Entretien avec Madame Randriamamonjy, Chef, Division de la femme, Service des femmes dans le développement.Le Service des femmes dans le développement dépend de la Division de la femme et de la population, elle-même rattachée au Département du développement durable. Ce département est chargé de la définition et de la recherche des conditions de la durabilité: recherche et technologie, vulgarisation et formation, surveillance et gestion des ressources naturelles, réforme agraire, intégration des femmes dans le développement et participation populaire. Le Service de la femme coordonne la mise en oeuvre du Plan d'Action de la FAO pour l'intégration des femmes dans le développement. Marie Randriamamonjy répond à quelques questions sur le Plan d'Action et sur le rôle de la femme.
En fait, c'est un plan d'action qui est en soi une restructuration, une réorganisation? C'est une réorganisation fondamentale des programmes des divisions respectives pour intégrer le genre. C'est une véritable révolution dans le sens que le premier plan a été pratiquement élaboré par notre service. On avait simplement demandé l'avis des uns et des autres, tandis que là, ce sont les divisions elles-mêmes qui ont fait les propositions et nous en avons fait la synthèse après avoir donné le cadre général de notre stratégie. De plus, les divisions assument l'entière responsabilité de leur mise en oeuvre avec notre assistance technique, si nécessaire. Y-a-t-il homogénéité d'une division à l'autre? Il y a des points communs puisque toutes les divisions poursuivent un but commun, c'est-à-dire permettre l'accès de tous, hommes et femmes, au développement. Les femmes ont été consultées de manière participative. Nous avons travaillé avec elles pendant un an, toute l'année 95, pendant laquelle nous avons tenu des séminaires instaurant un processus de dialogue et de concertation, à l'issue duquel il y eut restitution des documents définitifs dont nous avons fait la synthèse. Le suivi est assuré par un mécanisme interne: le Comité interdépartemental sur le rôle des femmes dans le développement (COWID). Ce comité est formé par les représentants de tous les départements. Il conseille le Directeur général sur les politiques et les stratégies pour l'intégration des femmes et du genre dans l'Organisation. Dans chaque division, ou service, il y a soit des groupes spéciaux soit des points focaux "Femmes et Développement". Dans le cadre du comité on discute, par exemple, de la situation des femmes au sein de l'Organisation: comment réaliser l'objectif de 35 % fixé par les Nations Unies, qui aurait déjà dû être atteint en 1995, alors que la FAO n'en est encore actuellement qu'à 18 %? Le comité, qui s'est réuni quatre fois l'année dernière, fonctionne bien mais il est encore trop tôt pour faire un bilan. Il y a un bon niveau de représentation et de participation, ainsi qu'un engagement réel pour des actions concrètes. Est-ce que la femme joue un rôle fondamental dans le ménage? Sur le plan sociologique c'est la mère qui est l'élément central de la famille. Cela se voit de plus en plus actuellement: lorsque le tissu social se désagrège, c'est la mère qui reste physiquement et psychologiquement au centre de la structure familiale, le père étant obligé, pour diverses raisons, d'émigrer ou bien de laisser la responsabilité à la mère. Sur le plan culturel, il est évident que c'est elle aussi qui transmet toutes les valeurs aux futures générations et cela fait partie de ses rôles reproductifs. Dans ce rôle de dépositaire, c'est elle qui assure la reproduction physique des générations, pas seulement en donnant la vie mais aussi en l'entretenant. Il a été prouvé partout que, si on améliore les revenus économiques des femmes, il y a de fortes chances que cela entraîne une amélioration du niveau de vie et du niveau nutritionnel de la famille. Par contre, si on élève le statut économique des hommes, il y a de forts risques pour que les revenus additionnels soient utilisés pour des besoins ostentatoires ou à l'extérieur du noyau familial. Les femmes ont-elles vraiment la jouissance de leurs propres revenus? C'est un problème très sérieux parce que les femmes contribuent aux activités économiques mais ne reçoivent pas toujours les revenus qu'elles méritent, proportionnellement à leurs efforts. C'est là que nous intervenons en demandant que les femmes soient rémunérées à leur juste valeur. Il s'agit d'un travail d'éducation. Cela passe aussi par toute une réorganisation du système législatif, par exemple. Cela