Barbara Huddleston et Ram Saran parlent des SICIAV


Barbara Huddleston, Chef du Service de la sécurité alimentaire et de l'analyse des projets agricoles, et Ram Saran, expert à la retraite recruté dans le cadre du Programme pour l'emploi des retraités, discutent de la contribution de celui-ci à l'élaboration des SICIAV et de leur rôle fondamental pour assurer la sécurité alimentaire pour tous

A quoi correspond le sigle "SICIAV" et dans quelle mesure ce terme est-il lié aux priorités de la FAO et, notamment, à la sécurité alimentaire?

Barbara Huddleston: Le sigle SICIAV correspond à Systèmes d'information et de cartographie de l'insécurité alimentaire et de la vulnérabilité, c'est-à-dire tout système qui rassemble et diffuse des données sur les populations souffrant de dénutrition ou de malnutrition ou qui sont dans une situation de risque. C'est le Plan d'action du Sommet mondial de l'alimentation (1996) qui avait recommandé la création de ces systèmes tant à l'échelon national qu'à l'échelon mondial. Le Sommet avait en particulier exprimé son inquiétude devant les estimations de la FAO, selon laquelle plus de 800 millions de personnes dans le monde souffraient de malnutrition, au sens d'une alimentation insuffisante. Il avait donc décidé de prendre des mesures pour réduire ce chiffre d'au moins 50 pour cent d'ici l'an 2015. Le Sommet a également fixé des objectifs à plus long terme pour éliminer définitivement la faim et garantir la sécurité alimentaire pour tous. Mais, pour atteindre ces objectifs, il faut d'abord identifier les personnes insuffisamment ou mal nourries. D'où la nécessité de créer ou de renforcer les systèmes d'information et de cartographie à l'échelon national, qui peuvent contribuer à identifier ces populations et à évaluer les causes de leur insécurité alimentaire et de leur vulnérabilité.

En expliquant l'origine des SICIAV, vous avez utilisé deux termes: insécurité alimentaire et vulnérabilité. Pouvez-vous expliquer la différence entre ces deux mots?

Barbara Huddleston: Les deux termes renvoient à une situation qui peut affecter un particulier, un groupe professionnel ou social, une zone géographique ou toute une nation. Mais si l'insécurité alimentaire renvoie particulièrement aux conditions qui pourraient entraîner une insuffisance du régime alimentaire, la vulnérabilité évoque toute la gamme de facteurs qui peuvent influer sur l'état nutritionnel, y compris, mais sans y être limité, l'insuffisance alimentaire.

Dans le même ordre d'idées, on parle de dénutrition et de malnutrition, deux termes que l'on rencontre fréquemment dans le domaine de la sécurité alimentaire. Sont-ils interchangeables?

Barbara Huddleston: Non. La dénutrition est le résultat d'une consommation alimentaire insuffisante prolongée par rapport aux besoins de l'organisme. Elle se traduit par une réduction de la dépense d'énergie, une réduction de la masse corporelle, ou les deux. Si la principale cause de la dénutrition est un apport insuffisant de calories, l'infection et la maladie peuvent également empêcher l'organisme de faire bon usage des éléments nutritifs disponibles, même lorsque l'apport alimentaire est suffisant. Par contre, la malnutrition est une notion plus vaste, qui englobe les effets de la suralimentation, les carences spécifiques en micronutriments ainsi que la dénutrition.

Ram Saran, retraité de la FAO qui travaille avec vous à titre de consultant, a été une des chevilles ouvrières de l'élaboration des SICIAV dans différentes régions. Existe-t-il des raisons particulières pour lesquelles cette mission lui a été confiée?

Barbara Huddleston: M. Saran est un fonctionnaire retraité de la FAO. Lorsqu'il a pris sa retraite, il était économiste principal chargé du Groupe de la sécurité alimentaire et des politiques d'aide alimentaire. Auparavant, il avait dirigé les travaux du Système mondial d'information et d'alerte rapide (SMIAR), qui apporte une contribution importante dans le domaine de la sécurité alimentaire. En raison de l'expérience qu'il a acquise dans ces deux fonctions et de ses connaissances approfondies de l'utilité des différents indicateurs de suivi de la sécurité alimentaire utilisés dans son pays natal, l'Inde, nous avons jugé qu'il était le candidat idéal pour cette tâche.

