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LES FEMMES COMME UTILISATRICES, CONSERVATRICES ET GESTIONNAIRES DE LA DIVERSITE AGROBIOLOGIQUE
A la veille du 21e siècle, les femmes rurales des pays en développement détiennent la clé de l'avenir des systèmes agricoles de la planète et de la sécurité alimentaire et de subsistance, grâce aux rôles qu'elles jouent dans la sélection des semences, la gestion du petit bétail et la conservation et l'utilisation durable de la diversité végétale et animale. Le rôle clé des femmes en tant que
productrices et pourvoyeuses d'aliments les associe
directement à la gestion des ressources
génétiques pour l'alimentation et
l'agriculture, et leur a donné des connaissances
précieuses sur les espèces locales, les
écosystèmes et leur utilisation, connaissances
acquises au cours de siècles d'expérience
pratique. Ces cultivateurs vivant d'une agriculture de subsistance ne peuvent se permettre l'achat de facteurs de production extérieurs tels qu'engrais, pesticides, produits vétérinaires, fourrage de qualité élevée et combustible pour la cuisson et le chauffage. Ils subsistent en maintenant une grande diversité d'espèces cultivées, de plantes sauvages, de souches et de races animales adaptées à l'environnement local afin de se prémunir contre les mauvaises récoltes, la maladie ou la mort des animaux, pour assurer un approvisionnement alimentaire continu et varié et pour se protéger contre la faim et la malnutrition. Dans de nombreuses régions, la majorité des petits exploitants sont des femmes. Politiques, accords et appui tenant compte de la spécificité de chaque sexeDes politiques et des accords juridiques internationaux reconnaissent l'importance du rôle que jouent les femmes, notamment dans les pays en développement, dans la gestion et l'utilisation des ressources biologiques. Malgré cette reconnaissance accrue au plan international, très peu a été accompli pour préciser la nature du lien qui relie la diversité agrobiologique aux activités, responsabilités et droits des hommes et des femmes. En fait, les principaux rôles et pratiques de gestion des femmes vis-à-vis de la conservation et de l'amélioration des ressources zoogénétiques et phytogénétiques, et leur profonde connaissance des plantes et des animaux, demeurent "invisibles" aux agronomes, forestiers et écologistes ainsi qu'aux planificateurs et aux décideurs. Le manque de reconnaissance, au niveau technique et institutionnel, fait que leurs intérêts et exigences ne reçoivent guère d'attention. En outre, la participation des femmes aux efforts structurés de conservation de la diversité biologique reste faible en raison de leur manque de représentation aux niveaux de l'élaboration des politiques et des prises de décision. La recherche et le développement moderne et l'amélioration génétique centralisée ont ignoré et miné les capacités d'innovation et de sélection des collectivités rurales locales en matière de variétés végétales. Dans ce domaine que les femmes ont traditionnellement maîtrisé, du fait des technologies et perceptions modernes, elles se sont vues forcées de céder aux hommes une grande partie de leur influence et de contrôle sur la production et de leur accès aux ressources. Ces derniers bénéficient des services de vulgarisation et ont les moyens d'acheter les semences, les engrais et le matériel technique nécessaire. De cette manière, les femmes perdent également leur propre statut et leur capacité d'autodétermination mais ne sont compensées en aucune façon. Les femmes comme utilisatrices et conservatrices de la diversité agrobiologique
