Rechercher
Magazine accueil | focus | archives

Focus / 2002

  

Poulets de basse-cour au Honduras

L'aviculture familiale

L'élevage en basse-cour ou en libre parcours représente jusqu'à 70% de la production totale d'oeufs et de chair de volaille dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier...

Le monde serait plus triste sans l'aviculture familiale. Dans les campagnes autour du monde, chaque jour nouveau se lève sur le cri aigu des coqs rivalisant, apparemment, pour célébrer leur propre existence. En Asie, les agriculteurs peinent dans les rizières tandis que les canards voguent sur les étangs comme de perpétuels vacanciers. Les poules passent le temps à battre des ailes paresseusement dans de luxueux bains de poussière, à mener leurs poussins dans des expéditions de gratte-et-picore ou à annoncer à leurs soeurs, dans un cri rauque à la limite de l'effroi: "J'ai pondu un oeuf!" (des chercheurs ont récemment découvert que les coqs roublards chantent: "Viens voir, j'ai trouver de la nourriture!" juste pour attirer une femelle inexpérimentée à portée d'accouplement).

Outre sa valeur récréative, "l'aviculture familiale" - c'est-à-dire l'élevage traditionnel, à faible apport d'intrants, de poulets, dindons, canards et oies domestiques, sans parler des pintades, pigeons, faisans et cailles - est essentielle pour la sécurité alimentaire de la plus grande partie du monde en développement. Selon de récentes estimations, l'élevage en basse-cour ou en libre parcours représente jusqu'à 70% de la production totale d'oeufs et de chair de volaille dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier. Dans les zones rurales à environnement fragile et économie marginale, l'aviculture familiale est un élément courant des systèmes d'agriculture mixte - les oiseaux domestiques sont de petite taille, se reproduisent aisément, ne nécessitent pas d'investissements importants, et s'accommodent de déchets de cuisine, de brisures de céréales, de vers, d'escargots, d'insectes et de végétation.

Une carte de crédit à plumes.  "Les agriculteurs élèvent des volailles pour des raisons très diverses, qui vont de la nécessité de créer un revenu au simple plaisir d'observer des volatiles en bonne santé déambuler dans les maisons," dit Robyn Alders, auteur d'un guide qui doit être publié incessamment par la FAO sur la diversification des petites exploitations dans l'aviculture. "En général, les volailles dans les campagnes founissent de rares protéines animales sous forme de chair et d'oeufs. Elles constituent aussi une sorte de "carte de crédit", disponible dans l'instant pour la vente ou le troc dans les sociétés où les espèces sont peu abondantes. L'aviculture villageoise remplit toute une série d'autres fonctions auxquelles il est difficile d'assigner une valeur monétaire. Les volailles sont un moyen de lutte contre les ravageurs et produisent du fumier, elles sont utilisées lors de festivals particuliers et pour faire face à des obligations sociales, et sont essentielles pour de nombreuses cérémonies traditionnelles et le traitement de maladies."

Rien d'étonnant donc à ce que le développement des systèmes d'aviculture familiale soit une stratégie clé du Programme spécial pour la sécurité alimentaire de la FAO, mis en oeuvre aujourd'hui dans 66 pays. La FAO fait observer que la rentabilité de l'aviculture familiale est en général très faible par rapport à celle des systèmes à forte intensité d'intrants. Une poule qui se nourrit de déchets, par exemple, pond 30 à 50 oeufs seulement par an ou jusqu'à 90 oeufs par an avec une alimentation et des soins améliorés, tandis qu'une poule commerciale produira 280 oeufs "dans des conditions optimales " (voir Poules de batterie, ci-après). Selon la FAO, l'amélioration de la production avicole rurale demande l'introduction de compétences en matière de gestion, d'intrants au niveau de l'élevage (comme par exemple, des aliments complémentaires et des abris), l'élaboration de stratégies commerciales efficaces et, par dessus tout, une lutte plus efficace contre les maladies (voir La maladie de Newcastle.)


La maladie de Newcastle Un projet de la FAO aide le Sénégal à lutter contre la maladie de Newcastle (pseudopeste aviaire), une affection virale débilitante - et souvent mortelle - des volailles. Les vaccins conventionnels contre la maladie sont chers et ne supportent pas la chaleur. Le projet finance la production et la distribution de I2, un vaccin thermostable qui s'est avéré efficace dans les troupeaux villageois.

