Comme susmentionné, il existe une difficulté commune à tous les entrepreneurs cherchant un prêt pour créer une entreprise aquacole en Afrique subsaharienne: ils ne disposent pas des garanties demandées par les banques. Lorsquun prêt est proposé, les taux dintérêt sont dissuasifs. Ce chapitre fait le point sur les stratégies possibles pour résoudre ces problèmes.
Limpossibilité des emprunteurs de satisfaire les exigences des banques au sujet des garanties peut simplement venir du fait quils ne possèdent pas suffisamment davoirs à offrir en garantie. Parfois aussi, ils possèdent des biens que les banques nacceptent difficilement en garantie. Dans les deux cas, les banques tendent à ne pas donner suite favorable aux demandes de prêt non accompagnées de garanties qui leur soient acceptables. La méthode utilisée pour résoudre le problème varie suivant le cas.. Les solutions oscillent entre les stratégies de «non garantie» et les interventions publiques.
Ces dernières décennies ont vu une remise en question des habitudes bancaires conventionnelles, tout particulièrement lorsquil est apparu évident quil y avait des échecs dans la fourniture des services financiers. Le secteur bancaire formel a longtemps pensé que le risque était inversement proportionnel aux avoirs du propriétaire. Lexpérience de ces trente dernières années montre cependant que le manque davoirs ne signifie pas nécessairement quil existe un niveau élevé de risque de non-remboursement du prêt. Les expériences décrites ci-après au sujet de groupes de prêt comme stratégie dallégement du problème de manque de garanties appuient cette affirmation.
4.1.1.1 Prêts collectifs: lexpérience de la Grameen Bank en Asie
La Grameen Bank, créée au Bangladesh dans le milieu des années 1970, est souvent citée comme un exemple de pensée innovatrice en raison de ses services bancaires alloués aux groupes les plus défavorisés et sans avoirs. En 1998, des banques offrant des micro-crédits, suivant le modèle calqué sur celui de la Grameen Bank, se sont étendues à 58 pays (Le Times, 1998). Depuis ses débuts, la mission de la Banque est de fournir des prêts aux plus pauvres des pauvres dans les campagnes du Bangladesh, à des emprunteurs sans garanties. En 2001, la Banque emploie 11 457 personnes, possède 1 170 succursales et 2,38 millions de clients (Gramen, 2001a), auxquels elle prête 31 millions de dollars américains par semaine en prêts de très bas montants (Grameen, 2001b). Dans la plupart des exercices, la Banque a eu un taux de recouvrement variant entre 98 pour cent et 100 pour cent, malgré une chute à 90 pour cent en 2001[17]. La méthode mise en place pour assurer le remboursement des prêts repose sur le prêt solidaire[18]. Cette approche sappuie sur: la pression des membres du groupe, de petits paiements hebdomadaires et un contact personnalisé avec les emprunteurs. Les taux dintérêt sont fixés de façon à couvrir les coûts de fonctionnement de la Banque, rendant ainsi la Banque Grameen une institution financière et commerciale durable et au service des pauvres (Grameen, 2001c). La banque a depuis créé le Fonds de Garantie de la Grameen avec pour objectif de fournir en priorité des prêts à des entreprises «à risques, à vocation technologique et qui, autrement, seraient dépourvus de financement venant des institutions financières formelles» (Grameen, 2001d). Ce Fonds, fonctionnant sur les mêmes principes que la Banque a recouvré tous ses coûts en 1999 (Grameen, 2001e).
Bien que cet exemple ne traite pas des besoins en prêts des entreprises daquaculture commerciale, il montre quil est possible, grâce à des approches innovantes, dattribuer des prêts à des emprunteurs qui ne possèdent pas de garanties.
