ce sont ces agents qui risquent leur
vie en portant secours aux réfugiés, ou
pour arracher des victimes innocentes à leurs
puissants bourreaux.
L'entente et la coopération
internationales ne peuvent se fonder durablement que sur
la primauté de droit, pas la
prééminence de la force.
Sinon les frustrations et l'oppression
feront surgir ici ou là, aujourd'hui ou demain,
des foyers d'affrontements et de destruction.
Les guerres ne sont que de tragiques
miroirs aux alouettes ou viennent se briser les vains
rêves de domination.
Les seules batailles qui
méritent d'être gagnées sont celles
qui sont livrées pour la conquête des
coeurs.
Le poète espagnol Miguel de
Unamuno ne nous a-t-il pas fait observer que le
véritable défi humain ce n'est pas de
vaincre mais de convaincre?
Le Mahatma Gandhi constitue un
référentiel immortel pour avoir
révélé à la dimension d'un
Continent les vertus de la non-violence.
Et si Nelson Mandela s'est
élevé au niveau de l'Universel par son
exemplarité, c'est par les ressources de
volonté et de bonté qui lui permettent de
n'avoir aucune haine pour les partisans de
l'hégémonie raciale, qui pendant une
génération, l'ont privé de
liberté.
Puissent nos consciences, dont
l'essayiste français Alain disait "qu'elles sont
d'ordre moral puisqu'elles opposent toujours ce qui
devrait être à ce qui est", guider vers les
voies de la raison et de la mesure ceux qui ont le destin
des peuples entre leurs mains.
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Permettez-moi maintenant d'exprimer au
Premier Ministre Shimon Peres, au gouvernement et au
peuple israéliens, la gratitude de la FAO pour
leur hospitalité généreuse et les
remerciements du Directeur général pour
toutes les marques de délicate attention à
l'égard les différentes
délégations et du Secrétariat de
l'Organisation.
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Contrairement à des
idées préconçues, l'Europe n'est pas
seulement une région homogène au climat
tempéré et aux terres bien arrosées,
se prêtant particulièrement bien à la
céréaliculture et à l'élevage
sur de gras pâturages. Cela est sans doute vrai
dans la majeure partie de la zone, où une
civilisation fort ancienne, l'énergie des paysans
et les avancées scientifiques se sont
conjuguées pour imprimer à l'agriculture un
essor qui a porté l'Europe au premier rang des
puissances agroalimentaires du monde contemporain. Mais
la région se caractérise aussi par une
forte hétérogénéité
qui tient autant à la nature qu'à
l'histoire. En effet, elle comporte une vaste zone
méditerranéenne où des sols pauvres,
ou à tout le moins fragiles, ne sont pas moins
menacés par l'aridité, la sécheresse
et la désertification que les terres de l'autre
bord de la Méditerranée, en Afrique du Nord
ou au Proche-Orient. De plus, après l'effondrement
des économies centralement planifiées et
des structures de production agricole qu'elles avaient
édifiées, l'Europe centrale et orientale
traversent une crise profonde dont quelques pays
seulement ont commencé à émerger et
qui se traduit, même si c'est de façon
temporaire, par un fort recul de la production et une
grave désorganisation des circuits de
distribution. La situation des populations
européennes frappées par les conflits
internes, la guerre et l'exode revêt un
caractère encore plus douloureux.
C'est en Europe que l'on s'est le plus
rapproché des objectifs de la
sécurité alimentaire. Elle exporte en effet
de grosses quantités de céréales
vers les pays déficitaires et figure au premier
rang des pourvoyeurs d'assistance alimentaire. Mais la
récession dans certaines économies y a
aussi produit son cortège de chômage, de
misère et d'exclusion; en même temps, la
faim et la malnutrition frappent dans cette région
des millions d'hommes, de femmes et d'enfants habitant
les zones fragilisées par les conditions
naturelles, politiques ou économiques. Qu'il
suffise de rappeler que, malgré les fortes
exportations céréalières de l'Europe
occidentale, la région dans son ensemble a
été, ces dernières années,
importatrice nette de céréales.
