Le Népal est situé au sommet de la chaîne de montagnes la plus élevée du monde, l'Himalaya. Ce pays jouit d'une grande diversité au niveau de la population, du climat et des ressources naturelles. Cependant, sa topographie montagneuse influe négativement sur l'existence et l'accessibilité de routes praticables et de marchés. La population rurale est par conséquent relativement isolée et les actions pour le développement ont été limitées. La productivité agricole est faible; les terres arables, de plus en plus fragmentées, sont de moins en moins fertiles. La pauvreté endémique en milieu rural et l'insécurité alimentaire constituent des problèmes cruciaux. Les groupes de population vivant dans les zones rurales isolées sont les plus touchés et la vulgarisation y est très limitée.
La surpopulation de ce petit royaume montagneux (actuellement, la population du Népal est estimée à environ 19 millions d'habitants2) est un autre obstacle important. Les conséquences du taux de croissance élevé de la population sont visibles dans les zones rurales; en effet, les forêts ont été rapidement converties pour l'agriculture. De plus, de nombreuses réserves forestières avoisinantes, de forêts privées et de terres communautaires ont été détruites par les générations antérieures. Les écosystèmes uniques du Népal englobent de nombreuses espèces de flore et de faune en voie de disparition, ainsi que des ressources naturelles appréciables, toutes fragiles et susceptibles de dégradation et de disparition rapides.
Le Gouvernement du Népal a tenté de faire face aux problèmes de la population rurale. Au cours des 40 dernières années, une part importante du budget national a été consacrée aux services de recherche et de vulgarisation pour accroître la production et la productivité agricoles. Mais les rendements sont toujours en baisse, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté est en augmentation et le PIB par habitant stagne ou régresse depuis des dizaines d'années.
Le secteur agricole, qui représente 55% du PIB, occupe plus de 80% de la population active, alors que le secteur industriel n'emploie que 5% de cette même population. Les denrées alimentaires, auparavant exportées, sont maintenant importées à cause de la croissance démographique. Les recettes en devises sont faibles et proviennent essentiellement de l'aide et des prêts étrangers, de l'exportation de certains produits agricoles et artisanaux (tapis, vêtements) ainsi que du tourisme. Au cours des vingt dernières années, le taux de croissance moyen du PIB a été d'environ 4 % par an. Cependant, comme la population a augmenté de 2,6% au moins au cours de cette période, la croissance réelle du PIB n'a été que de 1,4% par an 3.
Avec un PIB par habitant d'environ 190 dollars E-U, le Népal est un des pays les plus pauvres au monde. Les données disponibles laissent penser que 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, à un niveau inférieur à celui défini par la communauté internationale comme étant le seuil de pauvreté absolue: 150 dollars E-U par personne et par an 4.
Depuis 1991 un programme intensif de libéralisation économique a été mis en place sous l'impulsion du FMI, de la Banque Mondiale et de la Banque asiatique de développement. Des réductions des tarifs douaniers ont été accordées, la mise en adjudication des licences d'importation a été abolie, les incitations à l'exportation ont été multipliées, le double système de change a été unifié, les investissements étrangers ont été libérés. De plus, le Gouvernement a entrepris un programme de réformes du système fiscal pour obtenir des revenus supplémentaires et pour rendre ce système plus efficace et plus équitable. Ce programme a eu un impact positif sur le commerce, la balance des paiements est devenue moins déficitaire et l'inflation a été réduite. Mais, jusqu'à présent, aucun effet notable sur la croissance du PIB n'a pu être observé.
On trouvera en annexe 1, une carte du pays et, en annexe 2, un tableau des principales caractéristiques du secteur agricole.
Même si la vie en milieu rural au Népal est rude tout autant pour les hommes que pour les femmes, force est de constater que les femmes rurales travaillent davantage. Elles ont des journées de travail beaucoup plus longues et beaucoup plus chargées que celles des hommes, étant donné la multiplicité de leurs tâches dans le domaine de la production et de la reproduction. Les femmes jouent un rôle significatif, voire prédominant dans la production agricole. Les données recueillies lors des exercices de diagnostic rural participatif permettent de dire que les femmes travaillent plus que les hommes dans les régions montagneuses de haute altitude et qu'elles fournissent le même travail, sinon davantage que les hommes, en basse montagne. Les femmes ont un volume de travail légèrement inférieur dans le Terai (plaine). Quelle que soit la zone agro-écologique, les hommes assurent généralement les tâches qui requièrent une certaine force physique comme le labour, (bien qu'au Népal, il soit fréquent de rencontrer des femmes portant des charges très lourdes de bois, d'eau ou de fourrage). En revanche, les femmes accomplissent principalement les tâches fastidieuses et celles qui demandent du temps comme le désherbage, le battage ou encore la mouture. Dans les exploitations agricoles situées sur les plateaux, les femmes ont un rôle particulièrement décisif dans la prise de décision.
