Déclaration du Directeur général à la Vingtième Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique, Addis Abeba, 16-20 février 1998


 

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences,
Mesdames, Messieurs,

 

C'est toujours avec émotion que je me retrouve en Ethiopie, berceau de l'humanité, berceau de l 'Afrique; pays qui illustre à lui seul toute la diversité, la richesse et le potentiel du continent mais aussi les défis auxquels il doit faire face au niveau de la sécurité alimentaire comme de l'utilisation durable des ressources naturelles; un pays dont le peuple et le gouvernement font preuve d'un courage exceptionnel pour faire face à ces défis.

Permettez-moi, monsieur le Président, au nom de tous les participants à cette Conférence, de remercier les hautes autorités éthiopiennes pour leur accueil chaleureux et leur fraternelle hospitalité.

La tenue de cette réunion à Addis Abeba est aussi symbolique car l'Organisation de l'Unité africaine et la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique qui nous abrite aujourd'hui, y ont leur siège. Ces deux institutions sont des partenaires d'une grande importance dans la lutte commune pour le développement économique et social du continent et la FAO est soucieuse de renforcer les excellentes relations de coopération qu'elle entretient avec elles.

Excellences, mesdames, messieurs

Il y a juste trois mois se tenait à Rome la Conférence générale de la FAO qui a notamment examiné la situation de l'alimentation et de l'agriculture au niveau mondial et les activités passées et futures de l'Organisation.

Situation de l'agriculture et de l'alimentation dans le monde

Au plan global, la croissance de l'économie mondiale en 1997 s'est située à un bon niveau, environ 4,2 pour cent. La situation de l'agriculture et de l'alimentation présente cependant des aspects contrastés. L'augmentation de la production agricole en 1997 est estimée à 1,1 pour cent seulement. Les stocks de céréales demeurent en dessous du seuil de sécurité. De surcroît l'aide au développement a stagné ces dernières années autour d'une valeur nominale de 60 milliards de dollars et s'est donc amenuisée en termes réels alors que la part destinée au secteur agricole a connu une forte réduction en passant de 16 milliards de dollars en 1988 à environ 10 milliards en 1996.

Mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet

La vie de l'Organisation au cours du biennium précédent a été marquée par la tenue du Sommet mondial de l'alimentation en novembre 1996. Plusieurs initiatives ont d'ores et déjà été entreprises par l'Organisation pour mettre en oeuvre le Plan d'action adopté par le Sommet:

des propositions de stratégies nationales pour l'agriculture et la sécurité alimentaire vers l'an 2010 ont été préparées avec les gouvernements de 150 Etats membres en développement et en transition, dont tous les pays d'Afrique;

le Programme spécial pour la sécurité alimentaire est opérationnel dans 29 pays, dont 17 en Afrique et en formulation dans 40 autres, 19 en Afrique;

le Programme de lutte contre les ravageurs et les maladies transfrontières des plantes et des animaux a connu de nombreux succès, notamment contre la peste bovine et le criquet pèlerin dans les régions les plus menacées par ces fléaux, en particulier en Afrique;

enfin, le Système d'information et de cartographie sur l'insécurité et la vulnérabilité alimentaires a été mis en place.

Parallèlement, l'Organisation a poursuivi son assistance aux Etats membres en développement pour la mise en oeuvre des accords de Marrakech en organisant des séminaires régionaux et en exécutant des projets nationaux. Cette assistance a porté sur les politiques agricoles, les perspectives ouvertes par la "Décision sur les mesures concernant les possibles effets négatifs du programme de réforme sur les pays les moins développés importateurs nets d'aliments", les droits de propriété intellectuelle, les mesures sanitaires et phytosanitaires, les obstacles techniques au commerce et les normes internationales du Codex Alimentarius. En outre, l'Organisation renforcera son action pour aider à la préparation des négociations commerciales futures, en collaboration étroite avec l'OMC, la Banque mondiale et la CNUCED.

