L'AFAJ (Association of Food and Agriculture Journalists) a été fondée il y a trois ans seulement et compte 35 membres. Elle a pourtant lançé en 1996 une campagne de sensibilisation aux dangers de la jacinthe d'eau du lac Victoria. Cette action a attiré l'attention du Jury du Prix A.H. Boerma et le 7 novembre, l'AFAJ a été déclarée vainqueur ex aequo. Le Président de l'AFAJ, M. Alfred Omondi, a reçu le prix (une attestation sur parchemin et un chèque de 5 000 dollars) et nous a dit quelques mots sur le travail accompli par son association.

M. Omondi, en quels termes parle-t-on de la sécurité alimentaire dans les médias kenyans ?

Les lecteurs s'y intéressent, mais les principaux médias n'ont pas une attitude vraiment adéquate au niveau local. Nous sommes donc intervenus afin d'en parler un peu plus amplement. Lorsqu'un politicien est renvoyé, cela fait les gros titres des journaux, mais lorsqu'il s'agit d'un nouveau pesticide pour la lutte contre les nuisibles, on en parle en dernière page. Nous demandons que les divergences politiques soient mises de côté et que l'on s'occupe des autres problèmes.

D'où viennent les membres de votre association, et quel est l'avis de vos employeurs sur le sujet ?

Nous travaillons pour des journaux et pour des magazines kenyans. J'assure la couverture de la bourse pour la page d'affaires du Daily Nation. Les membres ont le sentiment de défendre une cause commune lorsqu'ils traitent de famine et de problèmes alimentaires. Nous avons été surpris par l'attitude de nos employeurs: ils nous ont encouragés à continuer, car ils trouvent que cela en vaut la peine.

Que fait votre association ?

Nous échangeons des idées, faisons de la recherche et organisons des séminaires. Nous le faisons en dehors de nos heures de travail, ce qui nous demande beaucoup de sacrifices. En novembre 1996, nous avons organisé un séminaire - auquel ont participé des représentants des communautés locales et internationales - pour nous pencher sur le problème de la jacinthe d'eau du lac Victoria. Il s'agit d'une catastrophe écologique de très grande portée. Les plantes ont recouvert une bonne partie du lac. Si vous le voyiez, vous penseriez qu'on peut y faire atterrir un avion. Les stocks de poissons ont commencé à baisser, la capture également, et le système de transports sur le lac est lui aussi affecté. La communauté locale est gravement touchée. Notre rôle est très limité, mais notre séminaire a permis de mieux cerner le problème. Le lac étant commun au Kenya, à la Tanzanie et à l'Ouganda, nous aimerions que notre association se développe au niveau de la région, ou même du continent.

Pouvez-vous nous parler d'autres problèmes liés à l'alimentation et à l'agriculture au Kenya ?

Je viens personnellement d'une région agraire du Kenya occidental, où l'on cultive la canne à sucre, le maïs et les arachides. Ma famille cultive surtout la canne à sucre. Mais les importations de sucre affectent fortement les agriculteurs locaux, qui produisent du sucre et ne sont pas payés.

Désirez-vous ajouter quelque chose ?

J'ai été très surpris de gagner le Prix Boerma. Ce n'est pas tous les jours que des initiatives venant d'Afrique sont reconnues au niveau international. C'est un honneur pour le Kenya et pour l'Afrique.

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