Une importante épidémie de peste porcine africaine menace la sécurité alimentaire au Cap-Vert


La toute dernière épidémie de peste porcine africaine au Cap-Vert, pays insulaire de l'Afrique de l'Ouest, menace toute la population porcine du pays, d'après un rapport récent de la FAO. La maladie est endémique dans une partie au moins de l'archipel du Cap-Vert depuis 1985, avec des pointes de morbidité et de mortalité deux fois par an, au printemps et en hiver. Toutefois, la toute dernière poussée hivernale semble être particulièrement destructrice. Un Projet de coopération technique (PCT) de la FAO pour la lutte et l'éradication de la peste porcine africaine en Cap-Vert a été approuvé le 2 avril 1998. La FAO y apportera une contribution de 264 000 dollars E.-U.

Les animaux peuvent être infectés par la peste porcine africaine en mangeant des détritus contaminés

Une mission FAO/EMPRES (Système de prévention et d'alerte rapide contre les ravageurs et les maladies transfrontières des animaux et des plantes) composée de Kris Wojciechowski, fonctionnaire de la santé animale, et de David Nyakahuma, épidémiologiste de l'EMPRES, à Accra, Ghana, s'est rendue au Cap-Vert en février 1998. Elle a indiqué que la peste porcine est largement répandue dans la plupart des zones rurales de l'île de Santiago. Les renseignements communiqués par le Ministère de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement semblaient indiquer une plus large diffusion de la maladie, mais ceci doit être encore confirmé par une surveillance clinique et épidémiologique.

La mission FAO/EMPRES a réclamé une intervention immédiate pour enrayer l'épidémie et l'empêcher de se propager aux zones non infectées de Cap-Vert et du continent. Par le biais du PCT, la FAO aidera le pays à lutter contre la peste porcine et, si possible, à l'éradiquer en:

  • mettant en place des capacités d'intervention rapide pour la peste porcine et d'autres maladies transfrontières,
  • établissant un programme coordonné d'éradication de la peste porcine africaine,
  • amorçant la campagne d'éradication dans les zones infectées.

La peste porcine africaine est provoquée par un virus particulièrement résistant et elle peut avoir des effets destructeurs. Très peu de porcs survivent à l'infection et ceux qui le font restent contagieux. La peste porcine est endémique chez les cochons sauvages du sud et de l'est de l'Afrique selon un cycle qui associe les porcs domestiques, les argasidés (tiques) et les cochons sauvages.

Dans les écosystèmes de l'Afrique centrale et australe, où les argasidés et les cochons sauvages ne jouent pas un rôle central, la peste porcine africaine s'est surtout propagée chez les porcs domestiques. Dans toutes les régions, l'infection est plus souvent due au contact avec des porcs infectés, rétablis ou porteurs et l'ingestion de détritus, d'urine et d'excréments contaminés. Chez les porcs domestiques, des épidémies d'intensité variable se produisent dans les pays affectés. Les races non indigènes - de plus en plus populaires à mesure que l'élevage du porc se développe - sont particulièrement vulnérables. Le transport rapide des animaux et des produits animaux par la route et par voie aérienne et l'absence de quarantaine sont des facteurs déterminants dans la propagation de la maladie.

Etant donné qu'il n'y a pas de vaccin contre la peste porcine africaine, la maladie ne peut être enrayée qu'en abattant les animaux infectés et en mettant en quarantaine ceux qui sont menacés. Le transport et le commerce des animaux malades doivent être interrompus. Au cours de l'épidémie que la Côte d'Ivoire a connue en 1996, quelque 22 000 porcs sont morts et plus de 100 000 ont dû être abattus dans le but d'enrayer la maladie.

A propos de la situation d'urgence actuelle au Cap-Vert, Yves Cheneau, chef du Service de santé animale de la FAO, a déclaré: "Pour réussir, le programme de lutte doit s'accompagner d'une campagne dans les médias solide et crédible visant toutes les parties concernées, notamment les éleveurs de porcs". Le montant des indemnités versées aux agriculteurs pour l'abattage de leurs porcs devrait se chiffrer à 3,5 millions de dollars E.-U, d'après certaines estimations. Ce chiffre n'inclut pas le coût des cycles interrompus de reproduction des porcs et l'affaiblissement marqué de la sécurité alimentaire.

Le Cap-Vert est un pays à faible revenu et à déficit vivrier (PFRDV), ce qui signifie que les ruraux pauvres sont particulièrement vulnérables aux pénuries alimentaires. "Si la maladie se propage à l'ensemble du pays, presque toute la population porcine pourrait être anéantie, a déclaré Kris Wojciechowski. Ce serait une véritable catastrophe, car le porc est un élément fondamental de la sécurité alimentaire des couches les plus pauvres de la population".

La FAO, par le biais de ses projets de coopération technique (PCT), a aidé la Côte d'Ivoire à éliminer la maladie en 1996 et a fourni une aide d'urgence similaire au Bénin (depuis fin 97) et au Togo (1998). Au Nigéria, cette assistance sera lancée dans le courant du mois d'avril. Un projet régional destiné à améliorer la planification préalable aux situations d'urgence pour la peste porcine africaine en Afrique de l'Ouest (Burkina Faso, Cameroun, Gambie, Ghana, Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia et Sénégal) vient également d'être lancé.

7 avril 1998

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