Une nouvelle publication de la FAO vise à diffuser les techniques d'irrigation à petite échelle

 

Une nouvelle publication de la FAO vise à diffuser les techniques d'irrigation à petite échelle aux agriculteurs de l'Afrique subsaharienne


L'irrigation est un élément vital pour l'intensification de l'agriculture. Bien que 16 pour cent seulement des terres cultivables du monde soient irriguées, ces terres donnent 36 pour cent des récoltes mondiales. Dans les pays en développement, l'irrigation augmente les rendements de la plupart des cultures de 100 à 400 pour cent. Et pourtant, certains des fermiers les plus pauvres au monde sont encore dans l'incapacité d'arroser leurs terres de façon efficace.

L'utilisation de jarres en matériaux poreux, enfoncées jusqu'au goulot, est l'une des plus anciennes méthodes d'irrigation, pratiquée par les agriculteurs traditionnels dans toute l'Afrique du Nord et au Proche-Orient

M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, a demandé au professeur Daniel Hillel, expert en relations sol/eau, de rédiger un manuel d'irrigation conçu spécialement pour un groupe important d'agriculteurs vulnérables, à savoir les petits agriculteurs de l'Afrique subsaharienne. Hillel est conseiller en matière d'irrigation auprès du Comité de supervision du Programme spécial pour la sécurité alimentaire de la FAO, fer de lance du travail de l'Organisation pour promouvoir l'autosuffisance alimentaire dans les pays les plus pauvres de la planète. Aujourd'hui à la retraite, M. Hillel a bénéficié d'un contrat dans le cadre du programme de la FAO pour l'emploi des experts retraités.

"Small-scale irrigation for arid zones: Principles and Options" (Petite hydraulique pour les zones arides: principes et options) fait valoir les techniques d'irrigation dites "HELPFUL" (à haute fréquence, efficaces, à faible volume, à couverture partielle, à l'échelle de l'exploitation, à faible coût). Hillel, qui a travaillé pendant toute sa carrière dans le domaine de l'irrigation, fait remarquer que "les systèmes compliqués et coûteux É importés et installés dans l'espoir de parvenir à une modernisation instantanée, tombent habituellement en panne par manque d'entretien et de pièces détachées. Ces installations deviennent rapidement des éléphants blancs - monuments inutiles érigés à la hâte au nom du 'progrès', basés sur une technologie inadaptée."

Lorsqu'ils fonctionnent, ces systèmes d'irrigation mal gérés entraînent toute sorte de problèmes environnementaux. L'élévation des aquifères, provoquée par des applications excessives, les fuites des canaux de drainage et un drainage insuffisant provoquent la salinisation et l'engorgement, ce qui réduit les rendements agricoles. A l'inverse, le pompage excessif des eaux souterraines épuise les réserves et menace la viabilité à long terme des périmètres d'irrigation et des rendements agricoles qu'ils sont censés faciliter.



Irrigation au goutte-à-goutte, application lente et localisée d'eau
Tout est dans le dosage

"C'est une erreur universellement répandue de supposer que si un petit peu de quelque chose est bon, une plus grande quantité sera forcément meilleure. Dans le domaine de l'irrigation (comme dans bien d'autres activités), tout est dans le dosage," a indiqué Hillel.

Les techniques d'irrigation décrites dans l'ouvrage de Hillel sont le produit de la fusion des révolutions qui ont eu lieu au cours des dernières décennies dans la science de l'irrigation et des technologies traditionnelles utilisées avec succès pendant des siècles. Il est aujourd'hui possible de maintenir des conditions presque optimales d'humidité dans le sol - ce qui élimine les problèmes d'engorgement et de salinisation, tout en permettant d'économiser l'eau - tout au long de la période de végétation, en modulant constamment l'irrigation en fonction du climat et des différents stades de croissance des cultures.

Si ces méthodes sont appliquées à grande échelle dans les pays industrialisés, elles ne font pas nécessairement appel à des équipements manufacturés coûteux et à des apports à fort coefficient d'énergie. Hillel explique comment de simples jarres d'argile poreuse, des tuyaux de plastique perforé et d'autres systèmes à faible coût peuvent être utilisés pour réguler le débit d'eau pour les cultures (voir encadré ci-dessous).

Le livre de Hillel prône un développement "fondé sur les meilleurs principes de l'irrigation efficace, utilisant dans la mesure du possible les compétences et les matériaux indigènes. Il vaudrait mieux diffuser les meilleurs principes d'irrigation efficace plutôt que les machines les plus perfectionnées." Cet ouvrage s'adresse aux décideurs et au grand public. Convaincu que "les solutions toutes faites, trop spécifiques, ont tendance à manquer de souplesse, et ne peuvent donc que rarement être appliquées, puisque les conditions changent", Hillel s'est efforcé d'expliquer les principes de l'irrigation moderne de manière à ce que les agriculteurs et leurs conseillers soient en mesure de modifier leurs méthodes et leurs interventions en fonction des conditions qui prévalent.

Sommaire des méthodes d'irrigation à petite échelle

Méthodes basées entièrement sur matériaux et main-d'oeuvre locaux

  • Des jarres en céramique poreuse cuites à basse température sont placées sur la surface ou enfoncées dans le sol près des racines. Remplis d'eau et d'engrais dissous, ces récipients en argile perméable libèrent lentement l'eau et les nutriments dans le sol.
  • Des sections de tuyaux de céramique constituent des canalisations centrales pour les plates-bandes de forme allongée.

Méthodes basées sur matériaux importés mais assemblés localement

  • Des tuyaux de plastique moulé ou des tubes de plastique extrudé sont perforés à la main et placés sur le sol pour simuler une irrigation au goutte-à-goutte.
  • Des sections verticales de tuyaux de plastique (ou même des contenants de plastique de rebut, comme des bouteilles) sont enfoncées dans le sol.
  • Des récipients de plastique à paroi mince sont remplis de sable ou de gravier pour assurer une résistance mécanique à l'écrasement.
  • Des gaines de plastique refendues couvrent les sections perforées des tubes pour empêcher que les racines ne pénètrent dans les trous d'écoulement de l'eau.
  • Des filtres de sable empêchent les particules ou les algues de boucher les sorties.
  • Des contenants auxiliaires sont utilisés pour dissoudre et injecter des engrais dans l'eau d'irrigation.
  • Des colonnes montantes sont utilisées pour amener l'eau d'une canalisation souterraine vers de petits bassins.

Méthodes basées sur des composantes importées*

  • Des goutteurs manufacturés et des microdispositifs d'irrigation par aspersion font l'objet d'une supervision et d'un entretien minutieux.
  • Des équipements auxiliaires comme des filtres et des milieux filtrants, des robinets doseurs, des régulateurs de pression et des injecteurs d'engrais sont utilisés selon des combinaisons variées.

* Ces solutions ne sont justifiées que pour des cultures de rapport dans une économie de marché stable.

15 juillet 1997 

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