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1. Quelles innovations techniques conduisent à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l’agriculture et du développement rural durables (ADRD)?


Amélioration de la qualité du sol et des terres

RÉSUMÉ

Dix neuf cas ont été sélectionnés pour illustrer les types d'innovations techniques conduisant à une amélioration de la production alimentaire dans le cadre de l'ADRD

Bénin: «Macuna» (Veltvetbean) comme culture de couverture

Cet exemple concerne l’introduction d’un seul composant renouvelable dans un système agricole, introduction combinée avec l’amélioration de la capacité des agriculteurs à adapter de nouvelles technologies. La diffusion de la «Macuna» (Macuna pruriens) pour supprimer la mauvaise herbe agressive «Imperata» (Imperata cylindrica) a été justifiée par le manque de terres, la baisse de la fertilité du sol, le manque de fertilisants et l’invasion des mauvaises herbes. Les sols des plateaux du Sud-Est du Bénin et du Togo sont presque épuisés. Chez la grande majorité des petits agriculteurs, l’utilisation d’engrais est faible. Mais, même si les engrais sont disponibles, le bénéfice dû à son utilisation est en baisse à cause de la dégradation de l’ensemble des sols. Une autre conséquence de la réduction des périodes de jachère est l’envahissement par l’Imperata, une mauvaise herbe agressive qu’il est difficile d’éliminer à la main. Grâce au projet «Recherche appliquée en milieu réel», les chercheurs, ont introduit la «Macuna» comme culture de couverture pour atténuer la contrainte d’un faible apport de nutriments pour le maïs, la nourriture de base. Les services de la vulgarisation agricole du gouvernement (Centre d’action régional pour le développement rural ou CARDER) se sont intéressés à cette réussite et ont commencé à tester le système. En 1990, le CARDER de la province de Mono a testé le système dans 12 villages de 180 agriculteurs. Il l’a étendu à d’autres provinces du Sud-Est en 1991 et le nombre des agriculteurs utilisant la «Macuna» a atteint près de 500. Un grand nombre d’organisations non gouvernementales se sont engagées et 14 000 agriculteurs cultivent maintenant la «Macuna» sur l’ensemble du Bénin.

Les agriculteurs qui ont adopté la «Macuna» comme culture de couverture ont bénéficié de hauts rendements en maïs et ont utilisé moins de main d’œuvre pour le désherbage. Le semis de maïs succédant à la «Macuna» a obtenu un rendement de 3 à 4 t/ha sans application de fertilisants azotés (rendement similaire à ceux obtenus avec les niveaux de fertilisation recommandés, soit 130 kg/ha). Par rapport aux rendements d’autres parcelles plantées auparavant avec du maïs et du lupin et qui n’étaient que de 1,3 kg/ha., la «Macuna» en tant que culture intercalaire ou en tant que monoculture apporte plus de 100 kg d’azote /ha à la culture de maïs suivante. L’analyse du rapport bénéfice/coût sur une période de 8 ans a donné un rapport de 1,24 lorsque la «Macuna» était présente dans le système et de 0,62 lorsque la «Macuna» était absente. Le rapport a atteint jusqu’à 3,56 lorsque les semences de «Macuna» ont été vendues. Néanmoins, l’analyse des variations annuelles du rapport bénéfice/coût a montré une tendance à la baisse pour tous les systèmes, laissant à penser que des apports extérieurs (probablement des fertilisants P et K) sont nécessaires pour atteindre une certaine durabilité. L’utilisation de «Macuna» sur l’ensemble de la province du Mono permettrait de faire des économies d’environ 6,5 millions de kg d’azote ou d’environ 1,85 millions de dollars EU par an.

Source: Robert Carsky, IITA, Bénin <r.carsky@cgiar.org>

Honduras, Guatemala et Nicaragua: Amélioration des versants

Environ 45 000 familles rurales du Honduras et du Guatemala ont bénéficié de l’adoption de l’agriculture durable, augmentant les rendements de leur culture pour passer de 400-600 kg/ha à 2 000-2 500 kg/ha. Les agriculteurs utilisent des engrais verts, des cultures de couverture, des bandes de graminées en courbes de niveau, le labour en sillons, les bourrelets/murettes de pierres et le fumier, toutes techniques qui, par le biais d’expérimentations, sont soigneusement adaptées aux conditions locales. Ces programmes ont revigoré les économies locales. Le prix des terres et la rémunération de la main d’œuvre sont plus élevés dans la zone d’influence du projet et les familles reviennent des grandes villes vers les zones rurales. Il y a également des retombées bénéfiques pour les forêts. Les agriculteurs affirment qu’ils n’ont plus besoin de couper les arbres de la forêt, car ils disposent de technologies pour cultiver en permanence la même parcelle de terre. A travers toute l’Amérique Centrale, différentes organisations non gouvernementales se sont engagées à promouvoir l’utilisation de légumineuses, particulièrement la «Macuna» (Macuna pruriens) comme engrais vert, une façon économique pour produire la matière organique du sol. En profitant de l’existence d’un réseau de vulgarisation «de paysan à paysan», comme le mouvement «campesino a campesino» au Nicaragua et dans d’autres pays, la diffusion de cette technologie simple s’est faite rapidement.


Source:

Roland Bunch, COSECHA, Honduras <rolando@cosecha.sdnhon.org.hn>



Juan Carlos Moreira, Centro Maya, Guatemala <centromaya@guate.net>

Kenya: Programme de recherche adaptative, Equipe d’action environnementale

L’équipe d’action environnementale (EAE) conduit un projet de recherche au niveau de l’exploitation agricole à Kitale, à l’Ouest du Kenya, en travaillant avec 130 agriculteurs sur une superficie de 80 ha. Dans cette région de Trans-Nzoia, l’insuffisance alimentaire est généralisée chez les petits agriculteurs. Les agriculteurs cultivent communément de 0,5 à 1 ha de maïs, habituellement avec des haricots comme culture intercalaire. Ils utilisent des hybrides de maïs tardif, lesquels restent sur le champ de 8 à 9 mois. Néanmoins, du fait de la faible fertilité du sol et parce que le manque de ressources des agriculteurs les empêche d’acheter des engrais, les rendements ne sont que de 650 à 1 750 kg/ha. Les rendements des haricots, la principale source de protéines des foyers, sont également très bas du fait de la destruction partielle de la récolte par les ravageurs et les maladies (principalement la pourriture des racines et la mouche des haricots) et à cause de la pauvreté du sol. Cela conduit à une malnutrition protéique chez les ménages les plus pauvres. EAE cherche à résoudre ce problème par le biais de la recherche et de la formation participatives. Les agriculteurs sont formés à maîtriser les principes et les pratiques de l’agriculture biologique, avec un intérêt particulier porté à l’état sanitaire du sol. De nouvelles technologies sont testées sur les exploitations des agriculteurs eux-mêmes, adaptées et ensuite diffusées par les agriculteurs si elles donnent de bons résultats. Le projet soutient la formation de groupes d’agriculteurs. Ce sont surtout des femmes qui viennent en premier, les hommes sont ensuite attirés par les changements spectaculaires de la productivité.

