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Rôle des femmes dans les communautés de pêche une étude de cas d'Elmina au Ghana


Rôle des femmes dans les communautés de pêche une étude de cas d'Elmina au Ghana

par

Irene ODOTEI

Sociologue

Introduction

Comme dans beaucoup d'autres pays côtiers, le poisson constitue au Ghana une source d'alimentation bon marché et très demandée. Par conséquent, la pêche occupe une place de choix dans l'économie nationale par la création d'emplois. Les femmes sont particulièrement actives dans la transformation et la commercialisation Leurs activités suscitent de plus en plus la préoccupation des planificateurs de développement

Quelles sont, dans le détail, les activités des femmes de la communauté de pêche d'Elmina? Que font elles des revenus générés par la pêche? Que pourrait-on faire pour améliorer leur conditions de vie?

Aspects macro-économiques

Avec un littoral de 550 km et un plateau continental de 24.300 km2, le Ghana est l'un des pays où la pêche constitue une activité économique non négligeable. Le poisson provenant des zones marines représente plus de 80% de la production halieutique nationale, tandis que les pêches continentales représentent 16%, avec comme atout le lac Volta un des plus grands lacs artificiels du monde.

La pêche quelle soit maritime ou continentale se fait de manière artisanale à 71%. Les moyens utilisés sont les pirogues en bois motorisées ou non. On utilise entre autres les sonnes, les filets, les palangres et les lignes comme engins de pêche. Moins importante que la pêche artisanale, la pêche industrielle ou semi-industrielle se fait à bord de navires motorisés importés ou fabriqués localement. On note en plus, la pêche hauturière, totalement industrialisée.

Située au milieu de la côte, la ville d'Elmina est un des principaux ports du Ghana. L'industrie de la pêche y est très ancienne avec un parc de 235 pirogues. Les activités économiques des femmes sont en grande partie déterminées par les facteurs socio-économiques et culturels spécifiques au milieu.

Les activités des femmes dans la communauté de pêche d'Elmina

Bien que la tradition préconise que la femme exerce à la fois plusieurs activités économiques les femmes d'Elmina sont considérées comme des spécialistes des opérations après-capture Près de la moitié des femmes transforment et commercialisent le poisson. Les principales méthodes de transformation sont le fumage, le salage et le séchage. Lorsque le poisson doit être

conservé pendant plusieurs jours ou des mois, il est fumé. Les femmes l'entreposent et le réchauffent au feu de bois jusqu'à déshydratation. Le four traditionnel en terre de barre est de plus en plus concurrencé par le four Chorkor d'une technologie plus récente.

La salaison est l'un des moyens de stockage les plus utilisés à Elmina. Le poisson, une fois saupoudré de sel, est mis à fermenter puis à sécher. On utilise généralement des barils en aluminium et en bois ou alors de grands paniers lorsque la quantité de poisson à saler est importante. Parfois, au cours du fumage, lorsque le poisson menace de se détériorer, il est salé et séché. Une autre forme de conservation du poisson est le séchage au soleil utilisé pour les petites espèces

Bien que le poisson fumé soit le plus adapté à la commercialisation, une minorité de femmes, généralement des propriétaires d'embarcation se livrent à la vente du poisson frais. Très souvent, le poisson fumé est transporté en dehors de la communauté d'Elmina. Parfois il passe même les frontières du Ghana et se retrouve au Togo, au Bénin ou au Burkina Faso. La route est la voie de transport la plus utilisée. L'acheminement peut se faire à bord de camions, de cars, de voitures

En plus de ces activités liées à la pêche, la femme exerce aussi le petit commerce, surtout celui de la vente des produits alimentaires, de même que le petit élevage. Néanmoins, quelques habitants d'Elmina vivent de l'agriculture et du petit artisanat.

