|
Défendre la cause du manioc
Le manioc fait partie intégrante du régime alimentaire de plus d'un demi-milliard d'être humains. En dépit de son importance en tant que denrée vivrière de base dans de nombreux pays en développement, les politiques de développement agricole l'ont souvent ignoré. Pour défendre la cause du manioc, la FAO a organisé un forum d'experts agricoles afin de préparer un plan d'action pour la mise en oeuvre d'une Stratégie mondiale de développement du manioc, une initiative visant à promouvoir cette importante culture vivrière. Le forum, qui se tient au siège de la FAO à Rome du 25 au 28 avril, a été financé par le Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et le Centre de recherche pour le développement international (CRDI). La Stratégie mondiale de développement du manioc lancée par le FIDA a été préparée après une série de consultations avec les producteurs, les transformateurs de manioc, le secteur privé, les ministères, les organisations internationales et non gouvernementales, les centres techniques et de recherche et les organismes de donateurs. "Un vaste consensus a été dégagé sur le fait que le manioc peut encourager le développement rural, déclare Marcio Porto, Chef du Service des cultures et des herbages de la FAO. Tout le monde s'accorde également à reconnaître les mesures à prendre pour rendre le manioc plus compétitif sur les marchés intérieurs et internationaux. Il nous faut maintenant travailler de concert pour planifier les étapes qui nous porteront à atteindre ces buts". Avantages du maniocLes agriculteurs de subsistance connaissent depuis longtemps les avantages du manioc. Il pousse sur des sols médiocres de terres marginales où d'autres cultures sont impossibles. Il ne demande que très peu d'engrais, de pesticides et d'eau. En outre, vu qu'il peut être récolté à tout moment (entre 8 et 24 mois après la plantation), il peut être laissé en terre pour se prémunir contre des pénuries alimentaires imprévues. Comme le souligne M. Porto, "le manioc étant traditionnellement la culture des pauvres, développer son marché peut se traduire par des avantages économiques directs pour ceux qui en ont le plus besoin."
La production mondiale de manioc s'est élevée à plus 160 millions de tonnes en 1999, et la FAO estime qu'elle passera à près de 210 millions de tonnes d'ici à 2005. En moyenne, les agriculteurs produisent environ 10 tonnes de manioc par hectare, mais les rendements peuvent atteindre jusqu'à 40 tonnes. On estime que l'introduction de variétés à haut rendement, l'amélioration des techniques de lutte contre les ravageurs et les maladies et des méthodes de transformation pourrait accroître la production de manioc en Afrique de 150 pour cent. Le Ghana a montré combien l'amélioration de la culture du manioc peut aider à combattre la faim. Grâce en partie à un accroissement de près de 40 pour cent de la production, le Ghana a été en mesure de réduire la sous-alimentation plus rapidement que tout autre pays de la région entre 1980 et 1996. "L'expérience a montré que l'augmentation de la production et de la consommation de manioc peut être un moteur important pour le développement agricole dans les pays en développement", affirme M. Porto. De meilleures techniques de transformation sont essentiellesUne fois récolté, le manioc se détériore rapidement, de sorte qu'il doit être consommé ou traité très vite. Certaines variétés peuvent être mangées crues ou cuisinées comme les pommes de terre, mais la plupart d'entre elles ont des teneurs élevées en glucosides cyanogéniques qu'il faut éliminer avant consommation. Les toxines sont normalement éliminées de ces variétés amères en les épluchant ou en râpant la racine pour en faire une pulpe qui est ensuite mise à fermenter légèrement avant d'être pressée, séchée et grillée. Au Brésil, on l'appelle la "farinha de mandioca" et "gari" en Afrique de l'Ouest. Le gari représente 70 pour cent de la consommation totale de manioc du Nigéria. Dans d'autres régions d'Afrique, la pulpe de manioc fermentée est pilée et réduite en pâte, le "foo-foo". Pour que ces aliments traditionnels puissent devenir la base d'industries locales commercialement viables, il faudra des technologies de transformation nouvelles et améliorées. Les producteurs et les