Un ensemble de technologies et de pratiques ont été adoptées pour améliorer la production alimentaire des ménages. Celles-ci comprennent: i) légumineuses et engrais verts, par exemple l’implantation de lablab intercalée au maïs 120 à 140 jours après son semis, afin que la légumineuse recouvre le sol pendant la saison sèche, puis les résidus de la légumineuse et du maïs sont incorporés au sol, après la récolte; ii) utilisation de compost et des ordures domestiques organiques, avec ou sans phosphates diazotés, Tithonia et Sesbania. Comme résultat de cette méthode, les rendements du maïs sont passés de 3 300 à 5 000 kg/ha, et les rendements des haricots ont été multipliés par 4 ou 8. Des recherches plus récentes concernent les avantages et les désavantages de la récolte de légumineuses de grain et /ou de feuilles comparées avec l’enfouissement des résidus comme engrais verts dans le sol. EAE essaie également de promouvoir la diversification des cultures en développant le millet africain, le soja, les pois chiches, le pois d’Angole et la pomme de terre irlandaise, ainsi que la formation des agriculteurs à la production biologique de légumes sur billons dans des jardins potagers familiaux.

Source: Beth Kirungu, Joseph Mureithi

Philippines: Culture en courbes de niveau sur des versants en pente à Claveria

Claveria est situé au Nord du Mindanao et se caractérise par des sols acides sur des versants en pente, avec une érosion sévère. Le Centre international pour la recherche en agroforesterie (ICRAF) et les agences de recherche et de vulgarisation locales travaillent sur le développement de diverses technologies de culture en courbes de niveau. Le projet a commencé avec des arbres et des légumineuses, mais du fait d’une réussite relativement modeste, il a développé des méthodes plus adaptées aux conditions locales sous la forme de bourrelets végétalisés avec labour en billons. Un grand nombre de plantes pérennes ont été testées par les 2 000 agriculteurs qui travaillent en 80 groupes locaux créés par le projet. Ces cultures comprennent des arbres fruitiers, des cocotiers et des espèces forestières à croissance rapide. En travaillant sur les exploitations des agriculteurs et en utilisant des pratiques d’amélioration du sol (sur une superficie d’environ 6 000 hectares), les rendements du maïs ont été améliorés de 15 à 25 pour cent et la valeur des terres de 35 à 50 pour cent.

Source: Dennis Garrity, ICRAF

Sénégal: Centre de recherche d’agriculture régénératrice de Rodale

Dans les pays de la Région du Sahel, les principaux facteurs limitants de la production alimentaire sont liés au déficit hydrique de sols dont la plupart sont sablonneux et pauvres en matière organique. Dans les zones où les sols sont plus lourds et de meilleure qualité, ils sont sujets à une utilisation intensive et de ce fait, ils sont exposés aux érosions hydrique et éolienne. Au Sénégal, l’érosion hydrique et la dégradation du sol menacent une forte proportion des terres agricoles. Depuis 1987, le Centre de recherche d’agriculture renouvelable de l’Institut de Rodale (RARC) a développé une collaboration avec des associations d’agriculteurs et avec des chercheurs du gouvernement afin d’améliorer la qualité du sol au Sénégal en utilisant des méthodes écologiques.

L’agriculture régénératrice pratiquée dans le périmètre de production de l’arachide a conduit à des bénéfices biophysiques, environnementaux, sociaux et économiques. La culture alternée millet-cacahuètes représente le principal système de production agricole de la région. Les champs sont nettoyés grâce au brûlis et celui-ci est suivi d’un labour superficiel utilisant la traction animale. Mais les jachères ont été fortement écourtées et l’utilisation d’engrais minéraux et de pesticides par les petits agriculteurs a beaucoup diminué du fait de prix trop élevés. Il s’est également avéré que les engrais minéraux ne donnent pas les résultats escomptés, à moins qu’il n’y ait, par ailleurs, un apport important de matières organiques. Les éléments nutritifs sont lessivés par les premières pluies ou sont absorbés par les micro-organismes du sol et les mauvaises herbes. Les sols pauvres en matière organique n’ont pas non plus une bonne capacité de rétention de l’eau.

Le RARC travaille avec environ 2 000 agriculteurs et 59 groupes en vue d’améliorer la qualité du sol, d’intégrer l’élevage intensif en stabulation au système agricole, d’incorporer des légumineuses et des engrais verts dans le système de culture, d’améliorer l’utilisation d’engrais et de phosphates, de mettre en œuvre des systèmes de collecte des eaux de surface et de développer des systèmes de compostage. Comme résultat, les rendements du millet ont été améliorés de 75 à 195 pour cent, passant de 330 à 600-1 000 kg/ha et les rendements de l’arachide sont passés de 340 à 600-900 kg/ha. Les rendements sont aussi moins variables d’une année à l’autre et la sécurité alimentaire des foyers s’est considérablement améliorée. Comme Amadou Diop l’a signalé: «Les rendements des cultures sont en fin de compte dissociés du montant des précipitations annuelles. Les sécheresses, malgré leur effet négatif sur les rendements, ne conduisent pas à un échec total de la culture.»

Source: Amadou Diop, Rodale Institute <adiop@rodaleinst.org>

Meilleure efficacité dans l’utilisation des eaux

Burkina Faso: Conservation des sols et des eaux

Les terres abandonnées et dégradées des zones arides du Burkina Faso ont été améliorées par l’adoption des «tassas» et des «zaïs», trous de 20 à 30 cm de profondeur creusés dans les sols recouverts d’une croûte de battance (mince couche de terre durcie par l’action du vent et de l’eau). Les trous sont remplis avec du fumier qui améliore la teneur en matière organique du sol, ils favorisent l’activité des termites et augmentent l’infiltration de l’eau. Quand il pleut, les trous se remplissent d’eau et les agriculteurs plantent le millet ou le sorgho. Les «tassas» sont habituellement associés à des bourrelets de pierres.

