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Les nations se réunissent pour discuter de l'utilisation et de la conservation des ressources génétiques pour les agriculteurs de demain
Les représentants de plus de 125 pays se réunissent au Siège de la FAO, à Rome, du 15 au 23 mai, pour la septième session bisannuelle de la Commission des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture. Les pays se sont rassemblés pour poursuivre les négociations entamées en 1995 afin d'adopter un nouvel accord international qui régira l'accès aux ressources phytogénétiques qui sont la base de l'agriculture moderne, tout en garantissant un partage juste et équitable des avantages qui en découlent. La diversité des espèces, des variétés et des races constitue le fondement du développement de productions animales et végétales à rendement élevé. Elle permet également aux plantes et aux animaux de prospérer malgré des conditions climatiques difficiles et la présence de nuisibles ou de maladies. La Commission constitue un forum où les pays peuvent discuter des questions liées à la conservation et à l'utilisation durable de cette diversité génétique ainsi que des questions scientifiques, éthiques et juridiques fondamentales liées aux progrès de la biotechnologie pour la production végétale et animale. L'interdépendance croissante entre les pays dans le domaine des ressources phyto- et zoogénétiques impose un débat international ouvert. On estime que, pour les principales cultures, chaque pays dépend à plus de 90 pour cent d'espèces et de variétés originaires d'autres pays. Les mesures destinées à reconnaître et à récompenser les droits des agriculteurs sur les ressources phytogénétiques qu'ils utilisent et mettent au point reflètent cette interdépendance. Les droits des agriculteurs visent à:
La perte de diversité génétique menace l'avenir de la production alimentaire
La conservation des ressources génétiques végétales et animales est essentielle pour la capacité de l'humanité à s'adapter à des changements environnementaux imprévisibles ainsi qu'aux nouveaux ravageurs et maladies. En 1970, une nouvelle souche d'une maladie végétale - la brûlure de la feuille du maïs - a frappé les Etats-Unis. Cette maladie ne touchait qu'un type génétique de maïs, mais 80% des variétés commerciales cultivées à l'époque dans le pays souffraient de cette même vulnérabilité génétique. Les rendements ont baissé de 50% et l'on estime à environ un milliard de dollars les pertes à l'échelle nationale. L'on s'est mis de toute urgence à la recherche de matériel génétique résistant à cette nouvelle souche de maladie, pour le trouver finalement dans le matériel génétique traditionnel des agriculteurs. Toute perte dans le patrimoine des ressources génétiques diminue nos chances de pouvoir faire face à des difficultés semblables à l'avenir. Les ressources génétiques végétales et animales dont disposent agriculteurs et biotechniciens ont été fortement diminuées au cours de ce siècle par les progrès de systèmes intensifs d'exploitation à fort coefficient d'intrants, qui tendent à tabler sur la mise au point d'un petit nombre de races ou de souches productives, ce qui entraîne la disparition de nombreuses ressources génétiques pourtant bien adaptées. Le savoir indigène et la diversité culturelle sont également les victimes de cette érosion des ressources génétiques agricoles. José Esquinas-Alcazar, Secrétaire de la Commission, a souligné la rapidité avec laquelle les fondations de la production alimentaire sont aujourd'hui érodées: "Pendant des milliers d'années, les agriculteurs et les agricultrices ont mis au point un nombre incalculable de variétés locales - des 'races indigènes' - adaptées aux conditions et aux besoins locaux. La base génétique de l'agriculture que nous avons héritée de nos ancêtres est aujourd'hui gravement menacée: moins de 100 plantes cultivées et cinq espèces animales assurent aujourd'hui plus de 75 pour cent de l'alimentation des humains. A elles seules, quatre espèces végétales - le riz, le maïs, le blé et la pomme de terre - et trois espèces animales - les bovins, les porcins et les volailles - en assurent plus de moitié. Or, plus de 80 000 espèces biologiques des forêts tropicales sont jugées comestibles. Dans le secteur des pêches, seuls deux genres - la carpe et le tilapia - ont fait l'objet d'une domestication significative sur le plan de la production alimentaire mondiale." Bétail et volailles menacés d'extinction
Il s'agit de la première session de la Commission depuis que son mandat a été élargi par la Conférence de la FAO en 1995 pour englober les ressources génétiques animales, forestières, végétales et halieutiques qui présentent une importance pour l'alimentation et l'agriculture. Devant le rythme inquiétant de disparition des races de bétail et de volailles, cet élargissement portera dans un premier temps sur les ressources zoogénétiques. En Europe, plus de la moitié des races élevées par les agriculteurs au début du siècle ont aujourd'hui disparu. La FAO estime que 28 pour cent des races d'animaux domestiques dans le monde sont menacées de disparition au cours des vingt prochaines années. La Commission étudiera la possibilité de créer un groupe de travail technique intergouvernemental pour associer les gouvernements à l'élaboration d'une politique des ressources zoogénétiques.
