XIème Congrès forestier
mondial, 14 Octobre 1997
Antalya, Turquie
DECLARATION DU DIRECTEUR GENERAL
Monsieur le Président
Monsieur le Président de la République de
Turquie
Votre Excellence, Ersin Taranoglu, Ministre de la
Foresterie
Excellences
Très chers participants
Mesdames et Messieurs
C'est un réel plaisir pour moi que d'être
aujourd'hui à Antalya. Il n'est pas difficile de
comprendre pourquoi, puisque le roi de Pergame, Attalus, qui
fonda cette ville au premier siècle avant J.C., lui
choisit un nom qui signifie "le paradis sur terre".
Au cours des deux millénaires et plus qui ont
suivi, le gouvernement et le peuple de Turquie n'ont jamais
oublié le rôle crucial des forêts, en
conservant à la fois la beauté et la
productivité des ressources naturelles de leur pays.

Monsieur le Président,
Permettez-moi de rendre un hommage spécial
à l'amour manifeste que ce pays porte aux
forêts, aussi bien aux siennes qu'à celles de
l'humanité toute entière. Par ailleurs, je
manquerais à tous mes devoirs si je n'ajoutais pas
également des remerciements particuliers pour votre
engagement personnel dans l'organisation de ce
Congrès, et notamment dans la préparation des
remarquables installations qui nous accueillent aujourd'hui.
Mesdames et Messieurs,
A vous tous, aux quelques 3 000 participants à ce
Congrès, j'étends mes remerciements les plus
chaleureux. C'est aussi un privilège que de pouvoir
m'exprimer devant vous, qui représentez toute
l'expertise, l'expérience et le dévouement
à la cause des forêts mondiales.
Ce Congrès est le dernier des importants
rassemblements de ce siècle, et c'est un grand
plaisir pour moi que d'en souligner le thème - La
foresterie pour le développement durable vers le
XXIème siècle - car il reflète la
perspective visionnaire que la communauté de la
foresterie doit faire sienne, si nous voulons être
sûrs que les forêts mondiales survivent et,
chose plus importante encore, puissent intégralement
libérer leurs énormes potentiels en
matière de développement
socio-économique.
Mesdames et Messieurs,
Vous tous, qui êtes les gardiens des forêts
du Monde, êtes réunis ici pour discuter et
débattre des progrès à faire pour
réaliser la gestion forestière durable - et
pour aider à définir et à mettre en
forme ce que sera votre travail à l'avenir. Et,
à l'heure où vous allez vous engager dans
cette tâche complexe mais essentielle, je vous lance
le défi suivant: rappelez-vous que plus de 800
millions de personnes dans le monde n'ont pas aujourd'hui
accès à une alimentation et à une
nutrition adéquates, et pensez à la
façon dont les forêts et la foresterie pourront
contribuer à diminuer autant de souffrances inutiles
et inacceptables.
Il y a tout juste onze mois, les dirigeants mondiaux se
réunissaient dans une autre cité ancienne -
Rome - à l'occasion du Sommet mondial de
l'alimentation. Lors de ce Sommet, dont la FAO eut le
privilège d'être l'hôte, un engagement
renouvelé à haut niveau fut pris pour
l'éradication de la faim et pour la
réalisation d'une sécurité alimentaire
durable pour toutes les populations. A Rome, les
participants au Sommet ont adopté une
Déclaration et un Plan d'Action pour parvenir
à la sécurité alimentaire. Ces deux
textes présentent un plan en sept points, qui stipule
des actions concrètes et pratiques. Tout au long de
ces documents, l'importance du rôle des forêts
et de la foresterie pour la réalisation de la
sécurité alimentaire mondiale apparaît
clairement.
Au Cachemire, il existe un vieux proverbe qui, librement
traduit, dit ceci: "Aussi longtemps qu'il y aura des
forêts, il y aura à manger." Cela ne veut pas
dire que les forêts et les forestiers soient les seuls
à détenir la solution du problème de la
sécurité alimentaire. Mais les arbres, les
forêts et la foresterie peuvent effectivement
contribuer de façon fondamentale à la
réussite de la sécurité alimentaire
mondiale. Bien que cette audience puisse le comprendre sans
mal, je crois que le rôle de la foresterie en
matière de sécurité alimentaire doit
être souligné, notamment dans le contexte de sa
contribution au développement durable.
ROLE DE LA FORESTERIE POUR LA SECURITE ALIMENTAIRE
Rôle direct
Avant toute chose, les arbres et les forêts
produisent directement des aliments. Dans certaines
régions, ils constituent la première source
d'aliments, et, presque partout, ils fournissent un
supplément alimentaire régulier. Les aliments
fournis par les forêts sont consommés lorsque
les produits des cultures viennent à manquer, par
exemple entre deux saisons de récolte, ou dans des
situations d'urgence telles que famines ou guerres.