Au Burkina Faso, environ 100 000 hectares ont été réhabilités, chaque hectare produisant à présent 700 kg de céréales par an. Les rendements du millet sans «tassas», demi-lunes ou bourrelets de pierres en courbes de niveau ne sont que de l’ordre de 150 à 300 kg/ha; ils atteignent 400 kg avec du fumier lors d’une année de faible précipitation, et de 700 à 1 000 kg/ha lors d’une année de pluies abondantes. Reij (1966) indique qu’en utilisant ces technologies, la famille moyenne du Burkina Faso est passée d’un déficit annuel de céréales de 644 kg (soit 6,5 mois de disette) à un surplus de production de 153 kg par an. Les «tassas» sont particulièrement adaptés aux exploitations agricoles disposant d’une main d’œuvre familiale ou ayant la possibilité de recruter des salariés. Cette technique a suscité le développement d’un réseau de jeunes travailleurs journaliers qui la maîtrisent et qui, au lieu d’émigrer, vont de village en village pour satisfaire une demande croissante de main d’œuvre des agriculteurs.

Source: Reij (1996)

Chine: Techniques d’agriculture durable pour l’utilisation efficiente de l’eau de pluie dans la région de l’Est de Gansu

La région de l’Est de Gansu fait partie d’une zone sèche de 51 millions d’hectares dans le nord-ouest de la Chine. Ce projet d’agriculture durable a été lancé par l’Académie d’Agriculture de Gansu en 1991, comme composante du neuvième Plan national quinquennal de développement, avec pour objectif d’assurer la sécurité et l’autosuffisance alimentaires. Le projet préconise une utilisation plus efficiente de l’eau de pluie au moyen de techniques de collecte des eaux de ruissellement, de construction de réservoirs d’eau, de dispositifs de pompage et de distribution, d’actions de conservation de l’eau en micro-bassins couverts d’un paillage, de cultures diversifiées et de sous-produits pour alimenter le bétail. Le nombre de ménages pratiquant l’agriculture durable atteint 100 000 sur une superficie d’environ 70 000 hectares. Les rendements des céréales ont augmenté considérablement - le blé de 40 pour cent (passant de 3 à 4,2 t/ha) et le maïs hâtif de 38 pour cent (passant de 6 à 8,3 t/ha). La disponibilité de l’eau est améliorée à la fois pour l’irrigation, pour l’usage domestique et pour l’abreuvement des animaux. Les bénéfices secondaires comprennent une diminution de l’érosion du sol, une réduction de l’utilisation de pesticides et de fertilisants, une amélioration et une augmentation du capital social sous la forme du développement de groupes d’entraide des agriculteurs et d’une amélioration considérable des compétences des femmes, qui jouent à présent un rôle important dans la gestion de la production de fruits et de légumes ainsi que dans l’élevage du bétail.

Source: Fan Tinglu

Inde: La Société pour l’education populaire et pour le changement economique (SPEECH) au Tamil Nadu

La Société pour l’education populaire et pour le changement economique (SPEECH) est active depuis 1986 et a contribué à créer ou à renforcer des institutions et des groupes locaux dans 45 villages de la Région de Kamarajar, dans l’Etat de Tamil Nadu. Cette région est connue pour ses sécheresses extrêmes, ses moussons irrégulières, l’insuffisance des services publics et d’importants clivages culturels et socio-économiques. Des groupes de villageois appelés «sanghas» ont adopté divers thèmes de l’agriculture durable afin d’améliorer l’utilisation des leurs ressources naturelles. La technique de collecte de l’eau ou «water harvesting» a donné des résultats particulièrement intéressants dans la mesure où elle permet non seulement de mettre en culture des terres abandonnées, mais aussi de stocker suffisamment d’eau pour obtenir une récolte de riz supplémentaire sur les petites surfaces irriguées. Des vaches laitières ont été introduites, ce qui s’est avéré particulièrement bénéfique pour les femmes et pour les enfants. Les rendements du sorgho et du millet ont été doublés; des récoltes supplémentaires ont été possibles et des arbres fruitiers et forestiers ont été plantés. A partir du moment où les «sanghas» se sont consolidés, ils ont développé de nouvelles activités, telles qu’un meilleur accès aux services de la santé publique, la construction de routes ainsi que la gestion de plans d’épargne et de crédit. Des représentants sont élus pour participer au conseil de gestion du groupe, une organisation indépendante qui constitue une plate-forme permettant aux groupes de base d’aborder de nouveaux problèmes.

Source: John Devavaram, SPEECH, Madurai, Tamil Nadu <speech@md3.vsnl.net.in>

Malawi: Aquaculture à petite échelle

Le Centre international de gestion des ressources bio-aquatiques (ICLARM) travaille pour intégrer des étangs de pisciculture à des exploitations agricoles économes en intrants au Malawi. Le programme utilise une approche participative dans laquelle les agriculteurs et les chercheurs identifient ensemble les flux de ressources sur les exploitations et déterminent ensuite quelles sont les adaptations susceptibles de générer un effet de synergie. Ce programme a travaillé avec 2 000 agriculteurs pour améliorer la production de légumes dans les jardins potagers ainsi que l’élevage de poissons dans des étangs. Cette composante intégrant agriculture et aquaculture occupe 500 m2 sur une superficie moyenne d’exploitation de 1,5 hectares. Néanmoins, l’intensification de cette seule composante-clé du système de production a conduit à une amélioration significative de la sécurité alimentaire - les rendements de légumes sont passés de 2 700 à 4 000 kg/ha et la production de poissons d’élevage dans les étangs a atteint un volume équivalent à 1 500 kg/ha de poisson - une nouvelle source d’alimentation pour les ménages ruraux. Ces fermes intégrées génèrent aussi six fois plus de revenus en espèces que les fermes conventionnelles - la production de légumes et de poisson assure jusqu’à 70 pour cent des revenus annuels en espèces.

L’ICLARM a montré que, chez les agriculteurs impliqués, la productivité s’améliore de façon soutenue grâce à ce système. Ainsi, la productivité des étangs passe de façon progressive de 800 kg/ha à 1 500 kg/ha. Par contre, chez les agriculteurs qui n’ont été formés que dans le cadre du Système conventionnel «Formation et visite» (T&V System) au Sud du Malawi, les rendements diminuaient constamment, du fait que ces systèmes hyperstructurés se désintégraient dès que les agriculteurs en perdaient le contrôle. Une capitalisation misant à la fois sur le potentiel naturel de la ferme et sur le potentiel humain (savoir-faire et connaissances) des agriculteurs eux-mêmes permet des réajustements réguliers.

