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Allocutions

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 


Allocution à l'occasion de la Vingt-huitième Conférence de la FAO
FAO, Rome, Italie, 20 octobre - 2 novembre 1995

 

Monsieur le Président de la Conférence,
Monsieur le Président Indépendant du Conseil,
Mesdames, Messieurs les Ministres,
Excellences, Mesdames et Messieurs,

Il y a quelques jours à peine, dans la charmante ville riveraine du Saint-Laurent, en ce château Frontenac dont la majesté défie le temps, nous replongions dans l'Histoire pour retrouver nos racines et notre dimension en profondeur.

Le 16 octobre, date de naissance de notre Organisation et Journée mondiale de l'alimentation, nous nous élevions aux cimes de l'idéal philosophique de nos pères fondateurs pour atteindre notre dimension en hauteur.

Aujourd'hui, nous devons retomber sur terre pour affronter la dure réalité de nos programmes et de nos moyens.

Aussi, ne reviendrai-je point sur la problématique de la FAO, son évolution et ses perspectives qui figurent largement dans mon allocution du Cinquantième Anniversaire. Je vous parlerai très prosaïquement d'un horizon temporel plus modeste de quatre années, couvrant les exercices 1994/95 et 1996/97.

La 28ème Conférence de la FAO se tient à un moment crucial de son existence. Les cérémonies du Cinquantième Anniversaire ont connu un succès certain, grâce à l'accueil inoubliable et à l'hospitalité généreuse du Gouvernement du Canada, de la Province du Québec et de la ville de Québec. Au cours de la semaine dernière, la réunion ministérielle préparatoire au Sommet mondial de l'alimentation a approuvé la "Déclaration de Québec" qui réaffirme le droit fondamental à la nourriture et l'importance vitale d'une gestion durable des ressources végétales, animales, forestières et halieutiques. Enfin, le Séminaire "l'Humain au coeur du développement" a montré l'unité de vues des organisations non gouvernementales, du milieu académique et du secteur privé sur la nécessité d'une lutte acharnée pour éradiquer la faim du monde.

Autant d'événements qui augurent heureusement d'un retour aux sources, d'une adhésion à la foi et à l'espérance qui ont conduit de grands visionnaires, au lendemain de la plus grande entreprise de destruction de l'espèce humaine, à faire le pari de la vie, à prendre collectivement l'engagement d'assurer "du pain pour tous".

Hélas, ces temps derniers ont aussi vu la résurgence de l'isolationnisme et la propension au repli sur soi, l'exacerbation des critiques aux Institutions des Nations Unies et de Bretton Woods, la remise en cause des principes de l'Universalisme et une baisse des engagements en faveur de l'aide au développement.

Autant de signes avant coureurs d'un retour aux démons de l'égocentrisme et de l'exclusion, d'un penchant grandissant pour la primauté des rapports de force dans les relations internationales et dans les sociétés nationales.

Le crépuscule du XXème siècle annonce donc la nuit de l'angoisse dans un monde, jadis bipolaire et aujourd'hui éclaté, où les antagonismes d'antan remontent des profondeurs de l'intolérance. Et, à l'aube du XXIème siècle, le jour risque de se lever sur un monde dangereux et sans pitié.

Pour l'Humanité, les dangers, par delà les conflits ethno-religieux et les guerres localisées, se profilent à l'horizon de l'insidieuse inclination au "laisser-faire, laisser-aller", ils s'abreuvent dans la croyance religieuse et même dogmatique aux vertus universelles et holistiques du marché comme solution exclusive aux problèmes nationaux et internationaux.

Si la chute du mur de Berlin a sonné le glas de l'étatisation et de la collectivisation comme réponses efficaces à la question économique, si la bureaucratie et le gaspillage ont terni l'image de beaucoup d'institutions publiques et si nul ne saurait envisager un retour aux errements d'autres temps, on est obligé de constater aussi que les règles de la concurrence sont loin d'avoir éradiqué les fléaux de la pauvreté et de la faim, du chômage et de l'exclusion; qu'elles n'ont pas empêché la surexploitation de nos ressources naturelles et la dégradation progressive de notre environnement.

