Les méthodes de clonage de la "brebis Dolly" pourraient détenir la clé du progrès pour la conservation de la diversité zoogénétique


Les techniques de clonage qui ont fait les gros titres des journaux avec la création de la brebis Dolly pourraient aussi être utilisées pour empêcher la disparition de centaines de races d'animaux, selon les experts qui ont participé à Rome à un colloque organisé conjointement par la FAO et un institut italien de recherche sur les biotechnologies, l'Istituto sperimentale per la Zootecnia. Vingt-trois scientifiques, dont des experts en biotechnologie renommés, se sont réunis pendant deux jours au Ministère italien de la politique agricole, du 26 au 28 novembre 1997.

Poulets vietnamiens Dongtao - sur la liste critique du Système mondial d'information sur la diversité des animaux domestiques

La percée scientifique qui a éveillé l'intérêt des spécialistes de la conservation de la diversité des races d'animaux n'est pas tant le clonage en soi que la possibilité d'utiliser l'ADN obtenu des cellules somatiques de sujets adultes. Dans le passé, le clonage devait se faire à partir de noyaux de cellules embryonnaires (totipotentes), car une fois que ces cellules étaient spécialisées, la plupart des gènes qui ne sont pas utiles à leurs fonctions (par exemple, les gènes de la couleur des yeux dans une cellule d'ongle) devenaient inactifs (processus connu comme inactivité de l'ADN). Inverser ce processus et "réactiver" les gènes - ce qu'a fait l'Institut Roslin en Ecosse pour la première fois, préparant le terrain aux chercheurs qui ont créé Dolly - permettra de cloner des animaux à partir de cellules somatiques par exemple de la peau ou des follicules pileux. Ce processus d'inversion de l'inactivité de l'ADN offre la possibilité de simplifier les techniques de conservation en laboratoire des ressources zoogénétiques menacées de disparition.

La FAO estime qu'environ 30 pour cent des races d'animaux - soit 1 500 - sont menacées ou sur la liste critique. La plupart d'entre elles se trouvent dans des pays en développement et moins de 100 de ces races menacées font l'objet de mesures de conservation.

La conservation de races uniques permettra à l'humanité de faire face dans l'avenir à des problèmes imprévus tels que le changement climatique ou la diffusion des maladies. Une race de poulet qui survit avec peu d'aliments ou de soins spéciaux peut être négligée aujourd'hui parce qu'elle est peu productive, mais demain elle pourrait être la seule de son espèce à avoir une résistance naturelle à certains virus ou autres ennemis.

Actuellement, la conservation des races menacées n'est possible que par l'entreposage cryogénique (congélation à de très basses températures) de sperme et d'embryons - opération onéreuse et délicate qui n'est pas réalisable dans certains pays en développement en raison du manque de personnel qualifié et de l'équipement nécessaire, ou par la conservation in situ ou ex situ des animaux eux-mêmes, c'est-à-dire en conservant les animaux vivant dans leur habitat naturel ou un autre habitat, respectivement.

Des races d'animaux domestiques disparaissent car, trop souvent, en particulier dans les pays en développement, ces méthodes de conservation ne sont pas applicables. Les chercheurs ont conclu que l'inactivité réversible de l'ADN pourrait être une technique utile pour sauver les génomes (l'information génétique complète) de races d'animaux menacées de disparition et offrir la possibilité d'utiliser la race dans l'avenir une fois que les techniques auront été perfectionnées. Cela signifierait qu'un échantillon de peau d'un animal pourrait suffire à garantir que son potentiel génétique n'est pas perdu. Il est possible en un ou deux jours de prélever des échantillons sur le nombre d'animaux requis pour conserver une race donnée.

Selon le docteur Mandy Reynolds, spécialiste des problèmes de cicatrisation de la peau et des cultures de tissus à l'Hôpital de Durham au Royaume-Uni, s'ils sont traités correctement, les échantillons de peau se conservent bien pendant deux semaines avant qu'il soit nécessaire de les congeler. Cela signifie que des échantillons peuvent facilement être recueillis dans des zones rurales éloignées puis transportés dans les unités de conservation nationales.

"Pour certains pays qui n'ont pris aucune mesure concernant les races qui se dégradent ", a expliqué Keith Hammond, qui dirige le programme de la FAO sur la biodiversité animale, ces nouvelles techniques "pourraient être l'élément déterminant, leur permettant de conserver ces races sans plus tarder" (voir le texte intégral de l'entrevue avec Keith Hammond).

18 décembre 1997

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