Radio rurale: le Web pour l'Afrique


Les radios rurale et communautaire en Afrique atteignent actuellement un public beaucoup plus vaste qu'Internet ou la télévision
(Photo: FAO/S.Oumar)

Martin Sanaingo'o Kariongi Ole Sanago, un radiodiffuseur de Olkonerei FM à Maasailand (République-Unie de Tanzanie) a une chose en tête: "Nous devons faire arriver l'information sur la sécurité alimentaire à la base, aux personnes qui en ont besoin".

Ce sentiment était partagé par ses quatre collègues des stations de radio communautaire du Mali, du Niger et de l'Afrique du Sud, lors d'un récent atelier sur la radio rurale et la sécurité alimentaire tenu au siège de la FAO à Rome. Leur but était d'identifier les besoins d'information des auditeurs pauvres d'Afrique et les principaux obstacles.

Ces cinq personnes viennent de régions très différentes mais sont confrontées à des problèmes communs et poursuivent un but commun: aider les gens à atteindre la sécurité alimentaire pour qu'ils puissent dépasser le stade de la subsistance. "Nous voulons aider nos peuples à améliorer leurs conditions de vie", a expliqué Dramane Bagayoko de la Radio Djamena Foko du Mali. "Et il faut avoir le ventre plein pour y parvenir."  

Kady Souley Boncano est un radio diffuseur de Radio Anfani au Niger. Elle expose ici quelques-uns des obstacles qui entravent l'accès des femmes à la radio. Cliquer ici pour l'écouter en mp3 (1.2Mb, 2'45")

Martin Sanaingo'o Kariongi Ole Sanago est un radio diffuseur d'Olkonerei FM à Maasailand (Tanzanie). Il décrit ici les problèmes techniques de la radio communautaire. Cliquer ici pour l'écouter en mp3 (944Kb, 2'01", en anglais)

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Et Jean-Pierre Ilboudo, expert du Service de vulgarisation, d'éducation et communication de la FAO, ajoute: "La radio communautaire est l'internet de l'Afrique. Elle touche le public le plus important: les analphabètes et les gens qui ont faim".

A l'écoute des besoins des personnes sous-alimentées

La FAO a décidé de fournir une aide pratique et ciblée, en collaboration avec deux organisations non gouvernementales spécialisées dans la radio communautaire. L'Association mondiale des radios communautaires (AMARC) et le Réseau de radios rurales des pays en développement (DCFRN), montre comment produire des émissions de radio et écrire des scénarios dans le but d'améliorer la sécurité alimentaire et la santé. Les trois organisations ont signé un protocole d'accord pour concevoir des programmes de formation destinés aux radiodiffuseurs des stations communautaires.

Elles mettront également en place une agence de presse sur la sécurité alimentaire avec des correspondants des stations adhérant à l'AMARC, au départ en Afrique puis dans le monde entier. Le service diffusera l'information fournie par la FAO et adaptée aux besoins spécifiques de la production radiophonique.

L'AMARC se penche généralement sur les questions de droits civils, mais n'en oublie pas la sécurité alimentaire pour autant. "Nous parlons du droit de la population d'être informée et d'avoir voix aux chapitre sur les problèmes de sécurité alimentaire", dit la directrice d'AMARC Afrique, Michelle Ntab. "C'est un droit que les membres de la FAO doivent appuyer, non pas seulement avec des mots mais aussi avec une législation et des fonds."

Les mots suivis d'actions

"Il faut se mettre à l'écoute de ceux qui produisent la nourriture. Ensuite, nous serons à même de produire des informations qu'ils voudront écouter."

 

D'après Mme Ntab, les gouvernements font souvent semblant de soutenir les radios communautaires. Elle pense que ceci est dû au fait que les gouvernements craignent que la radio puisse offrir une autonomisation à des groupes qui n'avaient pas voix au chapitre. Les stations sont généralement situées dans des régions où la corruption et l'accès inégal à la terre et aux ressources sont au cœur de l'insécurité alimentaire. "La radio communautaire est une question d'émancipation", explique Mme Ntab. "Ce micro change la vie".