M. Saran, pouvez-vous me parler de votre carrière à la FAO et de son utilité pour le travail de consultant que vous réalisez à l'heure actuelle?

Ram Saran: Si je n'ai travaillé à la FAO que six ou sept ans, mon association avec l'Organisation est beaucoup plus ancienne que cela, puisqu'elle remonte à près de trente ans. Depuis 1967, j'ai participé à presque toutes les conférences biennales de la FAO, d'abord à titre de fonctionnaire du Gouvernement indien, puis à titre de fonctionnaire de la FAO et enfin comme journaliste. Par le passé, j'ai également assisté à plusieurs autres réunions de la FAO, y compris les conférences régionales pour l'Asie et le Pacifique et à plusieurs sessions du Comité de la sécurité alimentaire mondiale et du Comité des produits.

Pouvez-vous me parler de votre carrière dans la fonction publique indienne et de l'utilité de cette expérience pour votre affectation actuelle?

Ram Saran: Avant d'entrer à la FAO en 1979, j'ai travaillé dans la fonction publique indienne pendant une trentaine d'années. J'ai été pendant de nombreuses années conseiller en économie et en statistiques au Ministère de l'alimentation et de l'agriculture. Dans le cadre de mes fonctions, je conseillais le Gouvernement sur des questions de politique économique dans les domaines de l'alimentation et de l'agriculture. Les dossiers auxquels j'ai été étroitement associé comprenaient les politiques des prix, les politiques commerciales, les politiques de production, la gestion des approvisionnements alimentaires et la planification et le développement agricoles. En outre, le service auquel j'appartenais parrainait des travaux de recherche en économie agricole dans différents instituts de recherche et universités et a mis en place des systèmes de collecte des données sur l'utilisation des terres, la production vivrière et agricole et des systèmes d'information sur les marchés dans tout le pays.

J'ai également siégé à la Commission des prix agricoles pendant un certain nombre d'années. A ce titre, j'ai contribué à la préparation de rapports sur les politiques des prix pour les denrées alimentaires et les produits agricoles qui étaient ensuite soumis à l'examen du Gouvernement. Cette expérience diversifiée, d'abord en tant que conseiller en économie et en statistiques puis en tant que membre de la Commission des prix agricoles, m'a bien préparé par la suite à entrer à la FAO. Un bon nombre des dossiers que j'ai étudiés lorsque j'occupais ces deux postes présentent un lien direct avec les activités dans le domaine de la sécurité alimentaire mondiale, dont la portée s'est considérablement élargie au cours des dernières années.

A propos de votre expérience professionnelle, vous avez également parlé de journalisme. Qu'avez-vous fait dans votre carrière de journaliste?

Ram Saran: Je n'ai pas à proprement parler fait carrière de journaliste. Ma principale expérience dans ce domaine a été mon association au journal Food Policy (Oxford, Royaume-Uni), pour lequel je rédigeais une chronique intitulée "Monitor". Il s'agissait d'une revue de documents et de rapports analytiques sélectionnés provenant des organisations internationales basées à Rome, soit la FAO, le Programme alimentaire mondiale (PAM) et le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) ainsi que l'ancien Conseil mondial de l'alimentation.

En quoi a consisté votre travail de consultant sur les SICIAV?

Ram Saran: Je me suis surtout occupé de l'analyse des données nécessaires et des indicateurs qui pourraient être utilisés pour assurer le suivi de l'insécurité alimentaire dans différents groupes de pays à revenu faible et moyen. Je me suis surtout efforcé d'identifier les caractéristiques des populations en situation d'insécurité alimentaire dans un groupe homogène de pays dans chacune des quatre grandes régions concernées: Afrique, Asie, Amérique latine et Caraïbes et Communauté des Etats indépendants (CEI). Dans ces différents groupes de pays, les populations en situation d'insécurité alimentaire ne présentaient pas toutes les mêmes caractéristiques. Toutefois, dans toutes ces régions, on pouvait les classer dans les grandes catégories suivantes: petits paysans; paysans sans terre; nomades; squatters; métayers; groupes ethniques défavorisés; pêcheurs, chasseurs, forestiers et autres habitants de régions isolées; les autres ruraux pauvres; les citadins pauvres; et les réfugiés, les personnes déplacées et les victimes des tremblements de terre. En fonction des caractéristiques précises des populations en situation d'insécurité alimentaire dans chaque groupe de pays, des suggestions d'indicateurs à surveiller et de données à recueillir ont été formulées afin de suivre les évolutions positives ou négatives de la situation de sécurité alimentaire de ces groupes.