Keith Hammond, fonctionnaire principal du Groupe des ressources zoogénétiques de la FAO, a fait remarquer que, à la différence des gènes végétaux, les génomes animaux ne sont pas faciles à préserver dans des banques. "L'axe principal d'une meilleure gestion des ressources zoogénétiques des fermiers, c'est une utilisation active et durable", a-t-il déclaré. Il a également souligné l'importance des animaux de ferme pour l'humanité: "40 pour cent de la population mondiale dépend directement de l'élevage pour tout ou partie de sa subsistance quotidienne, l'essentiel de cette production correspondant à des systèmes à niveau moyen ou faible d'intrants." La conservation et le développement durables des ressources zoogénétiques impliquent que l'on se démarque d'une optique étroite, se concentrant sur un petit nombre de races à fort coefficient d'intrants, au profit d'une optique élargie privilégiant les nombreuses races dites "adaptives", qui survivent bien dans des environnements à faible niveau d'intrants et à haut niveau de stress typiques des systèmes d'exploitation des pays en développement. Il s'agira désormais d'essayer d'améliorer les niveaux de production de ces races. L'application du plan d'action sera supervisée par la CommissionLa Commission se penchera également sur le suivi de la Conférence technique internationale sur les ressources phytogénétiques, qui s'est tenue en juin 1996 à Leipzig, Allemagne. La Conférence a adopté un Plan d'action mondial pour la conservation et l'utilisation durable des ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture. Aux termes de ce Plan, 150 gouvernements se sont engagés à mettre en oeuvre un ensemble cohérent de mesures prioritaires pour conserver les ressources phytogénétiques et aider les agriculteurs et les obtenteurs végétaux dans le monde entier à les utiliser de façon optimale. La CRGAA est aujourd'hui chargée d'assurer le suivi et la supervision de la mise en oeuvre de ce Plan mondial d'action. Cette session de la Commission discutera de la mobilisation des fonds pour le Plan mondial. Au cours des dernières années, la participation aux sessions de la Commission s'est accrue, tout comme la reconnaissance de l'importance critique des ressources génétiques pour la sécurité alimentaire. L'attention s'est également portée davantage sur l'impact des ressources génétiques sur les relations économiques entre les agriculteurs et les entreprises qui mettent au point et commercialisent les semences de haute qualité, ainsi qu'entre les pays en développement, où se trouve l'essentiel de la diversité biologique, et les pays industrialisés, qui ont exploité cette diversité et en ont tiré parti. Cette septième session est la première pour laquelle les pays africains ont organisé une réunion préparatoire et elle attire un contingent beaucoup plus important de représentants de l'Afrique. La maîtrise des ressources génétiques pour l'alimentation et l'agriculture sera la clef de la réalisation de l'objectif de la "nourriture pour tous", fixé par les Chefs d'Etat lors du Sommet mondial de l'alimentation organisé l'an dernier par la FAO. Des efforts de conservation et d'utilisation plus soutenus, une plus grande transparence dans la recherche et une participation accrue des agriculteurs sont autant d'éléments essentiels si l'on veut que les agriculteurs de demain soient en mesure de relever les défis des changements environnementaux et d'accroître de façon durable la production agricole.
30 mai 1997 Autres liens:
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