La radio communautaire parle aussi des femmes, souligne Kady Souley Boncano, de la Radio Anfani du Niger. "Lorsque j'interviewe des femmes, je dois souvent me cacher car les hommes ne veulent pas leur donner la parole", dit-elle. "Mais les femmes sont celles qui produisent la nourriture! La plupart d'entre elles sont analphabètes, et si personne ne leur dit quelles sont les bonnes semences, elles continueront éternellement à semer les mauvaises".

La radio communautaire s'adressant avant tout aux pauvres, les financements du secteur privé sont rares. "Les publicitaires ne prennent pas en considération nos auditeurs", explique Letsatsi Sathekge de la Radio Turf (Afrique du Sud). "Nous ne sommes pas payés, les personnes qualifiées vont donc travailler dans la radio commerciale".

Des barrages sur l'autoroute de l'information

"Nous avons un petit générateur, de sorte que nous ne pouvons diffuser que 10 heures par jour", ajoute Abdoul Karim Sow de la Radio Jamana Nioro du Sahel (Niger). "Et nous n'avons pas d'ordinateur."

 

La plupart des stations de radio communautaire, comme celle-ci au Mali, manquent de fonds et la majorité des travailleurs du secteur sont des volontaires sans formation
(Photo: FAO/S.Oumar)

M. Sanago non plus; d'ailleurs, il n'a même pas de téléphone. Chaque semaine, il parcourt 100 km pour se rendre à Arusha pour se connecter à internet, mais il ne peut pas se permettre de naviguer. Et pourtant ces cinq diffuseurs sont venus à Rome car leurs stations ont pu renvoyer des réponses à des questionnaires envoyés des semaines avant l'atelier &endash; et ils étaient tous suffisamment instruits pour remplir le questionnaire. "Les stations représentées ici sont, en quelque sorte, privilégiées", déclare M. Ilboudo.

Durant l'atelier, un site internet consacré à la radio communautaire a été lancé, mais pour le moment, il n'a qu'un petit rôle à jouer car les réseaux sont trop limités et coûteux. Paradoxalement, les limites du Web ont forcé des gens à reconnaître les avantages de la radio. "Les gens retournent à la radio," fait remarquer Nancy Bennett du DCFRN. "Mais très peu a été investi sur les diffuseurs eux-mêmes." La formation est donc un volet primordial du plan stratégique.

"La plupart des stations de radio rurale obtiennent leurs informations des sources gouvernementales et des ONG", indique M. Ilboudo. "Mais elles ne savent pas comment concilier les voix de la communauté avec les informations officielles. Nous voulons leur apprendre à transformer une fiche de données en un scénario radiophonique. L'Afrique est tellement imprégnée de culture orale que la seule limite est la créativité des gens. Et ils n'en manquent pas".

Résoudre les problèmes ruraux

La radio communautaire doit résoudre des problèmes. "Lorsque les vaches sont malades, les gens doivent savoir comment les soigner", dit M. Sanago. "Si la radio ne le leur dit pas, ils ne l'écouteront pas".

C'est là le point crucial de la radio communautaire. "Nous devons comprendre les informations techniques pour les transformer en radio", fait remarquer M. Sathekge.

La moitié du travail de communication doit être fait à Rome et dans les bureaux de la FAO sur le terrain, explique M. Ilboudo, et il s'est engagé à ce que l'Organisation œuvre dans ce sens. "Il faut que nous nous mettions à l'écoute de ceux qui produisent la nourriture," dit M. Ilboudo. "Ensuite, nous serons à même de produire des informations qu'ils voudront écouter."

Les gens écoutent Olkonerei FM. Et la station elle-même, en offrant une expérience de travail, remplit un rôle important en comblant le fossé entre l'éleveur traditionnel et une économie monétaire. "La radio fait partie des deux mondes", dit M. Sanago. "Si elle n'est pas partagée par les deux à la fois, elle ne fait que parler dans le vide".

18 décembre 2001

 

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