Pour mobiliser la société civile, conformément aux directives adoptées par le Sommet, la FAO a encouragé le lancement de campagnes "de la nourriture pour tous". Plusieurs pays ont déjà entrepris un processus de concertation au niveau national à cet effet. L'opération "TeleFood 1997" a sensibilisé aux problèmes de la faim et de la malnutrition environ 500 millions de téléspectateurs d'une centaine de chaînes de télévision dans plus de soixante-dix pays et a jeté les bases d'un système de collecte de fonds qui permettra dès cette année de financer des petits projets d'assistance directe aux communautés rurales des pays en développement pour les aider à améliorer leur production. Comme approuvé par la dernière Conférence de la FAO, l'opération TeleFood sera organisée chaque année dans le cadre de la Journée mondiale de l'alimentation. La prochaine opération aura lieu du 16 au 18 octobre 1998 et son envergure dépassera celle de 1997.

Enfin, la coopération inter-agences pour la mise en oeuvre du Plan d'action du Sommet a été mise en place notamment avec l'établissement d'un Réseau sur le développement rural et la sécurité alimentaire animé par la FAO et le FIDA. Le dispositif de suivi du Plan d'action du Sommet est en place, et le Comité de la sécurité alimentaire mondiale examinera à sa prochaine session les résultats obtenus comme vous le ferez vous-même pour la région.

Autres réalisations

Parmi les autres actions entreprises par la FAO au cours du biennium 1996/97 qui ont une incidence pour toutes les régions, je mentionnerai:

  • Dans le domaine de l'utilisation durable des ressources naturelles, l'adoption du Plan d'action mondial de la Conférence technique internationale sur les ressources phytogénétiques et la révision de la Convention internationale sur la protection des végétaux
  • Pour les forêts, des programmes focalisés sur la contribution du secteur à la sécurité alimentaire, la gestion efficace et responsable des ressources et l'équilibre entre les valeurs économiques, écologiques et sociales des forêts; l'aide à l'élaboration de programmes forestiers nationaux; l'appui au Groupe intergouvernemental des Nations Unies sur les forêts et au onzième Congrès forestier mondial tenu à l'invitation de la Turquie.
  • Pour les pêches et l'aquaculture, et dans le cadre du Plan d'action de Kyoto sur la contribution durable des pêches à la sécurité alimentaire et du Code de conduite pour une pêche responsable, le renforcement des organes régionaux et la tenue de 21 consultations techniques sur la gestion des ressources halieutiques marines de différentes régions. Les travaux sur les ressources génétiques aquicoles ont été intensifiés et des études ont été conduites sur l'impact du phénomène "El Niño".

Elaboration, analyse et dissémination d'information

Le rapport annuel sur la Situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture reste le principal véhicule d'information générale sur le secteur, avec désormais une section consacrée à l'évolution de la sécurité alimentaire à la suite du Sommet. S'y ajoutent La Situation mondiale des pêches et de l'aquaculture et La Situation mondiale des forêts. La Sixième Enquête mondiale sur l'alimentation a été publiée en 1996. Pour l'évolution à long terme de l'agriculture et de la sécurité alimentaire mondiales, une étude sera entreprise sur l'évolution probable à l'horizon 2015, avec une évaluation moins détaillée à l'horizon 2030.

Techniques modernes d'information et de télécommunication

Au niveau de la dissémination de l'information , l'utilisation des technologies modernes a permis de rationaliser et de moderniser les systèmes tout en réduisant les coûts. Le Centre mondial d'information agricole (WAICENT) offre désormais un accès facile à des informations essentielles pour la sécurité alimentaire et le développement rural durable: FAOSTAT pour les données statistiques, FAOINFO pour les informations en forme textuelle, et FAOSIS pour les systèmes d'information spécialisés, notamment sur les ressources génétiques animales et les pesticides et le Système mondial d'information et d'alerte rapide.

Le "site" FAO sur Internet enregistre plus d'un million de visites par mois et dissémine ses informations aux utilisateurs anglophones, arabophones, hispanophones et francophones. Pour assurer l'accès à WAICENT là où l'usage d'Internet n'est pas encore aisé ni très répandu, 2000 CD-ROM ont été distribués dans tous les pays membres. En 1998-99 ces services seront encore élargis, pour développer la capacité des Etats membres à utiliser toute la richesse documentaire de la FAO.

