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Allocutions 1999
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1998
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1997
Allocutions
1996
Allocutions
1995
"Le
droit à l'alimentation"
Curriculum
vitae du Dr Jacques Diouf
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"Science, éthique et
sécurité alimentaire"
BioVision: Forum international des sciences de la
vie
Lyon, France, 26-29 mars 1999
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Le droit à la nourriture, est, sans aucun doute,
une impérieuse préoccupation
éthique. Scientifiques, agents de l'Etat,
politiciens ou dirigeants du secteur privé
engagés, directement ou indirectement, dans la
production alimentaire doivent partager l'objectif commun
non seulement de produire la nourriture de la
façon la plus efficace possible, mais
également d'en assurer l'accès et la
distribution équitables, quantitativement et
qualitativement. A ceux d'entre vous qui, comme la FAO,
oeuvrent pour la sécurité alimentaire dans
le monde en développement, il nest pas
nécessaire de rappeler que plus de 800 millions
d'êtres humains se couchent affamés, chaque
nuit. Les délibérations des derniers jours,
dans le cadre de ce Forum international des sciences de
la vie, sont le témoignage de l'ampleur et de
l'urgence du défi de nourrir une population
mondiale toujours croissante. C'est ce défi qui a
conduit à lorganisation du Sommet mondial de
l'alimentation à Rome, en novembre 1996. A ce
Sommet, les hauts représentants de 186 pays, dont
112 Chefs d'Etat et de gouvernement, ont pris des
engagements fermes et solennels, notamment celui de
mettre en oeuvre des mesures de nature à
réduire de moitié le nombre des personnes
sous-alimentées en l'an 2015 au plus tard.
Cest pourquoi la mission de la FAO a
été recentrée autour de
lobjectif dassurer "la sécurité
alimentaire durable pour tous".
Mais dans leffort pour tirer les
bénéfices que la science et la technique
pourraient offrir sur la voie de la
sécurité alimentaire durable, il est
essentiel de ne pas perdre de vue les
responsabilités éthiques. Le
développement durable et la sécurité
alimentaire requièrent une gestion prudente et
économe des ressources naturelles,
institutionnelles, humaines et sociales.
Quelles sont ces responsabilités
éthiques?
Les considérations relatives à la gestion
des ressources naturelles englobent des sujets à
la fois biotiques et abiotiques. Les manipulations du
matériel animal et végétal,
notamment l'ingéniérie
génétique, soulèvent des questions
non seulement au sujet des aliments
génétiquement modifiés, mais aussi
de la biodiversité et de la responsabilité,
incontournable, envers les générations
futures. De même, les techniques agricoles doivent
être analysées au regard de leurs
implications dans la chaîne alimentaire, pour la
santé humaine, pour l'agrobiodiversité et
pour les changements écosystémiques.
La gestion des sols et de l'eau pose des problèmes
éthiques d'un tout autre ordre. Les
systèmes de culture qui conduisent à la
dégradation anthropique des sols défient le
concept même de la durabilité. Certaines
pratiques de gestion de l'eau, à terme,
mènent à l'épuisement de la nappe
phréatique, à la diminution des ressources
halieutiques et autres effets néfastes à
l'aval. En outre, les questions relatives à
l'utilisation de l'énergie en agriculture
constituent une autre dimension du problème non
seulement dans le contexte de la diminution des
ressources énergétiques fossiles, mais - ce
qui est encore plus important - dans celui de la
pollution atmosphérique et des changements
climatiques.
Le développement des ressources humaines pose un
autre type de responsabilités éthiques. La
nécessité de promouvoir l'
égalité entre genres s'impose de
manière encore plus urgente depuis la 4ème
Conférence mondiale sur les femmes qui s'est tenue
à Beijing en 1995. Dautres secteurs
défavorisés de la société
méritent aussi une attention particulière:
les jeunesses urbaines et rurales, les couches les plus
pauvres de la société dont les
réfugiés et les sans-logis. Concentrer les
efforts de développement sur ces groupes humains
est un devoir moral et une exigence sociale. Cest
la préoccupation du Programme spécial pour
la sécurité alimentaire de la FAO qui
suscite un intérêt croissant dans le monde,
car il est opérationnel dans 39 pays en
développement et en cours de formulation dans 34
autres. Assurer la participation effective des peuples et
l'implication de la société civile dans le
processus du développement constituent des
conditions indispensables pour la durabilité. Dans
ce cadre, le respect des religions et des cultures, des
traditions et des systèmes de valeur
indigènes doivent être au centre des
stratégies de développement.
Les problèmes posés par la biotechnologie
revêtent un caractère certain
dactualité. Il est clair quelle
pourrait offrir des solutions judicieuses à
certaines des contraintes à la production
végétale et animale. Mais lusage de
cette technologie soulève des problèmes
déquité liés au
déséquilibre dans son appropriation et
aussi des difficultés psychologiques qui
procèdent pour certains de son interférence
avec les processus naturels et de la
création. Enfin, il y a la perception
diffuse dune course aux bénéfices
commerciaux au détriment des précautions
que devraient imposer les risques encourus.