Source: Randall Brummet, Daniel Jama; Brummet (2000)

Pérou: Champs en billons de type «waru warus» dans le bassin du lac Titicaca

Le projet agricole «Campos elevados» travaille avec des communautés quechuas dans la municipalité de Huatta, avec l’objectif de réhabiliter les anciens champs en billons. Ces «chinampas» ou «waru warus» ont été largement utilisés dans le bassin du lac Titicaca par les agriculteurs précolombiens, puis abandonnés. De plus, plusieurs milliers d’hectares de tels aménagements ont été détruits par des projets d’irrigation modernes à base d’investissements coûteux, mais qui n’ont pas réussi à améliorer les rendements des cultures. Le bassin situé à environ 3 800 mètres d’altitude constitue un environnement hostile pour l’agriculture, à cause de l’irrégularité des pluies, de la pauvreté de sols dégradés et de la fréquence de fortes gelées durant la courte saison de croissance des plantes. Les agriculteurs précolombiens avaient développé des méthodes très sophistiquées pour surmonter ces difficultés, en privilégiant la production intensive et diversifiée de cultures en terrasses, en cuvettes («gochas») et en billons («waru-warus»), tout en mettant en place des dispositifs sociaux permettant d’assurer l’action collective nécessaire pour obtenir des niveaux de productivité sûrs et élevés. Les organisations locales d’agriculteurs de Huatta, qui comprenaient environ 500 familles dans dix communautés, ont commencé à reconstruire ces anciens champs en billons. La réussite de cet effort est attribuée à la participation de la communauté et au développement de moyens d’apprentissage et de formation efficaces. Bien que la technologie fusse nouvelle pour les agriculteurs du projet, ce sont eux qui l’ont adaptée aux conditions locales. En 1986 le programme a été pris en charge par le gouvernement péruvien et s’est étendu depuis cette date à 30 communautés de la région de l’Altiplano.

Les «waru-warus» demandent une cohésion sociale forte pour le travail collectif nécessaire à la construction des billons et des canaux. Pour la construction de ces champs, le travail a été organisé au niveau familial, inter-familial et communal. La plupart des «waru-warus» ont été construits sur des terres appartenant à la communauté et qui avaient été abandonnées du fait du manque de motivation et d’institutions locales adéquates. La main d’œuvre nécessaire pour la construction est estimée à entre 200 et 900 hommes/jour/ha, en fonction de l’environnement local. Les champs sont entourés de canaux qui retiennent les sédiments, améliorent le microclimat pour les cultures, forment un obstacle pour les parasites et pour le bétail et constituent un habitat pour la faune aquatique.

Le microclimat des billons et des canaux réduit l’incidence des gelées. La fertilité du sol est améliorée grâce à l’engrais vert fourni par les plantes aquatiques, au fumier du bétail et aux résidus des mauvaises herbes et des cultures; cette fertilité permet une forte productivité agricole. Le rendement des pommes de terre atteint 8 à 14 t/ha, sans utilisation de pesticides ni de fertilisants; ce résultat peut être comparé avec un rendement moyen de 1 à 4 t/ha obtenu avec utilisation de fertilisants dans le Département de Puno. Des cultures supplémentaires ont été introduites, telles que l’avoine fourragère, le blé et l’orge pendant l’hiver. Ces champs en billons résistent mieux aux catastrophes. La destruction par des inondations de centaines d’hectares de blé et de pommes de terre labourés mécaniquement a été observée, alors que les champs en billons avoisinants n’étaient pas endommagés.

Source: Altieri (1999); Pretty (1995)

Gestion de ravageurs avec minimum/zéro pesticides

Bangladesh: Gestion intégrée des ravageurs de la culture du riz

Le programme de gestion intégrée de ravageurs de la culture du riz au Bangladesh a été mis en œuvre à travers trois projets (INTERFISH, NOPEST et GOLDA). Ces projets ont été financés par la DFID et l’Union européenne (UE) et mis en œuvre par CARE. Ils cherchent à promouvoir la participation des agriculteurs tout au long d’une saison de production de riz grâce aux écoles d’agriculture de terrain («écoles sans murs»). Les agriculteurs se réunissent chaque semaine pour apprendre les nouveaux concepts et principes agro-écologiques concernant la culture du riz ainsi que la gestion des parasites et des prédateurs. Environ 6 000 écoles de terrain pour agriculteurs ont été mises en place et 150 000 agriculteurs ont adopté des pratiques plus durables de production de riz sur 54 000 hectares. Les programmes ont mis l’accent sur l’élevage du poisson dans les champs de riz irrigués et sur la production de légumes sur les digues des rizières. Les rendements du riz ont augmenté de 5 à 7 pour cent et les coûts de production ont baissé grâce à une utilisation réduite de pesticides - environ 80 pour cent des agriculteurs qui participent aux écoles de terrain pour agriculteurs n’utilisent plus de pesticides. Les systèmes poisson-riz-légumes ont montré qu’ils produisent des bénéfices synergiques: les revenus additionnels issus de la production de poisson sont de 156 dollars EU/ha, ceux provenant des légumes sur les digues atteignent 23 dollars EU/ha, mais ceux du poisson et des légumes réunis se montent à 250 dollars EU/ha. Le résultat est que la sécurité alimentaire des ménages des 150 000 participants ruraux est assurée pendant toute l’année.

Source: Desilles (1999)

Kenya: Système de gestion de ravageurs «Vutu - sukumu» («pousser - attirer») au niveau des petites exploitations agricoles

Le travail du Centre international sur la physiologie et l’ecologie des insectes (ICIPE) s’oriente vers le développement de technologies de gestion intégrée de ravageurs qui soient à bas coût. L’ICIPE travaille en collaboration étroite avec les agriculteurs pour tester et adapter ces technologies. Il produit également des résultats synergiques inattendus, du fait de la manipulation des systèmes agricoles et des critères qui les définissent. L’une des activités importantes de ce centre est de mener des recherches sur des nouvelles approches de gestion des habitats afin de supprimer les insectes foreurs des tiges des céréales ainsi que les populations de Striga dans les cultures de maïs et de sorgho. Le projet développe de nouvelles stratégies «push-pull» (pousser-attirer) pour repousser les insectes prédateurs des tiges des céréales et les attirer vers les cultures intercalaires ou vers des cordons plantés de cultures fourragères. Le projet a découvert l’extraordinaire multifonctionnalité d’une série de légumineuses et de graminées fourragères introduites dans le système de production des céréales. La stratégie consiste à attirer les insectes ravageurs au moyen de plantes-piège très sensibles (pull) et ensuite de les éloigner des récoltes au moyen de cultures intercalaires - repoussoir:

1. Les graminées fourragères, l’herbe du Soudan (Pennisetum purpureum) et l’herbe à éléphant (Sorghum vulgare sudanense) stimulent la ponte des insectes ravageurs davantage que le maïs.

2. Les plantes fourragères non-parasitées telles que l’herbe de mélasse (Melonis minutiflora) et Desmodium (Desmodium uncinatum) repoussent les femelles des ravageurs mangeurs de tiges (Chilo sp.)

