Rôle des femmes dans les communautés de pêche: cas de Brufut et Gunjur en Gambie
par
Isatou TOURAY
Sociologue
Introduction
Dans une économie traditionnellement dominée par l'agriculture, comme celle de la Gambie, le poisson est resté la principale source de protéine d'origine animale. De ce fait, la pêche offre l'essentiel des emplois aux habitants de la côte et aux riverains du fleuve Gambie. La femme gambienne longtemps habituée à se prendre en charge elle-même, prend une part active dans le secteur de la pêche.
Aspects macro-économiques
Avec une façade maritime de 50 km, la Gambie est traversée par le fleuve Gambie qui le divise en deux. La pêche se fait aussi bien sur la côte que sur les plans d'eau de l'intérieur (fleuve rivières, lacs et lagunes). Elle se subdivise en deux sous-secteurs: la pêche industrielle et la pêché artisanale, domaine de prédilection des femmes. Aujourd'hui, le secteur rapporte des devises à la Gambie et occupe quelques 20.000 personnes.
La pêche artisanale se fait à bord de pirogues monoxyles améliorées ou motorisées. Les engins le plus couramment utilisés sont les filets maillants, les lignes et les pièges.
Gunjur et Brufut sont deux des sept principales communautés côtières de pêcheurs. Ici la pêche artisanale est très compétitive. Dans l'une et l'autre des deux communautés de pêcheurs, les femmes constituent environ 50 % de la population; elles sont actives dans le débarquement, le traitement et la commercialisation du poisson.
Les activités des femmes dans les communautés de pêche de Gunjur et Brufut
Les interventions des femmes dans ces deux communautés de pêcheurs se limitent aux activités après-capture, les femmes n'étant pas formées pour les opérations en mer. Cependant, seul le séchage du poisson est une activité exclusive des femmes. Les hommes étant aussi très actifs dans le fumage du poisson. Le poisson est généralement fumé dans des cuvettes ou sur des plates-formes de grillage Il est ensuite emballé dans des paniers ou des sacs spéciaux selon le degré de fumage. Le séchage, lui, se fait au soleil, le poisson ayant été auparavant saupoudré de sel. Le débarquement du poisson et même la vente au détail des produits de la pêche sont pratiqués concurremment avec les hommes. Par contre, les femmes sont les seules à ramasser des huîtres.
Il apparaît ainsi que, les hommes font de plus en plus les activités qui étaient réservées aux femmes. En réaction, les femmes préféreraient avoir leurs propres embarcations et en assurer elles-mêmes la gestion
Somme toute, très peu d'importance est accordée à la contribution des femmes dans le domaine de la pêche. Même les projets initiés par les organismes tels que la FAO et le Conseil Scientifique du Common Wealth ne leur ont fait que très peu de place. Pour cela, elles ont fini par trouver des mécanismes susceptibles d'améliorer leur statut: elles se sont organisées en groupement de type "Kafoos" et "Osusu" afin d'avoir des facilités de crédit pour l'achat de matériels indispensables à leurs activités.
Revenus et leur utilisation
Les revenus générés par la pêche varient d'une activité à une autre. Généralement, la marge bénéficiaire est très faible, le capital investi étant lui-même faible. Ce revenu est pour la plupart réinvesti dans l'achat du poisson frais. Une part est tout de même consacrée aux besoins de la famille, notamment à l'éducation des enfants et à l'alimentation. En Gambie, on affirme du reste que les objectifs premiers de tout projet de pêche est l'amélioration de la sécurité alimentaire.
Relations entre les hommes et les femmes dans les communautés de Gunjur et Brufut
La prépondérance des hommes dans le secteur des pêches en Gambie, crée des relations de concurrence entre eux et les femmes. Il arrive très souvent qu'après le séchage, les femmes vendent le poisson à leur mari à des prix dérisoires. Cela s'apparente à une forme d'exploitation favorisée par la répartition inégale des rôles dans le secteur de la pêche. Il se pose alors la délicate question de l'affranchissement des femmes et des hommes dans ce secteur d'activité.
Contraintes et recommandations
Les principales contraintes sont liées au manque d'assistance financière pour l'achat de matériels de pêche notamment les embarcations. A cela s'ajoutent la raréfaction du bois, unique source d'énergie pour le fumage, le manque d'infrastructures adéquates tels que les locaux de fumage spacieux, l'insuffisance des moyens de transport et des débouchés de commercialisation. De plus, les femmes ont un accès très limité à la technologie améliorée et aux connaissances scientifiques. Tout ceci est sous-tendu par des facteurs aussi négatifs que la poussée démographique, la concurrence croissante des ressources halieutiques, la diminution des réserves de poisson due à la surexploitation et à la dégradation de l'environnement. Pourtant les femmes sont prépondérantes dans les activités de pêche de par leur travail et leur performance
Pour que les contributions des femmes soient prises en compte, il serait souhaitable que, la politique gouvernementale en matière de développement prenne en compte les questions liées au genre, que les organismes d'assistance facilitent l'accès des femmes au crédit. Il est tout aussi nécessaire de fournir aux femmes des équipements de technologies améliorées, d'organiser les femmes en réseaux d'échanges d'expériences dans les pêcheries et de créer un centre de formation et d'alphabétisation.
Conclusion
Si les femmes des communautés de pêche de Gunjur et Brufut recevaient un appui de la part du gouvernement, elles contribueraient mieux au développement des pêches artisanales en Gambie. Il s'en suivrait la réduction de l'écart existant entre les hommes et les femmes dans l'exploitation des ressources halieutiques.
L'approche du DIPA dans le règlement de cette inégalité est une bonne orientation vers l'épanouissement de la femme des communautés de Gambie.