Les agro-économistes définissent le capital comme la somme des avoirs financiers et le chiffrage des besoins en intrants nécessaires à la production agricole (Kay, 1986). Ainsi, le capital est plus quune valeur liquide, entendue comme à la fois largent comptant et les soldes disponibles sur les comptes courants et comptes épargnes. Le capital des aquaculteurs comprend également la valeur des facteurs de production tels que les géniteurs, les stocks daliments, les équipements, les étangs, les bâtiments, les voies daccès et le terrain. En conséquence, le capital peut être liquide et facilement transformable en pouvoir dachat ou non liquide. Cette définition élargie du capital est la définition adoptée dans le présent rapport.
Lélevage à des fins commerciales demande un capital suffisant. Ce dernier est nécessaire à la création, lentretien et le développement de lentreprise, à lamélioration de son efficacité et à couvrir les besoins opérationnels de lexploitation. Le manque de capital est en général un problème pour le développement en Afrique subsaharienne. Et il est particulièrement aigu dans certains secteurs de léconomie, comme celui de laquaculture.
En règle générale, les éleveurs peuvent avoir accès au capital grâce à leurs propres apports (leurs économies), ou à travers lemprunt, ou une combinaison des deux. En Afrique subsaharienne, les revenus annuels par habitant sont très bas, souvent en dessous de 300 dollars américains. De tels revenus impliquent quils sont en général entièrement dépensés. Comme la plus grande partie de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, les revenus sont souvent insuffisants pour subvenir aux besoins des ménages, ce qui exclut la possibilité de faire des économies. Ainsi, on peut avancer, quà quelques exceptions près, le taux dépargne marginal en Afrique subsaharienne est proche de zéro. La possibilité pour un investisseur potentiel dapporter ses capitaux propres est donc limitée.
Cette situation laisse à penser que la majorité des investisseurs en Afrique subsaharienne dépendront dun financement extérieur pour démarrer leurs entreprises aquacoles: leffet de levier[4] sera très élevé. La source la plus commune de financement extérieur dune entreprise commerciale est lemprunt, le plus souvent auprès des banques. Malheureusement, dans le secteur de laquaculture, les institutions financières nont jusquà présent joué quun rôle minime dans loctroi de prêts au titre dinvestissement de capital. Le manque de capitaux reste donc un des plus gros obstacles au développement de laquaculture en Afrique subsaharienne. Pour que ce secteur se développe, la question de laccès aux prêts[5] par des investisseurs potentiels doit être abordée.
Les prêts peuvent avoir un caractère vital pour les aquaculteurs. Les aquaculteurs ont besoin de prêts pour faire face aux dépenses fixes. Ces prêts peuvent être nécessaires pour lachat ou la location du terrain, de loutillage, de léquipement comme des bateaux, véhicules, aérateurs, ou pour construire des étangs ou des cages, un entrepôt de stockages; et dans le cas des fermes intégrées, une écloserie, une unité de fabrique daliments ou une chaîne de transformation des produits. Ces coûts fixes, qui ne dépendent pas du niveau de production ni de leur taux dutilisation, peuvent être importants à court terme.[6]
Les prêts sont aussi nécessaires aux aquaculteurs pour couvrir les dépenses variables. Les fonds relatifs aux dépenses dalevins, daliments, dengrais, de produits chimiques et de carburant, ou pour payer les salaires, tout spécialement pendant le premier cycle de production, ne sont pas toujours disponibles. Bien que les coûts variables puissent augmenter ou baisser suivant les décisions du gérant et suivant le niveau de production visé, ils peuvent néanmoins représenter une part importante des dépenses courantes. Lanalyse réalisée sur un échantillon délevages aquacoles en Afrique subsaharienne a montré que les coûts variables pouvaient représenter de 74 à 97 pour cent des coûts totaux en élevage de crevettes et de 51 à 98 pour cent des coûts totaux en élevage de tilapias et de clarias. Les dépenses relatives à des opérations dune telle envergure nécessitent lobtention de prêts.