3. En culture intercalaire avec le maïs, l’herbe de mélasse (Melonis minutiflora) augmente le niveau de parasitisme, particulièrement pour le stade larvaire du parasite Cotesia sesamiae et pour le stade du cocon du parasite Dentichasmis busseolae. L’herbe de mélasse contient plusieurs composants physiologiquement actifs. Deux d’entre eux inhibent la ponte de l’insecte Chilo, même à très basse concentration.

4. L’herbe de mélasse émet également un composant chimique (E) - 4,8 diméthyle - 1, 3,7 nonatriène, qui attire les ennemis naturels de ravageurs foreurs de tiges.

5. L’herbe à éléphant a, elle aussi, un mécanisme de défense contre les ravageurs foreurs de tiges: quand la larve pénètre dans la tige, la plante produit une substance semblable à de la colle qui tue les insectes.

6. L’herbe du Soudan augmente également l’efficacité des ennemis naturels (pour Chilo partellus, le pourcentage d’insectes parasités au stade larvaire est multiplié par trois, de 4,8 pour cent il passe à 18,9 pour cent, quand l’herbe du Soudan est implantée autour du maïs. Pour Busseola fusca, un autre ravageur important, ce pourcentage passe de 0,5 pour cent à 6,2 pour cent ).

7. ICIPE a trouvé qu’en culture intercalaire avec du maïs, les légumineuses fourragères Desmodium uncinatum et Desmodium intortum ont réduit l’envahissement de la mauvaise herbe Striga hermonthica, par un facteur de 40 comparé au maïs en monoculture. La réduction de l’envahissement de la culture de maïs par le Striga a été plus significative lorsque les plantes fourragères (Desmodium) constituaient les cultures intercalaires que lorsque celles-ci étaient constituées de soja, de sesbania ou de pois à vache.

Des chercheurs de l’ICIPE et de l’IARC - Rothamsted ont trouvé que la stratégie «attirer-repousser» utilisant des plantes-piège et des plantes repoussoir comme cultures intercalaires réduit l’attaque des ravageurs foreurs de tige et augmente le niveau de parasitisme affectant ces ravageurs dans la culture de maïs protégée, en permettant ainsi une augmentation considérable du rendement. Les essais conduits avec la participation active des agriculteurs en 1997 et en 1998 ont entraîné de fortes améliorations du rendement du maïs. L’objectif est de développer maintenant un système de production ayant comme base la culture de maïs et qui permette de réduire simultanément les pertes de rendements causées par les ravageurs foreurs de tiges et par l’infestation de la mauvaise herbe, Striga et qui puisse également améliorer la fertilité du sol du fait de la fixation d’azote par Desmodium. Un tel système de production comporte plusieurs caractéristiques des fermes «traditionnelles» du Kenya.

Des recherches plus récentes de l’ICIPE montrent l’efficacité du neem pour contrôler les scarabées des bananiers, les chenilles «diamond» des brassicas et les ravageurs foreurs de fruits dans les tomates. Ces recherches développent des variétés résistantes aux ravageurs basées sur le germoplasme traditionnel; elles mettent en évidence l’intérêt de la stratégie consistant à relâcher des mâles stériles pour le contrôle de la mouche du fruit et elles montrent qu’il est possible de contrôler des ravageurs foreurs de tige, Chilo partellus, grâce à l’identification d’un ennemi naturel provenant du Pakistan, la guêpe parasite Cotesia flavipes (Chilo sp. qui a été accidentellement importée d’Asie dans les années 1930, et n’a pas généré d’ennemis naturels localement). Cette guêpe a été introduite au Kenya, au Mozambique, en Ouganda et en Somalie.


Source:

Dr Hans Herren, Director General de ICIPE <hherren@icipe.org>



Prof John Pickett, IACR, Rothamsted <john.pickett@bbsrc.ac.uk>

Philippines: Gestion intégrée des ravageurs de légumes d’altitude

Le Projet CABI Bio-Science de gestion intégrée des ravageurs de légumes sur les hautes terres a débuté en 1994; il a été financé par la Banque asiatique de développement. Les problèmes posés par la résistance aux insecticides et par la santé humaine sont devenus critiques, le projet IPM a donc créé des écoles de terrain pour les agriculteurs afin de les faire prendre conscience des dommages causés par les insecticides, de leur faire connaître les ennemis naturels des ravageurs et d’encourager les échanges de connaissances portant sur de nouvelles pratiques entre les agriculteurs. Le projet concerne 1 719 agriculteurs, qui fréquentent 65 écoles de terrain pour agriculteurs (ETA), et 48 formateurs provenant principalement des gouvernements locaux ont été formés. Comme résultat, une gamme de méthodes alternatives de contrôle des ravageurs a été développée par les agriculteurs. Une baisse de 80 pour cent de l’utilisation des pesticides a été observée durant la saison des pluies (55 pour cent de baisse durant la saison sèche) et l’utilisation des engrais minéraux a été réduite de moitié, procurant aux agriculteurs une augmentation de leurs revenus de 17 pour cent. Les rendements des légumes ont également augmenté d’environ 20 pour cent. Les écoles de terrain pour agriculteurs sont maintenant considérées par les autorités municipales comme constituant un bon investissement.

Source: FAO, Peter Kenmore

Zimbabwe: Agriculture biologique du coton associée à une gestion naturelle des ravageurs

Le projet concerne 400 ménages ruraux, et a conduit à la suppression du système de production des pesticides organophosphorés et à base de pyrèthre. Il procure des informations aux agriculteurs, leur assure une formation sur l’agriculture durable et conduit à la conservation d’arbres autochtones. Ce projet a été monté par un groupe de villageois à bas revenus, principalement par des femmes agricultrices souhaitant produire du coton sans pesticides pour des raisons économiques, de santé et d’environnement. Une ONG locale, ZIP-recherche, a été sollicitée pour offrir une formation et une assistance technique à ces agriculteurs, compte tenu de leurs faibles connaissances sur la gestion des ravageurs et sur l’agriculture biologique. Cette formation est assurée par le biais des écoles de terrain pour agriculteurs, écoles dans lesquelles certains d’entre eux sont sélectionnés par les membres du groupe pour former les autres. A cet effet, ZIP-recherche les forme pendant un mois à Eco-Lab, près de Harare. Ces facilitateurs (ou formateurs d’écoles de terrain pour agriculteurs) sont formés à la gestion naturelle de ravageurs et à l’agriculture biologique en suivant un processus pédagogique intitulé «apprendre par le biais de l’expérimentation» (basé sur le Modèle FAO Gestion intégrée de ravageurs). Les formateurs «d’écoles de terrain pour agriculteurs» s’impliquent dans la recherche participative au niveau des exploitations agricoles. Ils sont également chargés de mettre en place le «système de contrôle interne biologique». Ces activités sont suivies régulièrement par ZIP-recherche. Le financement de la formation et du suivi est assuré par Novib. Afin d’encourager la participation des femmes dans ce projet, un marché local a été créé pour la commercialisation de leur production de cacahuètes. De plus, les inspecteurs en agriculture biologique (de Krav et d’Ecocert) ont accepté d’accorder une condition exceptionnelle aux épouses. En effet, une épouse est autorisée à avoir un certificat de non-épandage du coton même si son mari en est resté à l’agriculture conventionnelle. Et, bien que le coton, comme la plupart des autres cultures commerciales, soit considéré comme une «culture d’hommes», un grand nombre de veuves de victimes du SIDA se sont cependant intéressées à cette culture afin d’obtenir des revenus, l’agriculture biologique étant accessible aux agriculteurs aux revenus modestes car elle ne demande pas d’investissements coûteux. La commercialisation de la production biologique de ce projet en constitue un aspect crucial et ce service est offert par des consultants locaux d’Agro-Eco. Les semences de coton biologique sont vendues à Cargill avec une prime de 20 pour cent. Ces dernières années, une tonne de fibres de coton biologique a été transformée localement en T-shirts imprimés de qualité export. Quand les agriculteurs ont produit plus de 25 tonnes de fibres de coton biologique (soit le volume d’un container), ils les vendent sur le marché mondial à un bon prix. On estime que la récolte de semences de coton biologique de cette saison sera de 50 à 70 tonnes selon les pluies, celles-ci causant actuellement des inondations dans la région. Cinq pour cent du produit de la vente du coton est distribué aux agriculteurs formateurs des écoles de terrain pour agriculteurs qui ont été jugés performants pendant la saison par les agriculteurs et par ZIP-recherche.