4.1.1.2 Prêts collectifs: quelques expériences africaines
On peut trouver en Afrique subsaharienne des exemples semblables à ceux de la Grameen Bank. Au Bénin, la liquidation des banques commerciales publiques en 1990 a ouvert la voie à lémergence dun fort réseau de banques privées travaillant en zone urbaine, ainsi que la renaissance des Banques Rurales dEpargne et de Crédit qui fournissent des prêts en zone rurale. Il sagit dune adaptation du modèle de la Grameen Bank. Sur les 5,4 millions de béninois, 65 pour cent vivent en milieu rural, la majorité dentre eux sont pauvres et ont des difficultés à faire des économies et à accéder aux prêts (Mosele, 2001). Les prêts ne sont alloués quà des membres qui possèdent un compte dépargne depuis au moins six mois. Les prêts ne peuvent être plus de deux fois supérieurs à lépargne disponible. Le taux de remboursement des prêts a atteint 98 pour cent en 1995. Les conditions douverture dun compte dépargne encourage la création dépargnes au niveau rural, afin de les utiliser pour un prêt. Un processus de décision décentralisée aide à réduire lexamen des dossiers, le suivi et les coûts de gestion, et donne aux membres le pouvoir de décision et facilite le remboursement (Mosele, 2001).
Au Burkina Faso, le «Projet de Promotion du Petit Crédit Rural (PPPCR)» a été créé en 1988. Il est aussi basé sur le modèle de la Grameen Bank. Cependant, le contexte particulier du pays, et en particulier la très faible densité de la population, a apporté une différence importante au modèle évoqué. Les groupes du PPPCR sont formés dans chaque village et les membres portent conjointement la responsabilité de remboursement du prêt. Par ailleurs, aucun groupe dun village donné ne peut recevoir un nouveau prêt si un autre groupe na pu rembourser son emprunt (Paxton, 2001). Ainsi, une pression exercée sur lensemble joue un rôle important sur les remboursements. Les arriérés de paiements étaient de 2,3 pour cent en 1995. Bien que le taux de remboursement soit élevé, le projet na pas atteint une pleine autonomie à cause dun coût élevé de gestion dû à une population dispersée et très pauvre (Paxton, 2001).
Le Programme dEntreprises Rurales au Kenya (KREP) a été mis en place en 1984 en tant que ONG fournissant des prêts à dautres ONG dispensatrices de crédit. Le KREP a créé plus tard un programme de prêts directs pour ceux qui autrement auraient rencontré des difficultés à obtenir des prêts auprès des banques commerciales. Le Programme a adopté la méthode des prêts solidaires utilisée par la Grameen Bank et a appuyé la création de groupes de cinq à sept membres. Ces groupes, à leur tour, forment de plus grands groupes (Charitoneko, Fruman et Pederson,1998). Ces groupes élargis sont des entités administratives et juridiques à travers lesquelles sont alloués les prêts aux membres individuels. Lépargne des membres individuels est collectée durant les réunions de groupes, enregistrées et comptabilisées dans les comptes dépargne dont le KREP est signataire. Les intérêts produits par le compte appartiennent au groupe. Un taux dassurance de 0,50 pour cent est perçu en cas de décès, dincapacité ou de maladie de longue durée de lemprunteur. Lorsque chaque crédit est remboursé, lemprunteur peut obtenir un prêt plus important. Lépargne du groupe sert de garantie pour les emprunts et chaque membre accepte de se voir retirer son épargne en cas de défaut de remboursement dun membre de son groupe (Charitoneko, Fruman et Pederson, 1998). Cela crée une pression considérable sur chaque membre pour rembourser ses dettes.
Les prêts dont le KREP était au départ dépendant, ont été supprimés peu à peu. En 1996 les revenus personnels couvraient 98 pour cent des dépenses de fonctionnement, ce qui a permis de presque atteindre lautosuffisance. Il était prévu quen 1998 la Division des Services Financiers du KREP deviendrait une réelle banque possédant sa charte (Charitoneko, Fruman et Pederson, 1998).
La Land Bank en Afrique du Sud a lancé des services financiers destinés à des entreprises commerciales plus ambitieuses. Elle a créé une «gamme argent» de produits financiers, destinés aux fermiers qui ont prouvé leur capacité et leur expérience mais sans garanties (Anonyme, 1998), et une «gamme bronze» de produits destinés à des investisseurs potentiels qui ne possèdent ni expérience de création dentreprise ni garanties. Ces derniers doivent payer une prime additionnelle pour «fonds de risque» en compensation des services de gestion du prêt (Anonyme, 1998). Lefficacité de ces services reste encore à évaluer.
