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Le lait de chamelle a le vent en poupe
La FAO lui prédit un brillant avenir
18 avril 2006, Rome - En Tunisie, les gens parcourent des centaines de kilomètres pour s’en procurer. Les gardiennes de troupeaux d’Éthiopie et de Somalie n’hésitent pas à faire 12 heures de train pour le vendre à Djibouti, où les prix sont élevés. A N’Djamena, capitale du Tchad, les bars laitiers poussent comme des champignons.

A l'autre bout de la planète, ce breuvage est considéré comme une boisson tonifiante et un remède contre de nombreuses maladies. Et pour les Arabes du Golfe, c’est aussi un aphrodisiaque.

Du Sahara occidental à la Mongolie, le lait de chamelle a le vent en poupe. Mais l’offre ne suffit pas à satisfaire la demande. L’élevage de chameaux est rudimentaire, et une grande partie des 5,4 millions de tonnes de lait produits chaque année par une population mondiale de quelque 20 millions de chamelles est engloutie par les chamelons.

Pour la FAO, les produits à base de lait de chamelle ont un brillant avenir. Ils pourraient non seulement venir enrichir l’alimentation des populations des zones arides et semi-arides, mais aussi fournir une importante source de revenus aux éleveurs nomades.

L'Organisation espère que donateurs et investisseurs octroieront des financements pour développer le secteur, non seulement à l’échelon local mais aussi pour aider le lait de chamelle à pénétrer sur des marchés lucratifs au Moyen-Orient et en Occident.

“Il existe un potentiel énorme”, déclare Anthony Bennett, expert en produits laitiers et carnés de la FAO. “Le lait, c’est de l’argent”.

Nutrition

Pour les connaisseurs, le lait de chamelle est un pur nectar. Légèrement plus salé que le lait de vache, il est très bon pour la santé. Après tout, la nature l’a conçu pour aider les bébés chameaux à grandir dans certains des plus rudes environnements du globe, les déserts et les steppes. Ce qui explique pourquoi il est trois fois plus riche en vitamine C que le lait de vache.

En Russie, au Kazakhstan et en Inde, les médecins le prescrivent souvent aux patients convalescents, tandis qu’en Afrique, il serait conseillé aux personnes atteintes du sida.

Friands de lait de chamelle, les Somalis sont convaincus de sa valeur médicinale. En dehors de la vitamine C, il est également riche en fer, en acides gras non saturés et en vitamines B.

La société kenyane Camel Dairy Milk Ltd of Nanyuki envisage, en collaboration avec l’Institut de recherche médicale du Kenya (KEMRI), d’entreprendre des recherches sur le prétendu rôle du lait de chamelle comme remède dans la réduction du diabète et des maladies coronariennes.

Toutes ces caractéristiques expliquent l’attrait du lait non seulement pour les chamelons et leurs propriétaires nomades, mais aussi pour 200 millions de clients potentiels du monde arabe et des millions d’autres en Afrique, en Europe et en Amérique.

Un parcours semé de bosses

Toutefois, exploiter le créneau du lait de chamelle comporte une série d’obstacles en matière de production, transformation et commercialisation. L'un des problèmes réside dans le lait lui-même qui, jusqu’à présent, ne s’est pas avéré compatible avec le traitement UHT (Ultra Haute Température) nécessaire pour la longue conservation. Mais le principal obstacle vient du fait que les producteurs sont, dans leur grande majorité, nomades.

Imaginons une conserverie de tomates dont les fournisseurs disparaissent régulièrement du jour au lendemain, en emportant avec eux leurs tomates... C’est le genre de problème que vous devrez résoudre si vous voulez vous lancer dans la filière du lait de chamelle.

(Il est clair que les nomades ne font pas des kilomètres dans le désert par plaisir. Ils se déplacent en quête de pâturages selon les saisons et sont capables de survivre jusqu’à un mois dans le désert sans rien avaler d’autre que... du lait de chamelle).

Autre problème: les chameliers nomades sont rarement disposés à vendre leur surplus de lait qui, selon la tradition, est réservé aux invités de marque et aux pauvres. On a toutefois remarqué que cette réticence peut être surmontée en offrant un bon prix...

Debout sur une jambe

Pour traire une chamelle au Soudan, approchez l’animal par la droite, restez debout sur le pied droit en pliant la jambe gauche et placez une calebasse ou un autre récipient sous le pis. Le pis d’une chamelle est muni de quatre trayons. Attrapez les deux tétines les plus proches et pressez. Les deux autres sont réservées au jeune chameau. Répétez l’opération deux fois par jour.

Mais ne croyez pas qu’avoir l’équilibre d’un Yogi suffise. Les chameaux sont terriblement têtus et si vous ne plaisez pas à la chamelle, elle n’aura pas la moindre intention de se laisser traire. Dans ce cas-là, rien à faire... car contrairement aux vaches qui emmagasinent tout leur lait dans leurs mamelles, les chamelles le stockent plus haut dans l’organisme!

Un autre point essentiel est la présence du chamelon. Les chamelles ne nourrissent que leurs propres petits. Lorsqu’un chamelon meurt, les nomades trouvent une astuce pour tromper la mère: au moment de la traite, on lui présente un factice couvert d’une peau de bébé chameau.

Quoi qu’il en soit, la production de lait de chamelle reste généralement une entreprise low-tech, ce qui explique pourquoi cinq litres par jour sont considérés comme un rendement tout à fait acceptable.