Ce projet/entreprise est du type «Développement par les échanges» et les coûts de sa mise en route sont pris en charge par le SIDA/EPOPA. Le projet fonctionne grâce à l’enthousiasme des agriculteurs et au soutien de Novib, du Réseau d’Action des Pesticides du Royaume-Uni et grâce aussi au travail dévoué des consultants d’Agro Eco et du personnel de ZIP-recherche. Les résultats les plus remarquables sont que les agriculteurs de la vallée de Zambezi ont été capables de commercialiser le premier coton biologique du Zimbabwe et que ZIP-recherche a mis au point un processus de reconversion à l’agriculture biologique à partir de l’agriculture commerciale conventionnelle, processus qui pourrait constituer un modèle de reconversion pour tous les petits agriculteurs d’Afrique.

Source: Pesticides Action Network UK <www.pan-uk.org>

Le remodelage de l’ensemble d’un système et son adoption à grande échelle

Chine: Le programme de double récolte blé-maïs, dans la plaine de Hebei

Le programme de double récolte blé-maïs est localisé dans la plaine de Hebei au Nord de la Chine. Il a débuté en 1996 avec l’appui financier du gouvernement provincial, du comté de Xinji et du Comité de la science et de la technologie de la province d’Hebei. Après des essais de terrain réussis, le système de double récolte blé-maïs a été diffusé par le biais de fermes modèles, de vidéos et de prospectus. Environ 224 000 ménages ont ensuite adopté cette technologie sur une superficie totale de 100 000 hectares. Les rendements ont augmenté de près de 10 pour cent. L’utilisation de l’eau a été réduite de 20 pour cent. Il en résulte que les revenus nets ont augmenté de 30 pour cent.

Source: Liang Weili

Inde: L’expansion de la culture du soja

La diffusion rapide de la culture de soja dans les systèmes de production de l’Inde montre que l’introduction d’un composant régénérateur peut procurer de multiples bénéfices. La superficie du soja est passée de 0,04 million d’hectares dans les années 1980 (avec un rendement moyen de 0,57 t/ha), à 5,6 millions d’hectares actuellement, (avec un rendement moyen de 0,96 t/ha). Chaque année, la superficie de soja s’accroît de 0,5 million d’hectares et on estime qu’elle atteindra 8 millions d’hectares en l’an 2 000. Les exportations de soja ont rapporté à l’Inde 518 millions de dollars EU en 1997.

Les nombreux effets bénéfiques résultant de la culture du soja en Inde sont les suivants:

® la production d’huile. Le soja a joué un rôle important dans l’autosuffisance nationale en huiles alimentaires;

® les échanges commerciaux;

® la fixation naturelle d’azote dans le sol et sa contribution à la formation du capital naturel;

® l’emploi rural par le biais du développement de l’agro-industrie du soja;

® pendant la période de mousson, la compatibilité de la culture intercalaire du soja avec d’autres cultures telles que le pois cajan, le maïs, le sorgho et le millet;

® des revenus en espèces pour les agriculteurs;

® une amélioration de la fertilité du sol par le biais de l’incorporation au sol de matière organique. 0,5 à 2,5 t/ha de résidus de la culture et 45 kg/ha d’azote fixé par la plante sont l’équivalent de l’utilisation annuelle de 250 000 tonnes d’azote ammoniacal et de l’incorporation au sol de 2,8 à 14 millions de tonnes de matière organique;

® la réhabilitation des terres dégradées, par exemple au Pendjab, où le système riz - blé pourrait bénéficier de l’introduction de la culture du soja dans la rotation;

® 95 pour cent des semences étant prélevées sur la récolte antérieure, les agriculteurs cessent d’être dépendants des circuits externes de commercialisation des semences.

Source: Bhatnagar et Joshi, FAO

Lesotho: Le Système de production agricole machobane

Le Système de production agricole Machobane constitue l’exemple d’un système dont les bases ont été restructurées afin de procurer des bénéfices multiples. Le Lesotho est un pays sévèrement affecté par l’érosion et par la dégradation des terres. Durant les vingt dernières années, la surface des terres arables est passée de 14 à seulement 9 pour cent de la superficie totale du pays et les rendements des cultures sont actuellement environ la moitié de ceux obtenus dans les années 1970. C’est le Docteur J. J. Machobane, un agronome du groupe ethnique Mosotho, qui a conçu ce système il y a plus de 40 ans, l’expérimentant lui-même dans sa propre exploitation pendant 13 ans avant de chercher à le transmettre à d’autres agriculteurs. A la différence de la majorité des méthodes de vulgarisation agricole, l’approche du Docteur Machobane prend en compte tout d’abord les comportements qui permettent au processus d’adoption de son message technique de se dérouler:

Dans les zones de montagne du Lesotho, la plupart des cultures sont implantées sur des terrasses, mais la fragilité de la structure des sols, la gestion inadéquate de la fertilité et les pluies erratiques font que la productivité des terres reste faible et irrégulière. D’après Machobane, ces contraintes peuvent être surmontées grâce à une exploitation rationnelle des ressources disponibles et en minimisant les achats d’intrants externes. Les éléments techniques comprennent les cultures intercalaires, l’application locale de cendres provenant des déchets domestiques et de fumier, le désherbage, l’introduction de la pomme de terre comme culture commerciale, la préservation des ennemis naturels des ravageurs, la rotation de cultures en sillons et l’implantation des légumineuses avec les céréales.

