueur.
IV
Affamé
Pas plus d'un. tiers de l'abdomen est opaqueVu par en-dessous, l'abdomen est plat ou concave (creusé). Il est en grande partie coloré en jaune paille.Tenu face à la lumière l'abdomen est translucide ou au 1/3 opaque.

Note:   Un objet opaque laisse passer un peu de lumière.
Un objet translucide laisse passer un peu de lumière.

Quelquefois on regroupe les stades II et III en un seul stade: le stade “non affamé”.

Première méthodeDeuxième méthode
Stade IGorgéa)Gorgé
Stade IIRepletb)Non affamé
Stade IIIIntermédiaire
Stade IVAffaméc) Affamé

7.6.2 Teneur des mouches en graisse. On pourra sans doute dans l'avenir, procéder de façon routinière à la détermination de la teneur en graisse des tsé-tsé, tout comme aujourd'hui on analyse les repas de sang. A ce moment-là, il deviendra possible de déterminer le stade de réplétion des mouches avec une précision bien plus grande qu'aujourd'hui.

7.6.3 Signes de faim déduits du comportement. L'expérience montre qu'une population de Glossina morsitans et G. swynnertoni dont une équipe capture au sol 80 pour cent ou davantage de mâles non ténéraux, est une population non affamée. Si la proportion de mouches capturées au sol est de 50 à 80 pour cent, la population est assez affamée; elle est très affamée si la proportion tombe à moins de 30 pour cent. Lorsque des mouches se posent sur une personne et qu'une importante proportion d'entre elles le font tête levée (c'est-à-dire la tête dirigée vers le ciel et l'abdomen vers le sol), on a affaire à une population affamée. Si, au contraire, les mouches sont peu nombreuses à adopter cette attitude, c'est que la population est moins affamée.

Dans le cas de G. palpalis, si une forte proportion de mouches est attrapée après s'être posée sur les captureurs, c'est que la population est affamée.

7.7 MARQUAGE DES MOUCHES EN VUE DE LEUR LACHER ET DE LEUR BECAPTURE

II peut être nécessaire, pour tel ou tel programme de recherche, de savoir approximativement combien de mouches vivent dans un secteur donné, quelle est l'importance de l'émigration et de l'immigration, ou encore quelle est la durée de vie des mouches. Pour ces études, on capture les mouches sans les endommager; on les marque avec un moyen quelconque (en général avec de la peinture) et on les relâche. Le taux de recapture de ces moaches permet de répondre aux questions ci-dessus.

Pour marquer les mouches, il faut être équipé de tubes de peinture à l'huile de couleur blanche, jaune, rouge et bleue. Trois de ces couleurs suffisent en général. Après avoir attrapé la mouche au filet ou au moyen d'un piège, on la saisit avec précaution entre le pouce et l'index et l'on met une touche de peinture sur son thorax aux endroits indiqués sur la Fig. 7.4. On peut la déposer à l'aide d'un bâtonnet pointu, par exemple, un cure-dents, ou d'un brin d'herbe sèche. Chaque semaine le thorax est marqué en un point différent, de sorte qu'au bout de six semaines, toutes les positions indiquées sur la figure sont occupées. On change alors de couleur. Une fois les trois couleurs utilisées, 18 semaines se seront écoulées. A ce moment, toutes les mouches marquées au cours de la première semaine seront mortes et l'on pourra de nouveau utiliser la première couleur. Toute mouche capturée au cours de la même semaine de marquage est immédiatement relâchée.

Le taux de recapture doit être normalement de un à deux pour cent ou davantage. Pour donner un exemple de la façon dont on exploite ces données, supposons que sur 1 000 mouches marquées, on en ait recapturé 100. On a donc un taux de recapture de 10 pour cent et le chef de programme peut en déduire que les 1 000 mouches initialement capturées représentent 10 pour cent de la population totale du secteur. Selon ce raisonnement, la population totale serait donc de 10 000 mouches. Toutefois, lorsqu'on cherche à évaluer la population, il faut tenir compte, entre autres, des taux de "natalité" et de "mortalité" ainsi que de l'immigration et de l'émigration qui ont pu se produire. On voit donc que ceci n'est pas un problème simple.