Des valeurs sociales et morales doivent donc compléter les mécanismes de l'accumulation financière afin qu'au sein des pays et entre les Nations s'instaurent des rapports fondés sur le sens de la fraternité et de l'appartenance à un même "village planétaire". Ce sont ces valeurs qui constituent le socle de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture et de sa devise "Fiat Panis".

Pour notre Organisation, les dangers se manifestent par des velléités de réduction des ressources déjà insuffisantes mises à sa disposition. Alors que l'acception du principe d'un budget à croissance réelle nulle constituait déjà un recul au regard de besoins grandissants, il y a maintenant des tentatives pour descendre vers un budget à croissance réelle, voire nominale, négative.

Si l'on ne peut ignorer les difficultés financières effectives de certains Etats membres et le souci de faire des économies pour réduire des déséquilibres budgétaires nationaux, on doit aussi savoir raison garder et avoir le sens de la mesure. Il y a en effet une masse critique financière minimum nécessaire lorsque l'on doit mettre en oeuvre des programmes pour 176 membres, assurer le droit humain fondamental à la nourriture, organiser la gestion durable des ressources végétales, animales, forestières et halieutiques mondiales ainsi que de leur environnement édaphique et hydrique.

On ne peut faire des coupes drastiques immédiates dans les ressources de notre Organisation sans mettre en péril les efforts méthodiques et systématiques engagés depuis le Conseil de juin 1994 pour alléger les structures et les procédures, décentraliser les moyens au niveau des utilisateurs, innover dans les modes d'intervention, recentrer et intégrer les actions sur les domaines prioritaires.

Ainsi dans le secteur de la gestion:

  • les postes des catégories supérieures du personnel sont réduits au profit de ceux des niveaux plus bas. Les postes d'Assistants aux Sous-Directeurs généraux et aux Directeurs sont supprimés;
  • les agents de programme internationaux sont remplacés par des homologues nationaux;
  • le personnel des services généraux est réduit grâce à un recours plus grand aux outils de la bureautique;
  • les experts transférés dans les bureaux régionaux et sous- régionaux disposent de personnel administratif de qualité et moins coûteux;
  • le consolidation des directions sectorielles chargées des opérations et le regroupement des agents administratifs éparpillés dans les directions centrales, entraînent une réduction du personnel;
  • la mise en oeuvre des programmes de coopération technique entre pays en voie de développement et pays en transition aboutit à un partage des coûts de l'assistance technique;
  • l'utilisation de retraités, d'universitaires et de chercheurs en année sabbatique défavorise l'appel à des consultants onéreux.

    Au total, les effectifs de l'Organisation, toutes sources de financement et lieux d'affectation confondus, sont réduits de 158 postes par rapport au 1er janvier 1994. Ces mesures qui procèdent d'une longue et profonde analyse de gestion et de changements importants dans le modus operandi de l'Organisation vont être amplifiées au cours de l'exercice prochain et feront économiser à l'Organisation 43 millions de dollars.

    Le contrôle de l'utilisation des ressources a été renforcé. Le premier audit global de l'ensemble des bureaux extérieurs de l'Organisation, à l'exception de ceux situés dans des pays en crise, a été effectué en juin et juillet 1994 et a abouti à la production de 60 rapports sur une période de cinq semaines. Cet exercice inédit a retenu l'attention du "Journal International de l'Audit Gouvernemental" et a conduit la revue "L'Auditeur Interne" à écrire qu'il s'agissait du "projet d'audit interne le plus complet jamais réalisé dans le Système des Nations Unies".

    En outre des dispositions ont été prises pour que la gestion financière des bureaux extérieurs fassent dorénavant l'objet d'un contrôle mensuel par des sociétés privées spécialisées, permettant à l'auditeur interne de la FAO de se concentrer sur le siège et les bureaux régionaux.

    Enfin le système de double signature sur les comptes de l'Organisation est maintenant étendu aux projets de terrain, aux bureaux régionaux et sous-régionaux ainsi qu'aux bureaux de représentation et de liaison.