En plus des besoins de financement prévisibles, il peut y avoir des catastrophes imprévues qui encourent des dépenses. Les cyclones peuvent durement frapper les élevages de crevettes à Madagascar, les inondations au Mozambique détruire des digues ou la production, la sécheresse peut obliger à interrompre les élevages en cages au Niger. Ces exemples prouvent que les éleveurs peuvent avoir besoin dun prêt durgence limité dans le temps, pour reprendre le cours normal de leurs activités après de tels événements climatiques. Pourtant laccessibilité à des prêts destinés à laquaculture commerciale en Afrique subsaharienne demeure un sérieux problème. Tout effort visant à développer laquaculture comme une affaire en Afrique subsaharienne doit intégrer cette question des prêts et la traiter. Les deux chapitres qui suivent tentent danalyser ce problème, non seulement au niveau de lorigine des prêts mais aussi des causes fondamentales de leur faible disponibilité.
Afin daméliorer la communication avec les prêteurs, les emprunteurs potentiels doivent se familiariser avec la terminologie que ces derniers utilisent pour décrire les différents types de prêts. Ces prêts sont différents suivant le système de classification utilisé. Comme en agriculture, les prêts aquacoles peuvent être classés selon la durée de la période de remboursement, lutilisation du prêt demandé, les garanties et le plan de remboursement (Kay, 1986).
Selon la durée ou la période de remboursement, le classement le plus utilisé est le court terme, le moyen terme et le long terme. Les prêts à court terme, aussi dénommés prêts à la production ou prêts dexploitation dans la mesure où ils servent à acquérir des intrants nécessaires au cycle de production, seront remboursés dans les douze mois qui suivent la signature du prêt. Largent emprunté pour lachat dalevins, daliments, dengrais ou de produits chimiques, ou encore pour payer les salaires, se trouvent dans cette catégorie; ils doivent être remboursés dans lannée qui suit, ou plus tôt, au moment de la récolte. Les prêts à moyen terme peuvent sétendre de un à dix ans. Largent emprunté pour lachat déquipement, la construction détangs ou de cages, de bacs, filets, camions, bateaux, géniteurs et de bâtiments de stockage ou la construction décloseries, entrent dans cette catégorie. Comme ces biens déquipements seront utilisés pour la production pendant plus dun an et ne peuvent pas à eux seuls rapporter des bénéfices à court terme, un prêt à court terme serait inadapté. Les prêts à long terme doivent être remboursés en dix ans ou plus. Ils sont accordés pour lachat de biens déquipement dont la durée de vie est de 20 ans ou davantage comme cest le cas pour un terrain ou une usine de fabrique daliments ou une chaîne de transformation de poissons.
Suivant lutilisation ou lobjet des prêts, les prêts daffaires peuvent être destinés à des immeubles ou non. Dans le premier cas, ils sont appelés des prêts immobiliers car ils servent à lacquisition de terrain ou de bâtiments. Ils sont semblables à des prêts à long terme. Dans le second cas, ils sont appelés des prêts mobiliers. Ceux-ci peuvent être assimilés à des prêts à court ou moyen terme[7].
Comme expliqué ci-dessous, il existe un risque lié à lemprunt de capital: le créancier peut faillir dans le remboursement du principal et des agios. Une des conditions dallocation du prêt, souvent demandée par le prêteur, est de donner en garantie des avoirs qui peuvent être saisis et vendus en cas de défaillance de lemprunteur. Cela donne au prêteur une meilleure garantie de remboursement, et ainsi une mesure de protection contre le risque de non remboursement. Cet avoir mis en garantie jusquau remboursement complet du prêt est appelé sécurité ou garantie additionnelle. Lorsquils sont classés sur base de loctroi de la sécurité (garantie additionnelle), les prêts peuvent être des prêts garantis si la garantie est donnée au prêteur avant la signature du prêt. Ils peuvent aussi être des prêts non garantis si aucune garantie additionnelle na été demandée par le prêteur pour accorder le prêt. Ces prêts non garantis sont également appelés prêts sous seing privé puisque la signature de lemprunteur suffit à garantir le remboursement du prêt.
