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Rôle des femmes dans les communautés de pêche: le cas de Koko, Delta State, Nigeria


Rôle des femmes dans les communautés de pêche: le cas de Koko, Delta State, Nigeria

par

Stella WILLIAMS

Economiste

Introduction

Comme dans la plupart des pays côtiers, le poisson constitue au Nigéria une source de protéines très appréciée. Par conséquent, la pêche occupe une bonne partie de la population avec en bonne place la femme fortement impliquée depuis la capture du poisson jusqu'à la commercialisation du produit traité.

Aspects macro-économiques

Avec une zone de 200 miles marins, le Nigéria recèle d'abondantes ressources halieutiques. La région du Delta, grâce à la convergence des nombreux affluents du fleuve Niger, occupe une position particulièrement favorable au développement des activités de pêche. La région produit à elle seule 63.400 tonnes de poisson.

Les activités de pêche se répartissent en trois secteurs: le secteur artisanal, l'aquaculture et la pêche industrielle.

Dans la région de Koko, c'est la pêche artisanale qui prédomine Les populations considèrent du reste qu'elles sont les descendantes des dieux de la mer et du fleuve. Depuis plus d'une vingtaine d'année, à cause des difficultés liées à la sécheresse du Sahel, la pêche artisanale maritime est la principale source d'approvisionnement de la population en produits halieutiques.

La pêche se pratique tout le long de l'année à bord d'embarcations motorisées ou mues à la pagaie. La capture se fait à l'aide de filets maillants, de filets calés, de lignes, de nasses ainsi que d'autres types d'engins traditionnellement utilisés dans la plupart des communautés. Plus de 90 % des captures issues de la pêche artisanale sont transformées. C'est dans ce secteur que les femmes sont le plus impliquées.

Les femmes dans les activités de pêche

Contrairement aux femmes des communautés de pêche d'autres pays africains, la femme nigériane participe à la capture du poisson. Moins actives en haute mer, elles sont par contre présentes dans les fleuves, les lagunes et les lacs. Leurs domaines de prédilection restent cependant la conservation, la transformation, le stockage et la commercialisation des produits de pêche.

Les méthodes de conservation varient d'un endroit à l'autre, mais les plus répandues sont le fumage, le salage, le marinage et la friture. Le fumage constitue la technique de transformation la plus répandue. Il se fait selon les méthodes traditionnelles.

Le poisson une fois traité est transporté au marché central de Koko chaque mardi pour la commercialisation. Des quantités plus importantes sont réservées pour le marché du "Carrefour", le plus grand, qui se tient chaque mercredi et attire les consommateurs de tous les coins du Nigéria. Le poisson y est vendu plus cher.

Pour les propriétaires de hangars, ce sont les mareyeuses qui s'occupent de la vente au détail. La commercialisation se fait aussi à l'extérieur de la communauté de Koko Le poisson traité est transporté àbord des barques.

En marge des activités de capture, de conservation et de commercialisation, les femmes s'adonnent aussi au tissage des nasses en roseau pour la capture des crevettes et à la fabrication des paniers en rotin utilisés comme piège. Les femmes sont également impliquées dans l'achat et la vente de matériels de pêche comme les hameçons, le fil pour la confection des lignes, de bouées, les filets et autres matériels de pêche. Elles pourvoient en plus à l'équipement nécessaire avant la sortie des pêcheurs, lampes et pétrole notamment.

On les trouve aussi dans des professions pouvant générer un revenu susceptible d'aider à la survie de la famille et de la communauté. Certaines sont dans l'agriculture, d'autres dans le petit commerce.

Utilisation des revenus générés par la pêche

Le revenu moyen de la femme de Koko impliquée dans les activités liées à la pêche est supérieur à celui des femmes employées dans la fonction publique. Le quart de ce revenu est destiné à la subsistance du ménage. Un autre quart va à l'éducation des enfants, un autre encore à l'achat d'articles d'utilité domestique et à l'habillement. Enfin, 10 % du revenu sert à rembourser les dettes car il est très fréquent que les femmes empruntent de l'argent chez les usuriers, les groupements coopératifs ou même chez les membres de leur propre famille pour constituer le capital de leurs activités.