    Au niveau de la décentralisation:

    Les bureaux régionaux ont été renforcés par l'affectation d'un nombre important d'experts. Cependant, ce mouvement a été ralenti dans certaines régions à cause des retards résultant des travaux et problèmes d'aménagement des locaux d'accueil fournis par les autorités nationales.

    Quatre sièges des bureaux sous-régionaux sur cinq ont été identifiés. Deux accords de siège ont été signés. Les deux autres sont en cours de finalisation. Des mesures appropriées seront prises pour la solution du problème sensible du bureau sous-régional du groupe du Proche-Orient qui était prévu en Afrique du Nord.

    Dans l'ensemble, 106 postes supplémentaires ont été transférés au cadre organique des bureaux régionaux, sous-régionaux et de liaison. Parmi ces postes, 86 sont transférés du siège ou des anciennes divisions conjointes. 31 experts ont déjà rejoint leur affectation, les autres devraient suivre dans les meilleurs délais.

    Les agents internationaux de programme ont été redéployés dans des postes correspondant à leur profil; quelques uns n'ont pas encore trouvé d'affectation appropriée. La sélection des agents nationaux de programme est pratiquement terminée.

    Le document cadre pour l'utilisation d'agents/correspondants nationaux fait, en ce moment, l'objet de consultations internes.

    Au niveau des nouveaux programmes:

    Il s'agit de relancer la coopération avec les partenaires extérieurs et renforcer le recours aux compétence nationales.

    L'accord relatif à l'utilisation d'experts pour la coopération technique entre pays en développement a été signé par 75 gouvernements et les candidatures de 3700 experts ont été présentées. L'accord similaire pour la coopération technique entre pays en transition a été signé par 6 gouvernements et 122 experts ont été proposés. Jusqu'à présent, 14 missions ont été organisées dans le cadre de ces accords mais beaucoup d'autres sont en préparation et le niveau d'utilisation de ces experts devrait fortement s'accélérer au cours de 1996.

    L'accord de coopération avec les institutions académiques et de recherche a été signé par 9 pays membres de l'OCDE. Quatre personnalités scientifiques ont déjà été détachées auprès de l'Organisation dans le cadre de ces accords.

    Enfin, 38 pays ont signé des accords visant à promouvoir le programme d'utilisation des experts retraités. Un nombre important de retraités ont ainsi fait savoir qu'ils étaient prêts à continuer d'oeuvrer au service du développement et près de 70 d'entre eux ont déjà été utilisés.

    Au cours du prochain biennium, le programme d'utilisation de jeunes professionnels des pays en développement, qui est en cours d'élaboration, sera mis en oeuvre.

    Ces changements dans l'Organisation, conduits simultanément avec la mise en oeuvre des programmes, ont exigé un effort exceptionnel des agents pour mener de front les transformations et leur travail normal. Je voudrais ici et solennellement les remercier pour leur abnégation, leur compétence ainsi que leur foi dans l'Organisation et ses objectifs.

    Les programmes ont cependant souffert des restrictions budgétaires dictées par la situation de trésorerie de la FAO.

    C'est ainsi que les activités de formation prévues pour 1994-95 ont été réduites de 17 pour cent et les publications de 6 pour cent comme indiqué dans le Rapport d'exécution du Programme. En outre certaines activités spécifiques ont dû être reportées à plus tard ou même annulées. Je citerai à titre d'exemple la collecte d'information sur la production d'engrais et leur prix et l'expérimentation d'un nouveau cadre d'intervention dans le domaine des activités post messiales. Les manuels de formation pour la lutte contre la trypanosomiase n'ont pu être publiés. Les travaux que nous devions exécuter avec l'OMS sur les zoonoses ont dû être éliminés. La mise en oeuvre du programme de conservation et de réhabilitation des terres africaines a été fortement ralentie. Des publications aussi importantes que "Perspectives de l'alimentation" et "Cultures et pénuries alimentaires" qui étaient mensuelles ne sont plus produites que tous les deux mois. Nous avons également dû réduire la fréquence de publication d'autres annuaires statistiques. Les travaux d'évaluation des ressources halieutiques dans les Caraïbes ont été suspendus. Enfin, dans le secteur des forêts, les travaux de mise à jour de l'évaluation des ressources forestières 1990 ont dû être retardés.