Soutien à la production agricole
Outre leur contribution directe en aliments, les arbres
et les forêts jouent un rôle critique dans le
maintien d'une production agricole soutenue, y compris en
matière d'élevage et, parfois, de pêche.
Les arbres et les forêts contribuent à
préserver la base de ressources en sol et en eau,
ainsi que l'équilibre écologique, autant de
facteurs essentiels à l'alimentation et à la
production agricole. Ils font partie ou abritent des
systèmes agraires, et en protègent les
frontières. Ils contribuent à l'élevage
en fournissant du fourrage, notamment pendant les
pénuries saisonnières dans les régions
arides et semi-arides. Dans certaines circonstances
spéciales, par exemple dans les
écosystèmes côtiers de mangrove, les
arbres jouent un rôle de soutien à la
pêche, en garantissant ainsi une source d'alimentation
majeure.
Dans cette optique, il est curieux et dérangeant
de remarquer combien l'agriculture et la foresterie ont
souvent été - et sont parfois encore -
perçues comme concurrentes. Cette dichotomie
trompeuse provient sans doute de la vision
dépassée selon laquelle la foresterie ne
s'occupe que de la gestion des forêts pour la
production de bois, et que l'agriculture ne concerne que les
cultures poussant en champs ouverts. Pourtant, foresterie et
agriculture sont souvent mutuellement
bénéfiques l'une à l'autre, voire
interdépendantes.
D'un autre côté, il est indéniable
que la majeure partie de la déforestation est due
à la conversion des terres forestières en vue
de la production agricole. Une réduction de la
destruction des forêts, en tant que source
d'accès physique aux terres, ne peut être
obtenue que par une augmentation de l'utilisation durable et
économiquement viable des ressources
forestières, une production agricole plus importante
sur les terres déjà défrichées
et une harmonie plus étroite entre la foresterie et
les autres formes d'utilisation des terres, notamment
l'agriculture.
Forêts et énergie
Toutefois, posséder des aliments ne suffit pas.
Beaucoup d'aliments qui constituent la nourriture de base
ont mauvais goût ou sont indigestes lorsqu'ils ne sont
pas cuits. Dans la majeure partie des pays en
développement, faire bouillir de l'eau est
virtuellement la seule façon de la rendre potable.
Pour environ 40 pour cent de la population mondiale, le bois
est encore, et de loin, la source principale
d'énergie domestique. Et pour la plupart de ces gens,
la perspective de passer aux combustibles fossiles n'est ni
durable ni supportable sur le plan économique.
La diversité biologique
Je ferais également remarquer que les forêts
constituent la banque mondiale de gènes la plus
importante de la planète. Nombreux sont les aliments
que nous consommons aujourd'hui, en particulier des aliments
de base comme le riz, dont les origines sont des plantes
sauvages de la forêt. Et les forêts continuent
de servir de sanctuaire à la diversité
génétique pour les cultures alimentaires
actuelles et futures.
Accès économique à
l'alimentation
Outre leur contribution en terme d'accès physique
aux sources de nourriture, les activités liées
aux forêts fournissent également des emplois et
des revenus significatifs. C'est vrai à la fois pour
les activités industrielles à grande
échelle et pour les activités individuelles ou
communautaires. Rapportée à l'économie
globale, la FAO estime la valeur annuelle du bois de
chauffage et des produits forestiers ligneux à plus
de 400 milliards $ US, soit environ 2% du PIB mondial. Or,
si l'on y ajoutait la valeur des produits forestiers non
ligneux, ce chiffre grossirait considérablement.
Ainsi, les arbres et les forêts jouent un
rôle incontestable en matière de soutien
à la sécurité alimentaire. Et si l'on
souhaite qu'ils continuent de jouer ce rôle et
d'accomplir toutes leurs autres fonctions, les arbres et les
forêts du monde doivent être bien
gérés, ce qui signifie gérés
durablement.
La complexité liée au problème de la
gestion durable des forêts est clairement mise en
évidence par l'agenda intensif et
détaillé que vous avez devant les yeux.
N'étant pas moi-même un forestier, je ne me
risquerais pas à entrer dans les mérites
techniques de vos discussions. Toutefois, j'aimerais
souligner l'importance particulière de l'un des
sujets de discussion - celui qui traite de la mobilisation
des ressources pour la foresterie durable. Sans un
investissement suffisant en foresterie, il n'y a tout
simplement aucune chance pour que les arbres et les
forêts du monde puissent assurer leur juste
contribution au développement durable. Et, en
dépit des belles paroles énoncées au
cours du Sommet mondial de la Terre, le document que vous
avez devant vous sur le thème de la mobilisation des
ressources indique que l'Assistance Officielle au
Développement en foresterie n'atteint aujourd'hui que
27% du montant suggéré par l'Agenda 21 de la
CNUED.