Fig. 7.4

Fig. 7.4 Régions du thorax utilisables pour le marquage à la peinture lors des études de capture - marquage - recapture

Une autre méthode de marquage utilise cinq ou six couleurs, c'est-à-dire avec du vert clair et de l'orangé en plus des quatre couleurs déjà mentionnées. Cette méthode permet d'enregistrer sur la mouche le jour de la capture. A cet effet, on utilise trois des points de marquage thoracique (Fig. 7.4). L'un des points indique le mois: par exemple, blanc peut signifier janvier, jaune, février, etc. Un autre point indique s'il s'agit de la lère, de la 2ème, de la 3ème ou de la 4ème semaine du mois: par exemple, blanc peut signifier la lire semaine, jaune la deuxième semaine, etc. Le troisième point indique le jour de la semaine: par exemple, blanc peut signifier lundi, jaune mardi, etc. Les autres points peuvent être utilisés pour préciser le lieu, la recapture, etc.

Le marqueur peut se déplacer avec un porte tubes pendu au cou. L'un des tubes contiendra une réserve de petits brins d'herbe sèche et les autres les diverses couleurs dans lesquelles il les trempera pour marquer les mouches. Chaque brin d'herbe n'est utilisable qu'une seule fois.

7.8 LES CIRCUITS DE CAPTURE

Un circuit de capture est un itinéraire jalonné à travers la brousse le long duquel se déplacent les captureurs qui s'arrêtent de temps à autre pour attraper les mouches(Fig. 7.5). Le même itinéraire sera parcouru régulièrement tout au long de l'année.

Le mot "circuit" vient de ce qu'a l'origine, le parcours était plus ou moins circulaire et s'achevait près du point de départ. Actuellement les itinéraires n'ont plus cette forme; ils peuvent traverser la brousse en ligne droite ou au contraire zigzaguer à travers celle-ci.

7.8.1 But des circuits. On les effectue pour obtenir des renseignments sur:

  1. les variations saisonnières de la répartition des tsé-tsé;

  2. la dépendance des tsé-tsé vis-à-vis de certaines formes de végétation;

  3. le comportement et le stade de répletion (stade de faim) des tsé-tsé aux différentes saisons;

  4. le succès (ou l'échec) d'un plan d'utilisation des terres comprenant par exemple des établissements humains, l'éclaircissement de la brousse et l'épandage d'insecticides.

7.8.2 Les différents types de circuit. Le type le plus fréquent comporte une équipe de captureurs de deux hommes ou davantage qui se déplacent par sections jalonnées de longueurs égales (en général 100 mètres). Il est important qu'une fois décide l'effectif de l'équipe, le circuit continue à être assuré par le même nombre de personnes. Cela, dans le but de faciliter les comparaisons d'une saison sur l'autre. Les trois autres types de circuit sont des variants du circuit de base.

Fig. 7.5

Fig. 7.5 Plan d'un circuit à travers la végétation (exemple). L'échantillonnage se fait sur différents types de végétation (forêts, claires, rivière avec galerie forestière, savane).

L'équipe pourra être dotée d'un écran de toile de jute ou d'étoffe noire ou bleue (60 × 90 cm) suspendu une perche de 2 m portée par 2 hommes. Cela accroît la surface d'attraction et permet une capture plus abondante avec certaines espèces de glossines.

  1. Circuit transverse. Le parcours est relativement simple et établi sans tenir compte du type de végétation traversée.

  2. Circuit de végétation (Fig. 7.5). Le parcours est établi de manière que ses différentes sections (qui ne seront pas forcément de longueur égale) permettent d'échantillonner les mouches dans divers typés de végétation.

  3. Circuit avec postes de capture (ou piquets). Pour la capture de G. tachinoides l'équipe pourra s'arrêter pendant environ une heure à des endroits détermines, qui conviennent le mieux à la capture des mouches (voir aussi 7.10.2).