    Quoiqu'il en soit les réalisations pour ce biennium ont été substantielles et je voudrais vous en donner un bref aperçu en commençant par le Programme spécial pour la production alimentaire à l'appui de la sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu et à déficit vivrier.

    Après un travail important de conception effectué avec l'appui d'éminents experts, le Programme spécial fut lancé en octobre 1994. A ce jour il est opérationnel dans 15 Etats membres.

    Dans l'ensemble de ces pays, les activités préparatoires au démarrage des opérations de terrain ont été réalisées. Ce qui veut dire que des missions exploratoires ont été menées, les activités à entreprendre ont été définies, des mécanismes nationaux de suivi et de contrôle du programme ont été mis en place, des équipes nationales de formulation du programme ont été constituées et des programmes nationaux et des plans d'opération ont été élaborés.

    Les activités de terrains ont été mises en route afin de profiter des saisons agricoles dans la plupart des pays. Ainsi, en Chine et au Kenya, le programme national est entré dans sa deuxième campagne agricole tandis que dans 7 autres pays d'Afrique les activités de première campagne sont en cours. Enfin, en Zambie, Tanzanie, Haïti, Bolivie, Papouasie-Nouvelle-Guinée et au Népal, les activités de première campagne vont débuter incessamment. Par ailleurs, dans tous les pays concernés, une composante irrigation à faible coût est en cours ou à l'étude.

    Je voudrais également ajouter que pour toutes les activités liées au Programme spécial, la communauté des donateurs a été informée soit à travers des réunions spécifiques à Rome, soit par le biais des réunions périodiques dans les pays participants.

    La préparation du Sommet mondial de l'alimentation a mobilisé les différentes composantes de l'Organisation sous la coordination d'un petit Secrétariat constitué à partir de ressources humaines détachées. D'ores et déjà, trois documents techniques de base ont été diffusés sous une forme provisoire et les 12 autres le seront d'ici la fin de l'année ou dès le début de 1996. La moitié d'entre eux sont préparés en collaboration avec d'autres institutions. La structure et le contenu du document de politique générale et du plan d'action qui seront soumis au Sommet ont été examinés par le Comité de la sécurité alimentaire et le Conseil. Un Comité directeur et plusieurs sous- comités ont été mis en place pour assurer la mise en oeuvre de toutes les activités préparatoires indispensables: mobilisation des ressources, activités promotionnelles auprès des Gouvernements, des ONG, du secteur privé et des médias, aspects logistiques et opérationnels, etc. Enfin, la réunion ministérielle de Québec, préparatoire au Sommet, a eu lieu avec le succès que l'on sait.

    Au niveau du Département économique et social, outre les activités régulières relatives à l'ajustement agricole international et à la publication du rapport annuel sur la situation de l'alimentation et de l'agriculture, je signalerai la publication sous forme d'ouvrage d'une mise à jour de l'étude "Agriculture: Horizon 2010", l'appui fourni à 80 Etats Membres dans le suivi de la Conférence mondiale sur la nutrition, l'établissement de liens de coopération avec la nouvelle Organisation mondiale du Commerce, notamment dans le domaine des normes pour les produits alimentaires et l'étude de l'impact de l'Uruguay Round sur le secteur agricole ainsi que la revue du fonctionnement des groupes inter-gouvernementaux sur les produits.