Différents prêteurs peuvent avoir différents modes de remboursement suivant les emprunteurs et leur capacité à rembourser le prêt. Cependant, il existe deux principaux types de plans de remboursement en aquaculture: le plan de remboursement unique et le plan avec amortissement. De la même façon, les prêts peuvent être des prêts à remboursement unique ou des prêts à remboursement amorti. Dans le premier cas, le paiement du principal se fait en une fois, à la date déchéance, et les intérêts peuvent être payés en une fois ou en plusieurs. Ces prêts comprennent des emprunts à court terme. Quelques prêts à moyen terme qui peuvent impliquer le paiement des intérêts une fois par an, et avec le remboursement du capital à la date déchéance du prêt, font aussi partie de cette catégorie. Les prêts amortis sont ceux pour lesquels le remboursement du principal et des intérêts est opéré régulièrement, en général tous les mois. Les prêts amortis comprennent souvent des prêts à moyen terme ou à long terme.
Les sources de prêts aquacoles varient dun pays à lautre, mais en général, les aquaculteurs peuvent emprunter dans le secteur formel ou le secteur informel.
Dans le secteur formel, les banques commerciales, les banques de développement rural, et les banques de développement agricole sont les principales sources de fonds pour le développement agricole. Ces établissements financiers peuvent représenter une source importante de financement de laquaculture. En Afrique subsaharienne, les banques fournissent en général des prêts à court et à moyen termes pour le développement agricole. Les organismes spécialisés de prêts, comme les associations de crédits à la production ou les associations de crédit, peuvent également représenter une source de prêts pour le développement aquacole. A limage des banques agricoles, elles prêtent en général à court et à moyen termes seulement. Les prêts servent à acquérir des géniteurs, des alevins, des aliments, de loutillage et des bâtiments. Dans certains pays, comme aux Etats-Unis, des compagnies dassurance sur la vie peuvent investir des fonds à partir de primes dassurance vie ou à partir de gains obtenus dans différents secteurs, y compris lagriculture et laquaculture. Ces compagnies tendent à investir seulement à long terme (Kay, 1986).
Le secteur informel comprend des personnes privées, des institutions et des groupes. La caractéristique principale de ce secteur est quil se situe en dehors du cadre juridique ou fiscal imposé par les autorités monétaires ou financières. Cependant et bien que nétant pas dans ce cadre, le secteur informel est tout à fait conforme à la réglementation.
Il existe plusieurs catégories de prêteurs individuels: les usuriers, les prêteurs individuels, les propriétaires fonciers, les commerçants, les employés, les amis, les parents ou autres relations. Tous peuvent fournir des prêts mobiliers (à court ou à moyen terme) ou des prêts immobiliers (à long terme). Cependant les prêteurs individuels, les usuriers et les propriétaires fonciers peuvent allouer des montants élevés, mais souvent assortis de conditions sévères.
On estime que les usuriers[8] jouent un rôle important auprès des emprunteurs qui ont un accès limité au secteur formel. En Asie et parfois dans quelques pays dAfrique subsaharienne, ils ont permis de démarrer des petites entreprises. Leurs sources proviennent de leurs propres économies, ou dargent emprunté moins cher auprès dautres usuriers ou de banques. Les prêts des usuriers, comme la plupart des prêts du secteur informel, ne sont pas garantis. Cependant, les taux dintérêt sont en général élevés (Thillairajah, 1994).
Les prêteurs individuels[9] sont connus pour pouvoir prêter à court terme et jouer le rôle de banquier à leur propre risque. Cest le cas au Ghana et au Nigéria, où ils peuvent percevoir une rémunération pour garder largent quils reçoivent (Thillairajah, 1994) Ce service peut être rendu gratuitement comme au Niger. Comme il existe la possibilité demprunter à des taux dintérêt plus élevés que ceux pratiqués par les courtiers dhypothèques au Sri Lanka ou dutiliser les fonds à des fins personnelles, il arrive que les prêteurs individuels paient un intérêt sur les garanties (Gore, 2001).