Les membres de la communauté d'Elmina, aussi bien les hommes que les femmes, se regroupent en associations d'entraide traditionnelles alimentées par des souscriptions financières. De plus en plus, on assiste à l'émergence d'associations à caractère politique initiées par des ONG ou des institutions gouvernementales. Malheureusement, les femmes y accordent peu d'intérêt. Il est à noter que la formation aux activités de pêche se fait de façon traditionnelle, dès le bas âge.

Les revenus générés par la pêche et leur utilisation

Le revenu des femmes de la communauté d'Elmina varie selon que la période de pêche est bonne ou mauvaise. Pour les petites commerçantes, le revenu peut aller de 41.280 à 67.200 cédis3. Les mareyeuses d'importance moyenne gagnent entre 182.400 et 765.000 cédis. Les grandes mareyeuses quant à elles, enregistrent entre 700.800 et 3.405.000 cédis. Evalué en termes de gain mensuel, le revenu des mareyeuses semble prodigieux. Néanmoins, il est à retenir que le plus grand revenu annuel s'enregistre au cours des trois mois de la haute saison: de juillet à septembre.

La plus grande part de ce revenu est consacrée à l'alimentation de la famille. Le reste va à l'habillement et aux soins médicaux. La pêche étant connue comme l'activité première de toute la communauté, on consacre très peu d'argent à la scolarisation des enfants. La plupart des transformatrices financent les intrants, surtout l'achat de carburant, essentiellement à partir de leurs économies personnelles. Toutes réinvestissent une autre partie de leur économie dans le commerce du poisson où même des activités comme la construction de maison.

3 1.000 cédis = 1 dollar E. U.

Relations entre les hommes et les femmes de la communauté

Ce sont des relations de travail, particulièrement dynamiques. L'homme assure la capture et le femme s'occupe de son traitement et de sa commercialisation. C'est qui garde et gère l'économie de la famille. Par moment, lorsque les chalutiers industriels appauvrissent les eaux, les pécheurs d'Elmina se trouvent obligés de travailler comme ouvriers au service de grandes sociétés de pêche.

Contraintes

Les principales difficultés que rencontrent les femmes d'Elmina sont d'ordre financier. Très souvent obligées de vendre leurs produits à crédit, elles ne parviennent pas à recouvrer toutes les créances et perdent donc beaucoup d'argent. A cela s'ajoutent le manque d'installations frigorifiques pour le stockage du poisson frais, la pollution des aires de traitement et les risques d'épidémies qui en découlent. Tout cela est aggravé par une certaine discrimination dans l'octroi des prêts bancaires, les banques préférant prêter aux hommes responsables de la production du poisson plutôt qu'aux femmes limitées aux seules opérations d'après-capture.

Alors, que faire pour améliorer les conditions de vie et de travail des femmes de la communauté de pêche d'Elmina?

Recommandations

Il faudra convaincre les banquiers à mettre en place des dispositions spéciales d'octroi de crédit aux femmes mareyeuses et transformatrices de poisson, avec des modalités de remboursement adaptées à leurs activités. Il est tout aussi nécessaire d'intensifier la vulgarisation du four et des méthodes de conservation améliorées, notamment le four Chorkor et les techniques nouvelles de réfrigération. Le regroupement des femmes en coopératives serait un atout supplémentaire pour l'obtention des crédits bancaires et pour la tenue rigoureuse d'une comptabilité de leurs activités. On devra aussi entreprendre l'alphabétisation fonctionnelle et l'éducation pour la santé publique dans le milieu, de même qu'on devra encourager la scolarisation des enfants.

Conclusion

De par leurs talents et leur capacité à varier leurs activités, les femmes d'Elmina peuvent être considérées comme le pivot de l'industrie des pêches au sein de leur communauté. En, définitive, la répartition des tâches selon le genre sous-tendue par des facteurs culturels les a rendues très expertes dans la transformation et la commercialisation du poisson, activités somme toute florissantes dans un pays où la pêche joue un rôle capital dans l'économie nationale.

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