4.1.1.3 Banques rurales et groupes de solidarité
Les banques rurales et groupes de solidarité sont deux autres possibilités fréquemment utilisées pour affronter le problème de garantie. Dans le premier cas, une institution rassemble dans un village un groupe de 20 à 50 personnes qui va jouer le rôle de banque. Les membres du groupe choisissent un comité de gestion, qui est formé pour gérer la banque. Après quelque temps, un prêt est accordé à la banque rurale. Celle-ci doit rembourser la totalité du prêt et de ses intérêts à échéance, avant de pouvoir bénéficier dun nouveau prêt. De ce fait tous les membres du groupe sont entièrement responsables du prêt.
4.1.2.1 Utilisation des biens non mobiliers comme garantie: la terre
Limpossibilité dapporter à la banque une garantie acceptable peut arriver lorsque le demandeur de prêt possède des biens, mais qui sont difficiles, voire impossibles, à accepter en garantie. Cela peut être le cas lorsque lenvironnement juridique et les textes relatifs à la réglementation ne sont pas adaptés à lutilisation des biens mis en garantie. Le bien le moins fréquemment utilisé et pourtant disponible comme garantie est la terre.
a. Etablissement des titres de propriété pour les terres domaniales ou communales
Il existe une large gamme de régimes juridiques et de droits fonciers dans les pays africains au sud du Sahara. En général, la plupart de ces pays possède une variété de terres pour lesquelles il existe des droits fonciers bien établis, et des terres communales pour lesquelles il nexiste aucun droit foncier ou des droits mal définis.
Si un fermier souhaitant se lancer dans un projet daquaculture commercial possède un titre valable de propriété, et que ce titre est transférable, il peut alors donner cette terre en garantie. Cependant, si la terre est publique ou communale, quil ny donc pas de titre de propriété individuelle, il ne peut lutiliser comme garantie contre un prêt, même si la terre représente une certaine valeur. Une possibilité est détablir un titre foncier. Mais cela peut être difficile aux niveaux politique et social car ce changement peut entraîner des conflits dintérêt et implique des coûts de transaction et des frictions (Platteau, 1992).
En dehors de permettre lutilisation de la terre comme garantie, créer un titre de propriété peut aussi encourager lutilisation de cette terre de manière durable, car son développement peut entraîner des gains pour linvestisseur. Les terrains communaux, lorsquils sont utilisés en agriculture, sont pratiquement toujours cultivés par un particulier qui dispose du droit dusufruit (IFAD, 2001). Dans ce cas, loctroi du titre de propriété peut être un déroulement logique.
b. Création de droits de propriété communale clairs et défendables
Lorsque le terrain est communal et reconnu comme tel et que des droits de propriété bien définis et défendables ont été institués, alors le concept de prêt à un groupe peut en théorie prendre forme, et une partie du terrain peut être donnée en garantie. Il faut aussi quil existe une volonté commune de rassembler le capital, chaque membre du groupe pouvant alors utiliser le terrain à cet effet. Le groupe a besoin davoir confiance en chacun des membres, de croire au succès du projet et dêtre prêt à perdre ses droits en cas de non remboursement du prêt.
4.1.2.2 Utilisation de biens mobiliers comme garantie
Lutilisation de biens mobiliers comme garantie est aussi une possibilité pour résoudre le problème de garantie. Cependant, cela dépend du régime juridique et des droits fonciers de chaque pays. Lorsquune banque accepte un bien en garantie de prêt, elle acquière un «droit de nantissement» sur ce bien (Fleisig, 1995).
Afin dêtre accepté par une banque, un bien mobilier doit répondre à trois critères: il doit être possible de former un contrat de gage sur ce bien, le sécuriser, et enfin il doit être possible dexécuter le gage.
La formation d'un contrat de gage implique une définition juridique du bien en question qui nest ni trop difficile ni trop coûteuse. Lorsquun fermier par exemple veut lever des fonds pour créer un élevage de poissons, quil possède du bétail, et que la loi exige que ce bétail soit individuellement identifié pour servir de garantie, il est difficile de créer un contrat de gage. Si, cependant, laccord stipule que le droit de gage est «flottant», en se référant par exemple à 10 000 dollars de bétail, il devient alors possible de créer un contrat de gage. Dans le cas de vente du bétail, il doit être possible de lier le résultat de la vente, soit à un compte bancaire, soit à un autre bien (Fleisig, 1995).