De nombreux propriétaires terriens vendent des terrains en utilisant le contrat de vente dans lequel le propriétaire (vendeur) cède la terre à lacheteur à la condition que ce dernier lui effectue régulièrement des versements. Cette politique est une forme de prêt entre les deux parties. Cette forme de prêt diffère de la vente habituelle en argent et dans laquelle lacheteur emprunte la somme nécessaire à une banque, paie complètement le vendeur puis rembourse périodiquement la banque. Les contrats dachat de terrain profitent à la fois aux vendeurs et aux acheteurs: les vendeurs paient moins dimpôts, et les acheteurs ont la possibilité de négocier le prix des acomptes, les taux dintérêt et un calendrier de paiement flexible. Cependant et bien que pour un certain nombre dentre eux la signature de lacheteur soit la seule garantie, la majorité des vendeurs demandent une forme de garantie de la part des acheteurs.
Les crédits commerciaux sont une importante source de financement pour les fermes aquacoles. Les producteurs dalevins et daliments sont souvent prêts à allouer des crédits aux aquaculteurs pour les aider durant les périodes de difficultés monétaires. Les vendeurs dintrants fournissent des prêts en nature, surtout des intrants nécessaires aux élevages et des matières premières pour les fermes commerciales, et qui correspondent à des prêts à long terme. Lexemple de la culture de noix de cajou et de noix de coco en Tanzanie a montré que ces mécanismes de prêts accordés par les négociants permettaient daccorder des prêts à des éleveurs artisans ou à des entreprises de taille moyenne avec lesquels les banquiers sétaient montrés réticents à accorder des prêts (Thillairajah, 1994). Comme ils se sont montrés solvables et quils sont en position pour faire respecter les obligations des éleveurs, les marchands dintrants jouent souvent le rôle dintermédiaires entre les banques de prêts et les utilisateurs.
Dans de nombreux pays développés, des institutions, comme les magasins dapprovisionnement des élevages, financent également les achats de matériel et déquipement grâce à des contrats de vente fractionnée. Parfois, ils autorisent des différés de paiement de plusieurs mois (voire dune année) sans couvrir dintérêts, et peuvent financer des achats sur une période plus longue, mais avec intérêts. Les marchands déquipement pour lélevage et les vendeurs de véhicules allouent aussi des prêts en achetant eux-mêmes ces biens ou avec laide dun organisme de financement.
Les associations dépargne et de crédit sont aussi des exemples de groupes prêteurs. Elles sont répandues en Afrique subsaharienne et sont connues sous différents noms tels que tontines en Afrique francophone (Côte dIvoire, Congo, et Togo), Susu au Ghana, Esusu au Nigéria, Ekub en Ethiopie, et Niangi au Cameroun. Dautres noms existent aussi ailleurs. Ces groupes dépargnes et de crédits sont formés de membres qui ont des liens personnels, à lorigine sociaux ou de travail, et qui se sont mis daccord pour verser régulièrement à une caisse un montant préalablement fixé. Largent est reversé périodiquement à un ou plusieurs membres, à des dates établies. Lorsque chaque membre a eu largent à son tour, lassociation peut se dissoudre ou recommencer lopération (Thillairajah, 1994). Ainsi les associations fournissent à leurs membres un crédit sans intérêt. Ces prêts sont à court terme et peuvent être utilisés pour de nombreux usages. Ils sont cependant généralement limités dans leurs montants.
Comme il la été discuté dans les paragraphes précédents, les prêts originaires de sources informelles sont généralement dun montant limité et sont surtout utilisés comme fonds de roulement et pour les imprévus. Ils présentent de nombreux inconvénients tels leur coût élevé ou leurs termes et conditions défavorables. En conséquence, on peut sattendre à ce que la majorité des montants destinés au développement de laquaculture viennent du secteur formel. Les banques ont des règles, des procédures et des lignes directrices bien définies. Elles ont également institué un régime de prêts, bénéficient dune assistance juridique, ont accès aux plans gouvernementaux et jouissent dune assistance technique. Cependant, comme il la été souligné précédemment, les emprunteurs potentiels ont des difficultés à satisfaire les conditions des banques. Pour comprendre les raisons qui limitent laccès des emprunteurs aux prêts bancaires, il est opportun dexaminer, en premier lieu, les conditions demandées par les banques lors de létude du dossier de financement.