JOURNEE MONDIALE DE L'ALIMENTATION - "INVESTIR DANS LA
SECURITE ALIMENTAIRE"
Mesdames et Messieurs,
La Journée mondiale de l'alimentation, qui marque
le 52ème anniversaire de la fondation de la FAO, sera
célébrée le mercredi 16 octobre. Cette
année, le thème de cette Journée
mondiale de l'alimentation - "Investir dans la
sécurité alimentaire" - est directement
lié à l'un des sept engagements pris par les
dirigeants mondiaux lors du Sommet Mondial de l'Alimentation
en novembre 1996. Cet engagement est le suivant:
"Nous encouragerons l'affectation et l'utilisation
optimales de l'investissement public et privé pour
faire progresser les ressources humaines, les
systèmes alimentaires, agricoles, halieutiques et
forestiers durables et le développement rural, dans
les zones à fort comme à faible potentiel".
Cette année, afin d'intensifier la sensibilisation
et de mobiliser des ressources, la FAO lance à
l'occasion de cette Journée mondiale de
l'alimentation le TeleFood - premier programme
télévisé mondial qui, inter alia,
demande au public en général de verser des
fonds destinés aux projets et aux activités de
sécurité alimentaire. Le rôle potentiel
de la foresterie apparaît clairement dans la campagne
du TeleFood.
Mesdames et Messieurs,
Cette occasion représente pour moi une
opportunité plutôt inhabituelle, dans la mesure
où j'ai la chance de m'adresser aux experts et aux
décideurs d'une communauté relativement
homogène. Avec votre permission, j'aimerais consacrer
quelques minutes au travail qu'accomplit la FAO pour aider
les pays à développer une foresterie durable.
LE ROLE DE LA FAO
Depuis sa création en 1945, la FAO est devenue
l'organisation mondiale phare en matière
d'agriculture et de foresterie internationales. Aujourd'hui,
174 gouvernements membres adhèrent à la FAO,
physiquement présente dans plus de 100 pays et
disposant d'une structure régionale complète
et de ressources humaines expérimentées, avec
des spécialistes en agriculture, pêche,
foresterie et disciplines annexes. Sur le plan de la
recherche du développement durable, la FAO se trouve
dans une position unique, compte tenu notamment du besoin
important de tisser des liens au niveau inter-sectoriel.
Le Département des forêts de la FAO est le
service de foresterie internationale le plus grand et le
plus ancien de ce genre; son vaste champ d'activités,
exhaustif, recouvre toutes les forêts. Un message
proclamé haut et fort au cours du Sommet de la Terre,
et qui a été repris lors du Sommet mondial de
l'alimentation, est que Nord et Sud doivent s'associer face
aux problèmes mondiaux, et ce d'une façon
interdisciplinaire et inter-sectorielle qui reconnaisse que
la protection de l'environnement et le développement
économique sont mutuellement dépendants. En ce
qui concerne la foresterie, je pense qu'il n'existe pas
d'organisation mieux préparée que la FAO pour
y parvenir.
Comme dans tous les aspects de son travail, les
rôles prioritaires de la FAO en foresterie sont de
servir en tant que:
- forum politique neutre;
- source d'information et de conseil; et
- fournisseur de support technique.
Chacun de ces rôles offre largement
l'opportunité de faire avancer la gestion
forestière durable.
Un forum politique neutre
Le dialogue politique constitue l'un des rôles
majeurs de la FAO. Pour ce faire, le premier de tous les
moyens que la FAO met à la disposition de ses pays
membres est le Comité de foresterie. Tous les deux
ans, les chefs des services de foresterie et d'autres hauts
fonctionnaires gouvernementaux (ainsi que des
représentants d'autres organisations internationales
et non-gouvernementales) se réunissent dans les
bureaux de la FAO à Rome, pour identifier les
politiques émergentes et les problèmes
techniques, pour rechercher des solutions et pour proposer
une action appropriée. Six commissions
régionales de foresterie complètent le travail
du Comité de foresterie.
Un autre exemple de l'action de la FAO pour faciliter le
dialogue politique et la prise de décision se
rapporte aux programmes nationaux de foresterie - ce sont
les efforts accomplis par les différents pays pour
planifier le développement durable du secteur de la
foresterie, et pour coordonner les mises en oeuvre
localement et avec le soutien des bailleurs de fonds.
Un exemple particulièrement représentatif
des actions de la FAO en faveur du dialogue au niveau
international, est le rôle qu'elle joue dans
l'organisation des Congrès mondiaux de foresterie.