Participation populaire et rôle des femmes

Dans le cadre de la pleine participation de tous les membres de la société à la réalisation de l'objectif commun: la nourriture pour tous, les actions en faveur des femmes ont reçu la priorité. Tous les départements techniques de la FAO ont été requis de tenir compte de la parité homme/femme dans leurs programmes et projets. Le Programme spécial pour la sécurité alimentaire devrait permettre d'améliorer l'accès des femmes rurales aux technologies, aux intrants et au crédit et dans ce but un accent particulier est donné à l'aviculture et aux cultures maraîchères.

Partenariats

Pour assurer la mise en oeuvre l'ensemble de ses programmes dans un contexte de restriction budgétaire, l'Organisation a renforcé la coordination et la coopération avec ses partenaires, en particulier avec la Banque mondiale et les banques régionales par de nouveaux accords, notamment pour la mise en oeuvre du Programme spécial pour la sécurité alimentaire; avec les institutions agricoles et alimentaires ayant leur siège à Rome, le FIDA et le PAM; avec le Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale, son Comité technique consultatif et ses instituts; avec les autres agences du système des Nations Unies dans le cadre du Comité administratif de coordination; et avec le secteur privé et la communauté des organisations non gouvernementales.

En outre, les activités de coopération avec de nombreux Etats Membres se sont multipliées. Depuis trois ans, quelque 1300 experts ont participé à l'exécution de programmes de la FAO dans le cadre des accords pour la coopération entre pays en développement ou en transition, la coopération avec les institutions académiques et de recherche, et l'utilisation des retraités. Pour appuyer le Programme spécial pour la sécurité alimentaire, plusieurs accords de coopération Sud-Sud ont permis à des pays en développement plus avancés de fournir, avec le soutien de l'Organisation, une masse critique de techniciens de terrain au niveau des communautés rurales d'autres pays en développement. Six pays africains bénéficient ou bénéficieront prochainement de ces accords qui se multiplieront. Enfin, pour renforcer les capacités nationales, la FAO explore les possibilités de formation offertes dans les domaines de son mandat par les Etats membres aux profit d'étudiants et stagiaires de pays en développement, et emploiera, dans la mesure des ressources disponibles, des jeunes professionnels, pour ajouter une expérience pratique à leur formation théorique.

Investissement

La promotion de l'investissement dans le secteur agricole est un objectif permanent de la FAO. En 1995 et 1996, le Centre d'investissement a préparé 31 projets d'investissement en Afrique d'une valeur totale de 1,25 milliards de dollars dont 762 millions de crédits externes. En 1997, 18 projets ont été approuvés pour un total de 478 millions de dollars dont 328 millions de prêts.

Le Programme de coopération technique de la FAO conserve un rôle catalyseur très important grâce à ses caractéristiques: rapidité d'approbation, durée limitée des projets, faibles coûts et orientation pratique. En 1996-97, 168 nouveaux projets ont été mis en oeuvre en Afrique.

Restructuration et décentralisation

La restructuration de la FAO a été poursuivie dans des conditions de grande sévérité budgétaire, tout en recherchant des économies et une meilleure efficacité par la décentralisation.

En parallèle avec la réduction des effectifs, ramenés de 4.185 postes en janvier 1994 à 3.599 postes en janvier 1998, des économies annuelles de 25 millions de dollars ont été réalisées sur les coûts des voyages, traductions, publications et réunions. Une attention croissante est portée à la formation du personnel, au renforcement du cadre féminin et à une représentation équitable des pays membres: les pays non représentés au sein du personnel sont passés de 54 en janvier 1994 à 29 en janvier 1998, compte tenu des recrutements en cours.

La décentralisation est en cours d'achèvement: tous les nouveaux bureaux de liaison et bureaux sous-régionaux sont ouverts; les bureaux régionaux ont été renforcés; les dernières équipes opérationnelles font mouvement; la couverture des Etats membres par le réseau des représentants de la FAO s'améliore encore grâce aux accréditations multiples et à l'utilisation des Agents nationaux de programme et des Correspondants nationaux. A présent, 39 pour cent du total des effectifs sont affectés aux bureaux décentralisés. La décentralisation en matière d'assistance aux politiques et d'opération des projets permettra à la FAO d'être plus à l'écoute des besoins de ses Etats membres.

La restructuration s'accompagne d'une délégation de responsabilités opérationnelles, administratives et financières vers les départements du siège et les équipes de terrain, incluant notamment la création des unités administratives de soutien, et le renforcement des contrôles d'audit dans tous les bureaux des régions, sous-régions et pays.

