Les pesticides dans le monde en développement: entrevue avec le responsable du Service de la protection des plantes à la FAO


 

Niek van der Graaff (ci-dessous), responsable du Service de la protection des plantes à la FAO, Division de la production végétale et de la protection des plantes, secrétaire adjoint du Comité intergouvernemental de négociation, et Gerold Wyrwal (ci-contre), fonctionnaire agricole (information sur les pesticides)

 

La procédure d'ICP vise à protéger les pays en développement. Y-a-t-il lieu de penser qu'elle a poursuivi cet objectif au cours des huit dernières années, depuis son introduction en 1989?

N. Van der Graaff: Des pays ont décidé de ne plus utiliser certains pesticides. Cela a une grande influence sur leur agriculture et sur la protection de leur environnement. Il est certain que les produits chimiques qui étaient soumis jusqu'à présent à la procédure d'ICP figurent de moins en moins dans les échanges internationaux.

G. Wyrwal: Quand nous ajoutons un pesticide sur la liste ICP, dans de nombreux pays cela déclenche une interdiction officielle tant pour son importation que pour son utilisation. Nous publions un document qui souligne clairement les risques présentés par le produit en question et indique les pays l'ayant déjà interdit. Naturellement, si les Etats-Unis ou l'Union européenne ont interdit le produit, les pays en développement qui ne peuvent faire l'analyse adopteront plus ou moins la position prise par les pays plus développés et interdiront officiellement le produit sur tout le territoire national. Il est tout à fait manifeste qu'une fois que nous inscrivons un produit chimique sur la liste, quelque temps après, une centaine de pays refusent d'accepter de nouvelles importations du produit en question.

Quels avantages supplémentaires peut-on attendre lorsque la procédure d'ICP deviendra un instrument juridiquement contraignant?

Van der Graaff: Grâce à cette procédure volontaire, on se rend déjà mieux compte de la nécessité d'une réglementation et d'une gestion appropriées des pesticides. Les pays en développement espèrent qu'une fois la Convention signée, il leur sera plus facile d'appliquer la procédure d'ICP mais aussi de mieux gérer leurs pesticides en général.

La procédure volontaire est relativement simple. Mais en utilisant cette procédure relativement facile à appliquer, mais peu rigoureuse, nous avons peu à peu commencé à voir un certain nombre de problèmes juridiques qui méritent d'être examinés. Il s'est avéré pratiquement impossible d'inclure un groupe important de produits chimiques, c'est-à-dire de pesticides, qui sont dangereux dans certaines conditions d'utilisation dans les pays en développement. Dans la nouvelle procédure, les gouvernements décideront quels produits chimiques introduire dans la liste desdits produits chimiques ICP. Par ailleurs, si les gouvernements s'engagent à le faire, ils s'engageront aussi à ne pas exporter. Ainsi, ce qui était une obligation morale devient une obligation juridiquement contraignante.

Il y a aussi quelques inconvénients. Il sera difficile d'ajouter de nouveaux pesticides à la liste. La procédure sera sans nul doute ralentie.

Que signifiera pour l'industrie des pesticides un instrument de ce genre? Cela conduira-t-il à une réduction des produits ou favorisera-t-il la mise au point de produits plus "respectueux de l'environnement"?

Van der Graaff: D'une part, l'industrie des pesticides juge regrettable que certains produits puissent disparaître du marché, car l'on peut supposer qu'en général, un pesticide qui est sur la liste ICP sera presque entièrement retiré du commerce international. Mais, à longue échéance, l'industrie y gagnera car cela créera un marché pour de nouveaux pesticides plus respectueux de la santé humaine et de l'environnement.

Wyrwal: Cela supprime un certain nombre d'anciens produits du marché qui ne sont plus protégés par des licences et que n'importe qui peut fabriquer. Ces produits ont un large spectre et des effets très négatifs sur la santé humaine et l'environnement. S'ils disparaissent du marché, la voie sera libre pour d'autres substances plus spécifiques, moins nuisibles à la santé humaine et à l'environnement. Ainsi, je crois qu'à long terme l'industrie y gagnera.

Actuellement, la liste de surveillance contient 22 pesticides et cinq produits chimiques industriels. Cette liste risque-t-elle de s'allonger?

Van der Graaff: En mars ou en avril, la Convention sera adoptée, nous l'espérons, au cours d'une conférence diplomatique. Entre-temps, nous pouvons inclure dans la liste d'autres pesticides et produits chimiques industriels.Toutefois, plus nous nous approcherons de cette date, plus cela deviendra difficile. Nous sommes prudents et peu disposés à ajouter beaucoup de produits en ce moment, car cela pourrait influer sur les négociations. En outre, il faudra probablement encore deux ans pour que la Convention entre en vigueur. A la prochaine réunion du Comité intergouvernemental de négociation, un groupe de travail étudiera comment continuer d'appliquer la procédure volontaire dans l'intervalle. Nous avons demandé à la Conférence de la FAO d'approuver tous changements à apporter à la procédure lors de la conférence diplomatique.

Quelles sanctions seront imposées aux pays qui ne se conformeront pas à la convention?

Van der Graaff: Aucune sanction n'est prévue pour le moment.

Les pays en développement ont demandé un appui technique pour mettre en oeuvre la convention juridiquement contraignante. Quelle forme cet appui prendra-t-il?

Van der Graaff: Il favorisera le renforcement des mesures de réglementation, de sorte que les pays puissent évaluer l'information fournie par le Secrétariat et les pays qui ont interdit ou strictement réglementé le produit en question. Ce n'est que dans ce cas qu'ils pourront prendre des décisions en toute connaissance de cause.

Wyrwal: La Convention contient une clause d'assistance technique selon laquelle les pays qui disposent d'une infrastructure plus avancée devraient aider ceux qui ont une infrastructure moins développée. Il est naturellement possible que les pays en développement s'entraident, mais l'assistance viendra en grande partie des pays développés de l'OCDE. Le Programme de coopération technique de la FAO (PCT) sera un bon instrument pour ce type d'assistance applicable relativement à court terme.

Comment la Conférence a-t-elle réagi aux progrès accomplis jusqu'ici dans le cadre de la procédure d'ICP?

Wyrwal: Tous les participants se sont félicités des progrès accomplis. Ils ont appuyé la participation de la FAO au régime transitoire et au Secrétariat de la Convention, et autoriseront des changements dans la procédure volontaire si la Conférence diplomatique prend des décisions en ce sens.

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28 novembre 1997

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