    Le Système mondial d'information et d'alerte rapide sur l'alimentation et l'agriculture (SMIAR) a élargi sa couverture géographique et a amélioré ses méthodes de travail et de diffusion des données. Il constitue toujours l'une des pierres angulaires des activités de la FAO. A ce sujet, j'attire votre attention sur les dernières prévisions du SMIAR qui vous sont communiquées dans les documents mis à votre disposition. En effet, les perspectives de l'offre et de la demande mondiales de céréales pour 1995/96 se sont encore aggravées. La production céréalière mondiale en 1995 sera de 3 pour cent inférieure à celle de l'an dernier. Pour la troisième année consécutive, la production sera donc inférieure aux besoins. Les prix montent et la marge de sécurité que représentaient les stocks de report a pratiquement disparu. Pour satisfaire les besoins en 1996/97, il faudra que la production céréalière mondiale augmente d'au moins 5 pour cent en 1996.

    Je signalerai ici aussi les progrès réalisés dans la mise en oeuvre du Centre mondial d'information agricole qui doit incorporer les données statistiques et textuelles de l'ensemble de l'Organisation. La composante FAO STAT est opérationnelle. Les donnés sont accessibles aux utilisateurs externes sur disquette ou à travers Internet ou même en ligne. Plusieurs bases de données ont été introduites dans la composante FAO INFO telles que les normes du Codex Alimentarius qui sont disponibles sur disques optiques numériques.

    La réorganisation en profondeur a touché les activités à caractère horizontal qui sont maintenant rassemblées au sein du Département du développement durable. Cependant, la mise en oeuvre a été poursuivie pour les principaux programmes dans les domaines de la télédétection, du système global d'information géographique et de l'agro-météorologie, en particulier pour la surveillance des précipitations et des conditions agro-climatiques sur l'ensemble de l'Afrique, dans le cadre du système ARTEMIS. L'intégration de ces trois activités dans un seul service jouera un rôle essentiel dans le développement des activités futures pour le suivi de l'environnement et la mise en oeuvre de projets tels que l'atlas électronique de la FAO et la mise au point de cartes d'utilisation des sols.

    Le Département a également repris à son compte la coordination des activités de l'Organisation pour le suivi de la Conférence des Nations Unies pour l'environnement et le développement.

    La nouvelle Division de la femme et de la participation populaire a été particulièrement active dans la mise en oeuvre du Plan d'action pour l'intégration des femmes dans le développement. En outre, c'est notamment grâce à la participation active de l'Organisation que la femme rurale a reçu la place qui lui revient dans la Plate-forme d'action adoptée par la quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui a eu lieu à Beijing. Une action similaire en faveur des populations rurales en général a été menée pour la Conférence du Caire sur la population.

    Enfin les deux autres nouvelles divisions de la recherche, de la vulgarisation et de la formation d'une part et du développement rural et de la réforme agraire d'autre part se sont concentrées sur la définition de leurs programmes et méthodes de travail pour le prochain biennium tout en poursuivant les activités héritées de la structure ancienne.

    Les mesures relatives à la conception et au lancement du programme EMPRES, ou Système de prévention et de réponse rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes ont été prises. Le programme de lutte contre le criquet pèlerin se concentre dans une première étape sur la région centrale autour de la mer Rouge tandis que pour la peste bovine, les activités menées dans le cadre d'EMPRES viennent renforcer la campagne mondiale d'éradication et ses trois composantes régionales en Afrique, Asie occidentale et Asie méridionale.

    D'autres réalisations importantes ont pu être conduites à terme:

  • la conception et la préparation d'un Programme global pour les ressources génétiques animales;
  • l'intensification des activités relatives aux ressources génétiques végétales, notamment dans le cadre de la révision de l'Engagement international et de la préparation de la quatrième Conférence internationale sur les ressources génétiques végétales qui aura lieu l'année prochaine en Allemagne. En particulier l'appui à la production de 134 rapports nationaux et l'organisation de 11 réunions sous-régionales pour assurer l'élaboration participative du rapport mondial sur la situation des ressources génétiques végétales et du Plan d'action qui s'y rattache;
  • l'évaluation des ressources en eau et du potentiel pour l'irrigation en Afrique ainsi que la constitution d'une base de données sur l'utilisation de l'eau en zone rurale;
  • l'extension en Afrique et en Amérique latine du programme de lutte intégrée contre les ravageurs des cultures en coopération avec le PNUD, la Banque mondiale et le PNUE;
  • l'expansion de l'utilisation du logiciel Microbanker de la FAO dans plus de 600 établissements bancaires ruraux.