Bien que l'origine de ces Congrès soit
antérieure à l'existence de la FAO, puisque le
premier congrès remonte à 1926, la FAO, depuis
sa création, a toujours apporté un soutien
déterminant au pays hôte.
Une source d'informations et de conseils
Une bonne prise de décision en matière de
foresterie doit être sous-tendue par des informations
et des statistiques exactes et réactualisées
de façon régulière; or la FAO est chef
de file au plan mondial pour la collecte, la diffusion et
l'analyse de ces données.
La situation des forêts du monde est un
récapitulatif biennal de la FAO, faisant le point des
politiques, des données et des questions relatives
à l'état et à l'évolution des
ressources, de la production, du commerce et du
développement industriel liés aux
forêts.
Selon La situation des forêts du monde 1997,
il y a eu dans le monde, entre 1990 et 1995, une perte nette
de 56,3 millions d'hectares de forêts (forêts
naturelles plus plantations), due à la disparition de
65,1 millions d'hectares dans les pays en voie de
développement, partiellement compensée par un
boisement de 8,8 millions d'hectares dans les pays
développés. Bien que le recul des forêts
naturelles reste à un haut niveau dans les pays en
voie de développement, il y a quelques signes de
ralentissement du rythme de ce recul. Ainsi, sur la
période 1990-95, les forêts naturelles dans les
pays en voie de développement ont diminué de
13,7 millions d'hectares chaque année, alors qu'elles
avaient disparu à un rythme annuel de 15,5 millions
d'hectares pendant la période 1980-90.
Coopération technique
La FAO met directement à la disposition de ses
pays membres son expertise technique en foresterie, à
travers son Programme de terrain, qui est financé par
un ensemble de ressources extra-budgétaires. En 1996,
le Programme de terrain de foresterie englobait un total de
179 projets, pour une dépense annuelle de 60 millions
$ US. Une caractéristique essentielle du Programme de
Terrain est sa corrélation avec le travail normatif
effectué par le personnel de la FAO dans ses bureaux
de Rome, et, de plus en plus, par le biais de notre
réseau de bureaux régionaux et
sous-régionaux, assurant ainsi des échanges
bidirectionnels d'expertises et d'expériences.
Un autre aspect important de notre travail de
coopération technique comprend l'assistance aux pays
pour la mobilisation des investissements autour du
développement forestier et pour l'amélioration
des performances des investissements.
Ainsi, en servant de forum politique et de source
d'information technique, et en aidant les pays à se
donner des compétences propres grâce à
la coopération technique, la FAO permet aux pays de
protéger et de développer leurs forêts
tout en en retirant des bénéfices
économiques durables.
Même s'il ne fait aucun doute que la plupart
d'entre vous sont informés des sérieuses
difficultés financières rencontrées par
le Système des Nations Unies, y compris par la FAO,
je tiens à vous faire savoir que je m'engage à
maintenir, dans le cadre de la FAO, le programme de
foresterie le plus fort et le plus dynamique que nos pays
membres sont en mesure de financer.
Partenariats
En soulignant l'engagement de la FAO en matière de
foresterie durable, comme partie intégrante du
développement socio-économique global, je ne
veux pas toutefois vous laisser sur l'impression que la FAO
peut tout faire. Nous reconnaissons volontiers à la
FAO que les défis qui pèsent sur la foresterie
dépassent de loin ce qu'une simple organisation
isolée est capable de traiter de façon
adéquate. Nous considérons donc que la
recherche active de partenaires est un élément
essentiel à la poursuite de tous nos travaux.
Ces dernières années, l'apparition d'un
intérêt pour la foresterie à
l'échelle mondiale s'est doublée d'un
intérêt et d'une implication de la part de
nombreuses organisations internationales évoluant
dans ce secteur, à la fois à
l'intérieur et à l'extérieur du
Système des Nations Unies. Or ces organisations
doivent se compléter au lieu de se concurrencer entre
elles. Dans le cas contraire, nous risquerions tout
simplement de gaspiller des ressources déjà
fort maigres. Il serait bon par conséquent que ce
Congrès réaffirme l'engagement de la
communauté de la foresterie, désormais
orientée vers une logique de partenariat face aux
défis du développement de la foresterie
durable.
CONCLUSION
Monsieur le Président,
Je suis convaincu que les débats de ce
Congrès, tout comme ceux de ses
prédécesseurs, pourront s'avérer de la
plus grande importance pour mettre en forme l'avenir de la
foresterie mondiale, ainsi que pour prendre des engagements
politiques et lancer des initiatives pratiques qui
permettront à la foresterie d'apporter sa
contribution optimale au développement durable.
Je souhaite donc que vos discussions soient
couronnées de succès et vous remercie de votre
attention.
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