  4. Circuit avec boeuf-appât. L'équipe emmène un boeuf qui sert d'appât. Cela permet d'échantillonner G. pallidipes et les espèces du groupe fusca qui sont moins empressées à s'approcher de l'homme que G. morsitans. Cette méthode est moins utilisée que les méthodes précédentes; on l'emploie plutôt dans les cas spéciaux ou dans le cadre d'une plus vaste enquête. Le boeuf doit être traite préventivement contre les trypanosomiases et laissé au repos entre chaque circuit.

7.8.3 Organisation des circuits et tâches des équipes.

7.8.3.1 Organisation d'un circuit. Le responsable qui organise un circuit a une raison particulière de le faire (voir 7.8.1) et le parcours sera choisi en fonction de l'espèce à échantillonner, selon que le circuit doit ou non traverser tous les principaux types de végétation (circuit de végétation) ou suivre un itinéraire indépendant de la végétation traversée (circuit transverse).

Si l'on désire savoir avec quelle fréquence la mouche vient au contact de l'homme (par exemple dans une zone où sévit la maladie du sommeil), une partie de l'itinéraire pourra longer une route, une piste ou un chemin. Toutefois, l'itinéraire devra en principe être tracé à travers la campagne.

Une carte précise de l'itinéraire choisi sera établie et conservée dans le bureau du responsable. Celui-ci devra donner des instructions concernant le nombre de circuits à effectuer sur le même parcours. On recommande un circuit toutes les semaines ou tous les quinze jours.

7.8.3.2 Balisage de l'itinéraire. Le parcours a, en général, 8 km de long, mais peut être ramené â 5 km dans les secteurs éloignés. Il est marqué par des jalons poses a intervalles de 100 m (ou quelquefois 50 m) indiquant les points d'arrêt. Le marquage s'effectue habituellement en entaillant un arbre (on détache un fragment d'écorce) à l'endroit voulu sur le parcours et en peignant un chiffre ou une lettre, selon le cas, sur l'entaille. On peut également faire une marque sur une plaque de métal clouée au tronc. S'il n'y a pas d'arbres, on peindra la marque sur un rocher. Les arbres seront marqués dans l'ordre des nombres croissants ou dans l'ordre alphabétique, depuis le point de départ jusqu'au point d'arrivée. En outre, chaque arbre sera marque en deux endroits de manière que la marque soit visible quel que soit le sens de parcours de l'itinéraire.

Pour mesurer les intervalles de 100 m, on comptera simplement le nombre de pas; un peu d'expérience suffit. Si l'on veut plus de précision, on utilisera une chaîne d'arpenteur ou une roue à compteur. Les deux extrémités du parcours devront être clairement marquées avec une lettre ou un nombre correspondant à celui ou celle qui figurent sur les cartes et les dossiers du camp ou du bureau local.

Une fois le parcours établi, il ne devra plus être modifie. Si des changements sont nécessaires, il faudra attribuer un nouveau chiffre ou une nouvelle lettre à la ronde et constituer un nouveau dossier.

7.8.3.3 Tâches de l'équipe sur le parcours.

  1. Si l'équipe est formée de deux hommes, chacun d'eux aura un filet; l'un aura en outre un tube pour recueillir les mouches, un crayon et une fiche de capture, S'il y a trois hommes, on désignera deux captureurs et le troisième sera chargé de porter les mouches capturées et de tenir les fiches. Lorsque l'équipe emmène un boeuf, un homme supplémentaire est nécessaire pour s'occuper de l'animal.

  2. L'équipe devra commencer son travail dans la matinée, lorsque les mouches commencent à s'activer. L'heure de départ variera donc selon la saison car l'activité des mouches se manifeste plus tardivement lorsqu'il fait froid. Cette remarque est particulièrement importante pour Glossina tachinoides. Toutefois, un circuit dont le but est d'étudier l'activité diurne des mouches pourra se mettre en route de très bonne heure, ou au contraire, finir très tard, selon les circonstances.

