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Rôle des femmes dans les communautés de pêche au Cameroun: les cas de Limbé et de Kribi


Rôle des femmes dans les communautés de pêche au Cameroun: les cas de Limbé et de Kribi

par

Julienne NGO SOM

Nutritionniste

Introduction

De nos jours, la femme occupe une place importante dans les économies nationales africaines Dans le domaine de la pêche, elle joue un rôle particulièrement remarquable dans les opérations après capture. C'est le cas des femmes des communautés de pêche de Limbé et de Kribi au Cameroun. Ces communautés sont situées respectivement à 250 et 350 km de Yaoundé, la capitale du pays.

L'importance de la pêche dans l'économie du Cameroun

Le Cameroun dispose de 360 km de côte et de nombreux cours d'eau. Cependant, très modeste de part son apport au PIB, la pêche artisanale demeure une activité importante sur le plan socio-économique. On lui doit une grande partie des emplois du secteur informel.

La capture annuelle dépasse 100.000 tonnes. La pêche maritime produit les 2/3 de la production et la pêche continentale 1/3, la pisciculture étant marginale. La consommation annuelle est de 175.000 tonnes et le Cameroun est obligé d'importer beaucoup de poisson congelé, plus de 50.000 t/an, pour compenser son déficit. Pour cela, les pouvoirs publics s'efforcent de promouvoir le secteur, par la création d'institutions d'encadrement spécialisées. La Caisse de Développement des Pêches Maritimes (CDPM) et la Mission de Développement de la Pêche Maritime (MIDEPECAM) sous tutelle du Ministère de l'Elevage, des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA). Ils sont appuyés dans cette tâche par la FAO, le Japon et le Canada.

Au Cameroun, la pêche est surtout pratiquée par les étrangers, notamment des Nigérians, des Ghanéens, des Togolais et des Béninois. La pirogue est le moyen de capture utilisé, certaines pirogues sont mues à la pagaie d'autres sont motorisées. La pêche se fait souvent aux filets (maillant, sennes de plage...), mais on rencontre aussi la pratique des parcs à poissons, des pièges à crevettes et des palangres.

Environ 40% des opérateurs économiques du secteur de la pêche au Cameroun sont des femmes. A Limbé, 41% sont analphabètes. A Kribi, par contre, 50% des femmes ont le niveau des études secondaires. Mais que ce soit ici ou là, les femmes jouent un rôle prépondérant dans la transformation et la commercialisation des produits de pêche, en tant que fumeuses ou mareyeuses.

Activités développées par les femmes dans les communautés de pêche à Limbé et à Kribi

Bien que la pêche soit dominée par les étrangers, la commercialisation du poisson frais est monopolisée par les femmes autochtones. Parmi les femmes engagées dans le secteur, 51 % le sont dans la commercialisation directe du poisson frais et 49% dans la transformation et la vente du poisson fumé.

Le fumage constitue la méthode de transformation la plus courante dans les deux communautés. Les fumoirs sont des fours traditionnels de plusieurs types construits à partir du matériel de récupération. Le fumage se fait en deux étapes: le pré-séchage qui dure de 6 à 7 heures, fait perdre aux poissons frais le tiers de leur poids, le fumage proprement dit, qui dure 2 à 3 jours, pendant lesquels le poisson est fréquemment retourné pour éviter la calcination.

Le poisson ainsi fumé est stocké sur des claies disposées dans la case-fumoir ou dans des paniers en raphia destinés à la vente.

Par contre la commercialisation du poisson frais exige beaucoup plus de précautions. Le poisson est quelques fois disposé dans des sacs en fibres ou des glacières pendant le transport. Pour la conservation, jusqu'au lieu de vente, les femmes de Limbé louent des glacières. A Kribi, plusieurs mareyeuses sont propriétaires de leurs congélateurs et glacières. Pour la livraison sur les lieux de vente, les mareyeuses se déplacent en taxi, en cars de transport en commun ou à pieds quand la distance n'est pas longue. Le poisson, qu'il soit fumé ou frais, se vend au détail et en demi-gros.