Les agriculteurs qui ont adopté le système du Dr Machobane (SAM) en signalent trois avantages: i) une meilleure productivité des terres (une surface de 0,4 ha est nécessaire pour assurer la sécurité alimentaire d’une famille par rapport à une surface de 1,2 ha habituellement); ii) un revenu en espèces plus important grâce à la culture de la pomme de terre; et iii) une meilleure résistance à la sécheresse, ainsi, avec ce système, les champs sont plus verts que ceux où on n’applique pas le système. En plus, le SAM régularise les revenus en combinant une réduction de la fluctuation des rendements de chaque culture, une atténuation des risques liés aux fluctuations des rendements et des prix du fait d’un élargissement de la gamme des cultures et d’une moindre dépendance par rapport aux apports extérieurs d’intrants (engrais et pesticides). Environ 2 000 agriculteurs pratiquent actuellement ce système.

Source: Pantanali (1996)

Madagascar: Système d’intensification de la culture du riz

Le Système d’intensification de la culture du riz (SIR) a été développé dans les années 1980 par Fr. Henri de Laudanié, puis diffusé par l’Association Tefy Saina à partir de 1990 et enfin évalué par l’Institut international pour l’alimentation, l’agriculture et le développement de l’Université de Cornell. Ce système a permis au rendement du riz de passer d’environ 2 t/ha à 5, 10 et même 15 t/ha dans les champs des agriculteurs. Ce résultat a été obtenu sans l’utilisation d’intrants externes tels que des pesticides ou des fertilisants inorganiques. Le SIR cherche à valoriser au mieux le potentiel génétique du riz en se démarquant de beaucoup de «règles» conventionnelles de culture:

1. les plants de riz sont normalement repiqués au bout de 30 jours (quelque fois jusqu’à 40 ou 50 jours). Avec le SIR, ces plants sont repiqués au bout de 8-12 jours. Ceci augmente le tallage - avec le SIR, les plants possèdent de 50 à 80 talles, à comparer avec les 5 à 20 talles obtenues par les systèmes conventionnels.

2. les plants de riz sont habituellement plantés serrés pour réduire la propagation des mauvaises herbes. Mais avec le SIR, ils sont repiqués en quadrillage de 25 cm sur 25 cm plutôt qu’en lignes. Ceci facilite le désherbage mécanique et réduit la quantité de semences utilisée de 100 kg/ha à environ 7 kg/ha. Les plantes disposant d’un espace plus grand pour les racines et pour les talles, elles développent donc une architecture différente. Un meilleur système racinaire diminue le risque que les plantes versent.

3. la plupart des chercheurs et des agriculteurs considèrent que le riz, en tant que plante aquatique, pousse mieux dans l’eau stagnante. Néanmoins, dans le système SIR, les champs de riz ne sont pas inondés durant la période de croissance végétative. Pour préserver l'humidité du sol, on arrose tous les 3 à 6 jours. Les champs de riz sont inondés seulement après la floraison, ensuite ils sont drainés 25 jours avant la récolte (comme pour le riz conventionnel). De telles pratiques favorisent un meilleur développement du système racinaire.

4. la pratique de l’inondation est un élément de l’approche conventionnelle pour le contrôle des mauvaises herbes. Avec le SIR, les agriculteurs doivent désherber jusqu’à quatre fois, mécaniquement ou à la main. Les agriculteurs qui ne désherbent pas obtiennent néanmoins un rendement de 2 à 3 fois supérieur au rendement conventionnel, mais ceux qui le font obtiennent un rendement multiplié par 4 ou 6. Les agriculteurs du SIR utilisent aussi du compost plutôt que des fertilisants inorganiques.

L’augmentation des rendements procurée par le système SIR a été telle que, jusqu’à une date récente, les scientifiques l’ont simplement ignoré. En fait, le SIR défie la plupart des principes de base de la culture du riz irrigué, ce qui a rendu la plupart des spécialistes tout à fait sceptiques. Mais c’est le nombre des agriculteurs adoptant ce système qui prouve son efficacité et son bon fonctionnement. On estime que 20 000 agriculteurs ont adopté totalement ce système à Madagascar (Tefi Saina suggère que 50 000 à 100 000 agriculteurs ont expérimenté maintenant quelques éléments du système). L’université de Cornell a apporté son assistance aux institutions de recherche en Chine, en Indonésie, aux Philippines, au Cambodge, au Népal, en Côte d’Ivoire, au Sri Lanka, à Cuba, en Sierra Leone et au Bangladesh pour qu’elles puissent tester localement ce système. Dans tous les cas, les rendements ont été considérablement améliorés. Par exemple, en Chine, les rendements ont atteint 9 à 10,5 t/ha la première année (comparés avec une moyenne nationale de 6 t/ha).


Source:

Sébastien Rafaralahy, ASSOCIATION TEFY SAINA <tefysaina@simicro.mg>



Prof. Norman Uphoff, CIIFAD, Cornell University, USA <ntu1@cornell.edu>

Népal: Programme de permaculture Jajarkot

Ce programme promeut le développement de la production de cultures vivrières dans 31 villages de Jajarkot Khalanga et il est financé par Aide en Action-Nepal. Un processus basé sur la communauté se développe en valorisant les savoir-faire et les connaissances de la population locale lors de la formation du capital social. Les principaux effets de ce programme sont l’augmentation de la production de denrées alimentaires. Environ 40 pour cent des 580 ménages participant au programme, organisés en 44 groupes, sont devenus complètement autosuffisants grâce à une utilisation croissante de technologies de l’agriculture renouvelable. Ces technologies comprennent l’engrais vert, le compost, les cultures intercalaires, l’agroforesterie et une diversification de systèmes de production agricole qui associent les arbres fruitiers, l’apiculture, l’élevage des moutons et des lapins, la culture du coton, la floriculture et l’exploitation intensive de jardins potagers. Ce programme porte aussi sur l’utilisation de cuisinières sans fumée et la construction de latrines, la formation de groupes pour gérer les systèmes d’épargne et de crédit, le soutien apporté aux petites entreprises locales, le renforcement de la formation continue des adultes et l’amélioration de l’accès aux services de santé.

Source: Jajarkot Permaculture Programme (1997-2000); Chris Evans, pers. comm.