Sécuriser un contrat de gage signifie quil est possible détablir un climat de confiance montrant quil nexiste pas dautre créance sur un même bien. Cela pourrait être le cas si par exemple, ce bien a déjà été lobjet de garantie pour dautres créances (Fleisig, 1995). Linscription obligatoire à un registre public et facilement consultable mentionnant tous les biens donnés en garantie, permettrait déviter la multiplication des créances et assurerait le bon fonctionnement du nantissement.
Lexécution du gage suggère que les demandes légales de saisie et de vente de la garantie puissent être faites dans des délais raisonnables et sans frais importants. Si cette opération est trop coûteuse ou demande un temps trop long, son application devient un problème sérieux pour le prêteur, ce qui diminue ou même élimine la valeur de garantie.
Un autre moyen de résoudre le problème de manque de garanties en aquaculture commerciale est de faire usage des prêts publics comme garantie. Ces garanties ont été développées pour appuyer la création de fermes aquacoles dans plusieurs pays de lOCDE (Ridler et Hishamunda, 2001). Elles fonctionnent comme des garanties substitutives, le risque de non remboursement par lemprunteur étant transmis au gouvernement, donc au contribuable.
Cependant, il est utile de préciser que si le gouvernement est en mesure de fournir de telles garanties, il doit aussi sassurer au maximum quil naura pas à fournir ces garanties. Cela veut dire que le gouvernement aura autant de difficultés à garantir le remboursement de la dette que les banques à se faire rembourser. Si tel nest pas le cas, les paiements des garanties aux banques se constituent des pertes des fonds public, ce qui peut être une source dattaque au niveau politique. Lexistence de garanties de prêt peut aussi diminuer la détermination de lemprunteur à rembourser le prêt (Fleisig, 1995).
Afin de réduire les taux dintérêt, il faut sassurer que les facteurs qui les déterminent soient bien ciblés. Comme il la été montré dans le Chapitre 2, ces facteurs comprennent la perception dun risque élevé de financer des entreprises aquacoles, le manque de garanties, le manque de marché des services bancaires fonctionnant proprement, un fort taux de non remboursement des prêts, et des moyens inefficaces pour atteindre les communautés rurales, ce qui se traduit par des coûts élevés de transaction, et des taux dinflation élevés.
Les moyens de résoudre le problème associé à la perception de risque élevé de financement des entreprises aquacoles ont été abordés au Chapitre 3. Cette section étudie les autres contraintes inhérentes aux taux dintérêt élevés pratiqués pour le développement de laquaculture commerciale.
4.2.1.1 Manque de garanties
Les problèmes de manque de garanties et de taux dintérêt élevés sont liés. Ils se rapportent tous deux au degré de perception du risque quont les banques qui accordent des prêts. Sil existe une garantie pour couvrir lensemble du prêt, la plus grosse part de risque est supportée par lemprunteur. Comme le risque au préteur est bas, il est possible dobtenir un taux dintérêt bas. Si, en revanche, lemprunteur propose une garantie inadéquate, ou pas de garantie du tout, le poids du risque du non remboursement du prêt est supporté par le préteur, ce qui lincite à fixer un taux dintérêt élevé, lorsque le prêt est accordé.
Les taux dintérêt les plus bas sont en général associés à la possibilité doffrir des biens en garantie, sur lesquels le prêteur peut constituer de bonnes sûretés (Fleisig, 1995). Cest le cas des biens immobiliers. Cependant, comme il la été mentionné plus haut, dautres biens peuvent servir de garantie. Plus les gouvernements fournissent un cadre juridique et réglementaire permettant la constitution de nantissement sur une large gamme de biens, plus bas pourront être les taux dintérêt. Les stratégies pouvant diminuer le problème de garantie peuvent donc diminuer le problème des taux dintérêt élevés.
