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De l'eau pour nourrir le monde: perspectives d'avenir
"En 2030", affirme Reto Florin, Chef du Service des eaux, ressources, mise en valeur et aménagement de la FAO, "les pays en développement devraient être en mesure d'accroître sensiblement la production vivrière en augmentant d'environ un tiers les terres agricoles irriguées, mais en n'utilisant que 12 pour cent d'eau en plus". Les terres irriguées produisant deux à trois fois plus que les terres non irriguées, renforcer le recours à l'irrigation pourrait être la clé de l'alimentation d'une population croissante. Ce qui peut surprendre est que ceci est possible avec si peu d'eau, en dépit des demandes d'eau très élevées de l'irrigation. La FAO estime que l'efficacité de l'irrigation - la capacité de produire davantage avec moins d'eau - s'améliore dans les régions arides du monde en développement et continuera de le faire, en partie parce que ces pays n'ont guère d'autre choix. "Les restrictions d'eau dans les pays en développement les contraindront à gagner en efficacité", déclare Jean-Marc Faurès, Spécialiste des ressources en eaux à la FAO. On constate d'ailleurs que plusieurs pays d'Afrique du Nord et du Proche-Orient utilisent déjà plus de 40 pour cent de leurs disponibilités renouvelables totales d'eau pour l'agriculture. La recherche et la formation dans le domaine de la gestion de l'eau sont sans aucun doute un atout. Par exemple, lorsque la FAO a lancé un projet d'horticulture il y a dix ans au Cap-Vert, le démarrage fut lent à cause des ressources en eau limitées et des faibles précipitations annuelles (environ 230 mm/an) de ce pays insulaire d'Afrique. L'irrigation au goutte-à-goutte, c'est-à-dire localisée dans le sol au-dessus des racines, fut alors introduite. La production horticole nationale fit un bond en avant, passant de 5 700 tonnes en 1991 à 17 000 tonnes en 1999. Les initiatives de ce type expliquent en partie pourquoi la FAO prévoit que le rendement d'utilisation de l'eau dans les pays en développement augmentera de 43 à 50 pour cent d'ici à 2030. Dans certaines régions dépourvues d'eau, son utilisation rationnelle ne fera guère la différence et ne saura combler le déficit de production vivrière. Dans ces cas-là, l'eau est mieux utilisée pour produire des cultures de valeur qui peuvent être vendues pour acheter des aliments importés. C'est ce qui se passe en Tunisie, par exemple, où les agriculteurs optent de plus en plus pour les cultures irriguées de fruits, de légumes et de fleurs en raison de leur valeur marchande élevée. Il arrive que le problème ne soit pas le manque d'eau, mais le manque d'accès à l'eau. Soit l'industrie en amont pollue trop l'eau des rivières pour les besoins des agriculteurs en aval, soit, faute de coordination, un agriculteur bloque l'accès à un autre. Le petit exploitant peut simplement ne pas avoir les ressources financières pour faire arriver l'eau jusqu'aux champs. Enfin, les fleuves qui traversent plus d'un pays doivent être gérés par des accords pluripartites afin de veiller à la meilleure utilisation possible de l'eau et éviter les conflits potentiels. Par exemple, avec l'assistance technique de la FAO, dix Etats en bordure du Nil ont lancé l'Initiative du Bassin du Nil pour préparer des politiques et des stratégies équitables de développement et d'aménagement de l'eau. Une façon d'améliorer l'accès peut être de traiter l'eau comme un bien économique au même titre qu'un droit social. Autrefois, l'industrie et les riches étaient favorisés par les projets hydrauliques des gouvernements, recevant de l'eau pure à des prix inférieurs, tandis que les pauvres devaient acheter de l'eau de qualité médiocre à un prix plus élevé. "Au lieu de subventionner le fournisseur d'eau, nous devrions faire payer l'eau à son prix de revient et aider les pauvres", suggère M. Florin. Une meilleure utilisation de l'eau ne veut pas seulement dire économiser l'eau, mais aussi la gérer de façon durable. L'irrigation mal conduite peut être la cause de problèmes: la salinisation (augmentation de la teneur en sel du sol) a réduit la productivité des terres irriguées de la planète d'au moins 20 pour cent. Une part nécessaire des projets d'irrigation veille par conséquent au drainage des terres, afin d'éviter que le sel ne s'accumule et qu'il ne nuise à la fertilité du sol. Les agriculteurs doivent encore apprendre comment produire davantage avec moins d'eau; des régions, comme certaines parties d'Afrique et du Proche-Orient, sont victimes de pénuries d'eau nécessitant une action urgente. "Nous sommes confrontés à des problèmes régionaux, et il nous faut trouver des solutions régionales, déclare M. Faurès. Mais si la question est: avons-nous suffisamment d'eau pour nourrir le monde? La réponse est oui". 22 mars 2000
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