Le premier Volume de ce rapport sur la «Promotion de laquaculture commerciale en Afrique subsaharienne» et intitulé «Cadre politique», a présenté entre autres, le concept daquaculture commerciale comme lélevage dorganismes aquatiques avec pour objectif de maximiser les profits et non de seulement dégager quelques profits. Il a aussi montré lexistence de nombreux obstacles, qui incluent labsence ou lobtention de capital, le coût élevé demprunt de largent, linvestissement direct ou étranger limité dans le secteur, le manque daliments de bonne qualité, un niveau faible en qualité comme en quantité de production de semences, des services de vulgarisation et de formation inadéquats, des droits dutilisation des terres mal définis ou manque des terrains qui conviennent à laquaculture dans certains pays, le manque de politique ou une politique mal définie pour le développement de laquaculture comme activité commerciale et le manque de cadre juridique spécifique à laquaculture dans la majorité des pays dAfrique au sud du Sahara. Les politiques visant à traiter la plus grande partie des problèmes susmentionnés ont également été présentées. Le présent Volume se penche plus spécialement sur les difficultés daccès aux capitaux que connaissent les investisseurs.
Le capital qui représente la valeur de tous les facteurs de production, est nécessaire pour créer, entretenir, et développer lentreprise, accroître son efficacité, et couvrir les dépenses courantes. Dû au manque de capital propre, la plupart des investisseurs en Afrique subsaharienne dépendent de financements extérieurs pour démarrer leurs entreprises. Des fonds doivent être empruntés dabord auprès du secteur formel, les prêts du secteur informel étant généralement non seulement chers, mais aussi limités et servant surtout comme fonds de roulement et de financement des imprévus.
Cependant, les emprunteurs potentiels rencontrent des difficultés à satisfaire les conditions imposées par les banques pour loctroi de prêts. Les banques examinent leur profil, leur capacité de remboursement, leur capital propre et surtout les garanties quils apportent. Plus spécifiquement, il existe quatre facteurs limitants laccès aux prêts bancaires par les investisseurs potentiels en aquaculture en Afrique subsaharienne: la perception des banques que laquaculture comporte un grand risque déchec en Afrique subsaharienne, linsistance des banques pour avoir des garanties, les taux dintérêt élevés et le manque de connaissance des emprunteurs sur les procédures dobtention de prêt, et en particulier celles relatives au projet dentreprise.
Tandis que certaines de leurs impressions sont fondées, surtout dans un secteur pas encore développé et dans lequel des difficultés peuvent naître du manque local des intrants nécessaires, que le marché nest pas testé et quil nexiste pas dexemples de réussites, il apparaît que les banques exagèrent léventualité déchec de certaines catégories demprunteurs. Lanalyse économique de certaines entreprises aquacoles commerciales en Afrique subsaharienne qui est présentée dans ce rapport montre quil est possible de créer et de gérer des projets daquaculture commerciale hautement rentables. Les exemples donnés montrent des taux de retour sur investissement compris entre 71 et 117 pour cent par an. Avec une exception, celle dune ferme dont le taux de retour sur investissement est de 13 pour cent, mais dont le taux pourrait être fortement augmenté si les poissons étaient nourris. Ces taux de retour sur investissement sont élevés et donnent une marge de sécurité contre des événements réduisant soit les prix de vente, soit le niveau de récolte.
Néanmoins, la présentation des détails de lactivité des ces entreprises très performantes nest pas faite pour masquer les échecs. Ils ont été nombreux ces dernières années, dus aux problèmes dordre technique, financier, de marché ou de gestion. Ces problèmes peuvent être largement réduits dans le cas des projets bien planifiés et préparés, ce qui permet davoir de bonnes raisons de croire quun grand nombre dentreprises peut générer des profits pour les entrepreneurs, les communautés locales et les gouvernements. Le processus de développement demande un effort déducation et les freins à létablissement et au développement du secteur aquacole doivent être levés. En considérant le potentiel inexploité sur de larges étendues de terre et la disponibilité en eau de qualité convenable, laquaculture commerciale peut et devrait devenir un secteur important dans la région. Elle permettrait daméliorer le niveau nutritionnel, améliorerait les revenus et créerait des emplois sur de grandes régions du continent.
Lexamen des différentes expériences et possibilités datténuer les problèmes de manque de garanties et de taux dintérêt élevés, montre à lévidence que des idées nouvelles, comme les initiatives dauto financement, peuvent résoudre le manque de garanties. Lexemple novateur de la Grameen Bank au Bangladesh ces trente cinq dernières années montre quil est possible de prêter de largent à ceux qui ne possèdent que peu ou pas davoirs et de se faire rembourser. Il doit être possible détendre ces services à des entrepreneurs désireux de lancer des programmes commerciaux plus ambitieux et qui ont de gros besoins financiers. Parfois, une adaptation des prêts solidaires qui demandent une grande mobilisation de la petite épargne comme garantie, peut être un moyen daider le développement de laquaculture en Afrique subsaharienne.
Le cadre juridique et réglementaire ne rend pas toujours possible dutiliser une large gamme davoirs en garantie. Les gouvernements doivent assurer quil est possible, dans ce cadre, dutiliser différents avoirs comme garantie. Mieux les gouvernements assureront que le cadre juridique et réglementaire permet dutiliser des avoirs différents comme garantie, plus bas seront probablement les taux dintérêt et plus grandes seront les possibilités dobtenir des prêts pour développer laquaculture commerciale.
Avec léchec de taille subi dans la fourniture des services financiers aux entreprises rurales en Afrique subsaharienne, il est nécessaire que les gouvernements étudient de près cette question et voient les meilleures façons de résoudre ces problèmes. La question des prêts bonifiés et des garanties publiques des prêts a été discutée en indiquant les précautions à prendre. Avec léchec évident des services financiers, et la durée nécessaire pour le volume des économies et des prêts pour accroître et atteindre le point mort, il apparaît possible quune provision de subvention aux services financiers soit une politique dincitation. Cependant, il napparaît pas réaliste pour la plupart des pays de la région et dans un contexte daustérité budgétaire.
En plus de vouloir connaître le profil et le passé historique en matière de crédit de son client, ses capacités de gestion et ses possibilités dapporter des garanties, lorsquil évalue le dossier, le banquier étudiera en détail le projet dentreprise pour sassurer que lentreprise est rentable et que lemprunteur a la capacité de rembourser le prêt demandé.
Un projet dentreprise aquacole doit décrire les aspects physiques, techniques et juridiques de lentreprise, et la capacité du personnel à gérer le projet. Il doit aussi indiquer la destination de la production, sa taille, le prix de vente et les époques de mise sur le marché ainsi que les possibilités qua lentrepreneur détendre le marché existant et den ouvrir les nouveaux. De plus, le plan dentreprise doit contenir les éléments financiers du projet proposé. Lorsque le projet dentreprise est complet, il doit être clairement présenté et dune manière logique dans un dossier accompagné dune lettre présentant le projet et demandant au banquier de considérer sa demande de prêt.
Une formation spécifique devrait être donnée à ceux qui désirent demander un prêt pour le développement de laquaculture commerciale, de façon à optimiser les chances daccéder aux capitaux nécessaires. La connaissance des informations demandées par les banques et leur présentation peuvent grandement faciliter les relations entre les banques et le client potentiel, et faciliter aussi une réponse positive à la demande de prêt.