Il existe plusieurs facteurs pris en considération par les banques avant daccorder un prêt. La plupart peut être classé dans lune ou lautre des catégories suivantes: profil, capacité de remboursement, capital et garanties.
Le profil de lemprunteur sera étudié et vérifié par le banquier sil ne connaît pas lemprunteur. Le profil de ce dernier concerne son honnêteté, son intégrité, sa réputation, la confiance et le jugement que le banquier porte sur lui. Le profil est en un sens synonyme de crédit. Le crédit qui a été défini comme la possibilité demprunter de largent, est un atout important pour lemprunteur. En fait, emprunter de largent peut être illustré par léchange du crédit de lemprunteur contre largent du prêteur. Un individu ou une société malhonnête ou mensonger, qui manque de correction dans les affaires, qui est lent à rembourser, ou qui a dautres crédits à rembourser, ne sera pas éligible pour un nouveau prêt et aura des difficultés à obtenir de largent. Un prêteur évaluera aussi le jugement du demandeur et sa capacité à prendre des décisions. La capacité de lemprunteur à émettre un bon jugement peut avoir des conséquences sur la bonne marche de la société, ce qui induit un niveau de profit, et in fine, la capacité de lemprunteur à rembourser le prêt. Les éleveurs expérimentés seront évalués sur leur expérience passée, un débutant sur son expérience personnelle, son niveau déducation et sa formation.
La capacité fait référence à la possibilité de lemprunteur de supporter le remboursement de lemprunt demandé. Les emprunts ne seront honorés que si suffisamment dargent est dégagé pour couvrir les besoins de la ferme, les dépenses familiales, ainsi que le principal et les intérêts de lemprunt. Les banques veulent vérifier le potentiel de remboursement de lemprunteur avant de lui accorder un prêt.
La plupart des banques demandent aux emprunteurs dapporter une part du capital nécessaire au début des activités. La contribution de lemprunteur aux coûts nécessaires des activités est appelée capitaux propres. Ainsi, le niveau des capitaux propres conditionne lobtention dun prêt, et détermine le niveau de risque quil est prêt à courir. Un niveau de capitaux propres trop bas peut empêcher demprunter suffisamment dargent pour atteindre une production aussi haute que possible et qui serait atteinte si le capital nétait pas un facteur limitant. Plus la part des capitaux propres est élevée et plus la capacité demprunter est grande, car cela permet à lemprunteur de faire face à des pertes imprévues.
Un emprunteur peut avoir un profil satisfaisant, être apte à rembourser le prêt, apporter suffisamment de capitaux propres, et cependant la banque peut demander des garanties. Comme il la déjà été mentionné, la garantie est sous forme dactifs cessibles au prêteur en cas de défaut de remboursement du principal et des intérêts. Le prêteur peut alors saisir ce bien et le vendre. Ainsi des garanties fournissent un appui indispensable à la demande de prêt. En cas dévénement imprévu mettant lemprunteur dans limpossibilité de rembourser, cette garantie peut être la seule façon pour le prêteur de recouvrer le montant prêté. Ainsi, lexistence de garantie augmente la possibilité dobtenir un prêt. Il est possible que cette garantie soit le facteur le plus important dans la prise de décision du banquier.
On a identifié quatre facteurs empêchant laccès déleveurs potentiels aux prêts bancaires en Afrique subsaharienne. Chacun de ces obstacles est lié dune façon ou dune autre à lune ou lautre des quatre considérations intervenant dans la prise de décision sur les demandes de prêts bancaires.
La première difficulté dun emprunteur potentiel est la perception des banques que laquaculture commerciale court un risque élevé déchec en Afrique subsaharienne. Cela est dû essentiellement aux expériences négatives vécues avec les projets de développement de laquaculture dans la région.