    Dans le domaine des forêts, les efforts ont porté sur la promotion des activités nationales et internationales en vue de l'exploitation durable et de la conservation des forêts et des ressources connexes. C'est ainsi que l'Organisation a organisé plusieurs réunions pour mieux définir la stratégie à adopter en vue d'assurer une parfaite complémentarité entre conservation et exploitation des forêts et mieux comprendre le rôle attendu de la FAO dans ce secteur. Ce processus a été clôturé par la tenue en mars de cette année de la première réunion mondiale des ministres chargés des forêts qui ont débattu exclusivement de la mise en valeur durable des forêts et ont adopté la "Déclaration de Rome sur la foresterie". A cette occasion, la FAO a publié le premier "Rapport mondial sur la situation des forêts" qui sera dorénavant produit tous les deux ans. Parallèlement le Département à poursuivi ses activités notamment l'assistance à la préparation de plans d'action forestiers nationaux dans de nombreux pays.

    Je terminerai cette revue rapide des programmes techniques par le secteur des pêches en mentionnant bien sûr la mise au point finale, dans un délai très court, du Code de conduite pour une pêche responsable qui est soumis à votre approbation. L'Organisation a également publié pour la première fois le "Rapport sur la situation mondiale des pêches et de l'aquaculture". Ce dernier a été présenté à la réunion des Ministres en charge du secteur des pêches qui a eu lieu en mars 1995 et qui a adopté le "Consensus de Rome sur la pêche mondiale". Je signalerai enfin la participation de la FAO à la préparation de la Conférence de Kyoto sur la contribution durable des pêches à la sécurité alimentaire qui aura lieu en décembre 1995 à l'invitation du Gouvernement du Japon.

    Pour ce qui est des activités opérationnelles menées par le Département de la coopération technique, la priorité a été donnée au développement de nouveaux partenariats. La collaboration avec les institutions financières internationales telles la Banque mondiale, le FIDA et les Banques régionales et sous-régionales a été renforcée. Pour illustrer ce propos, permettez-moi de citer quelques exemples:

    Durant le biennium 41 projets, représentant un niveau d'investissement total de plus 2 500 millions de dollars EU ont été préparés par le Centre d'investissement pour la Banque mondiale. 45 autres projets sont à divers stades de formulation. Pour le FIDA 15 projets ont été préparés. Pour la Banque asiatique de développement, le Centre d'investissement a préparé des projets en Chine en Indonésie et en Mongolie et d'autres sont en cours en Inde, au Pakistan, au Sri Lanka et au Vietnam. Avec la Banque interaméricaine de développement cette collaboration a abouti à la formulation de 2 projets d'irrigation en Bolivie et au Nicaragua.

    D'autres projets ont été préparés pour être présentés au financement de la Banque ouest-africaine de développement, de la Banque islamique de développement, de la Banque africaine de développement et de la Banque de développement des Caraïbes.

    De même, la collaboration existant avec nombre d'Organisations en particulier l'Union européenne a été renforcée. De nouveaux accords de coopération ont été signés notamment avec l'Institut interaméricain de coopération pour l'agriculture (IICA).

    La coopération avec le Programme des Nations Unies pour le développement, qui pour diverses raisons s'était notablement ralentie au cours des dernières années, amorce actuellement une reprise. 18 projets ont été ainsi approuvés durant les premiers six mois de 1995. Il est à noter cependant que le PNUD montre une certaine propension à exécuter ses propres programmes ce qui comporte des risques de duplication de nos activités.

    Durant ce même biennium 1994-1995, 800 requêtes ont été reçues par le Programme de coopération technique et plus de 400 projets ont été approuvés. A la fin du mois de septembre, le niveau d'approbation pour ce biennium s'élevait à 78 millions de dollars.

    Dans l'ensemble, grâce au maintien du niveau global de financement extérieur obtenu sur les fonds fiduciaires, le programme de terrain de la FAO pour la seule année 1994 représente une dépense totale de 275 millions de dollars.

