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Rôle des femmes dans la communauté de pêche de Joal au Sénégal


Rôle des femmes dans la communauté de pêche de Joal au Sénégal

par

Marie Seynabou SY

Nutritionniste

Introduction

Au Sénégal, la pêche est la principale activité économique du secteur primaire. Les femmes y jouent un rôle capital. Très dynamiques, elles en tirent l'essentiel requis pour l'alimentation et l'amélioration des conditions de vie de la communauté.

Données macro-économiques

Principale pourvoyeuse de devises, la pêche emploie près de 250.000 personnes au Sénégal. Elle est très développée sur la côte et se pratique aussi bien de manière artisanale que de manière industrielle tout le long de l'année. La pêche continentale, elle, est moins importante et se pratique de façon saisonnière dans la vallée du fleuve Sénégal et sur le lac de Guiers.

Joal est l'un des 190 points de débarquements de la pêche artisanale. Il est situé sur la Petite Côte à 114 km de Dakar, on y a enregistré 88.645 tonnes de prises en 1992. Le moyen le plus utilisé est la pirogue motorisée. La pirogue monoxyle à voile est moins efficace. Les engins de pêche varient selon les espèces recherchées. Les filets les plus utilisés sont les filets maillants encerclants, les filets maillants dormants, les sennes tournantes et les sennes de plage.

Les femmes interviennent surtout dans la transformation et le micro-mareyage du poisson. Elles représentent environ 78 % de la population des transformateurs. Certaines d'entre elles sont propriétaires de moyens de production, de transformation et de transport.

Les activités développées par les femmes de la communauté de Joal

La quasi-totalité des femmes interviennent dans la transformation des produits de pêche, même lorsqu'elles possèdent les moyens de production ou de transport. Les techniques de transformation vont de la fermentation au séchage en passant par le fumage.

Pour la fermentation, il existe de nombreuses variantes de préparation selon l'espèce de poisson, son état de fraîcheur, le temps et le matériel dont dispose le transformateur. En général, le poisson est écaillé, étêté parfois, éviscéré et découpé à plat, puis placé dans de cuves d'eau de façon à accélérer la décomposition. Il arrive qu'on y ajoute du sel pour éviter la déliquescence. Les gastéropodes débarrassés de leur coquille sont découpés et mis à fermenter dans un plastique. Le poisson et les gastéropodes sont ensuite mis à sécher

Le fumage se fait sur des fours et dure en moyenne 2 à 3 jours. Le poisson est placé sur un grillage métallique au dessus du four et recouvert de cartons ou de tôles de façon à forcer la

fumaison. La technique de fumage associe étroitement celle du braisage. Certains poissons sont braisés à même le sol, refroidis, débarrassés de la tête, épluchés et saupoudrés de façon à éviter l'infestation durant le séchage. D'autres sont braisés sur des fours, épluchés eux aussi et mis à sécher

Le séchage implique aussi le salage. Cette technique est appliquée aussi bien aux petites espèces qu'aux grands poissons et aux ailerons. L'opération dure quatre jours.

Presque toutes les transformatrices assurent elles-mêmes la commercialisation de leurs produits surtout au niveau local. Quelquefois, les hommes interviennent lorsqu'il s'agit d'aller revendre le poisson plus loin à l'intérieur du pays. L'acheminement des produits se fait par les transports en commun. petit élevage

En dehors des activités de pêche, les femmes de Joal se livrent aussi à l'agriculture et au

Pour faire prospérer leurs activités et améliorer leurs conditions de vie, les femmes s'organisent en groupement d'intérêt économique (GIE). On a ainsi dénombré 36 groupements féminins en 1995 à Joal. Cette organisation leur permet de bénéficier par moment de crédit.

Les revenus et leur utilisation

Il est difficile de déterminer avec exactitude les revenus générés par les activités de pêche, la rentabilité dépendant des périodes d'abondance ou de non abondance des produits halieutiques. Sont également déterminants, la régularité dans l'activité de pêche la régularité dans l'écoulement et le niveau d'investissement en équipements par type de produits (voir tableau).

Tableau 1.- Revenus estimés provenant du traitement du poisson (FCFA)

Produit

Période

Production sporadique

Total annuel

Observation

 

Abondance

Rareté

     

Kétiakh

999.810

241.641

-

1.241.451

 

Guedj

2.362.124

421.311

-

2.783.435

 

Yet

383.918

255.000

-

638.918

 

Saly cobo

-

-

55.000

55.000

Revenus bruts obtenus avec 500 paniers traités

Tambadiang

731.172

231.379

-

962.551

 

Saly raie

-

-

451.500

451.500

Revenus bruts obtenus avec 1000 pièces de raie traitées.

La grande part du revenu est utilisée pour renforcer le capital Viennent ensuite l'alimentation du ménage, les soins aux enfants, les frais de cérémonies et la réparation du matériel. Les frais de toilette personnelle ainsi que ceux de loisirs et vacances constituent les dernières préoccupations des transformatrices sénégalaises de Joal.

Relations des femmes avec les hommes du secteur de la pêche à Joal

On ne peut pas parler vraiment de lien associatif, ni de partenariat entre les femmes et les hommes du secteur de la pêche de Joal. Les femmes autochtones ne sont même pas tenues d'acheter le poisson frais chez leur mari pêcheur. Cependant, on note des contrats d'exclusivité entre certaines femmes et des pêcheurs, la femme ayant soit fourni au préalable les moyens de production ou le fonds de roulement. A cela s'ajoutent les relations commerciales par lesquelles, la femme peut louer des camions frigorifiques à un homme.

Il arrive aussi que s'établissent des relations de confiance entre une transformatrice qui vend ses produits à crédit à un commerçant. Il apparait tout de même des relations de dépendance, lorsque la femme travaille avec un four qui appartient à un homme, ou lorsqu'elle est employée pour les petites tâches d'épluchage, de salage et de rangement de poisson. Dépendance aussi, lorsqu'une femme emploie un homme pour les travaux durs.

Contraintes et recommandations

La communauté de pêche de Joal n'en subit pas moins des contraintes. Les femmes se plaignent souvent du fait qu'il existe trop d'intermédiaires entre le pêcheur et elles. De plus, la concurrence du plus offrant place souvent les femmes dans une position de faiblesse. La précarité des techniques de transformation s'ajoute à l'exiguïté et à l'insalubrité des lieux de stockage pour freiner la rentabilité des activités des femmes de Joal. Presque toujours, le manque de moyens de transport accentue le problème d'écoulement des produits de pêche. Les femmes sont également confrontées à la concurrence des mareyeuses très équipées qui approvisionnent le marché intérieur en produit frais.

Pour pallier toutes ses difficultés, il est souhaitable qu'on facilite l'accès des femmes au crédit, qu'on leur fournisse du matériel mieux adapté que les claies traditionnellement utilisées par les transformatrices et qu'on les sensibilise à l'utilisation de techniques de traitement plus saines Il est tout aussi nécessaire d'améliorer l'environnement sanitaire et l'accès des aires de transformation, de former les femmes à la gestion et de construire des magasins de stockage adaptés à la conservation.

Conclusion

Par une activité aussi importante que la transformation des produits halieutiques, les femmes de Joal contribuent de façon appréciable au développement du secteur des pêches. La précarité des techniques et des équipements, de même que l'accès difficile à la propriété des moyens de production constituent des obstacles qu'il convient de lever afin d'accroître l'apport des activités de pêche au bien-être de la communauté de Joal.

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