Discours devant
l'Assemblée au Sommet des Pays de l'Union
Economique et Monétaire Ouest-Africaine
(UEMOA)
Lomé, Togo, le 27 janvier 1999
Monsieur le Président
Eyadema,
Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'UEMOA,
Monsieur le Gouverneur de la BCEAO,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi un privilège de
m'adresser à cette réunion au sommet des
pays membres de l'Union économique et
monétaire ouest-africaine. Je sais en effet que
les éminents responsables ici présents
accordent une importance singulière à la
coopération avec la FAO. En effet, tous les pays
de votre Organisation ont participé au Sommet
mondial de l'alimentation en novembre 1996, sept
représentés par leur Chef d'Etat et un au
niveau du Chef de Gouvernement.
Ce Sommet mondial a fixé
l'objectif courageux de réduire de moitié
d'ici 2015 le nombre des personnes
sous-alimentées, qui sont aujourd'hui 800 millions
dont 200 millions d'enfants.
Le Plan d'action du Sommet, que vous
avez approuvé, énonce les actions et
mesures que les gouvernements, leurs partenaires
privés et non-gouvernementaux dans chaque pays, la
communauté internationale et les organisations
intergouvernementales dont la FAO, doivent entreprendre
pour atteindre cet objectif. Les informations que vos
Gouvernements ont communiquées l'an dernier au
Comité de la Sécurité alimentaire
mondiale de la FAO montrent les importantes dispositions
que vous avez prises dans chaque pays. Pourtant, les
dernières informations dont nous disposons
montrent que loin de diminuer, le nombre total des mal
nourris a augmenté. Une action
déterminée et bien orientée est
chaque jour plus nécessaire et revêt un
caractère d'urgence.
La FAO a engagé dès la
conclusion du Sommet la préparation de
Stratégies agricoles à l'horizon 2010 pour
chacun de ses pays membres en développement ou en
transition. Ces stratégies ont été
élaborées en coopération avec les
spécialistes nationaux de chaque pays et soumises
à l'approbation des gouvernements. Ce travail
réalisé dans 150 pays en voie de
développement et en transition devait être
complété par une vision régionale
grâce à leur intégration dans les
ensembles économiques qu'ils ont établis
entre eux. Le projet de document pour l'UEMOA est le
premier a être réalisé et il a
été soumis pour avis et
considération au Président de l'UEMOA et au
Gouverneur de la BCEAO il y a quelques jours.
Excellences, Mesdames et Messieurs,
Les 67 millions d'habitants de l'UEMOA
ne disposent en moyenne que de 2250 Calories chaque jour
pour leur alimentation, alors que, compte tenu des
différences de consommation au sein des
populations, quelque 2700 Calories seraient
nécessaires pour que chacun jouisse d'une
alimentation correcte. Dans les pays les plus
affectés de l'Union, de 20 à 40% de la
population sont chroniquement sous-alimentés. Les
progrès agricoles des dernières
années n'ont pu redresser cette situation; le
déficit alimentaire de la région se traduit
par des importations coûtant près de 1200
millions de dollars en année moyenne, et bien plus
les années où sévissent les
aléas climatiques. La contribution du riz
importé à l'approvisionnement alimentaire
est particulièrement onéreuse,
représentant à elle-seule plus de 20% des
importations alimentaires. Cette hémorragie de
devises affecte la balance commerciale et vient alourdir
encore la balance des paiements de l'UEMOA,
déjà obérée par le service
d'une dette qui absorbe un cinquième de vos
recettes extérieures. Comment l'accepter alors que
la possibilité existe, sur vos sols, sous votre
climat, avec vos ressources en hommes et
compétences, d'en réduire durablement le
poids?
Parmi les contraintes à
surmonter, et que vos politiques et programmes
s'efforcent de lever figurent une infrastructure de
maîtrise de l'eau insuffisante et
inadéquate, l'absence d'un niveau suffisant
d'investissement financier, matériel et humain,
aussi bien public que privé, au
bénéfice du développement agricole,
un secteur privé moderne encore peu
développé et des institutions de gestion du
développement sollicitées au-delà de
leur capacité. Les estimations faites dans le
cadre des stratégies nationales à l'horizon
2010 des pays de l'UEMOA mettent en évidence un
besoin d'investissement annuel de l'ordre de 880 millions
de dollars - 490 milliards CFA -, dont un quart environ
pour l'aménagement des terres et l'irrigation;
ceci incluant secteur public et privé, ainsi que
l'investissement en travail par les paysans
eux-mêmes, élément crucial de la
mobilisation et du succès.