    Les activités opérationnelles tout comme les activités normatives reçoivent un appui souvent décisif de la part du Bureau juridique, qui en outre a fourni une assistance à plus de 70 pays pour leur législation nationale ainsi que les aspects légaux liés à leurs programmes de développement agricole et aux accords internationaux négociés par l'Organisation.

    Je dirai enfin un mot des réalisations des Départements en charge des services d'appui qui ont particulièrement été mis à contribution pour appuyer le processus de restructuration, définir les nouvelles fonctions des différentes unités, préparer les descriptions de poste en collaboration avec les services techniques et enfin assurer les mouvements du personnel. Parallèlement, l'aménagement des locaux a été poursuivi et l'installation au Siège du réseau de communication intégré voix/données est terminée.

    Le nombre de postes de travail informatisés a fortement augmenté et des équipements et logiciels plus performants ont été installés. Ces postes ont accès au courrier électronique et à toute une gamme d'informations techniques et administratives. L'Organisation est maintenant entièrement reliée à Internet, ce qui permettra de réaliser des économies substantielles dans les communications car, parallèlement, l'équipement des bureaux décentralisés est en cours pour leur permettre d'être connectés entre eux et avec le Siège.

    Je signalerai à ce sujet que nous étudions les possibilités d'utiliser les équipements informatiques qui, tout en étant toujours opérationnels, ne correspondent plus aux besoins de l'Organisation ainsi que les publications en stockage en les distribuant dans les pays en voie de développement aux administrations, aux chambres d'agriculture, aux institutions de recherche et de formation.

    Les études ont été réalisées en vue du remplacement du système de gestion financière de l'Organisation (FINSYS) et tout est fait pour préparer un appel d'offre pour l'acquisition, dès le début de l'année prochaine si nos ressources le permettent, d'un système performant et qui aura fait ses preuves dans une organisation ayant des besoins similaires à ceux de la FAO. Quant au remplacement du système de gestion du personnel (PERSYS), nous sommes en train d'examiner les possibilités d'utilisation de celui récemment introduit au Secrétariat général des Nations Unies.

    En outre, une revue complète des procédures administratives et financières a été effectuée en vue de les rationaliser et de les simplifier. Dans ce cadre, les formulaires administratifs informatisés et automatisés pourront être conservés électroniquement, ce qui permettra des économies substantielles en papier et frais de stockage.

    Enfin, une revue complète des procédures de voyages internationaux des agents a été faite; là aussi des possibilités certaines de rationalisation existent.

    Je terminerai ce tour d'horizon de nos réalisations en mentionnant que nous venons de terminer l'élaboration d'une politique globale de communication avec le monde extérieur qui non seulement conduira à introduire une nouvelle culture de l'information au sein de l'Organisation, mais aussi servira de base à la restructuration du Département des affaires générales et de l'information. Cette politique fondée sur une approche décentralisée touchera également nos méthodes de production et de distribution des publications en utilisant au maximum les moyens électroniques. Ceci constitue un autre domaine qui présente de grandes potentialités.

    Beaucoup de nos activités sont réalisées en coopération avec les autres institutions du Système des Nations Unies dans le cadre de programmes conjoints. Mais il faut aussi signaler celles que nous devons réaliser à la demande expresse de ces institutions et en particulier du Secrétariat général en application des décisions de l'Assemblée générale ou du Conseil économique et social. Il s'agit de contribuer à leurs propres activités ou de participer à des réunions de coordination. J'attache beaucoup d'importance à cette coopération et à ces activités de coordination indispensables pour éviter les duplications. Toutefois, cette coordination a un coût que nous venons d'évaluer, en excluant la coordination au niveau des bureaux nationaux, à environ 12 millions de dollars pour 1994 soit 5 pour cent de nos dépenses pour le Programme régulier.

    Pour revenir au sujet principal qui nous occupe aujourd'hui, à savoir le Programme de travail et budget 1996-97, j'ai proposé lors de la préparation du schéma au début de cette année, un budget à croissance réelle nulle. Je l'ai fait à contre coeur pour tenir compte des impératifs de rigueur budgétaire qui prévalent dans l'environnement politico-économique actuel et malgré les importants défis auxquels l'Organisation doit faire face.