4.2.1.2 Mauvais fonctionnement du marché des services financiers
Dans la plus grande partie de lAfrique rurale subsaharienne, le marché na pas réussi à fournir des services financiers adéquates. Les services financiers sont surtout installés en ville, où les coûts de transaction sont plus bas. Leur présence en milieu rural est faible ou nexiste pas. Lorsque ces services existent, il y a peu ou pas de concurrence, ce qui engendre une certaine inefficacité ou des bénéfices élevés à des taux dintérêt prohibitifs. Il y a donc un besoin détablir des politiques dinstallation de services plus nombreux et plus adaptés dans la majorité des pays africains au sud du Sahara.
4.2.1.3 Taux élevés du non remboursement des prêts
Les prêts non remboursés représentent des coûts pour les banques, qui sintègrent dans leurs dépenses de fonctionnement. Lorsquune banque fixe des taux dintérêt suffisants pour couvrir ces coûts, les taux dintérêt seront dautant plus élevés que le taux de non remboursement est élevé (Gautam, 1995). Il est donc indispensable de mettre en place des services bancaires qui permettent datteindre des taux de remboursement élevés pour maintenir les coûts créés par le non remboursement aussi bas que possible. Cela souligne la nécessité dimaginer des systèmes nouveaux permettant de résoudre le problème des services bancaires adéquats pour les zones rurales dAfrique subsaharienne.
4.2.1.4 Accès aux communautés rurales limité
Dans les exemples dinstitutions de micro-crédit mentionnés dans la section portant sur la résolution de la question des garanties, le problème sest posé de fournir des services financiers de façon efficace. De petits prêts alloués à un grand nombre de clients disséminés sur une zone plus étendue que celle urbaine entraînent des coûts de transaction plus élevés. Ces institutions ont mis en place des systèmes qui maintiennent, dans une certaine mesure, des coûts de transaction relativement bas. Plus ces coûts de services sont élevés et plus les taux dintérêt nécessaires à la couverture de ces coûts doivent être élevés. Ici aussi, il est nécessaire dimaginer des services bancaires adaptés aux zones rurales de lAfrique subsaharienne.
4.2.1.5 Taux dinflation élevés
Lorsque le taux dinflation est élevé, les taux dintérêt nominaux sont élevés. Même si les taux réels dintérêt sont relativement bas, des taux nominaux élevés nincitent pas à emprunter. Les taux dinflation doivent être gérés par des politiques macro-économiques appropriées, telles que celles mentionnées dans le Volume 1 de cette étude.
Il existe dautres possibilités pour diminuer le problème des taux dintérêt élevés. Parmi elles, les taux dintérêt subventionnés et les garanties de prêts sont les plus souvent cités.
4.2.2.1 Taux dintérêt subventionné
Comme il la été dit dans le Volume 1 de cette étude, les taux dintérêt subventionnés ont été utilisés ailleurs dans le monde pour réduire les coûts demprunt en aquaculture (Ridler et Hishamunda, 2001), ce qui a permis son développement. Comme les marchés financiers sont parfois caractérisés en Afrique subsaharienne par des taux dintérêt élevés, cette question mérite quon sy arrête.
Il faut noter que, tandis que des taux dintérêt subventionnés peuvent permettre de stimuler le développement de laquaculture dans cette partie du monde, toute politique de cette nature doit être considérée avec précaution. En premier lieu, il existe peu de gouvernements qui peuvent se permettre des taux bonifiés dans des situations de contraintes budgétaires. Les taux bonifiés peuvent créer des déséquilibres entre loffre et la demande et créer des opportunités dencaissement de fonds[19]. Les taux dintérêt subventionnés peuvent aussi décourager les banques à collecter des dépôts bancaires étant donné que les intérêts subventionnés facilitent le recouvrement des coûts de transaction. Dans un même temps, avec les taux dintérêt subventionnés, les banques vont chercher à collecter des fonds sur le marché financier pour répondre à la demande à la demande des emprunteurs (Gautam, 1995). En abaissant le coût des capitaux, les taux dintérêts subventionnés peuvent aussi conduire à ladoption de techniques de production nécessitant un fort capital. Cela peut représenter un coût élevé pour la société car ces techniques se traduisent par une moindre création demplois. Néanmoins les taux dintérêt subventionnés sont une option que les gouvernements utilisent pour diminuer le poids de lemprunt et pour stimuler la croissance.
