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Rôle des femmes dans la communauté de pêche de Kaback en Guinée


Rôle des femmes dans la communauté de pêche de Kaback en Guinée

par

Nana SOUMAH

Vulgarisatrice.

Introduction et données macro-économiques

Les femmes jouent un rôle primordial dans le secteur de la pêche artisanale en Guinée et notamment dans l'Ile Kaback, à 35 km au sud-est de Conakry.

L'île Kaback est essentiellement une zone de rizières inondées où les captures de poissons varient entre 2.500 et 6.000 tonnes par an. Les pécheurs sont groupés dans trois villages: Makakang, Konimodia et Khunyi.

A Kaback, comme dans le reste de la Guinée, la pêche artisanale maritime est plus importante que la pêche continentale Les moyens les plus utilisés sont les pirogues monoxyles, les pirogues à membrures (motorisées ou non), les pirogues dites de type sénégalais munies de moteurs hors-bord. La pêche se fait au moyen de filets, de lignes et de palangres. La main-d'oeuvre en aval du secteur de la production de la pêche artisanale est essentiellement constituée de femmes.

Place de la femme dans le secteur de la pêche à Kaback

Les femmes sont très actives dans la transformation et la commercialisation du poisson. Elles n'exercent d'autres activités que lorsqu'elles y sont contraintes soit que la saison est mauvaise, soit qu'elles manquent de moyens financiers. Avec l'introduction de nouvelles techniques de pêche et de transformation du poisson, les femmes sont de plus en plus attirées dans ce secteur où elles représentent 60% de l'effectif Elles sont presque toutes issues de famille de pêcheurs et la pêche se conçoit comme une activité reçue en héritage.

Les femmes les plus dynamiques préfinancent la construction de barques, la réparation des engins et fournissent toute la logistique nécessaire au séjour des pêcheurs en mer. Ce faisant, elles participent de manière indirecte à l'activité de production. Par contre, elles sont directement impliquées dans la transformation et la commercialisation du produit de la pêche.

Le fumage est la méthode de transformation et de conservation la plus utilisée à Kaback. Les fumoirs sont de quatre types selon la quantité de poisson à fumer. Pour la consommation de la famille, le poisson est fumé dans des fûts cylindriques coupés en deux. Lorsque le poisson est destiné à la commercialisation, donc en quantité importante, on a recours aux Bandas traditionnels. Actuellement, le projet Kaback s'efforce d'améliorer ce modèle de four traditionnel Le Chorkor, présenté comme le four le plus performant de tous, suscite cependant la réticence des fumeuses qui le trouvent peu adapté au fumage en cycle court En marge du fumage, le séchage et le salage constituent des activités de petites échelles.

Le poisson frais péché dans l'île Kaback se vend au détail, généralement au débarcadère même. Cette activité implique davantage les femmes qui préfinancent la production. Une règle existe tout de même pour les pêcheurs étrangers ils doivent vendre leur poisson moins cher que les autochtones.

Le poisson fumé est traditionnellement emballé dans des paniers avant le transport sur les lieux de vente On s'assure que le degré de séchage permet une conservation de longue durée. Le poisson se vend généralement par douzaine de pièces, rarement par panier. La vente en gros ne s'effectue qu'avec des espèces de petites tailles.

Toutes ces activités sont soutenues par quelques projets qui fournissent le crédit nécessaire à l'acquisition des équipements et des intrants. C'est le cas de l'Association Française des Volontaires du Progrès (AFVP) pour l'aménagement des puits, de l'African Development Fondation (ADF) pour la construction des fours et bien entendu, du Projet de Développement Intégré de la pêche de Kaback.

Les revenus et leur utilisation

Il est difficile d'évaluer avec exactitude les bénéfices que les femmes tirent du commerce des produits de la pêche On sait néanmoins que les prix de vente dépendent non seulement de la demande et de l'offre, mais aussi de la saison et de la qualité du marchandage: le poisson est bon marché en période d'abondance (novembre - décembre) et coûte très cher en période de pénurie (août).

Généralement, on estime à 174.600 FG2 le bénéfice annuel par femme. Cet argent est utilisé pour couvrir les besoins de la famille, la priorité allant à l'alimentation (55%); viennent ensuite la réparation ou l'acquisition du matériel (20%), les soins aux enfants (15%); l'écolage (5%); les cérémonies (3%) et les toilettes (2%).

2 1 dollar E. U. = 1 FG (octobre 1995)

Or, le revenu ne suffit pas pour couvrir tous ces besoins, et certaines familles consentent d'énormes privations.

Relations des femmes avec les hommes dans le secteur de la pêche a Kaback

A Kaback, les femmes sont presque toutes des familles de pêcheurs (épouses, soeurs ou filles). Non seulement elles ne sont pas directement impliquées dans la capture du poisson, mais elles voient les hommes intervenir dans la fixation du prix de vente. En effet, dans de nombreux cas, lorsque le pêcheur revient de la mer, il discute avec sa femme pour établir un prix pour le poisson. Périodiquement d'ailleurs, l'homme donne à sa femme une certaine somme qu'elle investit dans ces activités. Même si on admet qu'il y a une certaine complémentarité de l'homme et de la femme dans la gestion du revenu familial, la femme a très peu d'autonomie financière dans le foyer. Cette dépendance tient de la division du travail, de la coutume voulant que l'homme, principal agent de la production (c'est lui qui va en mer) ait le dernier mot dans sa famille.

Difficultés contraintes

Bien des difficultés et des contraintes entravent les activités des femmes de Kaback.

La productivité des ressources halieutiques variant selon les saisons, les périodes de pénurie constituent un vrai handicap. Même lorsque la saison est bonne, beaucoup de femmes manquent des moyens financiers requis pour acquérir le poisson auprès des pêcheurs et le matériel nécessaire, l'intégralité du revenu ayant été déjà utilisé pour les besoins de la famille. Par surcroît, l'accès au crédit est difficile pour des femmes peu formées et nullement intéressées à s'organiser

A cela s'ajoutent la précarité des fumoirs traditionnels, le manque de moyens de conservation du poisson frais, le rançonnement de la police qui abuse de l'analphabétisme des femmes, et la concurrence sur le marché de vente au consommateur. L'île de Kaback étant enclavée, la coupe abusive du bois pour le fumage pose un problème environnemental. De même, la liaison avec les centres de commercialisation pose d'énormes difficultés.

Pourtant, il y a beaucoup d'opportunités. Les activités liées à la transformation et à la commercialisation sont en elles-mêmes des opportunités qui auraient pu conduire à l'épanouissement de la femme à Kaback. D'autres possibilités s'offrent à elles, telles la restauration l'élevage, le commerce et même certaines activités agricoles. Ainsi, pour que les activités de pêché profitent réellement à la femme, il est souhaitable d'adopter une approche intégrée dans le domaine de la pêche artisanale, de mettre en place une structure d'accompagnement qui encadre les femmes, de faciliter l'accès au crédit en commençant par créer des organisations de femmes.

Conclusion

Puisque astreintes aux tâches domestiques, les femmes ne peuvent s'adonner aux activités productrices de la pêche au même titre que les hommes, la communauté a tendance à les marginaliser.

Il est donc important de les intégrer à tous les stades de l'identification, de la préparation, de l'exécution et de l'évaluation des activités. Cela susciterait en elles, l'esprit d'entreprise et leur permettrait de mieux contribuer à leur propre bien-être et à celui de leur communauté.

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