    A cette époque, la provision pour augmentation des coûts avait été estimée à 59 millions de dollars. Elle a ensuite été revue à un peu moins de 32 millions de dollars pour le Sommaire du Programme de travail et budget après que des réductions supplémentaires aient été effectuées. Dans la proposition qui vous est soumise aujourd'hui, elle est à nouveau réduite à 24,7 millions de dollars. Nos estimations les plus récentes indiquent que les augmentations de coûts auraient dû s'élever à 45 millions de dollars. Le budget de 698 millions qui vous est proposé conformément aux orientations des Comités du programme et des finances comporte un accroissement de 3,7 pour cent seulement par rapport à la base budgétaire de 1994/95 et représente donc une absorption de coûts qui est estimée à 20 millions. Nous prenons également le risque de devoir absorber au cours du prochain biennium d'autres augmentations de coûts liées aux ajustements des salaires proposés par la Commission de la fonction publique internationale et aux variations du taux de change entre le dollar et la lire, ce qui porterait le montant total des coûts que nous absorberions à plus de 28 millions.

    Enfin, je voudrais attirer votre attention sur quelques faits qui permettront de placer cette proposition de budget dans une véritable perspective:

    Parmi les organisations du système des Nations Unies, c'est la FAO qui a connu la plus faible croissance dans le montant des contributions des Etats membres au cours des six dernières années.

    Aucune des instances de décision des organisations des Nations Unies dont le budget a récemment été approuvé n'a accepté un montant inférieur en valeur nominale au budget précédent. Au contraire, certaines ont bénéficié d'augmentations substantielles. Je citerai l'Organisation internationale du travail dont le budget est augmenté de 24 pour cent; le budget de l'Organisation de l'aviation civile internationale augmentera de 3,7 à 7,7 pour cent et enfin l'OMS dont le budget a été augmenté de près de 2,5 pour cent.

    Même l'Institut inter-américain de coopération pour l'agriculture, qui est financé à 60 pour cent par un de ses Etats membres, conservera le même montant de ressources en valeur nominale.

    La FAO est votre Organisation, Vous, les Etats membres, avez la grande opportunité de la conduire sur les chemins d'un succès si indispensable aux millions de personnes qui n'ont pas un accès adéquat à la nourriture et aux millions d'enfants de moins de cinq ans qui souffrent de déficit protéinique et calorique.

    Vous avez aussi le redoutable pouvoir d'entraîner l'Organisation sur les pentes escarpées de ressources aléatoires, au risque de provoquer sa chute dans l'abîme d'un échec qui serait certes funeste pour les déshérités de la terre, mais qui ne serait pas sans conséquences graves pour les plus nantis vivant sur la même planète Terre.

    Le Secrétariat de l'Organisation est votre secrétariat. Il ne prendra pas d'engagements démagogiques dictés par les péripéties d'une conjoncture difficile, mais il appliquera fidèlement et loyalement vos décisions. Il vous apportera toutes les informations pour éclairer vos choix et vous donnera ses avis en ayant "exclusivement en vue les intérêts de l'Organisation". Il s'évertuera à être un "exemple de transparence, de responsabilité, de prévisibilité, d'efficacité, de respect des règles et du droit".

    A l'heure où vous prendrez des décisions qui seront lourdes de sens, pensez surtout à ces "images d'enfants affamés et d'adultes faméliques qui ne cessent de hanter nos consciences".

    Pensez aussi que, par delà les chiffres, il y a des mesures qui vont affecter des personnes de chair et de sang qui souffrent de la pauvreté à travers le monde.

    Pensez enfin que le projet de budget de la FAO, qui doit aider 800 millions d'êtres humains pauvres, ne représente que le montant dépensé en nourriture pour chiens et chats pendant 6 jours seulement dans 9 pays développés.

    Réfléchissez-y et que Dieu vous guide et vous garde pour le bien de l'Humanité.

 


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