4.2.2.2 Garanties des prêts par lEtat
Comme les garanties de prêts par lEtat peuvent remplacer une garantie offerte par un emprunteur, en transférant le risque de non remboursement sur le gouvernement (les contribuables), les banques peuvent demander aux emprunteurs des taux dintérêt plus bas. Plusieurs pays développés comme le Canada, la Hollande et lEspagne les ont utilisés pour développer laquaculture commerciale (OCDE, 1989).
Ce chapitre a examiné quelques stratégies permettant de faire face au problème rencontré par les demandeurs de prêts bancaires en général, et en Afrique subsaharienne en particulier, lorsquils ne possèdent pas de garantie adéquate. Il a aussi examiné les implications créées par le manque de garantie et leurs effets sur les taux dintérêt.
Il y a des leçons à tirer de ces discussions. Lexamen des différentes expériences et possibilités offertes pour résoudre ces problèmes montre à lévidence que des idées innovantes, telles que les initiatives de financement autogéré, peuvent être utilisées pour surmonter le problème de garantie. Elles montrent également quil est possible dallouer des prêts à des emprunteurs qui possèdent peu ou pas de biens, et que le remboursement est fait sans difficultés. Il doit être possible de démarrer des programmes permettant détendre ces services à des entrepreneurs désirant se lancer dans des projets commerciaux plus ambitieux et qui ont de plus grands besoins de fonds. Il arrive que ladaptation de certaines formes de prêt collectif, grâce à une mobilisation plus grande de petits épargnes pour constituer un fonds de garantie, soit possible pour aider le développement de laquaculture commerciale en Afrique subsaharienne.
Il faut noter dans le cas de la Grameen Bank, que son fonctionnement a pu être possible au départ grâce aux subventions de donateurs. Il a fallu cinq ans avant quelle devienne autonome. Il est question à présent de subventionner des services de crédit rural en Afrique subsaharienne. Largument du secteur industriel naissant pourrait militer en faveur de cette politique permettant au secteur bancaire de mettre en place des services efficaces et rassembler le nombre nécessaire de clients pour soutenir des activités autonomes. Il faut aussi des réflexions innovantes pour créer des services bancaires adaptés aux particularismes nationaux et régionaux des différentes communautés.
Les gouvernements doivent assurer quil est possible, avec un cadre juridique et réglementaire propre à chaque pays, dutiliser une large gamme de biens comme garantie. Plus les gouvernements assureront que ce cadre permettra aux préteurs de créer des intérêts de sécurité sur une grande variété de biens donnés en garantie, plus les taux dintérêt pourront être bas, et plus grandes seront les possibilités dobtenir des prêts destinés au développement de laquaculture.
Compte tenu de létendu de léchec enregistré dans la fourniture de services financiers aux entreprises rurales en Afrique subsaharienne, il est nécessaire que les gouvernements étudient soigneusement cette question et considèrent les voies les plus appropriées pour résoudre ce problème. Les taux dintérêt subventionnés et les garanties publiques de prêts doivent être considérés avec prudence. Vu léchec évident des services financiers dans leurs activités doctroi de prêts, et compte tenu du besoin de plusieurs années pour équilibrer les comptes dépargne et de prêts (Khander, 1995), la subvention des services bancaires en Afrique subsaharienne semble attrayante. Cependant, dans un contexte daustérité économique, elle napparaît pas réaliste dans la majorité des pays de la région.
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[17] Lors des inondations de
1998 au Bengladesh, la moitié des clients de la Grameen Bank ont perdu
leurs biens; leurs prêts ont été
ré-échelonnés (Times, 1998). Cela pourrait avoir un effet
considérable sur les taux de recouvrement à court et moyen
termes. [18] Les prêts sont possibles pour des investissements productifs sélectionnés par lemprunteur. Il se crée de petits groupes informels ayant la même activité et dont les membres se font confiance mutuellement. Les prêts accordés aux membres du groupe dépendent du remboursement des prêts accordés aux autres membres. Les économies sont une condition préalable à loctroi de prêts, ce qui fournit une base solide pour les fonds utilisés pour les prêts. Les emprunteurs sont très encadrés. [19] Bénéfice ou profit provenant de lavantage différentiel de production. |