  
"Les programmes d'aviculture rurale durable devraient tirer parti de ce qui existe déjà et adapter les interventions technologique aux situations locales," estime Robyn Alders. Elle cite le succès au Bangladesh d'un programme de petite aviculture qui ciblait les femmes illettrées et démunies ne possédant ni terre ni actifs autres que leur travail. Des groupes de village de 30 à 40 femmes ont reçu une formation en matière de gestion de l'épargne et du crédit et ont appris les techniques de base de l'alimentation, du logement et de la lutte contre les maladies des volailles. Dans le cadre d'un programme de crédit, les femmes ont reçu des poulets de races adaptées aux conditions locales et capables de pondre jusqu'à 200 oeufs par an. Dans le même temps, le programme a financé un réseau d'entreprises de soutien au niveau du village - des unités d'élevage de poussins, des fournisseurs d'aliments, des mini-couvoirs et des ramasseurs d'oeufs - et a formé un personnel para-vétérinaire local capable de vacciner sur place les volailles des groupes contre les principales maladies. Résultat: le bien-être des femmes s'est notablement amélioré, 28% des revenus familiaux ont dépassé le seuil de pauvreté au bout de 18 mois et les taux d'inscription scolaire sont passés de 86% à 99% dans les ménages bénéficiaires.

En Afrique du Sud, le Conseil de la recherche agricole nationale parraine une chaîne de "centres de fournitures pour l'aviculture", détenus et gérés par les membres de communautés démunies, qui vendent tous les matériels nécessaires aux aviculteurs, y compris les volailles, les aliments, les fournitures de soins vétérinaires et les matériels nécessaires pour construire des enclos. Les futurs producteurs qui achèvent les cours de formation reçoivent un certificat qui garantit leur accréditation auprès des banques de développement ou des agences publiques locales, une étape essentielle pour obtenir des prêts. Ils reçoivent aussi, moyennant une participation symbolique, une trousse de premiers soins pour les volailles. Le programme a identifié six races capables de survivre dans des conditions rudes, avec un faible apport d'intrants, dans la mesure où le logement, la nourriture, l'eau et l'hygiène sont satisfaisants. Il s'agit de races européennes courantes comme la New Hampshire et la Black Australorp, mais aussi de races venant de Malaisie et de Namibie adaptées aux climats chauds.

Riz, poisson, plantes adventices et canards... Pendant ce temps, aux Philippines, un projet de la FAO a placé des canards au centre d'un système agricole conçu pour lutter contre les ravageurs et accroître la production dans les rizières de bas-fond irriguées. Les composantes du système sont une variété de riz à rendement élevé, un poisson, le tilapia du Nil, la fougère aquatique Azolla, et des bandes de canards malards qui ont été intégrés à raison de 400 oiseaux par hectare. L'Azolla sert à la fois d'agent de suppression des adventices et de nourriture pour les canards, qui sont autorisés à se nourrir dans les rizières pendant la période de jachère avant le repiquage du riz. Un abri a été construit avec du matériel local à bon marché au dessus de l'étang d'élevage où sont confinés les canards lorsqu'ils ne sont pas à la recherche de nourriture. Ce type d'élevage de canards a non seulement des coûts d'alimentation réduits mais est aussi un moyen efficace de lutter contre les escargots qui endommagent les jeunes plants de riz. Et il produit deux fois plus d'oeufs que la moyenne nationale.

Robyn Alders conclut: "Si l'on devait comparer l'élevage au monde de la mode, la production avicole rurale serait le dernier vêtement à la mode. L'aviculture rurale peut être une entreprise unique, où elle peut s'intégrer à presque tous les types d'activités des petits agriculteurs. Un programme d'aviculture adapté aux conditions locales ne pourra avoir que des clients très satisfaits."

Poules en batteries
Si la plupart des poules pondeuses dans le monde en développement connaissent encore une liberté relative, leurs soeurs des pays développés (à droite) sont fortement "urbanisées". Aux Etats-Unis seulement, on estiment que 300 millions de poules sont enfermées dans des cages si petites qu'elles ne peuvent jamais étendre leurs ailes. Les poules en batterie produisent jusqu'à 280 oeufs par an (10 fois plus que leurs parentes sauvages), mais elles souffrent d'ostéoporose, de maladies du foie, de pellicules et d'ulcères du bec. Les groupes de défense des animaux ont persuadé l'Union européenne de mettre fin à ces cages d'ici 2012, au profit d'une production en parcours libre et grange ou de "cages enrichies" d'installations de nidification et de perchoirs.

  • Visitez le site web de la FAO Réseau international pour le développement de l'aviculture familiale
  • D'autres renseignements sur la pseudopeste aviaire grâce à notre système d'information AVIS (en anglais)
  • Pour vous procurer une copie du guide de la FAO sur la diversification des petits agriculteurs dans la production avicole, contactez Peter.Steele@fao.org
  • Sachez en plus sur le Programme spécial pour la sécurité alimentaire de la FAO
  • Regardez aussi Le sorgho à sucre en Chine et Le palmier à huile au Kenya
Publié en mars 2002
magazine: accueil | focus | archives  guide: plan du site © FAO, 2002