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Conjurer une crise alimentaire sournoise en Afrique
La production halieutique doit rattraper la croissance démographique - il faut pour cela de gros investissements
22 Août 2005, Rome - A partir d'aujourd'hui, les gouvernements africains, les organisations de développement internationales et les experts de pêches du monde entier se réunissent à Abuja (Nigeria) pour une conférence de trois jours. Ils examineront comment les pêches et l'aquaculture peuvent produire davantage pour nourrir le continent affligé par la faim.

Le sommet représente un effort conjoint du Secrétariat du Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), présidé par le Président nigérian Olusegun Obasanjo, du "WorldFish Centre" et de la FAO. Il entend tracer une stratégie commune pour renforcer la planification du développement des pêches en Afrique et accroître les investissements dans le secteur afin d'aider à éliminer la faim et la pauvreté.

M. Ichiro Nomura, Sous-Directeur général de la FAO responsable du Département des pêches, prononcera un discours liminaire. Dans cet entretien, il se penche sur la crise émergente des pêches africaines et les mesures nécessaires pour la conjurer.

A quoi espère aboutir ce sommet sur les pêches en Afrique?

Si nous voulons atteindre l'objectif du Millénaire pour le développement consistant à éliminer la faim et la pauvreté extrêmes, la contribution des pêches et de l'aquaculture doit augmenter considérablement en Afrique, et en particulier en Afrique subsaharienne.

Or, la production halieutique stagne en Afrique depuis une dizaine d'années, et les disponibilités de poisson par habitant diminuent (8,8 kg dans les années 90; environ 7,8 kg en 2001). L'Afrique est le seul continent où cette tendance est observée, et le problème est qu'il n'existe pas d'autres sources de protéines accessibles à tous. Pour un continent où la sécurité alimentaire est si précaire, c'est extrêmement préoccupant.

Le but de la conférence est donc d'attirer l'attention des gouvernements africains et de la communauté internationale des donateurs sur la nécessité d'investir dans les pêches et l'aquaculture durables, et d'aider les pays de la région à faire une planification commune pour les renforcer.

Comment l'Afrique dépend-elle du poisson pour se nourrir?

Même si l'Afrique a la plus faible consommation de poisson par habitant du monde, les écosystèmes aquatiques marins et continentaux sont très productifs et font vivre d'importantes pêcheries qui ont enregistré un gros essor. Avec une production de 7,5 millions de tonnes en 2003 et des niveaux similaires les années précédentes, le poisson assure 50% ou plus des apports en protéines animales de nombreux Africains- c'est-à-dire au second rang après l'Asie.

Même en Afrique subsaharienne, le poisson assure près de 19 pour cent des apports de protéines animales de la population. Ceci constitue une contribution importante dans une région affligée par la faim et la malnutrition.

Mais alors que les niveaux de production des pêches de capture se stabilisent, la population continue de croître. Au vu des prévisions de l'ONU sur les tendances démographiques et des évaluations disponibles sur les tendances futures de production halieutique, uniquement pour maintenir la consommation de poisson par habitant de l'Afrique à ses niveaux actuels, la production devrait augmenter de plus d'un tiers durant les 15 prochaines années. Un enjeu de taille.

La situation a été en partie aggravée par l'accroissement sensible des exportations, et des récoltes des flottes non africaines opérant dans la zone dans le cadre d'accords de pêche.

Mais alors, d'où viendra le poisson nécessaire pour nourrir la population africaine croissante?

Bonne question. Les ressources ichtyques côtières sont déjà fortement exploitées, et les pêches de capture marines auraient du mal à produire davantage, même moyennant des investissements massifs. Difficile d'envisager de réduire les exportations, vu le besoin de devises étrangères dans les pays concernés. En conséquence, en Afrique - comme dans le monde en général - l'aquaculture devra jouer un rôle important.

Malheureusement, l'aquaculture en Afrique aujourd'hui est encore essentiellement une activité de subsistance, secondaire et à temps partiel, ayant lieu dans de petites exploitations. Au niveau mondial, en revanche, l'aquaculture assure environ 30 pour cent des approvisionnements mondiaux de poisson. La production aquicole en Afrique ne représente seulement 1,2% du total mondial.

En outre, l'aquaculture marine -ou mariculture- se développe rapidement dans de nombreuses régions du monde, et certains des problèmes qui ont limité son exploitation durable sont désormais en passe d'être résolus. S'il est trop tôt pour avoir une idée objective du potentiel de la mariculture en Afrique, on peut affirmer que c'est sans aucun doute un sous-secteur qui devrait être pris en sérieuse considération.

Mais ceci ne veut pas dire qu'il faut négliger l'aménagement des pêches de capture. Une meilleure gestion des pêches marines et intérieures en Afrique contribuerait à la sauvegarde de ces importants secteurs de production vivrière.

La FAO est en particulier convaincue qu'il existe un vaste potentiel à exploiter dans les pêches de capture intérieures de l'Afrique, généralement négligées. Un très grand nombre de petits plans d'eau et de rivières pourrait être amélioré et utilisé pour accroître la production de poisson, à condition de mettre en place des mesures d'incitation adaptées et des structures de soutien à la commercialisation.

Pourquoi la pisciculture est-elle si peu considérée en Afrique?

Il y a plusieurs raisons à cela, mais la plus importante est que le secteur n'est pas traité comme une entreprise commerciale, dans une optique commercialement viable et rentable. Jusqu'à très récemment, la plupart des pays d'Afrique subsaharienne considéraient l'aquaculture comme une activité principalement de subsistance locale, plutôt que comme une industrie soutenue par des investissements capables de créer d'importantes recettes économiques. De sorte que le manque d'incitations économiques a bloqué l'essor de l'aquaculture. Et si le renforcement des capacités et le soutien technique et institutionnel sont importants, le principal obstacle est l'investissement.


Contact:
George Kourous
Relations médias, FAO
george.kourous@fao.org
(+39) 06 570 53168
(+39) 348 141 6802

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FAO/I. Balderi

Éliminer la faim extrême en Afrique demande des investissements dans les pêches et l'aquaculture, fait remarquer Ichiro Nomura, chef du département des pêches de la FAO.

Vídeo

La pêche de demain (14:27 min) (mpg)

FAO/18306/P. Cenini

Le poisson contribue à sauvegarder la sécurité alimentaire en Afrique.

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La production halieutique doit rattraper la croissance démographique - il faut pour cela de gros investissements
22 Août 2005 - Dans cet entretien, le Sous-Directeur général de la FAO pour les pêches, Ichiro Nomura, il se penche sur la crise émergente des pêches africaines et les mesures nécessaires pour la conjurer.
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