Programme de travail et budget 1998/99

Pour conclure ce tour d'horizon de ce qui a marqué la vie de l'Organisation au cours des deux dernières années, je rappellerai que la Conférence a approuvé un Programme de travail et budget à croissance nominale zéro pour 1998/99. Cela signifie en termes réels une réduction de 3,7 pour cent. Toutefois, malgré cette contrainte budgétaire, l'Organisation dispose d'un programme qui a reçu l'appui unanime et qui contrairement aux deux exercices précédents n'aura pas besoin d'être ajusté. Je crois pouvoir dire que l'Organisation a traversé avec succès la phase des réformes et qu'elle peut envisager l'avenir avec confiance et s'atteler avec détermination à la tâche qui lui a été confiée: contribuer à assurer une sécurité alimentaire durable pour tous.

La situation en Afrique

Monsieur le Président,

Lors de la dernière Conférence régionale de la FAO pour l'Afrique, j'avais attiré l'attention sur la dégradation de la sécurité alimentaire sur le continent. Cette situation, malheureusement, ne s'est pas améliorée et, dans certains pays, elle a même empiré. En effet après de bons résultats en 1996, l'année 1997 a connu un fléchissement particulièrement important de la production agricole en Afrique du Nord alors que la croissance de la production n'a été que de 0,4 pour cent dans la région subsaharienne.

Parmi les raisons qui peuvent être invoquées pour expliquer cet état de chose, il faut mentionner les catastrophes naturelles, telles que les inondations, la sécheresse, les épizooties et les conflits armés entraînant des déplacements importants de populations rurales qui, dans les cas extrêmes, deviennent des réfugiés. Ces calamités entraînent des situations nutritionnelles d'une très grande précarité tant sur le plan quantitatif que qualitatif, surtout parmi les femmes et les enfants.

Par ailleurs, la croissance démographique du continent, avec un taux de près de 3% par an, reste l'une des plus élevées du monde. A ce rythme, les projections récentes des Nations Unies indiquent que la population africaine va pratiquement tripler en 2050, passant de 758 millions actuellement à environ 2 milliards. Avec une population en si forte croissance, la sécurité alimentaire continuera d'être à la fois un impératif et un défi. Impératif au regard du droit fondamental de chaque individu à une nourriture saine et équilibrée, et défi au regard de la nécessité d'accroître la production alimentaire de façon durable.

Malheureusement, le constat actuel fait état d'une dégradation accélérée des ressources naturelles, bases de la production agricole. C'est le cas des terres agricoles mais aussi des forêts qui, en Afrique plus que dans les autres continents, ont payé, et continuent encore de payer un lourd tribut à la pauvreté, à l'insécurité alimentaire et au faible niveau de développement technologique. Au cours de la période 1990-1995, près de 6 millions d'hectares de forêts ont disparu, portant le taux annuel de déboisement à 0,8%, alors que ce taux était de 0,7% pendant la période 1980-1990.

Aux causes déjà maintes fois évoquées: croissance démographique, surpâturage, pratiques agricoles inadéquates, collecte de bois de feu et exploitation incontrôlée, conjuguées aux feux de brousse et aux aléas climatiques, sont venus s'ajouter, ces dernières années, les guerres civiles et leurs cortèges de réfugiés qui sont à l'origine de la dévastation de grands massifs forestiers de l'Afrique centrale.

La priorité absolue de la sécurité alimentaire

Au vu de ce survol rapide de la situation agricole du continent, il ne fait aucun doute que la sécurité alimentaire reste la priorité des priorités car l'Afrique demeure le continent qui enregistre le pourcentage le plus élevé de personnes mal nourries de la planète. Et si des mesures correctives ne sont pas prises, en l'an 2010, le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation chronique en Afrique risque d'atteindre le seuil des 300 millions.

Par ailleurs, il faut rappeler que sur les 86 nations considérées comme pays à faible revenu et à déficit alimentaire, 43 se trouvent en Afrique et principalement en Afrique sub-saharienne où deux personnes sur cinq ne disposent pas d'une ration alimentaire adéquate. Ceci explique l'attention particulière accordée à l'Afrique dans les documents du Sommet mondial de l'alimentation et dans les initiatives prises par la FAO pour mettre en oeuvre son Plan d'action.

