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"Le droit à l'alimentation"

Curriculum vitae du Dr Jacques Diouf

 



Déclaration à l'occasion de la réunion des bailleurs de fonds pour le financement du programme d'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales (PAGER) au Maroc

Rome, Italie, le 6 octobre 1997

Excellences,
Mesdames,
Messieurs,
Chers collègues,

C'est pour moi un honneur et un plaisir d'accueillir à la FAO Monsieur le Ministre de l'agriculture, de l'équipement rural et de l'environnement du Maroc et sa délégation, ainsi que Messieurs les Représentants des Bailleurs de fonds qui ont bien voulu répondre à mon invitation d'examiner ensemble les perspectives de coopération pour le développement du programme d'approvisionnement groupé en eau potable des populations rurales au Maroc, le PAGER.

L'approvisionnement des populations en eau potable est depuis longtemps une préoccupation majeure pour le Maroc qui s'inscrit dans le cadre d'une politique courageuse de mise en valeur et de gestion durable des ressources en eau du pays.

Monsieur le Ministre,

Cette politique, voulue par Sa Majesté Hassan II et soutenue par l'aide extérieure, est à la hauteur des enjeux. J'avais eu l'occasion, lors du Forum mondial de l'eau que votre pays avait accueilli en mars dernier à Marrakech, de souligner leur importance dans le contexte de la sécurité alimentaire. Les chiffres parlent d'eux-mêmes: l'agriculture et l'alimentation des ménages représentent, à elles seules, 78 pour cent de la consommation annuelle mondiale en eau. Certes, l'agriculture est de loin la plus grosse consommatrice avec 70 pour cent, mais les 8 pour cent servant à l'alimentation humaine ont une importance capitale pour la survie des populations rurales, comme pour l'amélioration de leurs conditions d'existence. C'est donc avec raison que le thème de l'eau se trouve au coeur des priorités de votre pays et de la communauté internationale.

Pour sa part, la FAO a inscrit la maîtrise de l'eau parmi ses toutespremières priorités et y consacre, comme vous le savez, une fraction importante de ses activités. On la retrouve ainsi comme une composante majeure de son Programme spécial sur la sécurité alimentaire qui a été adopté ou est en voie de l'être par plus de 60 pays. Les activités correspondantes sont très diverses et couvrent, notamment, l'irrigation, le drainage, la conservation de l'humidité du sol, le recours à des techniques simples de collecte des eaux de ruissellement, ainsi que l'amélioration de la gestion et de la distribution de l'eau dans les parcelles. C'est d'ailleurs cette importance, surtout pour les pays à faible pluviométrie, qui nous a amené à publier un guide spécifique pour aider à préparer et mettre en oeuvre le volet maîtrise de l'eau du Programme spécial.

S'il est vrai que nous sommes tous bien conscients du fait que l'eau est une ressource limitée et que nous affirmons qu'il faut tout faire pour en prévenir le gaspillage, cette affirmation n'est malheureusement pas assez suivie d'effets dans la réalité quotidienne. Trop d'actions d'aménagement ont été - ou sont encore - entreprises comme si les réserves étaient illimitées.

L'agriculture irriguée est beaucoup plus productive que l'agriculture pluviale, comme en témoignent encore les chiffres, puisqu'elle assure près de 40 pour cent de la production vivrière mondiale sur seulement 17 pour cent des terres cultivées. Il est donc probable - en fait, il est souhaitable - que cette forme d'agriculture se développe considérablement dans l'avenir et par conséquent, que la demande en eau aussi augmente très fortement.

Il deviendra de plus en plus difficile de satisfaire cette demande, non seulement parce que dans beaucoup de pays les ressources sont limitées, mais aussi parce que les opportunités d'aménagement, techniquement les plus faciles et économiquement les plus favorables, ont déjà été saisies dans beaucoup de pays. La nécessaire prise en compte de l'impact sur l'environnement et des autres effets externes contribue aussi à augmenter les coûts, si bien que les grands barrages et les infrastructures d'adduction d'eau de la prochaine génération coûteront plusieurs fois le prix des structures de la génération précédente.

Dans ces conditions, il est essentiel que les politiques nationales et locales de l'eauvisent une plus grande rentabilisation et une meilleure gestion de cette ressource, voire sa sauvegarde. Nous disposons aujourd'hui d'un arsenal technique important pour y parvenir, tant en ce qui concerne l'irrigation proprement dite que pour les pratiques agricoles associées. On sait, par exemple, comment réduire les pertes grâce à une gestion intégrée de l'eau d'un bassin versant, à des dispositifs de capture des eaux de ruissellement, à la ré-alimentation des nappes aquifères, à la protection des bassins hydrographiques, à la maîtrise de la pollution et de la salinisation, au recyclage des eaux usées, etc.... A l'échelle du périmètre d'irrigation et de l'exploitation agricole, on dispose aussi de techniques d'irrigation économes en eau qui se disséminent dans un nombre croissant de pays et de régions. C'est le cas, par exemple, de la micro-irrigation, mais c'est aussi le cas de certaines techniques traditionnelles dont l'ingéniosité repose justement sur une économie de l'eau. C'est d'ailleurs pourquoi la FAO appuie les efforts des pays membres visant à mettre au point de nouvelles approches, à revaloriser les techniques traditionnelles et à assurer un transfert de technologies et de savoir faire entre pays industrialisés et pays en développement et dans le cadre de la coopération entre pays en développement.

