par
Amoin Annabelle BROU
Biologiste
et
Paul ANOH KOUASSI
Economiste
Introduction
Dans les communautés de pêche du Grand-Lahou et de la lagune Aby, comme dans beaucoup d'autres pays, la transformation et la commercialisation sont réservées aux femmes. Les ressources générées par ces activités sont utilisées pour les besoins de la famille et quelquefois pour aider les hommes à acquérir le matériel de pêche nécessaire. Il s'établit ainsi un type de relation socio-professionnelle entre les femmes et les hommes de la communauté de pêche.
Aspects macro-économiques
Le potentiel halieutique de la Côte d'Ivoire est faible. Cela est dû à l'étroitesse du plateau continental où se déroule l'essentiel des activités de pêche. Malgré cela, la pêche joue un rôle important dans l'économie ivoirienne car elle offre de nombreux emplois. Le Grand-Lahou et la lagune Aby font partie des trois plus grandes lagunes du pays où se pratique la pêche artisanale tout le long de l'année.
La pêche représente donc la principale activité des populations riveraines des plans d'eau dans les localités d'Adiaké et de Grand-Lahou. On y trouve 45 % de la population de tout le littoral dont une forte majorité d'étrangers, tantôt propriétaires de barques (Grand-Lahou), tantôt employés comme une simple main-d'oeuvre par les autochtones (Adiaké). A l'aide de la pirogue, motorisées ou non, les principaux engins utilisés sont les filets, les nasses, les palangres et les pêcheries, confectionnés pour la plupart par les pêcheurs eux-mêmes.
La place de la femme dans les communautés de pêche de Grand-Lahou et d'Adiaké
Dans les communautés de pêche, les femmes sont généralement plus nombreuses que les hommes. Le fumage du poisson constitue leur principale activité. Les techniques de fumage varient peu d'une région à une autre. Deux types de fumoir sont couramment utilisés: le fumoir en forme de parallélépipède et le fumoir circulaire en tôle, le plus utilisé. A cela s'ajoute le fumoir en terre utilisé seulement dans quelques concessions.
Les principales espèces fumées sont l'ethmalose, le mâchoiron, le brochet et le mulet Etalé, le poisson est d'abord déshydraté à forte dose de fumée pendant 40 minutes, puis soumis au feu doux pendant 6 à 8 heures, le but étant de lui assurer un état de conservation prolongée.
Le poisson se conserve aussi par la méthode de salage. C'est l'une des méthodes de conservation les plus vieilles. Le poisson frais saupoudré de sel, perd une partie de son eau, ce qui provoque un raffermissement de la chair. Il s'en suit le séchage qui achève la déshydratation du poisson.
Après ces transformations (fumage et séchage), le poisson est généralement transporté sur les marchés où se déroulent les opérations de vente. Outre les activités liées à la pêche, certaines femmes s'adonnent aux petits commerces et à la restauration.
Les revenus et leur utilisation
Dans l'ensemble, les revenus bruts générés par les activités de pêche sont très faibles. Ils sont en moyenne de 37.000 francs CFA par mois pour une fumeuse simple et de 300.000 francs CFA lorsque l'époux de la fumeuse possède de grands filets de pêche.
Le revenu est utilisé pour les besoins de la famille, bien entendu, mais aussi pour l'achat du poisson frais, l'amortissement du matériel de fumage, l'achat du bois de chauffe et le transport du poisson vers les points de vente. Toutes ces dépenses contribuent à réduire la marge bénéficiaire de la femme et freinent ainsi son épanouissement social.
Relations entre les femmes et les hommes dans le secteur de la pêche
Dans les communautés de pêche de Grand-Lahou et d'Adiaké sur la lagune Aby, il existe une sorte de division du travail. La pêche est réservée aux hommes, la transformation et la commercialisation aux femmes.
Les relations entre les hommes et les femmes sont donc essentiellement des relations de travail. Après la prise, la priorité de l'approvisionnement est accordée à l'épouse du pêcheur qui peut acheter le poisson à crédit, mais toujours au même prix que les autres femmes: c'est la gestion séparée. Dans de rares cas, cependant, le pêcheur et son épouse gèrent en commun les produits de la pêche: c'est la gestion commune. Quelquefois, la femme intervient dans l'équipement du pêcheur en finançant l'achat du matériel nécessaire. Cela lui garantit ainsi sa source d'approvisionnement.
Au total, le bien-être des pêcheurs dépend beaucoup du rôle des femmes qui passent ici pour d'incontournables agents de développement. Mais elles ne sont pas regroupées en associations. Tout au plus remarque-t-on une certaine solidarité entre femmes de même groupe ethnique.
Contraintes et recommandations
De manière générale, les communautés de pêcheurs vivent dans des localités marécageuses, difficiles d'accès, donc enclavées. A cela s'ajoute la déception des populations d'Adiaké qui trouvent que les attentes créées par le "projet de pêche lagune Aby" implanté dans la zone ne sont pas réalisées. Il faut noter aussi la précarité des conditions de travail des femmes, le manque de regroupements associatifs et l'analphabétisme
Pour y remédier quelques recommandations nous paraissent nécessaires. Les femmes tirant peu de profit de la commercialisation des produits de pêche, il est opportun de mettre en place un système de crédit, qui permet d'augmenter leur volume d'achat et d'améliorer leur matériel de fumage.
L'encadrement des femmes paraît indispensable, d'où la nécessité de créer des associations ou des coopératives ainsi que des organisations nationales non gouvernementales qui faciliteraient ces regroupements.
Il serait souhaitable que les femmes développent des activités parallèles à la pêche, susceptibles d'assurer l'autosuffisance alimentaire
Pour éviter une trop grande pression sur les stocks biologiques naturels, il est bon de vulgariser la pratique de l'acadja, très connue dans la sous-région, même au niveau des femmes.
Conclusion
De par leurs activités, les femmes des communautés de pêche du Grand-Lahou et d'Adiaké sont incontournables. Malheureusement, leur revenus demeurent encore insuffisants du fait de la faiblesse périodique des prises due à la surexploitation des plans d'eau et aux nombreuses charges liées à l'équipement de pêche, aux activités de transformation du poisson, et à la vie familiale.