Plusieurs questions déthique font
actuellement lobjet de discussions, notamment la
législation sur la propriété
intellectuelle (brevets sur la vie); la
réglementation et le contrôle de la
bioéthique ainsi que les
problèmes de qualité des aliments et de
leur étiquetage. Ces derniers aspects sont
particulièrement importants pour le Programme
conjoint FAO/OMS sur les normes alimentaires et la
Commission du Codex Alimentarius. Il n'en reste pas moins
que plusieurs problèmes n'ont pas encore
trouvé de solution satisfaisante, notamment ceux
relatifs aux aspects culturels et aux niveaux de
perception et de prise de conscience du public qui, de
par leur nature, ne sont pas très faciles à
cerner à léchelle mondiale.
Il faut cependant rappeler que plusieurs des
avancées technologiques récentes ne
présentent que des différences mineures
avec les techniques classiques damélioration
génétique végétale ou
animale. Essentiellement, ces techniques ne sont que des
outils au service de lamélioration
génétique classique. Les applications de la
biotechnologie qui soulèvent le plus de
problèmes dordre éthique sont celles
relatives au clonage somatique des animaux et celles
liées à la production, l'évaluation,
la vulgarisation et l'utilisation des organismes
génétiquement modifiés (OGM).
Mais il convient surtout de signaler que la
complexité de certaines biotechnologies est telle
quelles sont difficilement accessibles aux
chercheurs des pays en développement ; en fait,
elles sont en général très largement
aux mains du secteur privé du monde industriel. Il
est vital que les pays en développement ne soient
pas des laissés-pour-compte et se retrouvent
désavantagés. Pour faire face à ce
problème, la FAO, avec ses partenaires, notamment
les institutions faisant partie du Groupe consultatif
pour la recherche agricole internationale, sefforce
daider ses pays membres à optimiser leurs
capacités pour développer, adapter et
utiliser la biotechnologie et ses produits de
façon à répondre à leurs
besoins et contribuer ainsi à la
sécurité alimentaire globale. Il est
impératif que toutes ces actions se
développent dans le respect de la
biosécurité et des considérations
éthiques des pays participants.
Dautres questions dordre éthique ont
trait à léquité de
laccès au bénéfice
résultant de la conservation et de
lutilisation des ressources
génétiques. Au cours des
millénaires, les paysans ont contribué
à la conservation et à
lamélioration des plantes et des animaux
pour satisfaire leurs besoins. Ces communautés
d'agriculteurs, aujourd'hui, tirent moins de profit de
lexploitation économique des ressources
génétiques indigènes de leurs
exploitations. La nécessité d'assurer, par
des incitations appropriées, la conservation des
ressources génétiques pour les
générations futures est incontestable, mais
il est tout aussi important et légitime de faire
en sorte que les paysans daujourdhui prennent
leur part des bénéfices résultant de
lutilisation de ces ressources.
La FAO participe activement aux grands débats sur
la biovision. Elle abrite le Secrétariat et
l'administration de la Convention internationale de
la protection des végétaux qui
soccupe de prévenir l'introduction et la
dissémination dorganismes nuisibles aux
végétaux et produits
végétaux. La Commission des
ressources génétiques pour l'alimentation
et l'agriculture de la FAO traite notamment des
problèmes d'éthique en
référence directe au Protocole de
biosécurité et à la
Convention sur la diversité
biologique. La Commission du Codex
Alimentarius, organe inter-gouvernemental
statutaire FAO/OMS, étudie actuellement la
question de la biosécurité relative aux
avancées de la biotechnologie. Enfin, la
28ème session de la Conférence de la FAO en
1995 a adopté le Code de conduite pour une
pêche responsable.
La FAO, en outre, oeuvre pour faciliter
laccès des pays en développement
à la biotechnologie et à ses applications,
à évaluer les conséquences et les
bénéfices de lutilisation de
nouvelles technologies et à aider les pays membres
à développer leurs propres protocoles de
suivi et de contrôle ainsi que les instruments de
régulation appropriés. La FAO étant
un forum de discussion des questions dordre
éthique relatives au développement durable
et à la sécurité alimentaire,
jai récemment créé un
Comité déthique qui va rassembler les
meilleurs experts internationaux de ce domaine pour
guider lOrganisation dans ses travaux.
Il est en outre important dattirer lattention
sur un point qui, à l'heure actuelle, interpelle
tout ce qui a trait au développement durable et
à la sécurité alimentaire dans le
monde en développement, celui de l'accès
à la technologie de l'information qui croît
à un rythme accéléré. Combien
d'autorités gouvernementales ou de chercheurs dans
les pays en développement auront accès aux
communications présentées lors de ce Forum
et aux résultats des discussions? Il faut que,
dans le domaine des technologies et des ressources
offertes par les autoroutes de l'information, se
réduise le fossé entre les riches et les
pauvres, entre le monde développé et celui
en développement. Ce n'est pas seulement une
responsabilité éthique, cest une
exigence fondamentale pour garantir un meilleur
équilibre des échanges d'information
à travers le monde.
Enfin, je voudrais adresser mes vives
félicitations aux organisateurs du Forum BioVision
et leur exprimer toute mon appréciation pour
l'opportunité qui m'a été offerte de
souligner, encore une fois, l'urgence de poursuivre la
lutte pour le développement durable et la
sécurité alimentaire et de mettre en
exergue l'importance des sciences de la vie
utilisées avec conscience pour atteindre cet
objectif si vital pour lhumanité.
Je vous remercie de votre aimable attention.
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