C'est l'occasion pour moi, Monsieur le Ministre, de réitérer à vous-même et au Gouvernement du Royaume du Maroc, mes sentiments de profonde gratitude pour votre généreux et noble engagement à appuyer la mise en oeuvre de la phase pilote du Programme spécial sur la sécurité alimentaire au Burkina Faso et au Niger au travers de la coopération Sud-Sud. Les missions conjointes, que nous avons faites récemment au Burkina et au Niger, devraient nous permettre de concrétiser très rapidement cette coopération.

Mais à ces techniques relatives à l'irrigation proprement dite doivent être associées des pratiques agricoles elles-mêmes économes en eau afin de contenir au mieux la demande en eau. Ici encore, nous avons à notre disposition tout une panoplie de moyens à proposer aux agriculteurs, depuis le recours à des variétés moins exigeantes en eau jusqu'à des rotations de cultures et des techniques permettant une meilleure rétention de l'humidité dans le sol.

Cependant, une approche purement technique des problèmes de l'eau dans le cadre de l'agriculture et de l'alimentation des populations rurales serait vouée à l'échec et, en toute hypothèse, ne saurait avoir d'effets durables sans une participation effective des populations utilisatrices à la conception et à la mise en oeuvre des politiques, programmes et projets. De très nombreux échecs dans le passé nous l'ont prouvé à travers le monde, et votre pays, Monsieur le Ministre, a su en tirer les leçons en donnant un rôle croissant à la société civile dans des actions qui, jusqu'à présent, relevaient des seules prérogatives de l'administration publique. Cette participation populaire est d'ailleurs devenue aussi un des traits caractéristiques de l'action de la FAO sur le terrain.

La FAO, Monsieur le Ministre, a essayé de répondre du mieux possible aux requêtes de votre Gouvernement pour appuyer les efforts de réforme des différents secteurs d'activité liés à la maîtrise de l'eau. Ces appuis ont été fournis par différents services techniques de l'Organisation et en partenariat avec certains donateurs présents ici, ou bien encore grâce au Programme de coopération technique de l'Organisation. Ils ont d'abord concerné, bien sûr, la maîtrise de l'eau pour l'agriculture. Je citerai, notamment, les concours apportés pour l'aménagement des bassins versants et pour la gestion conservatoire des eaux et des sols. Mais ils ont été étendus aussi à l'approvisionnement en eau potable des populations à travers le programme PAGER.

En effet, un accès facile à l'eau potable dans les zones rurales défavorisées est primordial, à la fois pour les familles rurales et pour le développement de l'agriculture. Beaucoup de problèmes de santé publique sont liés à l'eau et les difficultés d'approvisionnement contraignent parfois les familles rurales à réduire leur consommation à un point tel que les besoins fondamentaux pour la cuisine et l'hygiène corporelle ne sont pas satisfaits. Par ailleurs, cette charge pénible de fourniture d'eau vient généralement s'ajouter à celle, déjà très lourde, assumée par les femmes et les jeunes filles rurales dans la production agricole. En outre, le temps qui lui est consacré est souvent prélevé sur la scolarisation des jeunes filles.

Il était donc opportun d'apporter, depuis le début de cette année, le concours du Programme de coopération technique aux efforts entrepris par votre pays pour mettre en oeuvre une politique courageuse d'équipement rural pour l'eau potable. Sur la base de son expérience dans le domaine de la gestion participative de l'eau pour l'agriculture, il a paru possible à l'Organisation de mettre à la disposition du PAGER une méthodologie et tous les outils nécessaires pour instaurer une concertation, une participation et un partenariat entre l'Etat, les communes rurales et les populations. Au terme de ce projet, vous aurez mis au point, j'en suis convaincu, les modalités participatives et contractuelles permettant aux équipes décentralisées et aux communes rurales d'accélérer la création de points d'eau et la mise en place de modalités de gestion durable par les usagers eux-mêmes. Je puis vous assurer que la FAO reste à votre disposition pour poursuivre cet appui dans le cadre du partenariat que vous allez développer avec les donateurs soutenant le PAGER.

Me tournant cette fois vers les Représentants des pays et institutions pouvant apporter leur appui à ce Programme, je voudrais les encourager à le faire. En effet, leurs contributions profiteront directement aux populations rurales les plus déshéritées en améliorant leurs conditions de vie et en facilitant un développement durable de l'agriculture. Plus généralement, elles auront assurément un impact très important sur le développement du secteur rural au Maroc.

Excellence, Mesdames et Messieurs,

Je souhaite plein succès à vos travaux.

 


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