  3. Le sens du parcours de l'itinéraire sera indiqué par le responsable des opérations. Il est fréquent que celui-ci demande à l'équipe de changer de sens chaque semaine.

  4. Au moment de se mettre en route, les hommes attendront un moment afin de capturer les mouches qui pourraient déjà commencer a leur tourner autour. Ces captures ne seront pas portées sur la fiche.

  5. L'équipe se déplace à une allure normale jusqu'au premier arrêt. La, les captureurs s'inspecteront soigneusement les uns les autres et examineront également le sol et la végétation qui les entourent. Toute mouche aperçue devra être prise, examinée et enfermée dans le tube. Au bout de deux ou trois minutes, l'équipe poursuivra son chemin jusqu'à l'arrêt suivant. Les mouches capturées sont tuées par compression du thorax et placées dans le tube. L'équipe procédera ainsi tout au long du circuit jusqu'au terme du parcours. Quelquefois on garde les mouches vivantes, pour les relâcher à la fin du circuit ou dans un autre but.

7.8.3.4 Tenue des fiches. Pour chaque mouche capturée, le chef d'équipe inscrira sur la fiche les renseignements suivants (Fig. 7.6) :

  1. L'espèce, le sexe et s'il s'agit d'une mouche ténérale ou non ténérale (voir 7.5). Ceci devra toujours être indique quel que soit le. but du circuit.

  2. S'il faut préciser les stades de faim (degré de réplétion) d'une population de G. morsitans, on procédera à la détermination du degré de réplétion de tous les mâles non ténéraux qui seront captures. La méthode est décrite sous 7.6.

Le chef d'équipe ou son supérieur récapituleront l'ensemble des fiches du mois sur une fiche mensuelle. La disposition exacte de cette dernière pourra varier d'un service national de lutte anti-tsé-tsé à l'autre, mais elle devra en tous cas indiquer le nombre total de mâles ténéraux et non ténéraux, le nombre total de femelles ténérales et non ténérales capturés au cours de chaque circuit et classés par espèces. On devra également faire figurer le nombre de circuits effectués au cours du mois sur les différents parcours.

Il peut être nécessaire notamment dans le cas des circuits de végétation d'établir chaque mois une carte indiquant le nombre de mouches de chaque espèce capturées dans chaque zone de végétation.

Le responsable de tous les circuits d'un secteur centralisera les fiches qui lui sont transmises par les équipes de captureurs. Il veillera à ce que les circuits soient effectuées régulièrement et de façon satisfaisante. Il pourra également demander que toutes les mouches lui soient apportées afin de vérifier les totaux par espèces.

Le responsable des opérations veille à la bonne tenue des fiches mensuelles, les analyse et effectue des comparaisons avec celles des mois et des années précédentes.

Fig. 7.6

Fig. 7.6 Exemple de fiche journalière de circuit de capture

Il établira une liste des totaux mensuels et les mettra sous une forme graphique convenable, par exemple, sous la forme d'un histogramme (Fig. 10.21). Cela permettra de suivre les variations d'un mois sur l'autre tout au long de l'année et facilitera les comparaisons des résultats d'une année avec ceux des années précédentes.

7.9 EQUIPES STATIONNAIRES (METHODE DES PIQUETS)

Une équipe de captureurs pourra se poster temporairement ou en permanence à un endroit particulier pour échantilloner la population locale de tsé-tsé.

Ce système est quelquefois appelé la méthode des piquets ou des équipes stationnaires.

L'équipe stationnaire ou piquet a les fonctions suivantes:

  1. participer à une enquête en recherchant les mouches que la circulation entraîne hors d'une certaine zone;

  2. empêcher les mouches de pénétrer profondément et en grand nombre dans les zones d'élevage à la faveur de la circulation provenant d'une zone infestée;

Par "circulation" on entend l'ensemble des véhicules (camions, automobiles, bicyclettes) et des piétons.