Laquaculture a été introduite dans les années 1950 dans la plupart des pays africains au sud du Sahara. A la fin de la décennie, il y avait environ 300 000 étangs dans 30 pays (Satia, 1991). Dans les années 1960, lagitation politique, le manque dalevins, la sécheresse et de faibles revenus ont conduit de nombreux producteurs à délaisser leurs étangs, ce qui sest traduit par une baisse de la production (Harrison, 1997). Une nouvelle période de développement sest produite dans les années 1980. Entre 1988 et 1995, environ 160 millions de dollars américains ont été dépensés en Afrique en recherche aquacole et en développement, la plus grosse part dans le secteur rural et la diversification. Cependant, ce développement a été lent, et la production totale des productions aquacoles et autres organismes aquatiques étaient proches de 122 000 tonnes en 1997 (FAO, 1999). Ce niveau de production représentait seulement 0,34 pour cent de la production mondiale, une part inférieure à celle de 1989. Au début des années 1980, laquaculture a également obtenu des prêts, grâce à des consultants, mais léchec de nombreuses opérations a démotivé les institutions financières (FAO, 1996). Depuis lors, il y a peu dinstitutions de financement de laquaculture car les organismes de prêt manquent de données sur les réussites et ont des doutes sérieux sur la capacité de remboursement des projets aquacoles.
Le deuxième obstacle pour obtenir un prêt est la demande de garanties. Celles-ci jouent un rôle majeur dans le secteur formel. Elles sont un mécanisme bien établi et sûr garantissant au prêteur que lemprunteur remboursera le principal et les intérêts. En offrant une garantie, lemprunteur risque de se voir confisquer ses biens en cas de non remboursement du prêt. Cela est en soi une incitation pour que lemprunteur respecte ses obligations, ce qui réduit le risque du prêteur, et augmente les chances de lemprunteur dobtenir un prêt. Ainsi, lexistence de garanties joue un rôle majeur dans la décision des banques.
Lexistence de garanties joue également un rôle sur le solde du prêt à allouer et sur les taux dintérêt. Dans tous les cas, lorsquun emprunteur peut présenter des garanties, les créanciers privés peuvent proposer des prêts plus importants, à des taux dintérêt plus bas, remboursables sur des périodes plus longues. Dans de nombreux cas, comparé à un emprunteur qui ne peut offrir de bonnes garanties, il peut espérer un prêt six à huit fois plus élevé et un délai de remboursement deux à trois fois plus long, et des taux dintérêt de 30 à 50 pourcent plus bas (Asian Development Bank, 2000).
Dans de nombreux pays, les bâtiments et les titres fonciers sont les garanties les plus souvent données pour les prêts à long terme. Les machines et les équipements servent souvent de garanties des prêts à moyen terme. Souvent, la plupart déleveurs en Afrique subsaharienne nont ni lun ni lautre de ces biens à donner comme garantie. Cest en particulier le cas lorsque le terrain ou les bâtiments appartiennent au village ou au clan ou lorsquils sont loués.
Pour les raisons citées ci-dessus, les prêteurs préfèrent les prêts garantis. Cependant, un emprunteur qui a une bonne réputation et qui rembourse rapidement peut emprunter de largent, surtout à court terme, sans offrir de garantie particulière. Les fermiers en Afrique subsaharienne, nayant pas souvent emprunté ou nayant pas la réputation de rembourser rapidement leurs prêts, devront presque toujours présenter des garanties.
La troisième contrainte des emprunteurs potentiels est les taux dintérêt élevés. Lintérêt représente le coût de largent emprunté. Des taux dintérêt élevés demandés par les banques représentent une mesure dissuasive pour emprunter en Afrique subsaharienne. Cela a différentes origines: La perception du risque, le manque de garanties, le manque dun marché de services financiers, des taux élevés de non remboursement, des moyens inefficaces pour atteindre les zones rurales qui se traduisent en des coûts de transaction élevés, des taux dintérêt élevés entre banques et des taux élevés dinflation dans la majorité des pays africains au sud du Sahara. Ces contraintes seront détaillées dans le Chapitre 4.
