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Entrevue avec Keith Hammond, fonctionnaire principal du Groupe de ressources génétiques animales de la FAO
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M. Keith Hammond, fonctionnaire principal du Groupe de ressources génétiques animales de la FAO, a pris l'initiative d'élaborer une stratégie mondiale pour la gestion des ressources génétiques des animaux de ferme, pour aider les pays à mieux gérer l'utilisation, le développement et la conservation de la diversité génétique de leurs animaux domestiques. Dans l'entrevue ci-après, M. Hammond examine les bases scientifiques et les conclusions du colloque FAO/Istituto Sperimentale per la Zootecnia tenu à Rome du 26 au 28 novembre 1997, dont il a été l'un des principaux organisateurs et participants.
Quand du sperme et un ovule s'unissent pour former un embryon, que l'embryon commence à grandir et que des cellules se différencient en divers tissus comme les yeux, le foie, les oreilles, la peau, etc. pour former un animal complet, cette différenciation en réalité "déconnecte" la grande majorité des 100 000 gènes ou plus dans chaque cellule. Ils vont au repos, ils s'endorment et seuls les gènes responsables du tissu spécifique sont activés. Il n'était pas possible de réactiver ces gènes et de rendre les cellules totipotentes ou embryonnaires. On sait depuis peu de temps seulement comment "réactiver" tous les gènes. Une fois qu'ils sont tous réactivés, les cellules somatiques ou du corps retrouvent leur potentiel pour former un nouvel animal si le noyau de la cellule est injecté dans un ovule qui deviendra un embryon puis un animal vivant. L'inactivité réversible de l'ADN est donc l'inversion du processus d'inactivité dans l'ADN de l'animal. On a pensé pendant longtemps que cela était biologiquement impossible. De quelle sorte de procédé s'agit-il? Les participants au colloque n'ont pas parlé du procédé technique, mais ils se sont déclarés satisfaits de la technologie, bien qu'elle manque encore d'efficacité, et ils pensent qu'elle sera améliorée dans l'avenir. Apparemment, un ou deux procédés seront bientôt brevetés. Mais le plus important est que cela est réalisable. Une fois qu'il est possible de réactiver tous ces gènes, vous pouvez utiliser pratiquement toutes les cellules du corps pour poser des questions sur les aspects physiologiques du développement, et vous pouvez créer de nouveaux animaux. Le clonage n'est que le dernier aspect du procédé à suivre pour créer un nouvel animal après avoir prélevé des cellules dans le freezer. Il n'est nécessaire qu'à un certain moment dans l'avenir et quand vous voulez réutiliser ce que vous avez entreposé. Quelle est l'importance de ces nouvelles biotechnologies aux fins de la conservation génétique? Pour certains pays qui n'ont pris aucune mesure concernant les races qui se dégradent, ces nouvelles techniques pourraient être l'élément déterminant, leur permettant de conserver ces races sans plus tarder, en particulier là où l'on rencontre de graves difficultés pour utiliser les techniques de conservation in vivo et in vitro actuellement disponibles. Quand pourra-t-on commencer à utiliser ces techniques dans les pays en développement? Pour les ressources génétiques très menacées, pour certaines espèces animales, et là où les techniques actuelles de conservation d'animaux vivants et de cryo-conservation ne sont pas applicables, le groupe d'experts a jugé que les pays pourraient commencer dès maintenant à conserver des cellules provenant d'échantillons de peau. Conserver des cellules signifie conserver les génomes d'une race et s'assurer pour l'avenir. Cette partie du programme, c'est-à-dire prélever et conserver des échantillons, pourrait être commencée par les pays en développement immédiatement. Les techniques mises en oeuvre pour recréer des animaux à partir de cellules sont des techniques de pointe qui doivent encore être considérablement améliorées au plan de l'efficacité et de la rentabilité. En raison du champ des applications commerciales, tout cela devrait se produire au cours des prochaines années. Cela signifie donc miser sur l'avenir. En quoi ces nouvelles biotechnologies cellulaires diffèrent-elles des techniques actuelles de conservation? Quand cela est possible, il faut parfois des mois pour obtenir suffisamment de sperme ou d'embryons de sujets mâles et femelles d'une race pour constituer une réserve. Pour les chevaux, par exemple, cela peut signifier travailler sur le terrain pendant six mois. Par contre, il ne faut que quelques jours pour prélever des échantillons de peau du nombre nécessaire d'animaux, les transporter dans un laboratoire et multiplier et congeler les cellules. Les échantillons sont faciles à transporter. La culture de cellules aux fins de multiplication et de congélation nécessite peu de matériel et pourrait être faite, selon les experts, avec une petite formation, y compris dans les pays en développement. Mais il y a toujours un inconvénient: la réutilisation, comme il a été dit plus haut, est beaucoup plus compliquée. Cela exige encore des recherches coûteuses et très importantes. Cette méthode n'entend pas remplacer d'autres techniques de conservation et les experts ont insisté sur ce point. Il s'agit d'une option dans les cas où les autres techniques ne sont pas applicables ni fiables, comme cela arrive dans de nombreux pays en développement. Naturellement, quand seule la réutilisation est envisagée, la meilleure méthode consiste à conserver les animaux vivants car lorsque vous voulez les réutiliser, les générations futures sont déjà prêtes. Mais les pays en développement ne peuvent se permettre de conserver des races d'animaux qui pourraient être uniques mais auxquelles les agriculteurs ne sont pas intéressés à un moment précis. Ainsi, ces nouvelles biotechnologies cellulaires élargissent les possibilités pour la conservation rentable des ressources zoogénétiques. Elles ne remplacent pas d'autres méthodes. Le colloque a-t-il abordé ce débat dans une nouvelle optique? Le succès obtenu avec ce groupe d'experts est dû au fait que nous avons décortiqué le problème. Nous avons dit: "Il faut penser à la collecte d'échantillons sur le terrain, à leur transport, à leur entreposage à court et à long terme, à leur réutilisation et à la reconstitution du matériel entreposé, comme aux différents maillons d'une chaîne. Pouvons-nous apporter notre contribution à un endroit ou à un autre?", au lieu de dire simplement: "Oh! non, le clonage somatique est encore très difficile, on ne peut y recourir pour aider à résoudre les problèmes de conservation animale." En fait, nous pouvons aller jusqu'au stade final de la réutilisation où, pour le moment, subsiste encore un problème. Qu'est-ce qui limite l'application de ces techniques à des fins de conservation? Il y a des contraintes; par ailleurs, une planification soignée, des qualifications techniques et un minimum de formation sont encore indispensables. Bien que ces nouvelles biotechnologies cellulaires soient plus simples sur le terrain - les échantillons sont plus rapides et plus faciles à recueillir, et moins fragiles durant le transport, souvent à partir de sites éloignés jusqu'à l'installation centrale - il faut encore recourir à la cryotechnologie pour l'entreposage à long terme. Par ailleurs, la réutilisation du matériel entreposé moyennant la création d'animaux à partir des cellules fait actuellement l'objet de recherches qui seront approfondies. Il faut procéder dès maintenant à des essais pour démontrer clairement la valeur de ces nouvelles techniques pour toutes les espèces de mammifères et d'animaux de basse-cour et pour peaufiner les protocoles relatifs à leur utilisation. Néanmoins, ces nouvelles biotechnologies cellulaires augmentent les possibilités de conserver de manière rentable les nombreuses ressources zoogénétiques menacées de disparition. 18 décembre 1997 Autres liens: | |||
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