peut se faire aussi par le choix des spéculations parce que, lorsque l'on aménage des terres, en particulier dans l'irrigation, les agences de développement ont tendance à donner les titres de propriété aux hommes. Donc, les femmes sont exclues automatiquement et n'ont droit ni au crédit, ni à la technologie, ni à tout autre type d'assistance, comme la formation. Là, il faudrait changer la mentalité des gens qui s'occupent de développement pour que le titre de propriété soit accordé également aux femmes. Est-ce que l'on rencontre une certaine volonté de coopération de la part des gouvernements? C'est très variable selon les pays. La Tunisie représente un bon exemple. Dans la région d'Afrique du Nord, ce pays a la meilleure législation en faveur des femmes et, relativement, le meilleur système statistique qui prenne en compte leur participation. Il y a eu des améliorations notoires dans l'application des lois mais la situation est loin d'être parfaite. Jusqu'à présent la femme jouit, théoriquement, des mêmes droits que l'homme; mais dans la pratique, la situation est souvent différente. Les législateurs tunisiens, sous la pression des mouvements féminins forts et influents dans le pays, et grâce à la volonté des dirigeants, ont pu améliorer l'appareil législatif sur le plan global. La Conférence de Beijing a beaucoup insisté, une fois de plus, sur l'importance de l'alphabétisation légale des femmes, pour qu'elles puissent prendre connaissance de leurs droits et en bénéficier. Y a-t-il d'autres problèmes importants auxquels sont confrontées les femmes dans le développement? Oui, il y a de nombreux problèmes mais les deux plus graves restent l'accès à la terre et celui à la formation et à la vulgarisation. L'accès à la terre constitue vraiment une barrière énorme parce que sans la terre comme capital pour la production, il est très difficile de faire la vulgarisation des technologies agricoles. Une femme qui n'a pas de terre n'a aucun intérêt à améliorer la propriété d'autrui. Elle n'apportera donc pas les intrants nécessaires pour améliorer sa production. De plus, lorsqu'elle doit demander un crédit à la banque on lui demande quelle garantie elle peut offrir. En général on exige la terre comme caution. Dans certains cas on est arrivé à régler ce problème, avec la caution solidaire des groupements mais beaucoup reste à faire. Encore une fois, cela dépend des pays. Il y a, en plus des problèmes d'accès, celui de la disponibilité des terres. Certains pays ont beaucoup plus de terres que d'autres: au Bangladesh, vous avez des mouchoirs de poche mais dans certains pays d'Afrique vous avez encore beaucoup d'espace pour la culture et les aménagements pour l'irrigation ou les travaux en terrasse. En ce qui concerne l'accès à la formation et à la vulgarisation, la FAO a réalisé une étude mondiale en 1989. Il en ressort que seulement 5 % des ressources de la vulgarisation atteignent les femmes alors que dans certains cas, notamment dans la production vivrière, les femmes africaines accomplissent 80 % des tâches. En Asie, les femmes contribuent pour 40 à 50 % dans la culture du riz; en Amérique latine c'est entre 30 et 40 % des travaux agricoles. C'est donc un problème énorme. Pourquoi la vulgarisation n'est-elle pas capable de toucher effectivement les femmes? Il y a plusieurs raisons à cela. Par exemple, dans beaucoup de régions, les femmes ne sont pas accessibles aux vulgarisateurs masculins. Il faut donc former des vulgarisatrices. Or, le chiffre actuel en Afrique est de 17% de femmes pour l'ensemble des agents de vulgarisation. Ceci est dû, en particulier, à des questions culturelles, religieuses. Il y a aussi d'autres raisons: le manque d'étude approfondie de la situation au niveau du terrain. Par exemple, les vulgarisateurs arrivent à des heures où les femmes sont à 15 kilomètres du lieu de réunion en train d'aller chercher de l'eau, ou bien elles sont dans leurs champs personnels et ne peuvent pas se rendre aux démonstrations ou assister aux cours de formation. Ou encore, les vulgarisateurs organisent des cours à plusieurs kilomètres de chez elles, alors qu'il y a le mari, les enfants, etc. Dont il faut prendre soin, et elles ne peuvent donc se libérer. C'est tout le système qui doit être amélioré. Il faut véritablement promouvoir un mouvement d'envergure pour arriver à une évolution importante qui permettrait une redistribution des ressources de la vulgarisation entre hommes et femmes. 12 mars 1997 |
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