“On ne prétend pas arriver à une production de lait de chamelle intensive”, explique M. Bennett, “mais en améliorant l’alimentation animale, l’élevage et les soins vétérinaires, les rendements journaliers pourraient grimper jusqu’à 20 litres”. Le lait frais de chamelle pouvant atteindre un dollar sur les marchés africains, cela porterait de l’argent frais aux chameliers nomades qui ont désormais bien peu d’autres sources de revenus. Un marché mondial d’une valeur de 10 milliards de dollars ne serait pas une utopie.

Fils des nuages

Nancy Abeiderahmanne, ingénieur diplômée née en Grande-Bretagne, gère une usine de lait de chamelle prospère en Mauritanie depuis 15 ans; elle est l’illustration vivante que les obstacles peuvent être surmontés.

La société Tiviski (printemps en langue mauritanienne) de Mme Abeiderahmanne transforme aussi du lait de vache et de chèvre; elle se fournit auprès de 800 éleveurs de chameaux qui l’approvisionnent tous les jours. Elle va chercher le lait frais jusqu’à 80 km de sa base, Nouakchott, et ramène sa cargaison dans un camion frigo pour la pasteurisation.

Bien que nomades, les éleveurs - Nous sommes fils des nuages et nous allons où les nuages nous mènent - ont compris qu’ils ont tout intérêt à laisser sur place leurs chamelles allaitantes lorsqu’ils se déplacent vers le nord. Cela garantit un approvisionnement ininterrompu pour la laiterie de Tiviski.

L’enzyme manquant

Mme Abeiderahmanne doit néanmoins résoudre un autre problème: même si le lait de chamelle se garde plus longtemps que celui de vache, il a tout de même une durée de conservation limitée. Qui plus est, la production bat son plein durant les mois d’hiver, juste au moment où la demande est au plus bas.

La solution la plus évidente a consisté à transformer l’excédent de lait en fromage de plus longue durée. Mais un autre problème se présente: comment le faire durcir.

En 1992, Mme Abeiderahmanne a trouvé la réponse avec l’aide de la FAO, qui a mis au point une technique. La FAO a dépêché un expert français, J.P. Ramet, à Nouakchott pour lui montrer comment utiliser un enzyme spécial afin de donner la bonne consistance à ses produits.

Cela a donné un fromage à pâte molle avec une croûte blanche qu’elle a appelé «Caravane», mais qui a vite été rebaptisé «Camelbert».

En 1993, le prestigieux «Prix Rolex à l’esprit d’entreprise» a été décerné à Mme Abeiderrahmane pour son innovation. Mais obtenir ensuite l’autorisation pour exporter le Camelbert a été toute une autre histoire...

Khoormog

Un autre moyen de conserver le lait de chamelle dans des endroits sans électricité - sans parler de réfrigérateurs - a été trouvé il y a des siècles dans les steppes du Kazakhstan et de la Mongolie, où les nomades élèvent des chameaux de Bactriane.

Les nomades de la région transforment le produit frais en lait fermenté, le Shubat, un mets de choix connu en Mongolie sous le nom de Khoormog. Dans l’ancienne capitale du Kazakhstan, Almaty, une usine moderne produit du Kourt, un fromage si dur que la plupart des gens préfèrent le râper. L’usine fabrique aussi des bonbons au lait de chamelle.

Certains experts voudraient bien voir les techniques traditionnelles du Kazakhstan exportées. Question: les Bédouins vont-ils aimer le Khoormog?

Du lait au chocolat...

Il semblerait nettement plus facile de commercialiser le chocolat au lait de chamelle, à faible teneur en matières grasses, qu’un chocolatier viennois, Johann-Georg Hochleitner, compte lancer sur le marché à l’automne prochain. Avec des financements de la famille royale d’Abu Dhabi, sa société envisage de fabriquer le chocolat en Autriche à partir de lait de chamelle en poudre produit à Al Ain (Emirats Arabes Unis), puis d’en réexpédier 50 tonnes dans le Golfe chaque mois.

“Cela semble fou, c’est un projet colossal. Il y a 200 millions de clients potentiels dans le monde arabe”, explique M. Hochleitner.

Et si le chocolat - qui a déjà un nom, Al Nassma - vous colle aux doigts, vous pourrez toujours vous laver les mains avec le savon au lait de chamelle fabriqué par la Oasis Camel Dairy de Sonora, en Californie, où les chameaux ont été introduits comme animaux de bât au XIXème siècle.

Comme disent les nomades Ahaggar en Algérie: “L’eau, c’est l’âme. Le lait, c’est la vie”. Et l’argent aussi, bien sûr.
Contact:
Christopher Matthews
Relations médias, FAO
Christopher.Matthews@fao.org
(+39) 06 570 53762

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FAO/18820/I. Balderi

C'est l'heure de la traite en Mauritanie

Quelques chiffres


On estime à 20 millions la population mondiale de chameaux. La Somalie aurait le plus grand cheptel et compterait autant de chameaux que d'habitants.

La production mondiale de lait de chamelle disponible pour la consommation humaine est estimée officiellement à 1,3 million de tonnes, soit 500 fois moins que celle de lait de vache. Les chiffres parlent d’une production mondiale totale de 5,4 millions de tonnes, dont grande partie destinée aux chamelons. Une chamelle allaitante produit de 1 000 à 2 000 l de lait pour une période allant de 8 à 18 mois.

Le premier producteur mondial de lait de chamelle est la Somalie, suivie de l’Arabie saoudite.

FAO/A. Vitale

... mais seulement si vous lui plaisez!

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18 avril 2006 - La demande pour le lait de chamelle est en pleine expansion dans toute l'Afrique et le Moyen-Orient, ce qui vient à point nommé pour les éleveurs nomades.
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