Au nombre des mesures préconisées par le Plan d'action pour le cas particulier de l'Afrique, figurent une meilleure maîtrise des ressources en eau, l'amélioration et la conservation des sols, la conservation et l'exploitation rationnelle des forêts, une plus grande utilisation de la science et de la technologie au service de l'amélioration de la production et de la productivité agricoles, l'amélioration des conditions d'exploitation des ressources halieutiques, le développement intégré et participatif du monde rural, et une plus grande reconnaissance du rôle de la femme.

La maîtrise de l'eau, facteur clé de sécurité alimentaire

Je l'ai dit et je le répète, il ne peut y avoir de sécurité alimentaire en Afrique sans maîtrise de l'utilisation et de la conservation des ressources en eaux et sans intensification des systèmes de production. L'irrigation est un facteur important de sécurisation face à l'amplitude des variations pluviométriques. C'est aussi un facteur d'intensification car les terres irriguées ont une productivité deux fois plus forte que celle des terres sous cultures pluviales. Et pourtant, seulement 12 millions d'hectares sont actuellement irrigués en Afrique pour un potentiel de plus de 40 millions d'hectares soit 23% des terres arables. C'est pour cela que la FAO met l'accent sur la maîtrise de l'eau comme composante essentielle du Programme spécial pour la sécurité alimentaire. L'amélioration et l'expansion de l'irrigation constituent donc un défi à relever si l'on veut assurer la sécurité alimentaire des populations africaines. Les résultats enregistrés au Sahel indiquent que la collecte des eaux de pluie sur un hectare pour en irriguer un autre pourrait tripler ou quadrupler la production.

Les ressources en terres, bases de la production agricole

Le continent africain dispose sans doute d'immenses étendues de terres. Mais la plupart de celles-ci présentent des limitations physiques et chimiques qui constituent des contraintes à une production agricole efficiente. C'est pourquoi l'amélioration et la conservation de la fertilité des sols, le maintien de l'humidité et la lutte contre l'érosion doivent constituer des volets importants du développement agricole. C'est dans cet esprit que la FAO a lancé, au début des années 1990, le Programme international pour la conservation et la restauration des terres en Afrique. Ce Programme vise à promouvoir une utilisation rationnelle des terres par l'application des mesures physiques et biologiques de conservation des eaux et des sols permettant de restaurer la fertilité et de réduire l'érosion. Sa stratégie d'intervention est fondée sur l'appui aux populations afin qu'elles puissent participer activement à la mise en oeuvre des programmes de conservation, d'amélioration et d'utilisation durables des terres.

Le rôle essentiel des arbres et des forêts

En Afrique, des millions de personnes dépendent en grande partie des produits des arbres et des forêts pour leur subsistance quotidienne en fruits, graisses, protéines animales, énergie, matériaux de construction et pharmacopée. Cela explique l'importance qui leur est accordée dans les programmes de la FAO et l'intensification de ses initiatives dans ce domaine.

Les actions en cours visent tout d'abord à mieux connaître l'état des ressources forestières dans le but de mobiliser pleinement leur potentiel de production et de déceler les menaces qui pèsent sur leur avenir. Le programme FAO d'évaluation des ressources forestières pour l'an 2000 a été lancé dès 1996 avec, comme action d'accompagnement, un appui aux pays de la région pour le renforcement de leurs capacités nationales d'estimation et de suivi de l'évolution de ces ressources. L'année 1998 verra le démarrage d'une vaste étude sur les perspectives forestières pour l'Afrique, qui permettra de connaître la situation, les tendances et les perspectives du développement forestier en Afrique d'ici à l'an 2030 et de prendre les mesures appropriées pour dynamiser le secteur. Le second type d'action concerne la gestion durable des ressources existantes par l'élaboration, en collaboration avec le PNUE et l'Organisation africaine du bois, de critères et indicateurs d'aménagement, bases de la mise en oeuvre d'opérations concrètes sur le terrain. En outre, plusieurs projets pilotes sont en place et visent à tester et démontrer les méthodes appropriées de sylviculture et exploitation. Enfin, la FAO est fortement impliquée tant au niveau de ses actions normatives qu'au niveau des projets de terrain dans la conservation des ressources forestières et fauniques ainsi que dans la réhabilitation - par le reboisement - des terres agricoles, pastorales et forestières dégradées, en particulier dans le cadre de l'agroforesterie. Toutes ces actions sont menées en partenariat avec les organisations régionales et sous-régionales, et avec les nombreuses ONG africaines.

