p

p

Combattre le SIDA: les enjeux pour la FAO

pp

Marcela Villarreal, Chargée de liaison de la FAO pour le VIH/SIDA (FAO/G.Diana)

Le SIDA a un impact catastrophique sur les communautés rurales, en particulier en Afrique subsaharienne. Il a anéanti les progrès durement acquis en matière de développement au cours des 40 dernières années et touche tous les aspects du bien-être rural, de la production agricole et des possibilités de développement durable.

"Le virus VIH/SIDA n'est plus un simple problème de santé", affirme Marcela Villarreal, chargée de liaison de la FAO pour le VIH/SIDA. "Il a un effet dévastateur sur la sécurité alimentaire et le développement rural. La main-d'oeuvre agricole disparaît à un rythme alarmant, et les mécanismes de transmission des connaissances et du savoir-faire sont ébranlés."

La FAO doit repenser la façon dont elle fournit nombre de ses services - comme la vulgarisation agricole - pour répondre aux nouveaux besoins des zones rurales touchées, ajoute Mme Villarreal. "Il nous faut entreprendre un réexamen des effets de l'épidémie sur la politique agricole et modifier nos opérations en conséquence."

Mme Villarreal fait remarquer que la lutte contre le virus VIH/SIDA doit être menée par le biais d'une approche intégrée et coordonnée: agriculture, médecine, culture, économie sociale, etc. "La migration et l'urbanisation, par exemple, ont une grande influence sur la propagation du virus, tout comme les coutumes d'héritage de la terre, dit-elle. Celles-ci peuvent être modifiées par la politique agricole".

La FAO et le SIDA
En 1999, la FAO et le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) ont signé un cadre de coopération qui engage les deux organismes à fournir une réponse articulée au VIH/SIDA portant sur les questions liées au développement agricole et à la sécurité alimentaire.

La détermination de la FAO à affronter la maladie a été également soulignée lors de la réunion du Comité sur la sécurité alimentaire mondiale, en septembre 2000, où la FAO a été invitée à "rendre compte de l'incidence du VIH/SIDA et à suivre son impact sur la sécurité alimentaire".

Les départements techniques de la FAO se sont employés à inscrire le VIH/SIDA dans leurs programmes existants. Leurs activités sont concentrées sur deux grands secteurs:

  • évaluer et comprendre l'impact du VIH/SIDA sur le développement agricole, la sécurité alimentaire, les moyens d'existence durables et la nutrition des ménages et communautés touchés;
  • aider les ruraux et les institutions locales, nationales et internationales à faire face à la pandémie.

"Les activités de la FAO sont motivées par les constatations de plus en plus nombreuses que le VIH/SIDA - en particulier en Afrique - intensifie les goulets d'étranglement concernant la main-d'oeuvre agricole et accroît l'insécurité alimentaire et la malnutrition des ménages," déclare Mme Villarreal. En outre, le virus comporte un surcroît de travail pour les femmes rurales, car ce sont elles qui s'occupent traditionnellement des soins aux malades".

Le SIDA exacerbe également les différences en fonction du sexe concernant l'accès aux ressources productives, comme la terre. "Par exemple, les veuves perdent souvent l'accès à la terre qu'elles avaient acquis en se mariant, perdant du même coup leurs moyens de subsistance", ajoute-t-elle.

Etudes et analyse de terrain
La FAO est en train d'évaluer la situation dans les zones rurales. Une étude de terrain examine les conséquences du VIH/SIDA pour la sécurité alimentaire à long terme - par exemple, l'impact du bétail abattu pour les funérailles ou vendu pour acheter des médicaments. Une autre étude se penche sur les conséquences du SIDA sur les rendements agricoles si des tâches importantes comme les semis ou le désherbage ne sont plus pratiquées ou sont reportées, car les gens doivent s'occuper des malades, porter le deuil, aller aux enterrements.

Une troisième étude traite de l'impact du VIH/SIDA sur l'organisation de la vulgarisation agricole et des opérations de terrain dans certains pays d'Afrique subsaharienne. La FAO entend également faire prendre davantage conscience de l'importance d'une bonne nutrition pour les personnes porteuses du virus et aider les ménages à améliorer leur niveau nutritionnel.

L'épidémie de SIDA tend à suivre une courbe exponentielle. "Au-delà d'un certain seuil de prévalence (environ 5 pour cent), il devient très difficile et très coûteux d'affronter ses conséquences avec la croissance exponentielle, explique Mme Villarreal. Il est par conséquent primordial de préparer des interventions avant le développement d'une véritable épidémie dans un pays".

Selon les projections actuelles de la FAO, les pays les plus durement touchés pourraient perdre jusqu'à 26 pour cent de leur population active agricole dans les vingt prochaines années. Il faut tirer des leçons des pays où l'épidémie est déjà avancée, de sorte que les autres puissent agir en temps utile pour conjurer le danger.

La prévention est complexe et ne se limite pas à l'utilisation des préservatifs, dit-elle. "Je parle de l'instruction, des politiques agricoles qui prennent en compte l'impact possible sur la propagation de l'épidémie, en affrontant les bases économiques des coutumes culturelles, telles que le partage des épouses et l'inégalité entre les sexes liée à la diffusion du virus."

La lutte contre le SIDA est une entreprise de longue haleine. "De récentes études montrent que lorsqu'un pays pense avoir maîtrisé l'épidémie - comme la Thaïlande et l'Ouganda - il relâche son attention et commence à réduire les ressources aux programmes d'information et de prévention, soutient Mme Villarreal. C'est alors qu'on assiste à une recrudescence rapide de l'épidémie. Le SIDA n'est pas un problème qu'on surmonte simplement. C'est un problème qui requiert une stratégie intégrée à long terme, s'addressant à tous les secteurs de la société, et une forte détermination politique".

p

p

L'avenir
En ce qui concerne l'avenir, la FAO s'efforce d'obtenir des ressources supplémentaires pour atténuer l'impact du SIDA sur la sécurité alimentaire et le développement rural. Mme Villarreal souligne que la FAO doit s'employer à documenter l'effet de la maladie sur les populations rurales et à mettre en oeuvre des initiatives de prévention liées à l'agriculture.

Mme Villarreal estime que les organismes des Nations Unies devraient entreprendre une évaluation coordonnée de l'impact des politiques sectorielles sur la pandémie. "La FAO devrait s'occuper des questions liées à l'agriculture, et les autres institutions de leurs domaines propres, dit-elle. Nous pouvons ainsi aborder la lutte contre la maladie sous des angles différents".

 

Le SIDA en Afrique: la politique agricole peut-elle apporter une aide? et en version pdf (français en fin de document)
Etude VIH/SIDA en Namibie: impact sur le cheptel (en anglais)
Etudes/activités de la FAO sur l'impact socio-économique du VIH/SIDA sur l'agriculture et le développement rural (en anglais)
Pour de plus amples renseignements s'adresser a: Marcela Villarreal (marcela.villarreal@fao.org), chargée de liaison de la FAO pour le VIH/SIDA
Archives des dossiers de fond de la FAO