Le bogue de l'an 2000 menace les systèmes d'approvisionnement alimentaire, y compris ceux des pays en développement


En quoi consiste le bogue de l'an 2000?

Voilà des années que les ordinateurs et programmes informatiques gagnent de la place en n'utilisant que deux chiffres pour représenter l'année- par exemple, 98 au lieu de 1998, en partant du principe que les deux autres chiffres étaient 19.
Lors du passage du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000, ce postulat ne sera plus valable et ses conséquences pourraient s'avérer désastreuses. Les ordinateurs ont besoin de la date pour ordonner et imprimer les fichiers et les données, effectuer des calculs et lancer des programmes.
On a déjà relevé divers problèmes dans un certain nombre de systémes:

  • les ordinateurs des usines de transformation des produits alimentaires et des entrepôts ont commandé des tonnes de nourriture qui seront détruites après avoir calculé que la période au cours de laquelle ces denrées pouvaient être consommées sans danger est révolue depuis près de 100 ans (en 1900);
  • les enregistreurs de caisse des supermarchés ont refusé des achats avec des cartes de crédit qui auraient expiré il y a un siècle.

Il y a de gros risques que lors du passage au prochain millénaire, des problèmes similaires surgissent simultanément dans le monde entier et compromettent les transactions individuelles et les systèmes internationaux.

Extrait de la brochure de la FAO: Food, agriculture and the millenium bug (alimentation, agriculture et bogue du millénaire).
Cliquer ici pour télécharger la version pdf (en anglais seulement)

Dans le monde entier, les ordinateurs contrôlent production alimentaire et systèmes de distribution
FAO/19486/G. Bizzarri

Le "bogue du millénaire" - ou problème informatique de l'an 2000 - qui pourrait jeter les ordinateurs dans le chaos au début du siècle prochain, pourrait avoir de graves répercussions sur les approvisionnements alimentaires des pays en développement. La FAO avertit "que tout du moins à court terme, le bogue de l'an 2000 pourrait avoir des effets tout aussi dévastateurs que les acridiens et la cicadelle brune, contre lesquels se battent les agriculteurs depuis des siècles." (voir encadré ci-contre)

Les gouvernements et les industries des pays en développement s'efforcent depuis des années de prévoir les effets potentiellement désastreux que pourraient avoir les systèmes informatiques et tout ce qu'ils contrôlent. Le coût total de la mise en conformité des systèmes avec l'an 2000 a été estimé à 600 milliards de dollars par le Gartner Group. Mais les pays en développement manquent généralement des ressources et des moyens de prendre les mêmes précautions. En particulier, on ne s'est guère soucié de la dépendance de l'agriculture et des systèmes d'approvisionnement alimentaire à l'égard des ordinateurs.

La FAO a averti que le bogue de l'an 2000 risque de poser un problème à l'ensemble de la chaîne alimentaire, des approvisionnements en semences jusqu'aux réseaux de distribution et aux systèmes d'information du marché: "Même les petits exploitants qui labourent leurs champs avec la traction animale font probablement appel à du matériel fabriqué dans des usines à technologie de pointe et transporté à des milliers de kilomètres grâce à des réseaux de transport informatisés." Côté production, ceci signifie que les intrants de base, comme les semences et les engrais, pourraient être en péril - de même que l'alimentation en eau pour l'irrigation et en électricité.

Les transports: le plus faible maillon de la chaîne alimentaire

Les dysfonctionnements de l'informatique pourraient également causer de graves problèmes après la récolte, au cours des phases de traitement, de commercialisation et de distribution, qui sont cruciales pour la sécurité alimentaire nationale et des ménages. La plupart des experts jugent que les transports sont le plus faible maillon de la chaîne alimentaire.

Dans de nombreux pays, les réseaux téléphoniques informatisés sont également réputés à risque. Agriculteurs, négociants et ministères font appel aux systèmes de télécommunications pour transmettre régulièrement des informations sur la météo, les prix et les expéditions. "Si on ne sait pas qui a besoin de céréales," s'enquiert Geri Guidetti, modérateur d'un forum sur Internet sur le bogue de l'an 2000 et l'agriculture, "si on ne connaît pas les cours mondiaux... qu'adviendra-t-il des échanges courants de céréales?"

Les effets possibles des problèmes liés au bogue de l'an 2000 sur la production agricole, les échanges et les transports menacent plus particulièrement les pays:

  • fortement tributaires des exportations de denrées agricoles en tant que source principale de revenus,
  • fortement dépendants des importations alimentaires et de l'aide alimentaire pour nourrir leurs populations.

Dispositifs d'intervention pour surmonter les défaillances des systèmes informatiques

La FAO a indiqué que, dans de nombreux cas, l'approche la plus plausible pourrait consister à consacrer un temps et des ressources limitées à élaborer et à lancer des dispositifs d'intervention pour minimiser les dysfonctionnements que les pays n'ont pas les moyens de prévenir. Ces mesures pourraient comprendre la diversification des sources d'approvisionnement et des services afin d'atténuer l'impact des défaillances d'un seul fournisseur, et des mesures pour veiller à la prompte identification des problèmes et la mise en place de systèmes de remplacement en cas de défaillance des systèmes informatiques.

Dans certains cas, les agriculteurs et les gouvernements pourraient décider de reconsidérer le niveau de leurs stocks alimentaires de sécurité et d'intrants agricoles de base. Mais la FAO met en garde contre le fait qu'il faut envisager cette éventualité avec le plus grand soin pour ne pas exacerber la "bogue-panique". En effet, l'accaparement de marchandises pourrait avoir des effets plus graves que les défaillances tant redoutées des ordinateurs.

19 avril 1999

 

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