La pêche, important élément de sécurité alimentaire

La pêche est un élément important de sécurité alimentaire. Outre son rôle dans l'amélioration qualitative de la ration alimentaire, elle apporte une contribution significative aux économies de plusieurs pays africains pour ce qui est de l'emploi, du revenu et des devises étrangères. Les efforts doivent donc continuer pour assurer une gestion rationnelle des ressources et le développement durable de la pêche, en particulier la pêche artisanale. A cet égard, la FAO poursuivra son action pour adapter aux conditions africaines le Code de conduite pour la pêche responsable, adopté par la Conférence de la FAO en octobre 1995, et pour aider à sa mise en oeuvre. Le développement de l'aquaculture devrait recevoir aussi une attention particulière car son potentiel est significatif, alors qu'elle ne représente actuellement qu'environ 1.5% de la production halieutique en Afrique, comparé aux 15% de la production mondiale.

La contribution de la science et de la technologie à la sécurité alimentaire

Ainsi que je l'ai indiqué, la science et la technique doivent être mieux exploitées pour une production agricole efficiente et durable. A cette tâche doivent être impliqués les systèmes nationaux de recherche agricole, en partenariat avec les centres internationaux dont la FAO abrite le Comité Consultatif Technique. La FAO continuera d'assister les pays de la région dans les domaines de la planification, l'organisation et la gestion de la recherche agronomique, et dans ceux de l'évaluation et du transfert des technologies.

Le développement rural intégré et participatif

S'agissant du développement rural, l'action de la FAO est fondée sur les méthodes participatives favorisant le renforcement des capacités institutionnelles à la base et l'accès des populations les plus défavorisées à l'emploi, aux ressources et aux services agricoles essentiels. C'est là l'un des fondements du Programme spécial pour la sécurité alimentaire. En outre, la FAO soutient la mise en réseau des institutions de développement rural au niveau local, afin de contribuer au renforcement de l'expertise des individus, des leaders d'organisations paysannes et des institutions.

Dans ce contexte, la reconnaissance du rôle primordial et incontournable de la femme dans la poursuite de l'objectif de sécurité alimentaire est au centre des programmes de la FAO, en particulier en Afrique. La FAO collabore aussi avec les institutions nationales et régionales pour le renforcement de leurs capacités de planification de l'intégration progressive des femmes rurales dans les programmes de développement.

Je signalerai enfin que cette Conférence aura aussi à se pencher sur l'avenir du Centre de développement rural intégré pour l'Afrique, institution intergouvernementale créée en réponse à la demande formulée à la FAO par les Etats africains lors de la dixième Conférence régionale en 1978.

Monsieur le Président,
Excellences, mesdames, messieurs,

Au cours de cette intervention, j'ai beaucoup insisté sur l'utilisation durable et la gestion des ressources naturelles que ce soit l'eau, la terre, les forêts ou les ressources halieutiques car c'est là un défi majeur auquel doit faire face le continent s'il veut résoudre l'autre défi qui est celui de la sécurité alimentaire durable pour tous les africains. Ces deux questions sont intrinsèquement liées l'une à l'autre, en Afrique plus que sur aucun autre continent et c'est en Afrique qu'elles se posent avec le plus d'acuité. C'est donc avec une grande satisfaction que j'ai noté le souhait de vos représentants de traiter de ces questions à cette Conférence, rejoignant ainsi les préoccupations de l'Organisation et celles de la communauté internationale telles qu'exprimées à l'occasion du Sommet mondial de l'alimentation et plus récemment encore à l'occasion de la première Conférence des parties à la Convention sur la lutte contre la désertification. Sur ces deux questions, comme vous l'aurez noté dans les documents qui vous sont soumis, il est grand temps que les gouvernements de la région adoptent des politiques courageuses et que la communauté internationale les aide dans leur mise en oeuvre. J'attend donc avec grand intérêt le résultat de vos débats et vous souhaite plein succès dans vos travaux.

Je vous remercie de votre aimable attention.

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