Production laitière -
Le bon exemple de Harouna Dicko à Djibo

Alpha M. Barry

Le Burkina Faso est un pays pastoral par excellence. Mais l'élevage burkinabè n'est pas accompagné par une production conséquente de lait. L'espoir n'est cependant pas perdu; de plus en plus des éleveurs mettent en avant la production laitière autant que la production animale. Harouna Oumarou Dicko, éleveur à Djibo, fait figure de pionnier dans la production laitière. Nous lui avons rendu visite dans son unité d'exploitation.

Harouna Oumarou Dicko appartient à une catégorie d'éleveurs assez rares au Burkina Faso. La particularité de cet éleveur de Djibo réside dans le défi qu'il s'est lancé: vivre essentiellement de la production laitière de ses vaches. La tendance générale au Sahel, c'est que les revenus sont plutôt basés sur la vente des têtes de bétail.

Depuis trois ans, M. Dicko a pris un chemin différent de celui de la majorité des éleveurs burkinabè. Il a mis en place une exploitation qui tient seulement sur une parcelle de la commune de Djibo. A l'intérieur, il n'a en tout qu'en effectif de six têtes de bétail dont cinq vaches et un taureau. A vue d'il, les animaux de Harouna O. Dicko ne sentent pas la saison sèche qu'il fait en ce moment.

Le poids de chaque animal fait presque le double de celui des animaux qui errent chaque jour à la recherche des rares fourrages. Le secret de l'éleveur Dicko, c'est la stabulation de ces animaux.

Les cinq vaches et le taureau sont constamment à l'ombre d'une étable à côté duquel une maison abrite des tonnes de foin. Le besoin de parcourir des kilomètres pour se remplir la panse ne se pose à aucun des six bufs de l'exploitation de M. Dicko. Chacun reçoit sur place et par jour 8 kilogrammes de foin et de fourrages largement suffisants pour sa ration.

Ce foin et ces fourrages sont obtenus à partir de la culture de fourrages d'une part et d'autre part du fauchage de l'herbe en période d'abondance, c'est-à-dire en fin de saison de pluie.

Durant les cinq mois les plus secs de l'année, les bufs de Dicko affichent une forme que leur envieraient des animaux d'embouche. Mais le bénéfice le plus important d'une telle exploitation, c'est la production laitière sur laquelle Harouna Dicko a basé son activité.

Dans le mois de mars, quand nous avons visité l'unité de Dicko, seulement deux vaches sur les cinq étaient traites, les autres n'étant pas dans une situation favorable.

Les deux vaches traites donnent au total 10 litres de lait par jour, soit cinq litres produits le matin et cinq autres le soir.

Sur les 10 litres de lait obtenus par jour, 6 sont destinés à la vente et les quatre autres servent généralement à la consommation familiale et parfois à la transformation en divers sous-produits (beurre, savon) qui eux-mêmes empruntent à leur tour le circuit du marché.

Le litre de lait coûtant en moyenne 225 FCFA à Dijbo, les recettes brutes de M. Dicko provenant uniquement de la vente de lait (sans compter les sous-produits) s'évaluent à 40 500 FCFA.

Les dépenses pour nourrir les bufs particulièrement en eau et en sel reviennent en moyenne à 35 000 FCFA, selon les propres calculs de l'éleveur.

Apparemment, ce n'est pas une affaire juteuse que mène Harouna Dicko. Mais pour lui, il faut aller au-delà de ces chiffres bruts. Car si on compte d'abord le fait que sa famille se nourrit du lait de son exploitation, ensuite des recettes des sous-produits, sans oublier qu'il y a des périodes où la production augmente lorsque toutes les vaches sont traites à la fois, l'activité de M. Dicko peut se révéler une bonne affaire.

"Si tout le monde se jette dans cette activité, notre pays n'aura plus besoin d'ici deux ans d'importer du lait", relève avec clairvoyance l'éleveur Dicko. Aux paysans de l'est du pays qui lui ont rendu visite le 4 mars dernier, Harouna Oumarou Dicko a conseillé d'essayer de l'imiter.

Seulement, tout n'est pas rose dans l'unité de production de l'éleveur de Djibo. L'eau constitue encore une dure bataille pour lui. Son exploitation est pour l'instant dépourvue de forage. L'eau de consommation pour le bétail est donc achetée et transportée dans une barrique. La personne chargée du transport de l'eau est le seul employé rémunéré de l'exploitation sur les trois que compte celle-ci.

Le souhait le plus ardent de Harouna Oumarou Dicko, c'est de disposer d'un forage au sein de son exploitation.

Grand producteur de viande, le Burkina est parmi les plus grands exportateurs de viande et de bétail dans la sous-région. Mais le grand paradoxe, c'est la forte dépendance du pays en lait et produits laitiers. La production laitière nationale demeure relativement insignifiante par rapport à l'importance des effectifs des animaux. Les quantités de lait produites au Burkina - soit environ 95 000 tonnes de lait (chiffre de 1992) - suffisent à peine pour l'auto-consommation. La conséquence d'une telle insuffisance, c'est que le Burkina dépense plus de quatre milliards de francs CFA par an dans l'importation de produits laitiers. "Les principales causes de cette contre-performance en matière de production laitière résident, selon le gouvernement, dans le mode d'élevage qui reste essentiellement traditionnel, extensif et transhumant." Il faut nécessairement inverser le mode d'exploitation dans les unités de production animale. L'espoir d'inverser la tendance est de plus en plus permis avec l'émergence de quelques producteurs comme Harouna Oumarou Dicko à Djibo.