Le quatrième problème rencontré par les entrepreneurs cherchant des prêts est leur manque de connaissance relative à la préparation de leur demande, ainsi que la spécificité des renseignements que les banques peuvent demander. Comme il la été souligné dans ce volume, une banque ne prêtera de largent que si elle est convaincue que laffaire est rentable. Cest-à-dire, sil est clair que lemprunt sera remboursé. La capacité de remboursement est mesurée dabord par le cash flow généré par laffaire. Ainsi, la capacité de remboursement sera mieux expliquée à travers lélaboration dun bon projet dentreprise. Cependant et très souvent, les emprunteurs potentiels en Afrique subsaharienne manquent de connaissances dans la préparation de leur projet dentreprise.
Ce chapitre a analysé le concept et le rôle du capital comme source de développement de laquaculture commerciale en Afrique subsaharienne. Il a aussi fait le point sur les formes et laccès aux crédits disponibles pour le développement du secteur dans la région, sur les conditions instituées par les banques pour allouer un crédit, et sur les obstacles principaux à lobtention de crédits destinés au développement de laquaculture commerciale.
Le capital, qui est la valeur des facteurs de production utilisés par lentreprise, est nécessaire pour créer, entretenir et développer laffaire, augmenter son efficacité et faire face aux dépenses. Comme ils manquent de capitaux propres, la plupart des investisseurs en Afrique subsaharienne dépendent de financements extérieurs pour démarrer leurs entreprises. Les fonds doivent être empruntés auprès du secteur formel, car ceux du secteur informel sont non seulement chers, mais aussi limités, et ils visent surtout les besoins en fonds de roulement et les situations durgence.
Cependant les emprunteurs potentiels rencontrent des difficultés à satisfaire aux demandes des banques. Celles-ci vont étudier leur profil, leurs capacités de remboursement, leur capital propre et surtout les garanties quils apportent. Il existe quatre facteurs majeurs qui limitent laccès à des prêts bancaires pour des investisseurs potentiels en aquaculture commerciale en Afrique subsaharienne: la perception des banques que laquaculture est une activité risquée en Afrique subsaharienne, la demande de garanties, les taux dintérêt élevés et le manque de connaissance des emprunteurs relative à la préparation de leur demande de prêt, en particulier la préparation du projet dentreprise. A cause de leur importance, le reste du volume réserve un chapitre spécial aux stratégies que lon peut utiliser pour alléger chacune de ces contraintes.
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[4] Leffet de levier se
réfère à de largent emprunté pour
compléter lapport personnel (dette/apport personnel). [5] Il existe une corrélation entre prêts et crédit, mais contrairement à lidée répandue, le crédit est différent du prêt. Dun point de vue technique, un prêt est de largent emprunté, alors que le crédit traduit la capacité, la possibilité demprunter. Le crédit est important car il permet à un particulier ou à une entreprise, demprunter de largent. Plus la solvabilité est grande et plus grandes sont les chances dobtenir un prêt. [6] A long terme, il ny a pas de coûts fixes: la ferme peut sagrandir ou entreprendre des travaux à longue échéance. De cette façon, tous les coûts deviennent variables. [7] Certains prêteurs les appellent aussi «prêts personnels»: ils peuvent être utilisés pour lacquisition de biens personnels, comme des bâtiments dhabitation, automobiles, et des appareils ménagers. Même sils ne sont pas des prêts daffaires, les prêteurs peuvent les inclure dans les bilans de la société, afin davoir une vision complète de la santé financière de lentreprise (Kay, 1986). [8] Les usuriers sont des personnes dont les transactions financières font partie de leurs activités. Quelques-uns ont pour occupation principale lallocation de prêts couvrant des besoins peu importants et des besoins urgents à court terme. [9] Les prêteurs individuels sont en général des personnes connues pour leur bonne foi, et auxquelles des personnes ou des groupes confient leurs économies. |