Comment voyez-vous votre affectation actuelle, après votre retraite de la FAO?

Ram Saran: Cette mission me donne l'occasion de demeurer actif sur le plan professionnel. Cela fait longtemps que j'écris des articles sur des problèmes économiques et je suis donc très reconnaissant à la FAO de m'engager à l'occasion à titre de consultant pour effectuer un travail analytique sur des dossiers d'économie agricole. Une autre raison qui m'incite à continuer de travailler avec la FAO est que cela m'aide à rester au service du monde en développement, dont je suis originaire, et à améliorer les économies agricoles auxquelles la FAO s'intéresse tout particulièrement.

Barbara Huddleston, quels sont les projets de la FAO pour le développement des SICIAV, à l'échelon national comme à l'échelon mondial, et quel échéancier envisagez-vous pour ce processus?

Barbara Huddleston: Tout d'abord, je tiens à souligner que les SICIAV sont une initiative qui a été prise en charge par un Groupe de travail interinstitutions dont la composition représente un vaste éventail d'organisations internationales désireuses d'améliorer la qualité des données disponibles pour faire face aux problèmes de l'insécurité alimentaire et de la dénutrition. La FAO joue le rôle de catalyseur pour le développement des SICIAV et c'est la raison pour laquelle elle assure le Secrétariat du Groupe de travail interinstitutions et facilite le flux d'information entre les différents partenaires.

La FAO a également prévu des ressources dans son Programme ordinaire de travail et budget pour 1998/99 pour la production de différents documents techniques et directives méthodologiques qui seront utilisés par les SICIAV nationaux et pour appuyer les efforts engagés pour relier les différentes bases de données internationales qui constitueront en fin de compte le SICIAV mondial.

En ce qui concerne le calendrier, la prochaine phase consistera à étudier les projets de directives pour les SICIAV nationaux au sein du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) au début du mois de juin. Ces directives ont été préparées par le Groupe interinstitutions sous l'égide de la FAO, avec la participation active d'experts nationaux provenant d'une douzaine de pays choisis dans le monde entier. Si le Comité donne son aval au travail qui a été effectué jusqu'à présent, la FAO et ses partenaires du Groupe interinstitutions commenceront en juillet 1998 à mettre en oeuvre un plan de travail pour venir en aide aux pays désireux de mettre en place un système national.

L'élaboration des systèmes sera un processus graduel et interactif. Un programme international de SICIAV coordonné par le Groupe interinstitutions mais associant les projets de développement des systèmes d'information des différentes institutions membres du Groupe permettra de fournir une assistance technique aux pays pour l'élaboration ou l'amélioration de leurs systèmes nationaux. Le Groupe de travail interinstitutions élaborera des normes de qualité à mesure que les travaux progresseront dans les pays. A mesure que des données améliorées seront disponibles, elles alimenteront le SICIAV mondial par le biais de bases de données internationales reliées entre elles. Ces données améliorées permettront des analyses plus poussées, à la fois à l'intérieur du pays et à l'échelon international et ces analyses seront vraisemblablement à l'origine de nouvelles questions et de nouveaux appels en faveur de données plus abondantes et de meilleure qualité.

En conclusion, vous pouvez constater qu'avec les SICIAV la FAO et ses nombreux partenaires se sont lancés dans une nouvelle phase de développement de l'information qui s'annonce passionnante et qui devrait faciliter la tâche de tous ceux qui sont soucieux de s'attaquer directement et efficacement aux problèmes de l'insécurité alimentaire et de la malnutrition que nous nous sommes donnés pour but d'éliminer.

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