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Rôle des femmes dans les communautés de pêche: le cas du Bénin


Rôle des femmes dans les communautés de pêche: le cas du Bénin

par

Elisabeth ZANOU

Nutritionniste/Biologiste

Introduction

De par leur nombre, les femmes constituent une force non négligeable dans le développement de l'économie béninoise. Dans les communautés de pêche de Ayiguinnou et des Aguégués, on les retrouve dans les opérations de stockage, de transformation et de commercialisation des produits halieutiques. Malheureusement, ce rôle a été longtemps relégué au second plan par la tradition.

Même si, ces dernières années, ce rôle préoccupe de plus en plus les dirigeants, les facilités accordées aux femmes sont encore trop minimes pour permettre un véritable épanouissement. On comprend alors que le Programme pour le Développement Intégré de la Pêche Artisanale (DIPA) fasse de l'amélioration de la situation dans le secteur un objectif de choix.

Aspects macro-économiques

Avec une façade maritime de 120 km et un réseau fluvial relativement dense, le Bénin dispose d'un potentiel halieutique important, notamment dans le sud du pays où quelques 50 000 personnes en font leur activité principale. Les activités de pêche couvrent deux domaines: la pêche maritime et la pêche continentale.

Dans les communautés de Ayiguinnou et des Aguégués, la pêche constitue l'activité principale des femmes. Drainée du sud au nord par le fleuve, la sous-préfecture des Aguégués s'étend du sud à l'est et àl'ouest sur le lac Nokoué et la lagune de Porto-Novo. Cette position

privilégiée offre d'énormes possibilités de pêche aux 22.771 habitants répartis sur Houédomé, Zoungamè et Avagbodji, les trois communautés de pêche des Aguégués. Les prises annuelles fournissent 941 tonnes de poissons frais et 229 tonnes de poissons fumés.

L'autre communauté de pêche, celle de Ayiguinnou est un village de 669 habitants sur le littoral près de Grand-Popo. Le DIPA y ayant déjà expérimenté un projet modèle de pêche entre 1984 et 1991, plusieurs coopératives de pêche sont opérationnelles, dont un groupement de femmes.

Les activités des femmes dans les communautés de pêche

Elles portent principalement sur la transformation et la commercialisation des produits de pêche.

La transformation du poisson se fait par le fumage, le séchage-salage ou la friture. Dans les Aguégués, toutes les femmes utilisent le four traditionnel pour le fumage. A Ayiguinnou, ce sont les fours améliorés de type Chorkor qui prédominent depuis l'implantation du Projet Modèle de Pêche. Le salage-séchage est surtout pratiqué à Ayiguinnou. Le poisson est fermenté pendant un jour ou deux, salé, puis stocké dans des paniers jusqu'à maturation. Il est ensuite lavé à l'eau de mer, puis séché jusqu'à déshydratation complète. La friture ne porte que sur 1% des prises. Le poisson frais, lavé et éviscéré est mis à frire dans l'huile et vendu par les femmes comme aliment de rue.

Le poisson est commercialisé frais ou transformé. Dans la région lacustre des Aguégués, le poisson frais est transporté dans des paniers fréquemment arrosés d'eau et acheminé vers Porto-Novo, Cotonou et Badagri. Le poisson fumé ou séché est conservé quelques jours dans les fours et les paniers. Avec les crevettes fumées, il fait l'objet d'une commercialisation dans les grandes villes. A Ayiguinnou, le poisson frais est conservé dans une chambre froide, transporté ensuite dans des paniers avec des morceaux de glace vers les marchés de Comé, Grand-Popo, Aného, Lomé, Hillacondji et Cotonou. Actuellement, la tendance est à l'utilisation des caisses isothermes remplies de glace. Pour le poisson fumé, les revendeurs viennent s'approvisionner en gros auprès des transformatrices et assurent la distribution dans les zones de vente. Parfois, la commercialisation est faite par la transformatrice.

La pêche étant une activité saisonnière, les femmes s'adonnent à d'autres activités de moindre importance, surtout le maraîchage, la production d'huile de coco et même la culture de manioc.

Le revenu et son utilisation

Le revenu généré par les activités de pêche varie entre 5.000 et 16.500 FCFA1 par mois, à Ayiguinnou avec une moyenne mensuelle de 13.000 FCFA.

1 1 dollar E. U. = 491 F CFA (octobre 1995)

Dans les Aguégués, ce revenu paraît un peu plus élevé la moyenne mensuelle atteignant 19.000 FCFA. Les femmes, analphabètes pour la plupart, consacrent 50% du revenu à l'alimentation du ménage. Pour le reste du revenu, les femmes des Aguégués et une bonne partie des femmes d'Ayiguinnou privilégient les soins, la scolarisation des enfants et l'épargne.

Relation des femmes avec les hommes dans le secteur de la pêche

Les femmes des communautés de pêche développent avec les hommes des relations à la fois de dépendance et de partenariat.

La dépendance se révèle lorsque la femme, n'ayant pas assez d'argent, sollicite du pêcheur l'achat à crédit d'une partie du poisson. Elle est alors contrainte d'accepter le prix que lui impose le pêcheur. Le partenariat est manifeste, lorsque la femme pré-finance l'achat des matériels de pêche. En fait, ce sont des rapports de complémentarité.

Difficultés et atouts

Les femmes des communautés de pêche de Ayiguinnou et des Aguégués se heurtent à des difficultés de plusieurs genres: la conservation du poisson frais, qui n'est pas toujours facile, et le stockage du poisson fumé ou séché. On déplore particulièrement la faible performance des fours. A cela s'ajoute l'insuffisance du fonds de commerce, les difficultés liées au transport et à l'installation dans un marché.

Pourtant, les zones des Aguégués et de Ayiguinnou présentent des atouts pour des activités de pêche possibilité permanente de pêche, position frontalière, avec le Nigéria et le Togo respectivement, qui facilite les débouchés pour les produits de la pêche, possibilité de crédit par l'intermédiaire de projets de développement et production de contre-saison.

Recommandations

Vu la spécificité des activités liées à la pêche, il est nécessaire d'apporter un fonds de soutien aux femmes qui les exercent. Il serait également souhaitable qu'on mette à leur disposition le matériel requis pour la conservation et la transformation du poisson, qu'on fournisse aux pêcheurs du matériel adapté pour faire face à la dégradation du littoral, qu'on accroisse la capacité de maintenance des embarcations et des engins de pêche. Il est utile aussi d'encourager la pratique d'une activité secondaire.

Conclusion

Malgré les difficultés auxquelles elles sont confrontées, les femmes des communautés de pêche des Aguégués et de Ayiguinnou, constituent le moteur du secteur des pêches artisanales. Leur contribution au budget de la famille fait d'elles, des partenaires incontournables des hommes Elles méritent une attention plus soutenue des organismes de développement tel que le DIPA.

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