Cette Conférence
régionale, comme les autres cette année,
est placée sous le signe du Sommet mondial de
l'alimentation qui aura lieu à Rome du 13 au 17
novembre 1996. Ce Sommet sera, en cinquante ans
d'existence de la FAO, la première réunion
organisée sur le thème de l'alimentation
mondiale au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement.
Et si la proposition a été approuvée
à l'unanimité par la Conférence de
la FAO et l'Assemblée générale des
Nations Unies, c'est parce que ce problème
revêt aujourd'hui un caractère
particulièrement grave.
En outre, les dimensions et la nature
des problèmes alimentaires ont
évolué avec la rapidité qui
caractérise notre siècle. Enfin
l'Organisation a pour responsabilité primordiale
d'alerter l'opinion internationale et les plus hauts
responsables du monde sur une situation alimentaire qui
se dégrade, avant que celle-ci ne prenne les
dimensions d'une crise insurmontable.
Certes, les savoirs et les
technologies ont progressé de façon
prodigieuse, la transformation des modes de production
végétale et animale, la connaissance et
l'utilisation des intrants, les savoirs en matière
de maîtrise de l'eau, le perfectionnement des
techniques de conservation des ressources, de stockage et
de traitement des produits ont provoqué un
véritable bouleversement du secteur agricole et
rural dans un grand nombre de pays.
Mais, dans le même temps, la
population mondiale a augmenté
considérablement, si bien que la superficie arable
disponible par habitant ne cesse de diminuer.
L'exploitation intensive dégrade l'environnement;
le couvert forestier disparaît rapidement, et la
mise en culture de terres de plus en plus marginales
accélère l'érosion. Les ressources
halieutiques sont surexploitées; dans ce domaine
comme dans bien d'autres, la nature ne parvient plus
à régénérer les ressources au
rythme auquel l'homme les détruit.
De plus, si globalement les
disponibilités sont suffisantes pour nourrir tous
les habitants du globe, la répartition demeure
terriblement inégale.
Les bouleversements politiques, les
conflits, la multiplication des réfugiés et
des personnes déplacées ne font qu'aggraver
la situation.
Dans les pays en développement,
on compte près de 800 millions de personnes
souffrant de sousalimentation chronique, et quelque 200
millions d'enfants de moins de cinq ans sont atteints de
carences protéino-énergétiques
aiguës ou chroniques.
Et pourtant, le droit à la
nourriture est absolument fondamental; c'est le premier
des droits humains, et là où il n'est pas
assuré tous les autres droits deviennent
illusoires.
Si une personne ne mange pas à
sa faim, comment pourrai-t-elle exercer son droit
à la formation, au travail, à la culture,
comment pourrait-elle participer pleinement à la
vie politique et sociale de la communauté?
Parmi les grands défis qui se
profilent à l'aube du troisième
millénaire, la nourriture et l'eau figurent au
premier plan. Ce problème revêt à la
fois une dimension éthique, une dimension
politique et une dimension stratégique, et il
risque de conduire à des conflits d'une violence
et d'une gravité extrêmes si l'on ne fait
rien pour redresser la situation.
La FAO a si vivement conscience de la
nécessité d'agir vite et fort que, sans
attendre les décisions que le Sommet va prendre
à l'échelle mondiale, elle a lancé
un Programme spécial pour la production
vivrière à l'appui de la
sécurité alimentaire pour les pays à
faible revenu et à déficit alimentaire.
La philosophie qui préside
à ce programme dont la phase pilote a
commencé avec des résultats encourageants
dans une quinzaine de pays va aider à tracer les
grands axes que le Sommet sera appelé à
définir.
Il faudra cependant mobiliser
l'opinion publique et les médias, grâce aux
orientations que les plus hautes autorités
politiques du monde voudront donner en vue de
l'élaboration de politiquesalimentaires dynamiques
et de la mise en oeuvre d'actions concrètes
à la fois vigoureuses et soutenues.