Bien que la contribution des femmes au travail agricole soit souvent plus importante que celle des hommes, elles ont rarement accès aux services de vulgarisation, au crédit ou aux intrants agricoles. Les agents de vulgarisation s'adressent essentiellement aux agriculteurs (hommes). Par conséquent, la production vivrière assurée par les femmes est en général insuffisante et la productivité reste faible.
L'annexe 4 présente, sous forme de tableaux, des informations relatives aux hommes et aux femmes.
En raison de l'importance de l'agriculture pour le développement du Népal, ce secteur a été prioritaire dans presque tous les plans de développement mis en oeuvre depuis 1956. Le huitième plan (1992-1997), premier plan depuis la restauration de la démocratie en 1990, a mis l'accent, pour le secteur agricole, sur la diversification et la commercialisation afin d'augmenter le revenu des agriculteurs et d'accroître les opportunités d'emploi. Les objectifs spécifiques au secteur agricole sont orientés vers l'accroissement de la production et de la productivité agricoles pour pouvoir répondre aux besoins alimentaires croissants et fournir les matières premières aux industries agro-alimentaires; vers le développement des possibilités d'emploi offertes aux agriculteurs défavorisés; vers le maintien d'un équilibre entre développement agricole et protection de l'environnement. Ces orientations sectorielles s'inscrivent dans celles du plan au niveau national qui sont a) la croissance économique durable; b) la réduction de la pauvreté; c) la diminution des disparités régionales.
Le Gouvernement du Népal vient juste de terminer la préparation d'un programme sur les perspectives agricoles à long terme (APP) pour les vingt prochaines années. La banque asiatique de développement asiatique (Manille) et d'autres institutions donatrices multilatérales et bilatérales comme la Banque Mondiale et la FAO y donnent leur appui. Ce programme vise l'augmentation du taux de croissance agricole et non agricole par habitant de 0,2 à 0,3% par an, en investissant dans les secteurs de l'irrigation, des routes et de l'énergie, des engrais et de la technologie pour quatre domaines prioritaires: l'élevage, les cultures à haut rendement, les agro-industries et la sylviculture. Dès l'approbation du APP, un groupe de travail a été constitué pour développer une stratégie de mise en oeuvre.
Jusqu'à la restauration de la démocratie en 1990, le rôle décisif des femmes dans le secteur agricole du Népal, ainsi que leur contribution, ont été laissés de côté par les planificateurs et les décideurs. Le huitième Plan a marqué, pour la première fois, la volonté du Gouvernement de reconnaître les besoins spécifiques des agricultrices. Il y est déclaré: "Le Gouvernement s'est engagé à assurer de manière visible l'égalité de la participation de la femme dans le développement agricole". Pour ce faire, un des points a été la création d'une division "Agricultrices et développement" (Women Farmers Development Division - WFDD) au sein du Ministère de l'Agriculture. Le mandat de cette division est d'inscrire les questions de genre dans les politiques et les programmes agricoles et de renforcer la participation des agricultrices aux activités et projets du Ministère de l'Agriculture. Cette division a joué un rôle important car elle a garanti que le APP reconnaisse les besoins des agricultrices. C'est ainsi que dans le APP, il est recommandé de:
· améliorer l'accès des femmes aux intrants et au crédit;
· mettre en oeuvre, pour les femmes, des activités génératrices de revenus et de commercialisation;
· assurer aux femmes (et aux hommes) l'accès aux opportunités du développement.
Afin de réaliser ces objectifs, les actions suivantes ont été proposées:
· recruter plus de femmes;
· modifier les comportements et les préjugés du personnel en ce qui concerne les relations entre hommes et femmes;
· revoir les procédures et les programmes en vigueur afin de favoriser la participation de la femme dans le développement agricole;
· encourager la formation de groupements féminins;
· veiller à ce que les femmes aient accès aux intrants, y compris les engrais, l'irrigation et le crédit;
· mettre en oeuvre des programmes de vulgarisation et de formation pour les agricultrices, adaptés à leurs besoins et à leurs situations;
· conduire des travaux de recherche pour comprendre et résoudre les problèmes du secteur agricole auxquels les femmes sont confrontées;
· développer des technologies visant à réduire les tâches fastidieuses qui sont assumées par les femmes.
Cet engagement politique devrait également être réitéré pour le neuvième plan à venir et qui incorporera de nombreuses stratégies élaborées dans le cadre de l'APP.