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Faces behind rinderpest eradication

La phase post-éradication

 

Alain Vandersmissen Credit: © FAOM. Modibo Traoré, Sous-directeur général de la FAO, chargé du Département de l'agriculture, et de la protection des consommateurs, parle de l'éradication de la peste bovine dans le monde.

 

Q. Pourquoi l’éradication de la peste bovine au niveau mondial est-elle si importante?
A. Quand la peste bovine survient dans un pays, cela signifie qu’aucune exportation d’animaux vivants ou de produits d’origine animale n’est plus autorisée, ce qui représente une perte considérable  pour des millions de petits producteurs de bétail viande, qui se trouvent dans des zones souvent très déshéritées. Qui plus est, la peste bovine est un grand problème pour la sécurité alimentaire. Si vous n’avez plus de bétail, cela signifie que  vous n’avez plus  de lait ou  de viande pour votre consommation. Si vous n’avez plus de bétail, cela signifie que vous n’avez pas d’animaux de trait pour labourer et ensemencer les champs, et encore moins i pour transporter vos  récoltes.


Q. Comment la coopération internationale a-t-elle contribué à cette réussite?
A.  Il s’agit en effet d’une grande réalisation dans laquelle on a vu différents pays d’une même région, différentes organisations internationales, par exemple l’Organisation mondiale de la santé animale, la FAO, des institutions financières internationales, l’Union européenne se mettre ensemble, se donner la main, et s’impliquer en même temps dans la recherche de solutions à un problème précis, venir à bout du fléau de la peste bovine. Nous avons appris beaucoup de choses dans la lutte contre cette maladie, par exemple comment partager le travail dans la lutte contre les maladies animales transfrontières, et je pense que cet exemple servira à la communauté internationale pour s’attaquer à de nouveaux défis. 


Q. En termes pratiques, qu’entend-on par éradication de la peste bovine?
A. L’éradication, ça veut dire que le virus ne circule plus à l’état naturel, ni parmi les bovins domestiques, ni parmi les bovidés sauvages, et cela a des implications importantes pour l’économie et pour la sécurité alimentaire. L’éradication représente en premier lieu un nouvel espoir pour ces millions de petits producteurs de bétail et de viande qui pourront finalement préserver leur cheptel, produire et accéder au marché international.


Q.  Au niveau mondial, que doit-on faire dans la phase post-éradication?
A. On a dit que le virus n’existe plus dans la nature, mais il n’a pas pour autant disparu. Ce virus maintenant se trouve dans les laboratoires, parce qu’il est important d’avoir des souches virales afin de pouvoir fabriquer des vaccins au cas où il y aurait des accidents. Il faudrait donc que nous puissions nous organiser pour faire en sorte que le virus, là où il se trouve, puisse être conservé dans les meilleures conditions de sécurité. Autrement dit, les pays qui n’ont pas la possibilité de le faire dans les conditions requises ne doivent pas, pour des raisons de souveraineté ou des raisons qui leur sont propres, décider de garder des échantillons contenant le virus. Deuxièmement, et cela aussi est extrêmement important, je pense qu’il faut limiter à un nombre restreint les laboratoires qui détiennent le virus; il n’est pas nécessaire d’en avoir des dizaines pour conserver ce vaccin. Il faut que la communauté internationale se mette d’accord en la matière.


Q. Votre décision de devenir vétérinaire a-t-elle eu quelque chose à voir avec la peste bovine?
A. Cette question réveille en moi de grandes émotions. Vous savez, pour les garçons et les filles de mon âge qui vivaient à l’époque dans des villages reculés du Mali, il était impressionnant de voir ces équipes de vétérinaires sillonner les petits villages. Ils étaient pratiquement les seuls fonctionnaires qu’on voyait sur le terrain et on était content de les voir, pas seulement pour leur blouses blanches ou parce qu’ils se déplaçaient sur des mobylettes ou en voiture, mais parce qu’ils apportaient l’espoir. Souvent ils arrivaient  trop tard, car quand ils venaient les animaux étaient déjà morts. Mais quelquefois, ils venaient pour prévenir, pour vacciner, ils donnaient l’espoir que les vaches qui étaient l’unique  source de lait pour les enfants que nous étions seraient préservées  de la maladie et de la mort.
Je pense que c’est cette vision qui a nourri l’imagination de milliers de jeunes gens de ma génération et ce n’est pas un hasard si beaucoup d’entre nous sont devenus des vétérinaires. Pour nous, ils étaient de  véritables héros.


Q. Une fois vétérinaire, quelle a été votre expérience avec les campagnes contre la peste bovine?
A. Le tableau que je vous décrivais se passait au début des années 60. Vingt ans plus tard, une fois adultes, au début de notre vie active, notre premier défi  fut encore la peste bovine, parce qu’entre temps, la maladie qui avait disparu de notre pays, était de retour. Je suis très heureux et fier d’avoir participé aux différentes campagnes contre la peste bovine. J’y ai participé à différents niveaux: sur le terrain en tant que jeune vétérinaire responsable d’une équipe de vaccination, en tant que directeur national des services vétérinaires, et également à des niveaux plus  politiques dans mon pays et  au sein de  l’institution africaine en charge   de la coordination de la lutte contre les maladies animales transfrontières sur le continent africain. C’est une grande expérience, une grande leçon d’humilité et aussi de reconnaissance vis-à-vis de nos camarades  du terrain et des professeurs  des écoles vétérinaires qui nous ont formé et qui sans relâche nous disaient que la maladie pouvait être éradiquée. Aujourd’hui, nous savons qu’ils avaient raison.