Inde: Développement intégré et participatif de bassin versant

Le projet de développement du bassin hydrographique de Kharaiyanala, en Inde centrale, constitue un élément de la stratégie du gouvernement de l’Inde pour accroître la production agricole et parvenir à l’autosuffisance alimentaire au niveau national, ainsi que pour répondre aux besoins de la population pauvre aux niveaux des communautés et des ménages. Le Plan d’action pour la sécurité alimentaire en Inde se traduit par des politiques et des programmes ayant comme objectif d’accroître la production de denrées alimentaires grâce à des programmes de développement intégré de la culture de céréales, en privilégiant la diffusion des technologies améliorées de production, l’encouragement à l’utilisation de semences de variétés de haut rendement certifiées (VHR) et l’extension de l’irrigation.

Une autre action prioritaire concerne la gestion améliorée des bassins hydrographiques. La stratégie est basée sur des politiques ayant pour but l’établissement de systèmes publics d’approvisionnement, de stockage et de distribution, ainsi que la mise en place de réserves et la création de marchés ouverts. Dans le cadre de la stratégie de sécurité alimentaire de l’Inde, l’approche participative de développement mise en œuvre dans le bassin de Kharaiyanala constitue un exemple de réussite dans la lutte contre l’insécurité alimentaire et contre la pauvreté au niveau de la communauté.

Source: FAO, CSA

Brésil: Programme d’agriculture conservatoire «sans labour»

Le programme d’agriculture conservatoire «labour zéro» mis en place à Santa Caterina, au Brésil, décrit une approche d’agriculture non conventionnelle centrée sur la conservation à la surface du sol à la fois des plantes vivantes et des résidus végétaux en décomposition. Cette approche d’agriculture conservatoire non seulement assure une couverture végétale continue au sol et supprime le labour. Elle conduit aussi à une planification de la succession des cultures au cours des saisons qui minimise l’émergence des ravageurs et des maladies, tout en optimisant l’utilisation des nutriments par les plantes. Cette approche a permis d’obtenir en peu de temps des rendements élevés, de réduire les coûts de la main-d’œuvre, de diversifier l’agriculture par le biais de la production de bétail et de la transformation de produits agricoles, aboutissant ainsi à une amélioration de la sécurité alimentaire des petits agriculteurs.

Source: FAO, CSA

Burkina Faso: Développement de systèmes d’irrigation à petite échelle dans le cadre du Programme spécial de sécurité alimentaire (PESA)

Le Programme spécial de sécurité alimentaire (PESA) du Burkina Faso relève d’une approche intégrée centrée sur la promotion de technologies appropriées et de pratiques agricoles, une meilleure utilisation et gestion de l’eau en constituant un point clé. Au niveau des parcelles de démonstration, le programme PESA a permis une amélioration considérable des rendements du riz irrigué et pluvial, ainsi que des rendements des légumes. Ce programme fait partie du programme national pour la croissance durable de l’agriculture et de l’élevage. Le programme PESA permettra de conforter efficacement la sécurité alimentaire et d’éradiquer la pauvreté, à condition que des politiques macro-économiques et sectorielles soient mises en place, que l’accès au crédit et aux intrants soit facilité et que la commercialisation soit améliorée. Ces conditions permettront la généralisation de techniques améliorées favorisant l’augmentation de la productivité.

Source: FAO, CSA

Bangladesh: Programme de développement de coopératives laitières

Le Programme de développement de coopératives laitières au Bangladesh résulte de l’objectif à long terme du gouvernement d’augmenter les revenus agricoles complémentaires des petits agriculteurs pauvres dans les zones reculées. Initialement centré sur la production, le ramassage, la transformation et la distribution du lait, le programme a par la suite fourni une large gamme d’appuis techniques, allant du développement institutionnel par l’établissement de coopératives à la facilitation de l’accès au crédit au niveau de la communauté, à l’organisation d’une distribution adéquate du lait et à la mise en place de systèmes de commercialisation dans les centres urbains. Le projet a non seulement été un succès en matière d’amélioration de la sécurité alimentaire, de la nutrition et des revenus pour les bénéficiaires et les agriculteurs sans terre, mais il a également créé des emplois pour un grand nombre de citadins pauvres et amélioré leurs revenus.

Source: FAO, CSA

Zambie: Multiplication et distribution de semences au niveau de la communauté

En Zambie, les systèmes de multiplication et de distribution communautaires de semences ont mis l’accent sur la distribution de semences de variétés précoces résistantes à la sécheresse afin de faire face aux problèmes posés par une productivité déficiente et par la sécheresse, avec l’objectif de lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté. Le projet a montré qu’à partir du moment où les agriculteurs atteignent l’autosuffisance alimentaire grâce à l’introduction de technologies améliorées, telles que des semences de meilleure qualité, et qu’ils génèrent des excédents, des besoins impérieux se développent en matière d’infrastructures de commercialisation, d’accès au crédit et aux d’autres infrastructures physiques et institutionnelles.

Source: FAO, CSA

Les études de cas ci-dessus, rédigées dans le cadre du Programme spécial de sécurité alimentaire (PESA) de la FAO, en dépit de leurs dimensions et approches différentes, fournissent des enseignements utiles pour l’utilisation de méthodes impliquant les communautés lors de l’adoption de nouvelles technologies.

® L’amélioration de la sécurité alimentaire par le biais de technologies agricoles au niveau de la communauté peut renforcer la capacité de la population à s’engager dans des activités de développement dans d’autres domaines.

® L’implication directe des bénéficiaires dans l’adaptation à leurs conditions de technologies améliorées s’avère fructueuse en termes d’enthousiasme et d’intérêt lors de la mise en œuvre du projet. De même, s’assurer que les technologies répondent aux besoins prioritaires définis par les bénéficiaires eux-mêmes conduit à une forte probabilité d’en obtenir l’impact souhaité.

® L’action communautaire peut être très rentable.

® Quand les améliorations de la productivité génèrent un revenu supplémentaire pour les membres de la communauté, cela stimule leurs efforts et les encourage à persévérer. Les comités de villageois peuvent constituer un mécanisme efficace pour gérer les activités communautaires dans l’intérêt commun et pour établir des fonds de roulement permettant de générer du crédit pour l’ensemble des membres de la communauté.

® Des actions communautaires pour accroître la productivité grâce à l’adoption de technologies et de pratiques appropriées répondent également aux objectifs de la gestion durable des ressources naturelles.

® La vulnérabilité aux désastres naturels peut être considérablement réduite par l’adoption de technologies et de pratiques qui: a) empêchent ou atténuent les effets des désastres naturels, et b) améliorent la productivité, accroissent les revenus en espèces et créent des réserves sur lesquelles les familles peuvent compter en cas de désastre.

® Sans un environnement constitué par des politiques permettant aux surplus générés par les améliorations de la productivité de trouver des débouchés commerciaux, les actions pour améliorer la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté par grâce à de nouvelles technologies et pratiques ne peuvent pas réussir.


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