Outre la production d'aliments de base dans les champs, les jardins familiaux fournissent souvent une vaste gamme de légumes et de condiments. Ces jardins familiaux sont également des parcelles expérimentales où les femmes mettent à l'essai et adaptent diverses plantes sauvages et espèces locales. Une recherche menée sur 60 jardins familiaux en Thaïlande a mis en évidence 230 différentes espèces dont un grand nombre avait été récupéré dans la forêt avoisinante avant son défrichage. Les stratégies de subsistance, les intérêts, les systèmes de tenure et les structures organisationnelles des différents groupes d'usagers (par sexe, âge, catégorie, groupe ethnique et activité), ainsi que l'inégalité des rapports de pouvoir vis-à-vis de l'accès aux ressources foncières, animales et végétales, de leur utilisation et de leur contrôle, influencent directement leur capacité et leur motivation à conserver la diversité agrobiologique. Savoir différencier les hommes et les femmesGrâce à leurs différentes activités et pratiques de gestion des ressources, les hommes et les femmes ont acquis des compétences et connaissances différentes concernant l'environnement local, les espèces animales et végétales, leurs produits et l'utilisation de ces derniers. Ces systèmes locaux de savoir différencié par sexe jouent un rôle déterminant dans la conservation in situ (dans l'habitat/écosystème naturel), la gestion et l'amélioration des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture, car la décision concernant ce qu'il faut conserver dépend du savoir et de la perception de ce qui est le plus utile au ménage et à la collectivité locale. Le savoir traditionnel est hautement sophistiqué et se transmet en général d'une génération à l'autre. Au travers de l'expérience, de l'innovation et de l'expérimentation, des pratiques durables sont mises au point pour protéger le sol, l'eau et la végétation naturelle, y compris la diversité biologique. La connaissance spécialisée qu'ont les femmes de la valeur et des divers usages des espèces et variétés domestiquées s'étend aux plantes sauvages qui servent d'aliments en période de pénurie (feuilles, fruits, baies, noix, semences, racines et tubercules comestibles) ou pour répondre à des besoins de santé ou de subsistance. Ce fait a des répercussions importantes pour la conservation des ressources phytogénétiques. Les femmes comme 'scientifiques' et décideurs dans l'amélioration génétique et la diversité biologiqueDans la petite agriculture, les agricultrices ont été largement responsables de la sélection, de l'amélioration et de l'adaptation des variétés végétales. L'amélioration génétique de certaines variétés est un processus complexe et multiforme qui dépend du choix de certaines caractéristiques que l'on souhaite reproduire (par exemple, la résistance aux ravageurs et aux maladies, l'adaptabilité aux sol et aux conditions agroclimatiques; l'apport nutritionnel, le goût, les propriétés culinaires; la transformation et le stockage).
Le fait que les plantes et les animaux sont souvent produits pour une multitude d'usages accroît encore la complexité du processus d'amélioration génétique car on recherche un grand nombre de traits. C'est ainsi que le sorgho peut être cultivé autant pour ses graines que pour ses tiges, les patates douces pour leurs feuilles aussi bien que pour leur racine, et les moutons peuvent être produits pour leur lait, leur laine et leur viande. En outre, pour créer un micro-environnement favorable et mieux exploiter l'espace et le temps, plusieurs espèces végétales qui se complètent réciproquement sont souvent plantées en intercalaire, et on pratique dans bien des cas l'agriculture mixte (agriculture, élevage et agroforesterie). Reconnaître ce processus sophistiqué de prise de décision incite les généticiens et les chercheurs à reconnaître que, lorsqu'une collectivité adopte des semences nouvelles et améliorées de cultures vivrières ou des races animales, c'est que les agriculteurs hommes et femmes les ont mises à l'essai et les ont adoptées. Les responsabilités et droits des femmes et le concept de droits des agriculteursDu fait de leurs activités journalières, de leurs expériences et de leur savoir, les femmes ont grand intérêt à protéger la diversité biologique. Cependant, aux niveaux national et local, les femmes rurales n'ont encore, aujourd'hui, que des droits limités aux ressources dont elles dépendent pour satisfaire leurs besoins. En général, leur droit d'accès aux ressources locales et leur contrôle sur ces dernières, de même que les politiques nationales qui les réglementent, ne vont pas de pair avec leurs responsabilités croissantes vis-à-vis de la production de vivres et de la gestion des ressources naturelles.
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