7.9.1 Etablissement d'un piquet.

  1. Piquet temporaire. On poste un ou deux hommes sur une route ou une piste afin de contrôler si des tsé-tsé sont transportées le long de cette voie de communication, et dans l'affirmative, combien. Ce qu'on cherche essentiellement à savoir c'est si le bétail qui se trouve en bordure de route, en aval du point de contrôle, court un risque quelconque ou s'il y a des mouches qui vont dans l'autre sens. Le poste pourra n'être occupe que durant quelques jours et un campement temporaire suffit alors.

  2. Piquet permanent. En général, il s'agira de deux hommes qui séjourneront plus longuement en bordure d'une zone à glossines. Ils seront loges avec leur famille dans des habitations de type local.

  3. Chambre de désinsectisation pour bicyclette. Dans les zones très infestées, les cyclistes (surtout ceux qui transportent du poisson séché) peuvent véhiculer un si grand nombre de mouches qu'il serait impossible de les attraper toutes, ou presque toutes, par les moyens classiques. Dans ces zones, on pourra construire une sorte de cage constituée d'un grillage moustiquaire en fil de cuivre monté sur un cadre de bois. Le cycliste entre dans la cage et le personnel de lutte antiglossine peut alors attraper ou traiter a l'insecticide les mouches qui l'accompagnent.

  4. Chambre de désinsectisation pour véhicule. De même, il pourra être nécessaire de désinsectiser à fond les gros camions qui pénètrent dans une zone d'élevage non infestée. On construira à cet effet une sorte de hangar fait de tôles ondulées fixées a un solide bâti de bois. L'installation comportera des fenêtres percées à hauteur d'homme et grillagées de cuivre afin d'attirer les mouches et de faciliter leur capture et leur traitement à l'insecticide, une fois que le camion sera entre et que les portes auront été fermées.

7.9.2 Mission de l'équipe stationnaire. En général, elle aura pour mission d'arrêter la circulation en un point donné et d'examiner chaque véhicule ou piéton pour rechercher et capturer les tsé-tsé. Avant de laisser repartir les voitures et les camions, les équipiers les traiteront a l'insecticide (DDT à 5 pour cent) aux endroits ou des mouches pourraient se reposer ou se cacher, en utilisant à cet effet un pulvérisateur â dos ou une petite pompe à main. L'intérieur des véhicules pourra être traité à l'aide d'un aérosol insecticide à usage domestique.

Les équipes opéreront du lever au coucher du soleil.

Selon les instructions qui leur auront été données, les équipes tiendront un registre journalier des captures et de la circulation. Le service national de lutte anti-tsé-tsé devra naturellement être investi de l'autorité légale nécessaire pour arrêter et examiner les véhicules.

7.10 COMPOSITION ET INTERPRETATION DES ECHANTILLONS DE GLOSSINES

7.10.1 Problèmes d'échantillonnage. Toute population sauvage de tsé-tsé se compose d'un mélange de mouches jeunes ou vieilles, affamées ou récemment gorgées, mâles ou femelles, vierges ou fécondées, gravides ou non gravides, etc.

Si nous avions la possibilité d'attraper toutes les mouches d'une population sauvage, nous pourrions nous faire une idée exacte de sa composition.

En réalité, il est en principe impossible d'attraper toutes les mouches d'une population. Tout ce que l'on peut faire généralement, c'est de capturer une petite proportion des mouches qui vivent dans un secteur. On dit alors qu'on a obtenu un échantillon de la population.

La composition de l'échantillon permet, dans une certaine mesure, de connaître la composition de la population totale dont il provient.

Toutefois, la composition de l'échantillon dépendra de la méthode utilisée pour capturer ou piéger les mouches, autant que de la composition de la population dont provient l'échantillon.

