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Rôle des femmes dans les communautés de pêche: la cas de M'bour (Sénégal)


Rôle des femmes dans les communautés de pêche: la cas de M'bour (Sénégal)

par

Oumoukhaïry NDIAYE

Technologue du poisson

Introduction

Au Sénégal, la pêche artisanale contribue beaucoup à la sécurité alimentaire et joue par conséquent un très grand rôle dans l'économie, en fait la pêche occupe la première place dans l'économie du Sénégal. La femme joue un rôle de premier plan dans ce secteur, quand bien même la portée de sa contribution est souvent mal connue.

Aspects macro-économiques

Le Sénégal a 700 km de côtes sur l'Océan Atlantique. Le potentiel des ressources halieutiques est estimé à 430.000 tonnes, le nombre des emplois générés par la pêche à 250.000 dont 90% dans la pêche artisanale.

La femme est particulièrement active dans la transformation et la commercialisation du poisson. En 1992, elles étaient 6 000 dans la transformation et 9.000 dans la commercialisation

Tout au sud de la région de Thiès, le département de M'bour dispose d'une façade maritime de 65 km. M'bour représente 25% des débarquements des pêches artisanales et environ un millier des femmes sont impliquées dans les activités de pêche La zone connaît des conditions hydrologiques particulièrement favorables C'est la zone la plus poissonneuse du littoral sénégalais et la pêche si fait de manière permanente. D'autres facteurs expliquent la prospérité de la pêche à M'bour la motorisation depuis les années 50, le soutien de l'Etat, la facilité de navigation et le dynamisme des pêcheurs. Les engins de pêche utilisés sont: la senne tournante et coulissante, le filet dormant, la senne de plage, le casier et même la ligne

Activités développées par les femmes dans la communauté de pêche de M'Bour

Les femmes ne sont pas au premier rang dans la production du poisson Tout au plus, elles financent les moyens de production. Par contre, elles dominent le secteur de la transformation.

On dénombre à M'bour une multitude de méthodes de transformation avec pour facteur commun, le séchage:

Pour le Tambadiang, le Guedj et le Yeet, les femmes utilisent une main-d'oeuvre composée en majorité d'hommes Les transformatrices emploient, pour les aider, une équipe de décortiqueuses qui enlève la peau écailleuse du poisson braisé et de pilleuses du sel qui servira à saupoudrer le poisson

Autre domaine de prédilection des femmes, la commercialisation du poisson frais. La plus grande partie du poisson pêché étant destinée aux usines, aux régions intérieures et à la transformation artisanale, les femmes de M'bour sont très actives dans le mareyage et la vente au détail des produits de la pêche avec un fort pourcentage d'intermédiaires. Toutes, mareyeuses, détaillantes et intermédiaires, travaillent au rythme des débarquements La vente du poisson se fait dans le marché de M'Bour même, à Dakar et dans les marchés environnants.

Les groupements de femmes

Dans leur activité, les femmes s'organisent en association La plus vieille est le regroupement par parenté, par affinité ou par secteur d'activité C'est le "Mbotayé" Il s'y développe un véritable système de caisse mutuelle: la tontine qui constitue un fonds de roulement.

Mais, depuis 1986, il est apparu de nouvelles formes d'associations dont le Groupement d'Intérêt Economique (GIE) fortement conseillé par l'Etat. Selon le type d'activité, certains GIE s'organisent en Fédération comme, entre autres, la Fédération Nationale des Groupements de Promotion Féminine et le Collectif National des Pécheurs Artisanaux du Sénégal. Très souvent, les femmes occupent les postes de responsabilité.

Ainsi constituées, les associations professionnelles de femmes bénéficient du soutien des institutions et organisations d'assistance au développement. Les principaux organismes d'appui financier sont:

Les revenus et leur utilisation

En plus de la variation des coûts de production, l'absence d'une comptabilité rigoureuse rend difficile la détermination d'un revenu fixe des femmes de la communauté de pêche de M'Bour.

A part les décortiqueuses et les pilleuses dont le revenu est très faible, le revenu annuel des femmes des autres secteurs d'activités de pêche varie entre 500 000 et 2.000 000 F CFA. Ce revenu est particulièrement élevé chez les femmes organisées en GIE.

Dans tous les cas, 80% du revenu sert d'abord pour l'alimentation Viennent ensuite les cotisations pour tontines, les dépenses d'habillement, les soins de beauté' les frais de cérémonies et les soins aux enfants.

Les relations socio-professionnelles dans la communauté de pêche à M'Bour

Bien que récente, l'entrée des femmes dans les activités de pêche imprime une mutation dans les rapports avec les hommes. De part les revenus que ses activités lui procurent, la femme de M'Bour dispose d'une relative autonomie financière, Il arrive même qu'elle soit propriétaire d'une unité de pêche et qu'elle gère tout un équipage, Elle ne dépend de l'homme que pour les produits destinés à la transformation artisanale,

Avec les usiniers, ce sont souvent des rapports d'employé à employeur, Généralement, ces relations reposent sur la concurrence et peuvent aboutir à des litiges.

Contraintes et perspectives

Malgré l'importance du rôle social des femmes dans la communauté, elles sont confrontées à des problèmes qui entravent le développement de leurs activités,

Bien que le GIE soit apparu comme un type d'organisation pour l'accès au crédit, il manque dans la communauté de pêche de M'Bour des structures d'encadrement, de sensibilisation et de formation, De plus, L’exiguïté des sites de transformation constitue un frein au développement de la pêche et à la promotion des activités de la femme. Le manque de magasins de stockage réduit les capacités de transformation et pose des difficultés pendant l'hivernage. La précarité des moyens de traitement entache la qualité des produits de pêche, A cela s'ajoute le manque de moyens de transport qui complique les problèmes d'écoulement, Autres difficultés: la complexité des conditions d'obtention du crédit,

Devant toutes ces difficultés, il est nécessaire d'organiser les femmes de manière qu'elles puissent affronter les aléas du secteur, d'aménager des infrastructures complémentaires pour étendre les sites de transformation, de former les femmes à l'usage des techniques garantissant la qualité des produits. Il faudrait améliorer le système de financement et baisser les taux d'intérêt afin de faciliter l'accès au crédit, Une formation des formateurs s'impose également car les compétences des agents d'encadrement ont besoin d'être renforcées, Enfin, des investissements appropriés sont nécessaires pour assainir l'environnement du travail,

Conclusion

Si tout cela est entrepris, on devrait parvenir à renforcer la participation des femmes dans les activités de pêche à M'Bour. Leur implication étant faible dans la production, des mesures devraient tendre à développer leur capacité dans le domaine de la gestion et à améliorer les techniques de traitement et de distribution. Cela assurerait leur autonomie et leur responsabilité dans la prise des décisions qui les concernent.

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