transformateurs commerciaux de manioc doivent trouver des moyens d'accroître la production, en réduisant les coûts de main-d'oeuvre et en améliorant la qualité du produit afin qu'il devienne compétitif par rapport aux céréales importées. La demande d'aliments traditionnels à base de manioc augmentera avec la croissance démographique dans les pays en développement, mais les tendances de consommation devraient changer à mesure que de plus en plus de ruraux se déplacent vers les villes. Les producteurs et les transformateurs de manioc devront répondre à la demande urbaine croissante d'aliments plus pratiques ou considérés comme plus modernes, comme le pain acheté à la boulangerie et les produits cuits au four à partir de farine de blé importée. L'essor de la farine de manioc de qualité supérieure pourrait aider de nombreux pays en développement à réduire leur dépendance à l'égard des céréales importées. D'après un rapport, en remplaçant 15 pour cent de farine de blé par de la farine de manioc, le Nigéria pourrait économiser près de 15 millions de dollars par an en devises étrangères. En Jamaïque, les boulangers qui font le "pain bammy" à partir de farine de manioc ont réussi à se tailler une part du marché lucrative. "En deux mots, de nombreux gouvernements pourraient faire des économies en investissant dans le développement de leur industrie commerciale du manioc", affirme M. Porto. Par ailleurs, les pays d'Amérique latine, en particulier le Brésil et la Colombie, ont fait des progrès dans le développement et la commercialisation d'aliments à base de manioc, comme les chips et les plats congelés prêts à servir. L'engouement pour les produits manufacturés à base de manioc s'est traduit au Brésil par la création de chaînes de franchising avec 141 boutiques dans tout le pays, comme le groupe "Casa do Pão de Queijo", qui vend du pain de manioc au fromage et du café. Aliments pour animaux, fécule industrielleEn Asie, où le riz est la denrée vivrière de base principale, la production commerciale de manioc s'est axée sur l'alimentation animale, principalement sous forme de cossettes et granulés pour l'exportation. C'est la Thaïlande qui a ouvert la voie. Au cours des 30 dernières années, grâce à des partenariats efficaces entre le secteur public et privé et des politiques gouvernementales judicieuses, une industrie du manioc compétitive a été mise en place à partir de zéro ou presque. En 1995, la Thaïlande a exporté 3,3 millions de tonnes de granulés de manioc, pour l'essentiel vers l'Union européenne.
En Afrique et en Amérique latine, le marché intérieur d'aliments pour animaux à base de manioc offre de bonnes possibilités de croissance. Plus de 30 pour cent du manioc produit en Amérique latine est utilisé pour l'alimentation animale intérieure, contre moins de 2 pour cent en Afrique. Au Cameroun , la recherche a montré que les éleveurs de volaille pourraient abaisser leurs coûts de production de 40 pour cent en insérant du manioc dans l'alimentation de leurs animaux. L'Asie est également bien avancée dans la production de fécules dérivées du manioc. La fécule de manioc a des propriétés exceptionnelles, comme son taux de viscosité élevé et sa résistance au gel, qui la rendent compétitive par rapport à d'autres fécules industrielles. Il faut entreprendre d'autres recherches sur le développement et la commercialisation de fécules à base de manioc. Accent sur l'information"Ce forum met l'accent sur l'information, déclare M. Porto. Il est important pour nous de faire passer le message sur l'importance du manioc à des millions et des millions de familles en Afrique, en Asie, en Amérique latine et aux Caraïbes, et sur sa contribution potentielle au bien-être de millions de producteurs et de transformateurs de manioc". Toutefois, comme le souligne M. Porto, il ne suffit pas de sensibiliser l'opinion publique. "Chacun a un rôle à jouer dans l'essor de l'industrie du manioc, notamment les gouvernements, les producteurs et les transformateurs; tous doivent être mieux informés". Les organismes de donateurs doivent aussi en savoir plus sur les projets de développement en cours sur le manioc afin d'éviter le chevauchement des efforts."
26 avril 2000
Suggestions?: Webmaster@fao.org |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||