Par exemple, nous savons qu'à peu près autant de mâles que de femelles éclosent des pupes. Nous savons également que, dans la nature, la femelle vit plus longtemps que le mâle. Nous pouvons en déduire qu'une population sauvage contiendra normalement plus de femelles que de mâles. Supposons maintenant que, en examinant les mouches du groupe morsitans capturées au cours d'un circuit normal, nous constations que la plupart des mouches sont des mâles. Dans ce cas, l'échantillon a une composition tout à fait différente de celle de la population dont il provient. Nous dirons alors que l'échantillon est biaisé.

Presque toutes les méthodes de capture sur le terrain ont cet inconvénient, à savoir que l'échantillon ne donne pas une image exacte de la population. Toutefois, la méthode du piège électrique (voir 7.2.2) peut donner un échantillon moins biaisé que la plupart des autres méthodes, d'où l'intérêt qu'on lui porte à l'heure actuelle. Jusqu'ici le piège électrique est resté confiné I la recherche, mais il se peut que son utilisation soit un jour généralisée.

Lorsqu'on examine un échantillon de tsé-tsé, il est essentiel de savoir de quelle manière il a été constitue et de connaître le biais (ou erreur systématique) dont cette méthode de collecte est entachée.

7.10.2 Méthodes d'échantillonnage et interprétation des résultats.

  1. Collecte par circuits : composition par espèces et disponibilité.

    Les circuits peuvent servir à échantillonner les populations de la plupart des espèces, mais plus spécialement de Glossina morsitans, G. longipalpis, G. pallidipes, G. palpalis, G. fuscipes et G. tachinoides.

    G. pallidipes est beaucoup moins attirée par l'homme que G. morsitans; dans ces conditions l'échantillon sera biaisé à l'avantage de G. morsitans et au détriment de G. pallidipes. On peut compenser partiellement ce biais en utilisant un boeuf-appât qui attire G. pallidipes aussi bien que G. morsitans.

    Glossina longipalpis est plus encline à se poser sur la végétation avoisinante que sur l'équipe de captureurs. L'équipe devra en être consciente sans quoi l'échantillon risque de contenir moins de G. longipalpis qu'il ne le devrait.

    Glossina tachinoides peut attaquer une équipe de captureurs si celle-ci reste immobile et calme pendant quelque temps. En conséquence, une équipe qui se déplace rapidement dans le biotope de G. tachinoides capturera moins de mouches qu'elle ne le devrait.

    Au cours d'un circuit ordinaire, une équipe de captureurs attrapera moins de G. palpalis et G. fuscipes qu'elle ne le ferait s'il s'agissait de G. morsitans.

    On dit que ces espèces se distinguent par leur disponibilité, c'est-à-dire la facilité avec laquelle elles viennent au contact de l'homme.

  2. Collecte par circuit: sex-ratio.

    La plupart des mouches du groupe morsitans qui viennent au contact d'une équipe faisant un circuit sont des mâles non ténéraux qui ne sont pas affamés. On pense que les mâles s'approchent du groupe - qu'ils prennent pour un animal hôte se déplaçant dans la brousse - afin de se mettre en position favorable pour rencontrer des femelles vierges venant prendre leur premier repas de sang. En principe, le nombre de femelles gorgées qui viennent au devant des captureurs est faible. Si la proportion de femelles (par rapport aux mâles) augmente, c'est qu'il s'agit d'une population affamée.

  3. Collecte par circuit: nombre de mouches.

    Si certains endroits, par exemple un type particulier de végétation, donnent systématiquement une abondante récolte de tsé-tsé, il est naturel de supposer que ces zones de concentration sont plus abondamment peuplées que les autres. Cette hypothèse paraît exacte et les campagnes d'éradication menées la où les enquêtes avaient indique la présence de tels biotopes ont souvent été couronnées de succès.

La comparaison du nombre de mouches d'une saison sur l'autre, en utilisant les résultats des circuits, est plus compliquée. En effet, il se peut que les mouches aient été plus affamées pendant une saison, ce qui expliquerait que l'équipe en ait attrapé davantage. Les variations du nombre de mouches d'une saison à la saison suivante doivent être étudiées en tenant compte du degré de réplétion (stades de faim) et d'autres facteurs.


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