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Vingt ans après la découverte du SIDA, faisons le point
L'épidémie du VIH/SIDA est en train d'anéantir des décennies de développement économique et social dans le monde en développement qui abrite 95 pour cent des personnes porteuses du virus. Afin de stimuler une action aux niveaux les plus élevés et donner à cette crise planétaire l'attention qu'elle mérite, l'Assemblée générale de l'ONU a convoqué une Session extraordinaire sur le sida du 25 au 27 juin. Le Directeur général de la FAO, M. Jacques Diouf, participe à la réunion pour manifester son inquiétude sur l'impact de la maladie sur sécurité alimentaire et développement rural. Marcela Villarreal, Chef du Service de population et chargée de liaison de la FAO pour le SIDA, répond aux questions sur la Session extraordinaire et la situation dans les pays les plus touchés. pp Marcela
Villarreal, coordonnatrice de la FAO pour le
VIH/SIDA (FAO/G.Diana) Pourquoi l'Assemblée générale de l'ONU tient-elle une session extraordinaire sur le VIH/SIDA maintenant? Exactement vingt ans se sont découlés depuis l'apparition des premiers signes cliniques du SIDA. A l'époque, le SIDA était considéré comme un problème sanitaire difficile. Aujourd'hui, nous savons qu'il peut avoir des répercussions sur tous les aspects du développement dont il est devenu un des grands problèmes. Sans un effort concerté de la part des gouvernements, de la société civile, des ONG et de la communauté internationale, nous ne serons pas en mesure d'en affronter les conséquences. La Session extraordinaire de l'ONU entend renforcer cette prise de conscience et promouvoir une conduite nationale appropriée de la lutte contre la maladie. Le SIDA est-il une question de santé ou une question de développement? Lorsque moins d'un pour cent de la population est touché, l'effet est principalement au niveau des ménages et nous pouvons affirmer qu'il s'agit d'un problème essentiellement sanitaire, qu'affronte le Ministère de la santé compétent. Lorsqu'une certaine proportion de la population est touchée, le VIH/SIDA devient un problème de développement et tous les secteurs doivent être impliqués dans une intervention coordonnée. Le Ministère de l'agriculture joue un rôle prépondérant dans cette intervention, étant donné que dans les pays les plus atteints, jusqu'à 80 pour cent de la population dépend de l'agriculture. Qui aurait pensé, il y a vingt ans, que le SIDA pourrait devenir une menace au développement et au tissu même de la société, comme nous le constatons désormais dans des régions comme l'Afrique subsaharienne? Dans les communautés les plus frappées, des tranches d'âge entières ont été emportées par la maladie et d'innombrables enfants sont orphelins. Les enfants ne reçoivent pas les techniques de base et les connaissances qui leur permettraient de devenir des membres productifs de la société. Le mandat de la FAO couvre la sécurité alimentaire et le développement rural. Que disent les Etats membres sur le VIH/SIDA? Les Etats membres nous ont demandé, lors de la récente réunion de notre Comité de la sécurité alimentaire mondiale, d'approfondir l'impact du SIDA sur la sécurité alimentaire en analysant ses conséquences sur les hommes et les femmes, les droits de l'homme et le cercle vicieux de la pauvreté, de l'insécurité alimentaire et du VIH/SIDA. Nos membres souhaitent que la FAO mesure et suive l'impact de l'épidémie sur la sécurité alimentaire. La maladie a-t-elle un impact différent sur les hommes et sur les femmes? p - Comment la maladie influe-t-elle sur la sécurité alimentaire? Nous avons maintenant une idée plus précise de l'impact du VIH/SIDA sur la sécurité alimentaire au niveau des ménages, des communautés et des pays. Il influe sur la capacité du ménage de produire de la nourriture, car ce sont les groupes d'âge productifs qui paient le plus lourd tribut au sida. Il crée une pénurie de main-d'uvre, très ressentie parmi les travailleurs agricoles. Les savoirs sur les méthodes d'exploitation peuvent se perdre lorsque ceux-ci meurent. La maladie appauvrit les familles, limitant leur capacité d'acheter de la nourriture. Lorsque chaque famille doit s'occuper d'un membre malade du sida, c'est la capacité de toute la communauté à produire et à acheter de la nourriture qui est ébranlée, car les voisins sont trop accablés eux-mêmes pour offrir une aide sous forme d'aliments, de prêts ou de coup de main dans les champs. Enfin, au niveau national, le VIH/SIDA compromet la capacité des pays d'importer de la nourriture: on estime qu'en Afrique la maladie a réduit la croissance du PIB par habitant d'un pour cent par an. Comment la FAO réagit-elle à cette menace?
Comment prévient-on la propagation de la maladie? Les ruraux des pays en développement - qui ont généralement un accès limité à l'information et de faibles niveaux d'alphabétisation - sont plus vulnérables à la maladie. La FAO est en train d'expérimenter une approche basée sur les réseaux existants d'agriculteurs pour l'éducation au SIDA dans le sud-ouest du Cambodge. La méthode est fondée sur le modèle des Ecoles de terrain pour agriculteurs, où des associations d'agriculteurs apprennent des méthodes sûres de défendre leurs cultures des ravageurs. Les agriculteurs ont désormais constitué des Ecoles de la vie, où ils ont adopté des méthodes analytiques similaires pour apprendre le comportement humain et la prévention du sida. Cette approche de groupe responsabilise les ruraux, en leur permettant de résoudre leurs problèmes comme ils l'entendent. 25 juin 2001
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