Le grand débat sur
l'alimentation devra aussi porter sur le problème
des investissements et du commerce, qui revêtent
une importance particulière.
Au delà du Sommet
lui-même, il importe d'assurer, par la
coopération et la consultation à tous les
niveaux, le démarrage d'une véritable
campagne aux dimensions de la planète.
L'impulsion de cette Campagne afin
d'assurer "De la nourriture pour tous" serait
donnée par des Comités nationaux avec la
participation de toutes les composantes de la
société civile: secteur privé,
organisations non-gouvernementales, institutions
académiques et de recherche, associations
féminines et mouvements de jeunesse. Elle devra
assurer de façon suivie le soutien et la
mobilisation nécessaires à un effort qui,
pour être couronné de succès, exige
un engagement et des ressources à long terme.
Le Sommet mondial de l'alimentation va
cependant devoir faire face à un défi sans
précédent; certes, beaucoup a
été fait pour lutter contre la faim et la
malnutrition, pour stimuler la croissance de la
production agricole et pour favoriser une
répartition plus équitable des aliments
disponibles; mais il s'agissait la plupart du temps
d'actions séparées, menées en ordre
dispersé.
Maintenant, il est nécessaire
d'intégrer ces actions et de les focaliser dans
chacun des pays où le besoin de programmes visant
à assurer ou à consolider la
sécurité alimentaire se fait sentir avec
acuité.
Pendant longtemps, les énormes
excédents accumulés dans les pays
développés avaient fait illusion: ils
devaient mettre le monde à l'abri des
pénuries aiguës. Déjà, la crise
alimentaire des années 1970 avait permis de
constater que ces montagnes d'excédents pouvaient
fondre comme neige au soleil et laisser place à de
cruelles pénuries.
Après une nouvelle
période fortement excédentaire, voici que
de nouveau les stocks sont tombés au dessous du
niveau considéré comme nécessaire
à la sécurité alimentaire du globe,
que les prix flambent sur le marché mondial, et
que le coût des importations des pays en
développement à faible revenu et à
déficit vivrier va augmenter de 3 milliards de
dollars cette année.
"Rien n'est jamais acquis à
l'homme", disait le poète Aragon. Mais c'est
justement dans cette précarité que
réside le ressort de son action. N'est-ce pas en
effet l'imminence du péril qui a toujours
poussé l'humanité à trouver les
ressources d'énergie et d'invention qui lui ont
permis de survivre? Il y a aujourd'hui péril
imminent pour l'Humanité.
Paradoxalement, ce danger mortel
représente aussi une chance de salut pour la
présente génération et celles qui
suivront, dans la mesure où les hommes se
montreront capables de lire les signes des temps et de
s'élever à la hauteur des circonstances. Il
y faudra une somme prodigieuse de lucidité,
d'imagination, de courage, de patience et de
ténacité. Il y faudra en outre une
mobilisation unanime dont il existe peu d'exemples dans
l'histoire du monde.
Citoyen de tous pays et de toutes
conditions, de tous âges, de tous sexes et de
toutes religions, associations et groupements de toutes
natures, professionnels de tous les secteurs, forces
vives de la communauté dans l'ordre intellectuel,
social, économique, politique, spirituel,
responsables et représentants des pouvoirs publics
à tous les niveaux, depuis le hameau
jusqu'à l'organisation internationale, tous
doivent mobiliser leurs énergies et se lancer sans
réserve dans l'action commune.
Existe-t-il des ressorts suffisants
pour une si gigantesque entreprise?
L'interdépendance du village planétaire
qu'est devenue la terre sera-t-elle plus forte que les
intérêts étroits et à courte
vue qui nous divisent? De toutes mes forces, je veux le
croire.
Aussi est-ce avec confiance et de tout
coeur que je souhaite le plein succès aux travaux
de la vingtième Conférence régionale
de la FAO pour l'Europe.
Je vous remercie de votre aimable
attention.