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Le rôle de la femme dans la communauté de pêche à Kamsar dans la préfecture de Boke en République de Guinée


Le rôle de la femme dans la communauté de pêche à Kamsar dans la préfecture de Boke en République de Guinée

par

Salematou DIALLO

Vulgarisatrice

Introduction

En plus des rôles traditionnels liés aux travaux domestiques et à l'éducation des enfants, les femmes de Kamsar interviennent dans les activités de la pêche artisanale, notamment dans le traitement et la commercialisation du poisson.

A quel point s'impliquent-elles dans ces activités? Comment s'organisent-elles? Qu'y gagnent-elles? Comment contribuent-elles à la résolution des problèmes de la famille? Que pourrait-on faire pour garantir la réussite de leurs activités et pour l'amélioration de leur situation socio-économique? C'est l'objet de cette étude.

Aspects macro-économiques

La pêche constitue une partie intégrante de l'économie de la Guinée. Avec une façade maritime de 300 km et un plateau continental de 56.000 km' s'étendant jusqu'à 80 milles marins des côtes, le pays recèle d'importantes ressources halieutiques Le potentiel est estimé à 230.000 tonnes par an. La pêche artisanale maritime, soutenue par 9000 opérateurs et 2.197 pirogues motorisées, est nettement plus importante que la pêche continentale pratiquée par une minorité de paysans. Quant à la pêche industrielle, elle ne se pratique qu'autour de Conakry. Mais qu'elle soit maritime ou continentale, la pêche artisanale, tout comme la pêche industrielle, débouche sur le traitement, la transformation et la commercialisation des produits péchés C'est, par excellence, la tâche des femmes.

Le port de Kamsar est situé à l'ouest de la cité des employés de la Compagnie du Bauxite de Guinée (C.B.G.) La pêche se fait à bord de pirogues monoxyles et de pirogues motorisées. Le port est animé par 452 pêcheurs, 136 fumeurs dont seulement 22 hommes, 136 mareyeurs dont 42 femmes et 37 transporteurs. Chaque secteur d'activité a un espace bien déterminé. L'espace réservé au fumage et à la commercialisation du poisson représente les 2/3 de la surface du port. Il est occupé par les femmes exclusivement.

Ici les femmes sont à 95 % analphabètes Elles n'ont pas de groupes organisés, ni coopératives ni syndicats. Seules existent des associations de tontines Avec l'installation du projet de pêche en 1991, les femmes ont été organisées en un groupement solidaire pour obtenir des crédits de fonctionnement et d'investissement.

Les activités développées par les femmes de la communauté de Kamsar

Les interventions directes: elles portent sur la transformation, le glaçage et le mareyage des produits de la pêche.

La technique de transformation la plus répandue au port de Kamsar est le fumage: le poisson est lavé et étalé sur des fumoirs. Si le poisson doit être vendu sur place ou tout près de là, il est légèrement déshydraté: c'est le fumage de 1er degré. S'il doit être vendu sur des marchés distants de 50 à 100 km, il est complètement déshydraté- c'est le fumage de 2ème degré. Si le marché est très éloigné, le poisson devant rester plusieurs mois sans se décomposer, il est asséché cassant: c'est le fumage de 3ème degré.

Les fumeuses, souvent propriétaires des fumoirs, engagent des ouvriers qu'elles rémunèrent après le fumage. Le fumoir a connu une grande évolution. Avant la mise en place du projet, les femmes de Kamsar utilisaient les "bandas", fumoirs traditionnels faits de fûts vides, de grillages de clôture et de fils de fer, le tout couvert de hangars Inconvénients: risques d'incendie, peu résistants et peu économiques.

Après la mise en place du projet, deux fumoirs améliorés ont été construits à titre d'expérimentation. Plus large et plus haut que le traditionnel, le fumoir amélioré peut contenir plus de poissons. Autres avantages: concentration de la chaleur, économie de bois de chauffe, bonne orientation de la fumée, bonne qualité du produit fumé, réduction de la force de travail. L'ensemble des fumeurs du débarcadère l'apprécient bien

Le glaçage se fait souvent à partir du débarcadère même. Les vendeuses déposent soigneusement le poisson dans des paniers en raphia, puis on le saupoudre de petits morceaux de glace Le tout est recouvert de caoutchouc imperméable. C'est la technique qui pose le plus de problèmes aux femmes, contraintes de livrer le poisson frais à des consommateurs souvent éloignés. Pour améliorer la technique, le projet a confectionné 4 caisses isothermes. Cela permet aux femmes de conserver le poisson plus longtemps et de le vendre en période de pénurie.

