Les biotechnologies pourraient résoudre de nombreuses difficultés qui affectent les cultures et l'élevage dans les pays en développement. Par exemple, conférer aux plantes une résistance accrue aux stress biotiques et abiotiques en l'inscrivant dans leurs gènes par une méthode biotechnologique, permettrait de réduire la consommation de produits agrochimiques et d'eau, et garantirait ainsi des rendements durables. Toutefois la FAO estime que les programmes nationaux devraient être conçus de façon à que les biotechnologies profitent à tous les secteurs et notamment aux populations rurales défavorisées, en particulier dans les zones marginales où il est plus difficile d'accroître la productivité.
La FAO estime que plusieurs questions intéressent particulièrement les pays en développement qui souhaitent recourir davantage aux biotechnologies pour développer leur secteur agricole. Parmi celles-ci on trouve:
Etablissement des priorités. Des connaissances spécialisées en biotechnologie devraient compléter les technologies existantes et être axées sur la production. La biotechnologie est généralement plus onéreuse que la recherche classique, si bien qu'il faudrait réserver son emploi à des besoins spécifiques pour lesquels elle présente un avantage comparatif. Comme de nombreux pays en développement réduisent les fonds publics alloués à la recherche agricole, la recherche a tendance à se privatiser, au risque de répondre surtout aux besoins des agriculteurs aisés. En dehors des considérations techniques, les priorités devraient être fixées en fonction des politiques nationales de développement, des intérêts du secteur privé et des débouchés commerciaux. Il conviendrait que les diverses parties prenantes participent à la formulation des stratégies, politiques et plans nationaux en matière de biotechnologies
Infrastructures et capacités. Pour qu'une recherche soit réellement productive, elle doit s'appuyer sur un niveau suffisant d'expertise, de connaissances et d'infrastructures. La biotechnologie ne fait pas exception à cette règle. La recherche en biotechnologie requiert un personnel qualifié, qui bénéficie de conditions de travail adéquates dans des laboratoires bien équipés et dotés d'une alimentation constante en eau de bonne qualité, d'un apport d'électricité fiable et d'un soutien institutionnel organisé. Il est nécessaire de disposer d'une base technologique minimale, ne fût-ce que pour adapter des technologies éprouvées et testées ailleurs aux conditions de production et à l'écologie locales. Il est impératif que la recherche en biotechnologie s'appuie sur des services de vulgarisation très présents et organisés et sur des institutions et des infrastructures compétentes qui facilitent son application.
Sécurité biologique et environnement. La menace écologique émanant des nouveaux produits de la biotechnologie, essentiellement ceux qui procèdent des organismes génétiquement modifiés (OGM), fait craindre à certains que les entreprises ne testent leurs produits dans les pays en développement. Certains des risques potentiels pour l'environnement ont trait aux ennemis des cultures. La dissémination de gènes issus d'OGM risque d'augmenter le caractère nuisible des espèces sauvages sexuellement compatibles avec ces derniers. L'inclusion de nouveaux gènes de résistance aux herbicides dans des plantes risque d'élever la fréquence des plantes adventices résistant à certains produits agrochimiques. On s'inquiète aussi de ce que les OGM risquent de donner lieu à la production involontaire de toxines et d'allergènes. La FAO estime que les pays en développement ont besoin qu'on les aide à établir une législation appropriée et à créer des organismes compétents chargés de réglementer tous les aspects de la sécurité biologique. La législation nationale doit être compatible avec les instruments internationaux et refléter les positions nationales
Biodiversité. La biotechnologie peut contribuer à la conservation, à la caractérisation et à l'utilisation de la biodiversité et accroître de ce fait son utilité. Certaines techniques, telles que la culture in vitro, jouent un rôle très utile pour conserver ex situ des collections de génotypes d'espèces végétales présentant un mode de propagation asexué (banane, oignon, ail) et d'espèces difficiles à conserver sous forme de semences ou dans des banques de gènes in situ. Des techniques apparentées jouent aussi un rôle important dans la sauvegarde de la biodiversité animale: la congélation du sperme et des embryons, associée au transfert d'embryons et à l'insémination artificielle. En même temps, cependant, la biotechnologie risque de réduire indirectement la diversité génétique en supplantant les races non-améliorées et leur diversité inhérente, si les agriculteurs adoptent des variétés génétiquement uniformes de plantes et d'autres organismes
Remplacement des produits traditionnellement exportés. Certains produits qui possèdent une valeur élevée à l'exportation pour certains pays en développement, pourraient être remplacés par des produits dotés de propriétés semblables (comme l'huile de colza de qualité comparable à l'huile de coprah), obtenus par modification génétique d'une autre plante cultivée ou par des techniques in vitro. Ces produits risquent d'affaiblir la position concurrentielle des cultures traditionnelles, d'affecter par conséquent le profil des échanges et de menacer, de ce fait, la sécurité alimentaire de nombreux pays en développement qui sont tributaires des recettes engendrées par l'exportation des produits de ces cultures.
Aspects éthiques. Les biotechnologies débordent du cadre de la science - certains perçoivent les biotechnologies comme "interférant avec les réalisations de la nature et la création". La fixation des priorités commande de faire clairement la part des choses, autrement dit, de respecter les aspects éthiques tout en étant attentif aux possibilités d'accroître la production alimentaire et de lutter contre la faim. Une bonne part des questions d'ordre éthique sont actuellement débattues dans le cadre de la législation sur les droits de propriété intellectuelle, mais d'autres restent à résoudre. Comme ces questions sont étroitement liées au contexte culturel, ainsi qu'au degré de perception et de prise de conscience du public, les décisions concernant l'utilisation de technologies déterminées doivent respecter les réalités socio-économiques.
Commercialisation. Les biotechnologies répondent de plus en plus aux exigences du marché et à la demande et la plupart d'entre elles résultent d'investissements dans la recherche et dans le développement du secteur privé des pays développés. La mise au point d'une nouvelle technologie n'a guère de sens s'il n'existe pas de débouché pour le produit. Cela vaut également pour les nouvelles variétés de plantes et les nouvelles races animales, ainsi que les nouveaux vaccins et kits de diagnostic. Les études de marché sont fondamentales pour déterminer si une entreprise mérite d'être lancée. Etant donné que les considérations commerciales ne reflètent pas forcément les préoccupations et les besoins sociaux, la recherche conduite par le secteur public a encore un rôle essentiel à jouer.
Publié en janvier 1999