Entrevue avec M. Moritaka Hayashi


Le Sous-Directeur général responsable du Département des pêches de la FAO évoque les difficultés auxquelles les pêcheries mondiales sont confrontées, à l’occasion de la 22ème session du Comité des pêches (COFI, 17-20 mars 1997), une réunion bisannuelle auquelle participent les responsables des pêcheries dans le monde.

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Pouvez-vous faire le point sur l’évolution des pêcheries mondiales depuis la dernière réunion du COFI, en 1995?

Plusieurs faits nouveaux importants sont survenus, notamment l’adoption du Consensus de Rome sur les pêcheries mondiales, l’Accord des Nations Unies sur les stocks de poissons chevauchants et les stocks de poissons grands migrateurs, le Code de conduite pour une pêche responsable et la Déclaration et le Plan d’action de Kyoto pour une contribution durable des pêches à la sécurité alimentaire. En outre, en novembre de l’an dernier, 82 chefs d’Etat et de gouvernement et plus de 100 autres chefs de délégations et observateurs se sont réunis à Rome à l’occasion du Sommet mondial de l’alimentation pour s’attaquer au problème de la faim. Ils ont adopté la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire et le Plan d’action du Sommet mondial de l’alimentation. De toute évidence, les pêches sont appelées à jouer un rôle prépondérant pour atteindre l’objectif fixé par le Sommet, qui est de réduire l’incidence de la faim de moitié d’ici 2015.

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Quelles sont les tendances actuelles dans les pêcheries mondiales?


Lors de notre réunion, nous allons publier un rapport exhaustif sur cette question, La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture 1996. Des changements profonds se sont produits dans ce secteur. Les cinq dernières années ont vu une expansion rapide de l’aquaculture, tandis que la production des pêches de capture se stabilisait, entre 85 et 90 millions de tonnes. On ne prévoit, pour l’avenir proche, que de légères augmentations de la contribution des pêches de capture aux approvisionnements.

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Les pauvres bénéficieront-ils de l’augmentation des prises mondiales?


La hausse des prises mondiales ne signifie pas forcément que tous les consommateurs seront satisfaits. Il est en effet concevable, quoique loin d’être inévitable, que les populations pauvres et chroniquement sous-alimentées voient leur situation s’aggraver à court terme, les hausses de prix et les problèmes de distribution risquant de rendre les produits de la mer ou d’autres aliments riches en protéines inabordables pour elles.

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Quels sont les grands dossiers qui seront abordés au COFI?

A l’heure actuelle, la communauté internationale s’inquiète de certains aspects du secteur des pêches et de l’aquaculture qui pourraient représenter une menace à sa capacité à long terme d’être une source de nourriture et d’emplois. Je veux parler notamment de la surpêche, des prises accessoires et des rejets, ainsi que de la dégradation et des modifications de l’écosystème aquatique, des questions qui seront sans aucun doute abordées au cours des délibérations du COFI.

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Comment la communauté mondiale peut-elle régler les problèmes des pêches, notamment la surexploitation?

La coopération internationale dans le cadre de forums comme le COFI est certes importante, tout comme la volonté politique de tous les gouvernements concernés d’aménager de façon rationnelle leurs pêcheries et d’appliquer les mesures convenues. Je pourrais ajouter que nous ne devrions pas laisser aux seules forces du marché le soin de régler ces problèmes. S’agissant, par exemple, de la surexploitation, l’histoire a prouvé que cela ouvre la voie à la surcapitalisation des pêcheries industrielles, à des pressions excessives dans le cas des pêches artisanales et à une course effreinée pour tenter constamment d’accroître les captures. Résultat: nous avons été témoins de l’effondrement de certaines pêcheries et de certains stocks halieutiques.

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Le Code de conduite pour une pêche responsable a été préparé à l’instigation du COFI et sous son égide. Est-il aujourd’hui largement mis en oeuvre?


Le Code a fait l’objet d’une large diffusion et la FAO a même reçu des demandes pour qu’il soit traduit dans d’autres langues (comme l’allemand, l’italien, le tamil et le tigrina). Certains pays ont déjà mis en place des programmes officiels destinés à remanier leur politique et leurs pratiques de gestion des pêches, conformément aux dispositions du Code. C’est semble-t-il le cas des Etats-Unis et du Canada. En outre, le Maroc a signé avec la FAO un accord pour un projet de fonds de dépôt unilatéral dans ce but précis. La FAO a publié la série de "Directives techniques pour une pêche responsable" pour favoriser la mise en oeuvre du Code. Un grand nombre d’autres mesures sont prises pour assurer un complément technique au Code et aider les gouvernements à le mettre en pratique. Toutes les parties prenantes devront toutefois engager des efforts considérables pour mettre en pratique tous les aspects de ce document exhaustif.

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Quel est le rôle et l’avenir des organes régionaux de la FAO s’occupant des pêches?


Le rôle des dix organes régionaux de la FAO pour le secteur des pêches est de promouvoir la pêche responsable grâce aux améliorations apportées par leurs membres à la conservation et à l’aménagement des ressources. Le problème le plus grave est que ces organes n’ont pas été assez solides pour aménager le secteur des pêches. La politique de la FAO est d’en faire des instances autonomes et autofinancées, de manière à ce que leurs membres assument davantage la responsabilité de leurs activités. Il est impératif de procéder à une réorganisation et au renforcement de ces instances et mécanismes régionaux.

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17 mars 1997


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