Le mareyage est l'activité des vendeuses de poisson, en frais ou fumé, véritables intermédiaires entre les pêcheurs, les transformateurs et les consommateurs. Les vendeuses de poisson frais, elles, desservent principalement les marchés environnants de la préfecture de Boké. Bien entendu, elles sont astreintes au glaçage préalable du produit. Pour toutes, la voie routière est la plus empruntée pour atteindre les centres de vente. Les mareyeuses louent pour cela les services des camionneurs transporteurs. La voie ferrée et la voie maritime ne sont utilisées que quelque fois, pour des expéditions sur de courtes distances

Mais ce n'est pas tout. Il arrive que les femmes de Kamsar se livrent à des activités secondaires: la cueillette de crevettes et de carpes, de même que la fabrication du sel de cuisine, notamment.

Actions indirectes

Les femmes de Kamsar jouent un grand rôle dans la production des moyens nécessaires à l'entreprise de pêche. Ce sont elles qui mettent tout le matériel nécessaire à la disposition des pécheurs armateurs, ce sont elles qui assurent les frais de carburant et de lubrifiant, les frais de

nourriture, les frais de réparation des moteurs et de remmaillage des filets Ces dépenses leur sont remboursées par les pécheurs en nature à leur retour: une sorte de participation au développement intégré de la pêche.

Les revenus et leur utilisation

Les bénéfices générés par les différentes activités sont plutôt faibles: pour un revenu moyen de 7 500 FG par jour, la femme de Kamsar doit dépenser 5.000 FG pour la consommation quotidienne de la famille, sans compter les autres charges du foyer conjugal. En général, ces ressources ne suffisent pas pour couvrir tous les besoins vitaux de la famille. Pour y remédier, la plupart des femmes se livrent à la pratique de la tontine, en déposant dans un groupe formel, des cautions hebdomadaires ou mensuelles à tour de rôle. Certaines arrivent à faire fructifier leur argent dans des secteurs autres que la pêche, le petit commerce par exemple. Mais il y a tout de même une minorité de femmes (entre 5 et 10%) qui disposent de capitaux assez importants pour satisfaire les besoins en infrastructures et en moyens de déplacement.

Relations des femmes avec les hommes dans le secteur de la pêche

Elles sont de deux ordres: professionnel et familial.

Les relations professionnelles s'illustrent par la collaboration qui existe entre les pêcheurs et les femmes, depuis la production jusqu'à la commercialisation du poisson, en passant par la transformation. Principal atout: les femmes maîtrisent mieux que les hommes la fixation des prix et les discussions avec la clientèle.

Les relations familiales: dans la communauté de Kamsar, la plupart des pêcheurs se marient avec les filles de leurs collègues, si bien que les femmes sont presque toutes d'une famille des pêcheurs

Hormis les tâches domestiques, les femmes gèrent les revenus de la famille. Ce sont elles qui gardent l'argent généré par la pêche et qui le redonnent petit à petit aux hommes au fur et à mesure que le besoin se fait sentir.

Contraintes, opportunités et centres d'intérêt

Les difficultés que rencontrent les femmes de Kamsar résultent principalement du manque de fonds, de l'insuffisance des moyens de production, du poids excessif des charges familiales, du manque de place pour installer leur matériel sur la nouvelle base et de l'irrégularité de la production 11 faut ajouter à cela l'archaïsme encore dominant des techniques de fumage et de conservation du poisson au frais, L’insuffisance de fumoirs améliorés et des caisses isothermes, de même que le taux d'analphabétisme élevé chez les femmes.

Pourtant les opportunités de développement sont énormes: Kamsar dispose du port d'attache le plus important de Guinée puisqu'il s'ouvre sur les sources de production que constituent les îles voisines du Sénégal, de la Gambie et de la Guinée Bissau.

Recommandations

Dans l'immédiat, on pourrait améliorer l'exploitation des immenses ressources halieutiques en construisant 34 fumoirs traditionnels supplémentaires pour décongestionner les fumeuses, en accordant un crédit et un équipement de production aux acteurs économiques, en agrandissant le nouveau port de pêche et en opérant l'adduction d'eau potable.

A plus long terme, il est nécessaire de mettre en place un projet d'assistance aux activités de fumage en vue de la construction de 54 fumoirs améliorés. Nécessaires aussi la construction d'une vingtaine de caisses isothermes, l'organisation des femmes en coopérative, la mise en place d'une stratégie de développement communautaire avec l'appui du service de promotion sociale et du développement rural, la mise en place d'un système de suivi des activités et des changements socio-économiques dans la communauté, la création d'un centre de rencontre pour favoriser la tenue des réunions au niveau des femmes, et la construction d'un magasin de stockage pour le poisson fumé.

Conclusion

Il ressort de cette étude que les femmes jouent un rôle très important dans le développement de la pêche artisanale à Kamsar. Pour la plupart, fumeuses, mareyeuses et armatrices, elles ont su s'imposer dans un secteur a priori réservé aux hommes. Il appariait alors nécessaire de mettre en place une stratégie de développement des activités pour renforcer l'implication des femmes dans la communauté des pécheurs de Kamsar.

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