Libérer les forêts des conflits

Une forêt peut être source de nombreux conflits entre usagers. Dans le sud-ouest de la Chine, 18 études de cas concernant des conflits sur la gestion des ressources forestières ont été rassemblées. (FAO/10781/A. Wolstad)

Un groupe de femmes Naxi du village de Yulung dégage les problèmes liés à l'utilisation de la forêt locale. Leurs observations sont utilisées dans une des études de cas. (FAO/E. Nielsen)

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Les parties prenantes mettent en commun les résultats et les leçons apprises des études de cas (FAO/E.  Nielsen)

Pendant de nombreuses années, les 700 familles du village de Yonghe dans la Province chinoise du Sichuan ont vécu en parfaite harmonie avec la forêt voisine. Les femmes ramassaient les herbes aromatiques et les champignons, les hommes chassaient, le bétail paissait tranquillement et une entreprise locale exploitait le bois d'œuvre. Puis la forêt fut proclamée réserve naturelle et l'an dernier, les autorités l'ont clôturée et des agents ont été engagés pour la surveiller. Les villageois se sont mis en colère, ont abattu des clôtures et un conflit a menacé d'éclater.

Cette situation n'est pas unique. Chaque jour dans le monde entier, des désaccords et des conflits naissent sur l'accès, le contrôle et l'utilisation des ressources naturelles. Il peut s'agir d'un conflit entre communautés voisines pour l'accès à une zone forestière, d'un différend entre groupes locaux pour le contrôle de leur source d'eau commune ou une querelle entre multinationales et organismes de développement internationaux sur l'utilisation et la gestion de grandes superficies boisées.

Le Programme de gestion des conflits sur les ressources naturelles de la FAO est maintenant en train de mettre au point des méthodes pour les résoudre.

"Les différentes parties prenantes ont des intérêts divergents dans l'utilisation des ressources, qui ne peuvent tous être satisfaits en permanence", explique Erik Nielsen, coordonnateur du programme. Le programme, opérationnel depuis 1992, sert de "base de connaissances", offrant méthodes, outils et matériels de formation dont les communautés et les organisations ont besoin pour affronter ou prévenir les conflits. "Nous ne nous chargeons pas de résoudre les conflits, comme par exemple dans le cas du Yonghe", explique M. Nielsen. Il souligne que toutes les méthodes et les outils appliqués sont profondément ancrés dans les contextes réels, comme dans le cas du conflit en Chine.

Dans le cadre des initiatives de renforcement des capacités locales de gestion des conflits, des habitants des provinces de Yunnan, Sichuan et Guizhou, dans le sud-ouest de la Chine, viennent juste de finir de rassembler 18 études de cas concernant des conflits portant sur la gestion des ressources forestières. Des représentants des villages ainsi que des administrations locales, des universités, des centres de formation et des ONG ont collaboré au programme. Certains des conflits portent sur les utilisations divergentes des ressources forestières, d'autres concernent l'accès aux forêts, ou bien encore l'exclusion des intéressés dans les décisions liées à l'utilisation des ressources.

La mise au point des études de cas est la première phase d'un programme triennal financé par la Fondation Ford, avec un appui technique de la FAO. Le but est de permettre aux communautés locales, aux institutions provinciales et aux organismes gouvernementaux de gérer les conflits sur les ressources forestières afin de garantir des moyens d'existence durables aux ruraux.

"Il est relativement rare que des parties prenantes ayant des profils aussi différents travaillent ensemble", explique M. Nielsen. Les médias chinois ont suivi le programme de près, et les autorités nationales sont très impressionnées tant par le processus que par les études de cas. "Les sujets abordés sont cruciaux pour la Chine", a déclaré Mme Zhang Lei, Vice-Directrice générale du Centre de recherche national pour le développement et l'économie des forêts, lorsque les études de cas ont été présentées . "Si les parties prenantes trouvent des instruments et des solutions de gestion pour résoudre les conflits dans le sud-ouest de la Chine, cette approche peut également être appliquée au reste du pays."

La deuxième phase du projet vient de démarrer. Deux ensembles de matériels de formation seront mis au point: un pour les intéressés locaux (associations d'agriculteurs, ONG et universités) et l'autre à l'intention des responsables politiques et gouvernementaux. La troisième et dernière phase dispensera une formation en gestion des conflits: techniques de négociation, de médiation et de facilitation.

"La FAO fournit la méthodologie générale et des exemples d'expériences dans d'autres régions, ajoute M. Nielsen. Mais ce sont les parties prenantes qui identifieront les besoins de formation, prépareront les matériels et, au cours de la dernière phase, dispenseront la formation. C'est la seule manière d'obtenir un processus qui dure dans le temps".

M. Nielsen est convaincu que l'expérience de la Chine s'avèrera utile dans d'autres projets de gestion des conflits sur les ressources naturelles. "Nous constatons que de plus en plus de conflits naissent pour la gestion des ressources, en particulier dans les pays en voie de décentralisation ou de démocratisation, dit-il. Les communautés locales ont désormais un besoin majeur - et davantage d'occasions - de participer à la prise de décisions. Elles exigent d'avoir voix au chapitre et veulent participer à la gestion de leurs ressources et nous pouvons leur offrir les moyens de réaliser leurs aspirations".

13 juillet 2001

 

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