Certaines femmes venues dans le secteur de la pèche, finissent par préférer d'autres activités jugées plus rémunératrices. Ce sont notamment le petit commerce, l'exploitation de débits de boisson, l'agriculture, etc.

Revenus générés par les activités de pêche

A Limbé, le chiffre d'affaire annuel moyen d'une fumeuse est de 2.531.300 francs CFA, ce qui laisse une marge bénéficiaire de 438 000 F CFA. Une mareyeuse de poisson frais gagne un peu plus avec un chiffre d'affaire moyen de 3.220.000 F CFA par an

A Kribi, les ventes d'une fumeuse sont de 1.200.000 F CFA par an soit beaucoup moins qu'à Limbé. En revanche, le commerce du poisson frais rapporte beaucoup plus ici: le chiffre d'affaire annuel moyen d'une mareyeuse est de 4.455.000 F CFA.

Dans chacune des deux communautés, le revenu est entièrement géré par les femmes. La priorité des dépenses va aux besoins de la famille: alimentation, écolage, loyer. Une partie du revenu est épargné pour renforcer le capital.

Relations entre les hommes et les femmes dans le secteur de IA pêche

Dans les communautés de pêche au Cameroun, les hommes et les femmes entretiennent trois types de relations: les relations professionnelles, les relations de dépendance et les relations d'association

Sur le plan professionnel, il s'agit de véritables relations d'affaires: les vendeurs sont les pêcheurs (hommes) et les acheteurs sont les femmes qui veulent du poisson soit pour la commercialisation directe, soit pour le fumage.

Les relations de dépendance sont liées à la capture. Les femmes reconnaissent que sans la capture du poisson qui est l'activité principale des hommes, elles ne pourraient ni vendre, ni fumer.

Quant aux relations d'association, il s'agit des relations de complémentarité ou de partenariat. Les femmes ayant pré-financé l'achat des équipements, ou de matériels nécessaires à la pêche, elles ont droit à une part de la production après la capture. Les femmes tiennent beaucoup à la division du travail qui s'est ainsi instaurée et n'entendent pas que les hommes s'immiscent dans le fumage et la commercialisation du poisson.

Contraintes et opportunités

Les difficultés sont d'abord liées à la gestion: les femmes ne disposent d'aucun plan de gestion matérielle, financière ou humaine. Elles ne bénéficient pas assez d'encadrement, ni de formation. Il n'existe pas non plus d'associations, de groupements ou de coopératives. La rareté des moyens de déplacement accroît le coût du transport qui absorbe ainsi une part importante du budget.

A cela s'ajoutent, entre autres, la multiplicité des taxes, le contrôle intempestif de la police, la difficulté d'approvisionnement en bois, le coût élevé de conservation des produits de pêche, l'indisponibilité de poisson en grande quantité et la destruction intempestive des filets par les grands bateaux de pêche.

Pourtant, il existe des opportunités qui s'offrent aux femmes. On peut citer, notamment, l'existence d'un système d'épargne populaire (tontines), la volonté des pouvoirs publics de promouvoir la pêche artisanale au Cameroun et le souci de valorisation du travail de la femme rurale par la communauté internationale. Cependant, les activités des femmes dans la communauté dépendent de celles des pêcheurs eux-mêmes. Il faudra instituer un système d'acquisition de matériel de pêche à crédit avec des conditions assez souples pour les hommes, créer une ligne d'épargne-crédit (genre tontine) pour les femmes. Il faudra aussi créer une cellule chargée du suivi et de l'évaluation des activités féminines dirigée par une femme de préférence, de même qu'une équipe de moniteurs et d'animatrices sociales pour l'encadrement des mareyeuses et des fumeuses. Il reste qu'à Limbé et à Kribi, les femmes considèrent la pêche artisanale comme une activité rentable qui mérite d'être soutenue.

Conclusion

La commercialisation directe et le fumage constituent une source de revenus qui permet aux femmes des communautés de pêche de Limbé et de Kribi de subvenir à leurs besoins et à ceux de toute leur famille. Pour cela, leur implication dans les activités de pêche est prépondérante pour le développement économique du Cameroun. Il est alors important de trouver des solutions aux problèmes qui entravent le développement de la pêche artisanale.

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