Relations entre les hommes et les femmes dans le secteur de la pêche

Le code de conduite traditionnel de la communauté de pêche de Koko présentait déjà la femme comme le complément indispensable de l'homme. Aussi s'est-il établi entre les hommes et les femmes une relation cordiale qui force l'admiration. La preuve, lors des pêches nocturnes le long des rives du fleuve, les hommes sont toujours à la recherche d'unités de pêche féminines.

Autre illustration de cette cordialité, les deux coopératives de la communauté (l'Unité de Pêche d'Onoritsebawo et le Programme des agriculteurs d'Ogben pour le soutien à la famille, coopérative polyvalente) sont mixtes. En raison du respect pour les femmes de la communauté, la direction de chaque coopérative est confiée à une femme. Même les trois associations féminines qui existent oeuvrent pour l'amélioration des conditions de vie de toute la communauté, sans aucune c discrimination envers les hommes. En somme, les hommes et les femmes de la

communauté de pêche de Koko entretiennent une coexistence et une collaboration étroites malgré les conditions de vie et de travail difficiles auxquelles sont confrontées les femmes.

Difficultés de la communauté de Koko

Comme toutes les communautés de pêche du Nigéria, la communauté de pêche de Koko traverse une période assez difficile, et pour cause: la plupart des intrants de pêche sont devenus trop onéreux à la suite de la dévaluation du Naira, la monnaie locale. De plus, les aides en espèces et en nature qu'octroyaient les agences nationales et internationales ont diminué considérablement.

Les femmes, étant en même temps en charge du ménage, ont davantage de responsabilités sur le dos, surtout s'il arrive que leur époux pêcheur soit licencié par le propriétaire des embarcations. Ainsi, bien que le revenu généré par les activités économiques des femmes de la communauté de Koko soit encourageant, le bien-être est sérieusement perturbé par la taille des familles et le nombre de personnes à charge 8 personnes à charge par ménage en moyenne. L'essentiel du revenu est consacré à la nourriture et il ne reste presque rien pour se procurer le confort désiré, notamment l'électricité et l'eau courante.

Propositions pour l'amélioration des conditions de vie des femmes

Les contributions individuelles des membres des diverses organisations étant insuffisantes pour constituer le capital de commercialisation, les chefs de file de la communauté de Koko souhaitent que des aides extérieurs leur soient accordées. De même, on souhaite que les entreprises qui fabriquent le matériel et les équipements de pêche acceptent de les vendre à crédit aux populations.

Ajoutée à cela, la formation à la gestion: les pécheurs de Koko voudraient bien bénéficier, comme leurs collègues d'autres Etats du Nigéria, des programmes de formation qu'organise les projets financé par la Banque Mondiale sur les ressources halieutiques et le crédit. Les femmes en particulier, voudraient participer à des excursions commerciales d'échanges qui leur ouvriraient d'autres marchés pour l'écoulement des produits de la pêche. Pour tous, la mise en place des infrastructures génératrices de bien-être (électricité, eau courante, hôpital, écoles) est un voeu que le gouvernement s'efforce d'exaucer progressivement.

Conclusion

Les caractéristiques socio-économiques et démographiques des femmes de Koko sont les mêmes que celles des femmes rurales des communautés de pêche de par le monde. Regroupées en trois associations, elles sont décidées à prendre leur destinée en mains, sans toutefois pratiquer une discrimination vis-à-vis des hommes. Elles ont simplement besoin d'un coup de pouce qui, en plus de la formation à la gestion du crédit, leur assurerait la formation à l'amélioration des technologies de manipulation et de transformation du poisson, la formation à la comptabilité et au financement des risques domestiques à petite échelle, et la formation à l'organisation de réseaux de travail efficaces

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