Il s'agit en effet d'augmenter la
production agricole, de réduire la
dépendance extérieure vis-à-vis des
importations, et d'améliorer l'accès aux
aliments des groupes les plus vulnérables. Ces
objectifs sont ceux du Programme spécial pour la
sécurité alimentaire (PSSA)? en faveur des
pays à faible revenu et déficit vivrier. Il
est déjà opérationnel en phase
pilote dans cinq pays de l'UEMOA, et en cours de
formulation dans les trois autres. Ses objectifs clairs
sont d'améliorer la sécurité
alimentaire nationale grâce à une
augmentation rapide de la productivité et de la
production vivrière sur une base
économiquement et écologiquement durable;
et d'améliorer l'accès des populations
à la nourriture. La mise en uvre du PSSA est
organisée de façon pragmatique en deux
phases.
Dans la phase pilote de deux ou trois
ans, des sites représentatifs des
différentes conditions écologiques,
économiques, administratives et politiques du
pays, et dont le nombre peut atteindre trente, sont
choisis en vue d'y mener quatre types d'action de
caractère micro-économique:
- maîtrise de l'eau avec de
petits ouvrages de collecte d'eau, de micro-irrigation et
de drainage, réalisés par les
communautés rurales pauvres dans le cadre de la
participation populaire;
- intensification des cultures
céréalières, horticoles,
fruitières et de tubercules, par l'utilisation de
variétés à haut rendement, de la
fertilisation, de la lutte biologique
intégrée et des techniques
post-récolte;
- diversification de la petite
production animale (avicole, ovine, caprine, porcine), et
développement de la pêche artisanale et de
l'aquaculture;
- étude des contraintes
socio-économiques d'accès à la
terre, aux intrants, aux technologies, au crédit,
au transport, au stockage, au marché et
d'équité au niveau des
bénéficiaires (femmes, groupes sociaux,
etc.).
Dans la phase d'expansion, trois types
d'activités de caractère
macro-économique sont menées:
- amélioration des politiques
agricoles pour créer un environnement favorable
à l'investissement, à l'emploi et aux
revenus agricoles;
- établissement de programmes
d'investissement pour lever les contraintes
d'infrastructures;
- préparation d'études
de faisabilité de projets bancables pour
accroître les financements bilatéraux et
multilatéraux.
Outre les contributions
bilatérales, des accords pour la mobilisation de
ressources financières permettant la mise en
uvre du Programme spécial, ont
déjà été signés avec
la Banque mondiale, la Banque africaine de
développement, le PNUD, la Banque ouest africaine
de développement, ou la Banque islamique de
développement; d'autres accords le seront
prochainement avec le Programme alimentaire mondial et
d'autres institutions. En outre, une vingtaine de pays en
développement se sont déclarés
prêts à fournir une centaine d'experts et de
spécialistes par pays dans le cadre de la
coopération sud-sud prévue par le Programme
spécial. Cette question est envisagée comme
sujet de discussion lors de la réunion des
ministres de la Francophonie qui se tiendra dans la
Principauté de Monaco en avril prochain. Un
soutien des Etats membres de l'UEMOA au principe du
financement par les pays développés de ce
mode de coopération entre pays francophones en
développement serait de nature à en
faciliter l'extension.
Mais le programme doit d'abord reposer
sur la mobilisation des ressources nationales, et
singulièrement budgétaires. Il est en outre
important que les requêtes de financement
bilatéral et multilatéral des Etats membres
reflètent la priorité accordée dans
les déclarations au secteur agricole. Ainsi
seulement serait-il possible de renverser la tendance
à la dégradation de l'aide internationale
au secteur primaire, observée au cours des
dernières années.
Messieurs les Chefs d'Etat et de
Gouvernement, Monsieur le Président de l'UEMOA,
Monsieur le Gouverneur de la BCEAO, le rôle de
l'agriculture est vital pour le succès
économique et de la sécurité
alimentaire des populations de l'Union économique
et monétaire ouest-africaine, qui pour 70% vivent
de l'agriculture. Consacrer les ressources
financières et humaines adéquates au
secteur primaire est donc un objectif essentiel. Je suis
convaincu de votre soutien dans les actions entreprises
pour atteindre les objectifs du Sommet Mondial de
l'Alimentation.
Je vous remercie de l'occasion que
vous m'avez donnée de m'adresser à votre
auguste assemblée.